Joséphine Baker entre au Panthéon

Mis à jour : novembre 2021

Sur décision du Président de la République, Joséphine Baker rejoint le Panthéon le 30 novembre 2021. À travers ce destin, la France distingue une personnalité exceptionnelle, née américaine, ayant choisi, au nom du combat qu’elle mena toute sa vie pour la liberté et l’émancipation, la France éternelle des Lumières universelles. Artiste de music-hall de renommée mondiale, engagée dans la Résistance, inlassable militante antiraciste, elle fut de tous les combats qui rassemblent les citoyens de bonne volonté, en France et de par le monde.

Une vie romanesque et engagée

L’artiste

Joséphine Baker en 1940
- Crédit: photographie Studio Harcourt, Paris

Freda Josephine McDonald nait le 3 juin 1906 à Saint Louis, dans le Missouri (Etats-Unis) dans une famille très pauvre aux origines afro-américaine, amérindienne et espagnole. Ses parents sont artistes de rue et elle danse dès son plus jeune age, tout en faisant des travaux domestiques pour des familles aisées. Quittant l'école à 13 ans pour se marier, elle divorce un an plus tard et rejoint une troupe d'artistes qui la conduira à Philadelphie. A 16 ans, après l'échec d'un second mariage, elle parvient à rejoindre New-York pour se produire, dans des petits rôles, dans des comédies musicales à Broadway.

Remarquée, elle se voit proposer le rôle principal d'un spectacle devant se dérouler à Paris. Elle rejoint ainsi la France en octobre 1925 et se produit au Théâtre des Champs-Élysées puis aux Folies-Bergères.

« Vivre c’est danser, j’aimerais mourir à bout de souffle à la fin d’une danse. » Dans sa mythique performance à la ceinture de bananes donnée dans son premier spectacle présenté en France, La Revue Nègre, Joséphine Baker a su utiliser les clichés racistes et sexistes pour désarmer et se moquer de ses contemporains aux mœurs colonialistes. Au-delà de l’aspect engagé de sa performance, Joséphine Baker était une danseuse de grand talent qui aimait jouer avec le pouvoir libérateur de la musique, théâtraliser ses interprétations avec diverses grimaces ou imitations, et considérait la danse comme un art de vivre, celui de tout donner jusqu’à plus soif.

Joséphine Baker a contribué à l’introduction du jazz en France à travers sa participation à la « Revue nègre » créée en 1925 à Paris. Chanteuse et danseuse c’est une artiste de music-hall complète qui a enregistré de très nombreux titres en français en en anglais au cours de sa carrière dont le célèbre J’ai deux amours (Vincent Scotto, Géo Koger, Henri Varna). La filmographie des année trente permet de voir l’actrice en train de danser et chanter (Loulou, Princesse Tamtam, non accessibles sur des sites officiels à ce jour). Une comédie musicale éducative intitulée Sacrée gamine écrite par Emmanuelle Lizière et Didier Delepeleer est fréquemment jouée par les écoles pour retracer son parcours et lui rendre hommage.

L’engagement patriotique et la Résistance

Joséphine Baker en tenue d’officier de l’armée de l’air (1948)
- Crédit: photographie studio Harcourt, Paris

Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, Joséphine Baker est au sommet de sa gloire. Elle vit en France depuis une quinzaine d’années et a même acquis la nationalité française, par un nouveau mariage, deux ans plus tôt. Profondément reconnaissante vis-à-vis de son pays d’adoption, où elle a connu un grand succès populaire, loin de la ségrégation raciale qui régit alors la société américaine, elle cherche le moyen d’exprimer son patriotisme.

Menant une tournée de spectacles pour les soldats au front pour motiver les troupes lors de la « drôle de guerre », également engagée au sein de la Croix-Rouge, où elle participe à la préparation et l’envoi de colis qu’elle finance elle-même pour plus de 4 000 filleuls de guerre, elle a été contactée par les services de contre-espionnage français avant le déclanchement des hostilités, et a accepté avec enthousiasme leur proposition de travailler pour eux, sous l’autorité du capitaine Jacques Abtey. Profitant de son activité d’artiste et de sa notoriété qui lui permet de se déplacer facilement et de fréquenter la société mondaine et les membres du corps diplomatique, elle glane des informations utiles, fait passer des messages et contribue au recrutement d’autres agents.

Après la défaite de 1940, l’occupation d’une partie du territoire français et l’instauration du régime de Vichy, elle refuse de continuer à chanter à Paris tant que les Allemands y seront, s’engage dans la Résistance, rejoint les services secrets de la France libre (« 2e bureau ») et, à partir de 1941, part, toujours accompagnée du capitaine Abtey, en Espagne, au Portugal ainsi qu’en Afrique du Nord et au Proche-Orient où elle chante devant les troupes alliées, finançant elle-même ses tournées (n’hésitant pas à traverser le désert en jeep, malgré les risques et une santé fragile) et versant ses cachets aux œuvres sociales de l’armée française et en faveur de la Résistance, alors que ses ressources financières personnelles s’amenuisent. Rencontrant les notables des différents pays dans lesquels elle se produit, elle effectue, avec le plus grand sang-froid, plusieurs missions de récolte et de transmission d’information (utilisant notamment ses partitions musicales pour faire circuler en toute discrétion des messages codés écrits à l’encre sympathique).

