Rencontres philosophiques

9e édition des Rencontres philosophiques de Langres

du 3 au 5 octobre 2019

Enregistrements des conférences et restitution des séminaires de la 9ème édition des Rencontres philosophiques de Langres « Le Temps », du 3 au 5 octobre 2019.

Programme des RPL et présentation des conférences et séminaires

Programme des Rencontres philosophiques

Contexte

En cette rentrée 2019, les nouveaux programmes du lycée sont mis en œuvre. Tous les élèves continuent de bénéficier, en classes de terminales générale et technologique, d'un enseignement de philosophie. Certains ont choisi, en première, l'enseignement de spécialité : « humanités, littérature et philosophie », dont ils pourront poursuivre l'étude en terminale.

La  thématique des 9èmes Rencontres philosophiques s'inscrit dans ce contexte. Elle favorise le dialogue de la philosophie avec les autres disciplines : la littérature, l'histoire, les arts, les sciences physiques, et pourra enrichir la réflexion sur la mise en œuvre de l'enseignement de spécialité. Ce dernier propose en effet aux élèves d'envisager des problématiques contemporaines dans une perspective élargie, prenant appui sur l'acquisition progressive d'une culture humaniste, solide et variée.

« Le Temps », thème de l'édition 2019

Nous appréhendons le temps comme la source de tout changement, comme une promesse de renouveau ou même de progrès. Mais avec lui, l'intensité de la vie se mêle aux langueurs de l'ennui comme aux esquisses de la mort. La philosophie recueille et réfléchit cette expérience contrastée. Elle tente de la décrire aussi précisément que possible, et la questionne, pour ce qu'elle peut susciter d'étonnement au regard de ce que tenons pour la réalité des choses. Il est singulier que le passé puisse être à ce point présent - ne point passer justement - et même prendre figure d'avenir ; que la durée la plus fluide et la mieux continuée vienne parfois se rompre sur des instants dont on ne perçoit ni la provenance ni la destination, mais qu'on dit volontiers et comme par défaut « éternels ». Ainsi le temps paraît tenir à l'individualité et à la labilité de nos existences, d'une part, aux tensions et aux constructions sociales dans lesquelles elles sont prises, entravées, contraintes, d'autre part.

Réduction ou tension qui, d'elle-même, interroge. N'a-t-on pas trop vite fait de rapporter le temps à l'appréhension que nous en avons, ou même à la mesure objective que les sciences nous en proposent ? Car soudain, ce sont sa réalité et son unité qui apparaissent incertaines. Or quand nous disons : « le temps », c'est bien avec l'intime conviction qu'il existe. Que serait le monde, et pas seulement notre monde, sans le temps ? Mais si le temps fait partie des évidences du quotidien, il ne se laisse pas aisément saisir ou considérer en lui-même, dans ce qui pourrait constituer sa réalité propre et susceptible d'être, sinon séparée, en tout cas distinguée. Et derechef, on est précipité dans ce halo de croyances et de représentations, acquises et fugitives à la fois, où se confondent « en temps réel » ce qui est et ce qui est dit de ce qui est.

Les Rencontres Philosophiques de Langres ont permis d'explorer ces différentes frontières : celle du temps très intimement vécu et du temps socialement ou objectivement construit ; celle du temps humainement approprié, assimilé même, et celle du temps qui déplace, au point de les bouleverser parfois, nos institutions, nos représentations, nos croyances les plus assurées.

Enregistrements audios et textes des conférences

Conférence inaugurale

Frank Burbage, inspecteur général de l'éducation nationale, doyen du groupe philosophie.

Aspects du temps dans l'Antiquité

Jean-Louis Poirier, inspecteur général honoraire de l'éducation nationale, groupe philosophie.

Approche phénoménologique du temps, la temporalité dans la pensée de Heidegger

Hélène Devissaguet, professeur de philosophie en classes préparatoires au lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres, académie de Versailles.

Trace et temps : Derrida lisant Freud

Francesca Manzari, maître de conférences en littérature générale et comparée, université d'Aix-Marseille.

