Éduscol

Les grandes étapes de la géographie scolaire de 1870 à nos jours

Les nouveautés radicales des années 2000

Après les hésitations de la fin du XXème siècle, les années 2000, voient surgir très vite une série de nouveautés qui bouleversent le paysage de la géographie scolaire. Elles sont à la fois didactiques et conceptuelles.

Au plan didactique, l’introduction de l’étude de cas

La nouveauté majeure concerne l’introduction de « l’étude de cas » en 2001 en classe de Seconde et sa généralisation dans les autres niveaux à partir de 2009, dans les programmes actuels, aussi bien au collège qu’au lycée. L’étude de cas devient le cœur de l’étude d’une question. On lui réserve un temps important et son thème peut dans certains cas être choisi par le professeur, ce qui lui laisse plus de liberté. L’étude de cas n’est pas un simple exemple illustratif puisque c’est par son intermédiaire que le professeur doit faire comprendre à ses élèves les notions ou concepts géographiques qui sont au programme. Cette nouvelle démarche, si elle est bien appliquée, est lourde de conséquences. Elle signifie la fin des vieux clivages entre géographie régionale et géographie générale puisqu’on s’appuie sur des cas locaux ou régionaux pour faire de la géographie générale. La démarche inductive, préconisée de longue date par les didacticiens, est pleinement reconnue. Enfin, l’étude de cas permet d’échapper à la tentation encyclopédiste, qui fut toujours le problème de l’enseignement de la géographie, comme de l’histoire.

De nouvelles notions au cœur des enseignements

Les programmes des années 2000 confirment l’importance accordée au  système-monde  et à la mondialisation, déjà enseignée en Terminale depuis 1987, mais qui devient la notion centrale du programme de quatrième introduit à la rentrée scolaire 2011. Ils confortent aussi la géographie comme la discipline de l’organisation, de l’aménagement et du développement des territoires. Parmi ces territoires, une des notions centrales de la géographie, une place particulière est accordée aux territoires de proximité : l’agglomération et la région où vivent les élèves. Toutefois, en dépit d’une insistance nouvelle sur ces différentes notions, on reste encore dans une certaine continuité avec les programmes antérieurs.

Le changement principal concerne la place nouvelle et majeure accordée au développement durable qui occupe la totalité des programmes de 5e et de Seconde et traverse aussi partiellement les autres classes. Ce thème pose à nouveau clairement la question des rapports entre géographie savante et géographie scolaire. Car en l’occurrence, c’est la géographie scolaire qui innove la première. Jusqu’aux années 2000, seule une poignée d’universitaires, pour l’essentiel des géographes physiciens, venus à l’environnement, comme Yvette Veyret, s’intéressent à la question. C’est la demande scolaire qui dynamise la production, voire la recherche universitaire dans ce domaine, notamment via l’inscription de cette question aux concours de recrutement des professeurs comme le CAPES ou l’agrégation.

On voit aussi réapparaître dans ces nouveaux programmes la géopolitique qui met évidemment au premier plan les acteurs spatiaux, par exemple au travers d’une étude de cas inscrite au nouveau programme de Terminale L et ES, intitulée : Le Sahara, ressources, conflits, dont l’actualité n’est pas à démontrer. De manière significative, en 2012, une des questions inscrites au programme du CAPES est La géographie des conflits.

Comme par le passé, ces nouveaux programmes peuvent faire l’objet de polémiques qui trouvent un écho jusque dans la presse quotidienne comme l’atteste un article récent [11] du  géographe Gérard-François Dumont, professeur à la Sorbonne, à propos du nouveau programme de Première, accusé de « se réduire à une vulgate économiste »…

La géographie scolaire affirme donc aujourd’hui son autonomie par rapport à la géographie savante. Ce processus d’autonomisation est très clair concernant la rédaction des manuels, qui revient maintenant de manière très majoritaire à des équipes de professeurs de l’enseignement secondaire et d’inspecteurs pédagogiques régionaux, en particulier au collège. Les inspecteurs généraux, longtemps directeurs de collection, avaient été interdits de rédaction par le doyen de l’Inspection générale dans les années 1990 et les universitaires, qui continuent d’être sollicités ponctuellement, ne dirigent quasiment plus de collections.

L’autonomisation est liée aussi au fait que la géographie scolaire assume peut-être plus qu’avant ses missions spécifiques avec la montée en puissance d’une didactique disciplinaire, face aux difficultés grandissantes de prise en charge des jeunes générations.

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[11] Dumont Gérard-François et Béchet Hélène, Géographie : mais où sont passés les hommes, Libération, 7 décembre 2011