Immobilisée près de vingt mois à Casablanca, pour y subir des opérations chirurgicales lourdes, elle reçoit régulièrement des diplomates américains dans sa chambre d‘hôpital et emploi son énergie à plaider auprès d’eux la cause du général de Gaulle, dont Washington, alors, ne reconnait pas l’autorité.

Quelques semaines après le débarquement de Provence, Joséphine Baker, qui a officiellement rejoint les forces combattantes avec le grade de sous-lieutenant dans l’armée de l’air (elle a depuis des années son brevet de pilote), rejoint Marseille. Après la libération du territoire français, elle reprend ses activités pour la Croix-Rouge ainsi que ses spectacles pour soutenir le moral des troupes au front. Sa « tournée » s’achève à Buchenwald où elle chante devant une partie des survivants du camp.

Le combat antiraciste et la reconnaissance de la Nation

Joséphine Baker reçoit la médaille de la Résistance française en 1946 mais les autorités de l’armée française mettront plus de temps à reconnaitre son action militaire : il faudra attendre plus de dix ans pour qu’on lui attribue la Légion d’Honneur et la Croix de guerre.

Joséphine Baker crée son « Village du Monde », au Château des Milandes, domaine qu’elle loue à partir de 1937 et achète, dix ans plus tard. Une partie de la vie de Joséphine Baker s’écrit dans ce lieu patrimonial au cadre exceptionnel où elle vit, jusqu’en 1969, entourée d’une douzaine d’enfants de différentes origines qu’elle a adoptés et qu’elle appelle « sa tribu arc-en-ciel ».

À l’occasion de plusieurs voyages en Amérique, où elle redécouvre la ségrégation raciale, elle continue à s’engager contre les discriminations en défendant les droits des afro-américains, notamment aux cotés de Martin Luther King.

Meneuse de revue, ambassadrice de la haute couture française, femme du monde, danseuse engagée, militante anti-raciste, ce sont tous ses aspects de sa générosité et de son engagement que les clichés et affiches de son époque permettent d’appréhender avec un esprit critique.

Lors de ses funérailles en 1975, elle sera la première femme d'origine américaine à recevoir les honneurs militaires de la France. Inhumée à Monaco, elle entrera symboliquement au Panthéon le 30 novembre 2021.

Le Panthéon, symbole monumental de la mémoire nationale


L'ancienne église Sainte Geneviève

En 1744, le roi Louis XV, venu dans l'Est de la France diriger ses armées lors de la guerre de succession d'Autriche, tombe subitement gravement malade à Metz. Croyant, comme le reste du royaume, que sa dernière heure est arrivée, le souverain fait le vœu de dédier une grande église à Sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris. Contre toute attente, le roi de France guérit. Tenant parole, il ordonne l'édification de l'église au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, dans le Quartier latin. L'architecte Jacques-Germain Soufflot, qui conduit la construction de l'ouvrage de façon assez audacieuse, a l'ambition de rivaliser avec Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul à Londres. Le chantier ne fut véritablement achevé qu'à la veille de la Révolution.

Le Temple des « Grands hommes »

Le 2 avril 1791, la mort du tribun Mirabeau, alors considéré comme un héros de la Révolution provoque une forte émotion populaire. L'Assemblée constituante décrète deux jours plus tard que le corps de Mirabeau sera inhumé dans l'église Sainte-Geneviève, transformée en « Panthéon des gloires nationales ». L'architecte Antoine Quatremère de Quincy se voit confier la mission de modifier le bâtiment religieux et s'inspire, pour ce faire, du Panthéon (temple dédié à tous les dieux) de Rome, lui donnant son apparence actuelle.

Après Mirabeau (dont le corps sera finalement retiré de l'édifice après que le scandale de « l'armoire de fer » a mis en lumière son double-jeu), on décide de transférer au Panthéon le corps de deux grandes « figures » des Lumières : Voltaire et Rousseau et deux hommes politiques assassinés pendant la Révolution, dont Marat (qui en seront retirés plus tard).

Après avoir accueilli sous l'Empire les dépouilles de nombreuses personnalités civiles militaires, l'édifice est rendu au culte catholique à la Restauration.

Il faut attendre la IIIe République pour qu'une loi de 1881 fasse renouer le monument avec son passé révolutionnaire. Désormais dédié aux grands hommes de la République, il accueille en grandes pompes la dépouille de Victor Hugo. Une trentaine de personnalités seront successivement accueillies en son sein jusqu'à nos jours, de Lazare Carnot à Simone Veil, en passant par Emile Zola, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Victor Schoelcher, Jean Moulin, Felix Eboué, René Cassin, Jean Monnet ou Alexandre Dumas.

À ce jour, 74 hommes et 5 femmes ont été ainsi « panthéonisés ».

Pour aller plus loin

Sur Joséphine Baker

Spectacle vivant - Danse

Musique

Livre et lecture

Arts et Patrimoine

Cinéma/Audiovisuel

Les vidéos suivantes permettent d’aborder, en un temps très court et de manière très vivante, différents aspects de la vie de Joséphine Baker :

Sur le Panthéon