La médecine et les temps du soin

Paula La Marne, inspectrice d'académie - inspectrice pédagogique régionale de philosophie, académies de Reims et d'Amiens, membre de l'Espace éthique d'Amiens.

Penser le temps social

Laurent Perreau, professeur de philosophie contemporaine, université de Franche-Comté, membre du laboratoire des Logiques de l'Agir.

Conférence de clôture : Les temps de l'art

Bernard Sève, professeur émérite en esthétique et philosophie de l'art, université de Lille, rédacteur en chef de la revue Methodos.

Restitution des séminaires 

Séminaire A : Présences sensibles et temporalités. Autour et à partir de l'œuvre de Jean-Christophe Bailly, philosophe, essayiste, poète

  • Emmanuel Da Silva, professeur en classes préparatoires au lycée La Bruyère, Versailles, académie de Versailles.
  • Dimitri Derat, professeur au lycée Albert Schweitzer, Le Raincy, académie de Créteil.

Présences sensibles et temporalités (autour de Jean-Christophe Bailly) : texte de Dimitri Derat (pdf)

Descriptif du séminaire A :

Séance 1 / Les vestiges du temps dans les œuvres artistiques

Une des analyses séminales de Bailly montre que le portrait pictural procède de l'adieu au visage. Regarder c'est éprouver la profondeur de la distance temporelle qui rapporte le proche au lointain. Nous avons ouvert les perspectives en cherchant dans le rythme et le style de l'image l'expression d'une temporalité toujours singulière.

Séance 2 / Les temporalités animales

Reprenant les analyses de Bergson concernant le rapport de l'espace au temps, nous avons cherché à capter dans le style et le rythme de la présence animale la trace de sa temporalité spécifique.

Séance 3 / Les temporalités en psychanalyse

L'expérience de la cure analytique est celle d'un enchevêtrement de mouvements et temporalités psychiques dont la présence sensible est d'abord celle du dire, de la voix qui le porte en ses timbres et inflexions, et du désir inconscient qui tente de s'y frayer un chemin.

Séminaire B : Battre la mesure

  • Nicolas Dubuisson, professeur de physique-chimie, lycée Ravel, Paris, académie de Paris.
  • Martine Gasparov, professeur de philosophie, lycée Renoir, Paris, académie de Paris.
  • Olivier Moulin, professeur de philosophie, lycée Rabelais, Paris, académie de Paris.
  • Gaëlle Périot-Bled, professeur de philosophie, lycée Jules Ferry, Paris, académie de Paris.

Battre la mesure : texte de Martine Gasparov et Nicolas Dubuisson (pdf)

Descriptif du séminaire B :

Séance 1 / Passer à la mesure ou se passer de la mesure ?

À partir d'une visite virtuelle d'une sélection d'inventions techniques exposées au musée des Arts et Métiers (cadrans solaires, clepsydres, collections d'horlogerie) et d'une relecture du chapitre « Des Boiteux » de Montaigne, nous avons cherché à réfléchir au sens et à la légitimité de la mesure du temps : ordre propre au réel ou artifice conventionnel ?

Séance 2 / Ce que bat la mesure

Dans l'expérience musicale, la réalité temporelle échappe à la régularité artificielle du métronome, mais elle est révélée par une autre régularité, la vibration d'une corde. Sa mesure physique permet de proposer un dépassement de l'opposition entre quantité et qualité du temps, en s'appuyant sur les implications du concept d'onde, ainsi que sur la réception bergsonienne d'Einstein.

Séance 3 / Prendre la mesure de l'instant

L'instant comme unité sans épaisseur semble échapper à la mesure, sauf à entendre la mesure au sens moral ou qualitatif. En travaillant sur des textes de Montaigne et de Bachelard, cette séance a cherché à appréhender l'épaisseur de l'instant, en articulant la scansion du temps à l'expérience de l'écoute musicale.

Séminaire C : L'internet et le temps

Paul Mathias, inspecteur général de l'éducation nationale, groupe philosophie.

