Éducation à la défense

Organiser la défense et la sécurité de la nation

Un ensemble de ressources issus de sites de référence est proposé aux professeurs pour leur permettre de mieux comprendre comment les responsables politiques ont, dans l'histoire récente, pensé, conçu et organisé la défense et la sécurité nationale. Cette sélection de textes de réflexion et d'articles critiques est présentée de manière à éclairer les enjeux et montrer les adaptations nécessaires permettant de répondre au plus juste aux crises à gérer.

Lorsque le général de Gaulle, dans son deuxième discours de Bayeux en 1952, affirme que « la défense est la première raison d'être de l'État. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même », il ne songe pas simplement à la future mise en place des instruments qui assureront la pérennité de l'État dans des situations de crises, il souligne l'importance du primat régalien. La Constitution de 1958 le rappelle, le président et le gouvernement prennent un rôle essentiel quand un évènement extraordinaire survient, qui nécessite réaction et sursaut. Mais à la prise de décision s'ajoutent aussi des instruments qu'il ne faut nullement sous-estimer : en amont, une analyse fine et globale des risques et des menaces, qui informe le politique et qui s'appuie sur des documents précisant l'état du monde tel qu'il est ou qu'il sera ; en aval, des mécanismes qui ordonnent, délèguent, organisent entre actions civiles et militaires, selon des directives et des choix voulus par le politique.

Tristan Lecoq : « Assurer la sécurité de la Nation. La question de l'organisation de la défense nationale »

Les documents fondamentaux

Les ordonnances de 1959

Il paraît nécessaire, pour comprendre les principes qui organisent la défense et la sécurité nationale de revenir aux textes fondamentaux. Le choix s'est porté avec évidence sur les ordonnances de 1959 qui s'inscrivent dans la continuité de la Constitution votée l'année précédente, et qui cherchent à maintenir la continuité de l'action gouvernementale entre temps de paix et temps de guerre - ou en temps de crise. Ces ordonnances sont essentielles car elles définissent très clairement que « la défense a pour objet d'assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population » (article 1), et prévoient ensuite les mesures à prendre : mobilisation de tous les secteurs essentiels, pour garantir un fonctionnement de l'État et garantir les besoins de la population. Ces ordonnances ont été partiellement revues en 1980, avec comme innovation principale la fin de la séparation formelle entre temps de paix et temps de guerre au profit d'une situation de crise généralisée pour laquelle les autorités civiles et militaires devaient se préparer.

Les Livres blancs

Mais se préparer à quoi ? Le monde dans lequel sont rédigées les ordonnances de 1959 est finalement assez connu et si le spectre d'une déflagration n'est jamais écarté, on a un ordonnancement du monde entre deux blocs idéologiquement constitués (les États-Unis et l'Union soviétique), appuyés sur des alliances militaires (l'Alliance atlantique et son bras armé, l'OTAN pour l'Ouest, le Pacte de Varsovie à l'Est) et des fonctionnements politiques, économiques et sociaux très différents. Pour comprendre cet affrontement, qui prend diverses formes et notamment des formes périphériques, il convient de se doter d'outils de prospectives qui pensent les menaces à venir pour imaginer une défense toujours mieux préparée et à même de préserver la paix et l'équilibre en préparant la guerre. C'est l'objet des Livres blancs qui en matière de défense et de sécurité nationale, définissent les « principes, priorités, cadres et les moyens mis en place pour assurer la sécurité de la France ». Ces Livres blancs trouvent une traduction dans la mise en place des lois de programmation militaire (qui fonctionnent sur cinq ans). Le premier Livre blanc sur la défense nationale a été publié en 1972 et évoque notamment les bases de la stratégie de dissuasion nucléaire française. Le second, en 1994, se trouve à la charnière entre la fin de la guerre froide et un nouvel ordre du monde. Deux autres ont suivi, en 2008 et 2013, qui ont pris en compte les nouveaux dangers - « plus de menaces aux frontières, mais plus de frontières aux menaces » - et ont souligné le continuum entre défense extérieure et sécurité intérieure. En 2017, une Revue stratégique a été effectuée, plus resserrée mais avec les mêmes attendus.

Ces exercices de prospectives que sont les Livres blancs doivent être accompagnés d'un travail d'aménagement des forces armées et de l'outil de défense. Or, de façon tendancielle, les programmes d'armement s'allongent, coûtent toujours plus cher et se traduisent quelquefois in fine par l'entrée en fonction de matériels qui sont adaptés pour la période à laquelle ils ont été conçus, et moins pour celle où ils seront amenés à servir. Alors que la nature des conflits évolue, qu'on parle de guerres asymétriques et de conflits hybrides, il convient de voir comment les armées s'adaptent.

Joseph Henrotin, « Publication de la Revue stratégique : le défi du caractère de la guerre et de l'adaptation des forces », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n°55, août-septembre 2017

Aider à comprendre et à mettre en perspective

L'État, en France, s'appuie sur des outils et des structures qui pilotent la réflexion et conduisent l'action dans une perspective stratégique. Essentiel, le Secrétariat Général de la Défense et Sécurité Nationale (SGDSN) appartient aux services du Premier ministre (en liaison étroite avec la Présidence de la République), pour animer, coordonner et assister le chef du Gouvernement dans l'exercice de ses responsabilités en matière de défense et de sécurité nationale.

Il est accompagné, et relayé dans son action, par plusieurs ministères, aux premiers rangs desquels le ministère des Armées, le ministère de l'Intérieur, celui de l'Économie, les Affaires étrangères...

Chacun prend sa part dans la gestion de la crise, surtout quand celles-ci sont complexes et requièrent une action interministérielle en France ou à l'étranger.

Le modèle de la gestion de crise selon le SGDSN

Quelle que soit la crise, il existe des modalités de la traiter au travers de plans de contingence, qui sont régulièrement l'objet de remises à jour, d'entraînement et d'exercices. Les plans Pirate, par exemple, visent à s'opposer à des attaques terroristes en prévoyant des modalités d'intervention.

Les plans Pirate

Sur le territoire, selon les spécificités locales, les autorités peuvent s'appuyer sur un arsenal de mesures dont le plus emblématique est le plan ORSEC (Organisation de la Réponse de Sécurité Civile) à l'échelle départementale et sous la responsabilité du préfet.

 Le dispositif ORSEC

Enfin, l'actualité impose de préciser que dans certains cas, notamment liés à des problématiques de santé, les établissements de santé disposent de leurs propres plans, les plans blanc, pour mobiliser leurs ressources face à un afflux extraordinaire de patients ou une crise sanitaire d'ampleur inégalée.

Le plan blanc dans les établissements de santé

Le but de cette organisation : la résilience de la nation

Toutes les mesures prises et évoquées servent un même rôle : assurer la continuité de l'État, le fonctionnement du gouvernement, la garantie des besoins essentiels de la population. Souvent, ces objectifs sont résumés par l'emploi du terme de « résilience ». Cette notion, devenue au fil du temps un mot-valise, est empruntée à la physique des matériaux, et définit la capacité par laquelle ce même matériau retrouve sa forme et sa taille initiale après avoir été soumis à une forte pression extérieure. Il s'apparente à la ductilité. Le terme a ensuite migré pour coloniser d'autres domaines, celui de l'écologie d'abord puis la psychologie humaine avec les travaux d'Emmy Werner en 1982 - et Boris Cyrulnik en France.

Consultez :

Mais le terme se retrouve aussi dans le domaine de la sécurité et de la défense nationale, pour souligner les capacités individuelles et collectives à surmonter une période de tension extrême. La résilience est devenue une attitude à adopter pour faire face, au mieux, à un environnement incertain, où les risques et les menaces sont multiples, et protéiformes. Le Président de la République a ainsi décidé le 25 mars 2020, en pleine crise du Covid 19, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d'état-major des armées, de lancer l'opération « Résilience ». Cette opération militaire inédite sera dédiée au soutien des services publics et des Français dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection. Le nom de l'opération est porteur de sens, y compris dans les développements qui suivront cette crise.

 Communiqué du lancement de l'opération « Résilience »

Cette nécessité tient largement au changement de paradigme intervenu avec la période ouverte à la fin de la guerre froide : à l'existence de deux blocs appuyés sur des alliances militaires ont succédé des conflits d'un nouveau genre, que les armées occidentales ont eu du mal à comprendre. L'existence d'un continuum entre défense extérieure et sécurité intérieure s'est affirmée, au fur et à mesure qu'on passait de ces menaces aux frontières à l'absence de frontières aux menaces et de la défense aux frontières à la défense sans frontières.
Comme il parait impossible de tout prévoir, la logique de l'expression politique et militaire aboutit à des modèles souvent associés à des verbes d'actions : prévenir, résister, absorber, s'adapter, répondre et réagir, l'ensemble permettant en théorie de limiter et corriger les impacts d'une crise. Il s'agit aussi, au sein de chaque État, d'identifier les réseaux, les moyens, les outils dont il doit disposer pour garantir la permanence de son action et la protection de ses concitoyens. Ainsi s'explique la nécessité de protéger les opérateurs d'importance vitale, des entreprises et des moyens (réseaux d'adduction d'eau, infrastructures électriques et de communication, alimentation...) pour assurer l'essentiel, c'est-à-dire la continuité de la vie nationale.

Les OIV et leur protection

Pour aller plus loin

Afin de permettre de travailler ces questions, il convient de se référer à des ouvrages et des sites qui sont utiles et peuvent appuyer la constitution de séquences pédagogiques, adaptées à chaque niveau.

  • Tristan Lecoq, Enseigner la défense, Paris, Ministère des Armées, 2018
  • Tristan Lecoq « France : de la défense des frontières à la défense sans frontières » in Questions internationales numéro 79-80, « Le réveil des frontières » Paris, La documentation française mai-août 2016
Mis à jour le 02 avril 2020
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