L'internet et le temps : texte de Paul Mathias (à venir)

Descriptif du séminaire C :

Séance 1 / Le temps des machines

L'efficacité et la robustesse de l'internet tiennent à sa structuration technique et à l'exploitation des propriétés de son infrastructure matérielle. Il en résulte l'expérience d'une l'instantanéité communicationnelle économe de la présence des autres et qui induit donc une reconfiguration de la subjectivité, du moins dans sa dimension réticulaire : traces, vestiges, sédiments en sont les formes privilégiées.

Séance 2 / De l'estime à la merci d'autrui

Nos pratiques réticulaires marquent une manière de présence dont le statut est problématique : toutes sont pratiques d'écrit et toute pratique d'écrit est affirmation d'un soi diffus, presque inconsistant, et pourtant résilient en même temps qu'étroitement relatif au regard et aux évaluations des autres. Il en résulte un régime d'intersubjectivité dont la clé ressortit à des ruptures temporelles spécifiques.

Séance 3 / Le temps des communautés

La socialité réticulaire n'a que la consistance des translations communicationnelles qui l'animent. « Communauté » n'a dès lors plus le sens d'un effet décisionnel, mais plutôt celui d'un effet translationnel : il ne s'agit que de l'état métastable d'un ensemble déterminé et volatil d'échanges actuels d'information, le concept de « communauté » se définissant en termes de temps et non d'espace ou de lieu.

Séminaire D : Le temps et son irréversibilité

Bernard Piettre, professeur honoraire de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles.

Le temps et son irréversibilité : texte de Bernard Piettre (pdf)

Descriptif du séminaire D :

Séance 1 / Un univers sans histoire

Les modernes restent des héritiers de Platon et d'Aristote : à partir de Galilée l'éternité immuable des mouvements n'est pas réservée au monde supralunaire, elle s'étend à l'univers. Les lois de Newton n'indiquent aucune direction du temps. Mais apparaissent déjà des indices contrevenant à cette vision intemporelle du monde, qui n'est déjà plus celle de Kant.

Séance 2 / La flèche du temps

Au XIXe siècle, l'émergence de la thermodynamique - dont le second principe met en évidence l'irréversibilité de la déperdition d'énergie d'un système dynamique, et ce à l'échelle même de l'univers - dérange une vision du monde mécaniste intemporelle. Peut-on attribuer à l'univers une temporalité qu'on aurait tendance à réserver à la vie de la conscience, ou au vivant ?

Séance 3 : Le jeu créatif du hasard et de la nécessité

Peu à peu les phénomènes biologiques, géologiques, puis cosmologiques apparaissent tous avoir une histoire, et donc un cours irréversible, où hasard et nécessité se combinent au point de rendre imprédictible le futur, donnant raison à la formule de Bergson : « le temps est invention ou il n'est rien du tout ».

Séminaire E : Métaphysique contemporaine du temps

Muriel Cahen, professeur de philosophie au lycée Pablo Picasso de Fontenay-sous-Bois, académie de Créteil.

Descriptif du séminaire E :

Séance 1 / L'irréalité du temps ?

Nous avons discuté de l'article de McTaggart, « L'irréalité du temps » (1908). L'auteur y distingue deux façons de concevoir le temps. Il montre que la première est contradictoire, que la seconde exclut le changement et il en conclut l'inexistence du temps. Nous nous concentrerons sur les difficultés soulevées par la première conception du temps.

Séance 2 / Le temps comme structure d'événements

Nous sommes revenus sur la seconde conception en examinant la construction russellienne du temps à partir des événements et de leurs relations. Nous avons interrogéle statut métaphysique du temps ainsi « construit » et la façon dont la conception russellienne du temps peut répondre à l'objection de McTaggart, en rendant compte du changement.

Séance 3 / La persistance des objets à travers leurs changements

Nous avons approfondi les différentes conceptions du changement impliquées par les théories du temps précédemment évoquées, notamment en examinant comment elles peuvent rendre compte de la persistance et de l'identité des objets qui changent.

Mis à jour le 06 décembre 2019
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