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Dans ce dossier

L'éducation musicale et l'utilisation d'outils technologiques

Brève histoire de l'utilisation de nouvelles technologies dans les programmes

Quand la discipline est créée en 1865, seul le chant et la pratique d'un instrument en classe par l'enseignant permettent l'écoute de musiques. Les programmes vont suivre les évolutions technologiques, souvent avec du retard.

1925 

L'explication des chefs-d'œuvre de l'art 

La raison principale invoquée pour justifier ce nouvel enseignement est que l'enseignement classique a quelque peu changé de nature ; "il vise moins haut et voit plus large." On peut donc introduire l'art… 

De plus le monde de l'image fait son entrée à l'école : "le livre n'est plus le seul instrument de travail de nos écoles; les images se sont multipliées et pénètrent partout". Le programme propose "l'image à lire", précédée d'un peu d'histoire et de biographie. 

L'annexe invoque les difficultés pour "donner à entendre" les œuvres, et justifie ainsi l'absence de la musique dans ces programmes. C'est la première référence à de la musique instrumentale donnée dans la classe. La présence d'un pianiste est nécessaire, même de deux pour les transcriptions d'orchestre. Aucune référence n'est faite à des moyens mécaniques ou électriques pour diffuser de la musique. 

Pourtant de 1898 à 1925 le développement du phonographe est très important. Les enregistrements sont nombreux, en particulier ceux de Caruso mort en 1921.

1937 1938 

Vers de nouvelles pédagogies : les méthodes actives 

Enfin l'audition de la musique enregistrée ou diffusée est évoquée. Son but : "amener l'enfant à comprendre, à l'aide des disques, de la T.S.F. ou de la musique directe, quelques œuvres de grands musiciens." Des moyens techniques sont préconisés pour donner l'accès aux œuvres. Il faut dire que c'est la période du plein développement des enregistrements par moyen électrique et de la radiodiffusion, à partir de 1920. C'est la période des grands enregistrements historiques : Mengelberg, Toscanini, Fürtwangler, Cortot, Fischer, Kreisler, Thill, pour n'en citer que quelques-uns.

1947 

Donner le goût de la musique. 

L'hégémonie de l'histoire de la musique. 

La grande nouveauté est la place importante offerte à l'audition. Les disques, les concerts et la radio sont les moyens préconisés. En 1947, en France le 78 tours est répandu. Le 33 tours microsillon ne verra le jour que le 21 juin 1948, aux États-Unis. C'est dans les années 50 qu'il supplantera le 78 tours.

1977 

Sentir d'abord, comprendre ensuite, apprendre enfin 

Le monde musical et scolaire s'est transformé depuis 1947: 

- l'école rentre dans la réforme Haby. 

- les pratiques sociales en matière de musique sont nouvelles. Grâce à l'effort de Marcel Landowski, la décentralisation artistique s'est opérée en France. Inspecteur Général de l'Éducation Nationale de 1975 à 1977, il imprime une nouvelle dynamique à l'éducation musicale. 

- le marché du disque est devenu considérable.

Culture musicale par l'audition d'œuvres : 

Pour la sixième et la cinquième le programme se résume à une phrase : "Apprendre à écouter des œuvres de toutes époques, de tous styles et de toutes origines en axant la recherche sur la reconnaissance du matériel sonore (instruments, voix) sans laisser de côté la sensibilisation aux caractères essentiels de l'œuvre". 

Pour les quatrièmes et troisièmes la chronologie, sans être imposée est conseillée. Les biographies sont proscrites, et l'étude des formes ne doit être ni livresque, ni abstraite.

1985 

Toutes les disciplines sont fondamentales et concourent à la formation. 

L'audition se voit attribuée une mission : donner accès à une culture. L'audition de musique est replacée dans son acte social devenu courant pour les adolescents. "Il est donc normal que le professeur prenne en considération le répertoire actuel. "Le but est d'amener l'élève à choisir "hors de la pression de la mode". C'est la première fois que l'on prend en compte dans l'élaboration des programmes, la pratique d'écoute éventuelle que les élèves peuvent avoir en dehors de l'école. Les pratiques sociales de référence sont en partie nommées. Les répertoires sont cette fois-ci globaux : on va du monde sonore de l'élève à celui de la planète, au travers des époques. 

Les compléments aux programmes insistent sur la qualité du matériel : "Classe insonorisée, matériel de reproduction sonore de qualité, disques ou cassettes en bon état, niveau sonore contrôlé, (…), manipulation sans faille. Le travail avec des cassettes permet un repérage plus aisé et plus rapide des séquences choisies. Il présente également l'avantage de réserver les disques d'une usure prématurée, des chocs et des rayures irrémédiables."

1996 

L'enseignement de la musique au collège est essentiellement fondé sur le plaisir musical partagé. 

Il se fixe une triple ambition : 

- développer la sensibilité esthétique des élèves. 

- affiner leur capacité d'expression artistique et d'invention en les familiarisant avec différents outils techniques. 

- établir progressivement des repères culturels à partir des pratiques et auditions musicales.

Cet enseignement a lieu, comme pour les arts plastiques "dans des salles spécialisées". (p 57, "chapeau" des enseignements artistiques) 

Le C.D., l'informatique musicale, le multimédia font partie intégrante des outils que l'enseignant doit maîtriser et utiliser. 

Un chapitre "Équipement" est rédigé dans les documents d'accompagnements de 6° : pp 80-81.

Dans les programmes de lycée l'élève doit acquérir une compétence en informatique musicale. 

L'élève devra être capable : 

d'interpréter un répertoire vocal diversifié et de tenir sa voix dans une polyphonie. 

d'acquérir la maîtrise d'un geste instrumental, dans une pratique individuelle et collective. 

de s'approprier les outils mis à la disposition par l'informatique musicale. 

de percevoir et de codifier des organisations sonores à l'intérieur des règles de jeu du système, analysées et reconnues dans les oeuvres tonales et non tonales. 

d'analyser - par l'écoute et la lecture - des oeuvres musicales afin de les situer dans leur contexte historique, esthétique et culturel. 

de réinvestir ces acquis dans des pratiques et des productions musicales individuelles et collectives.

2000 – 2001 

Des outils polyvalents et des compétences exigées 

Les nouveaux programmes de lycée, que ce soit l’option facultative toutes séries ou l’enseignement de spécialité de série L, situent l’enseignement de la musique « dans la continuité de celui dispensé au collège au titre de l'éducation musicale obligatoire ». Ils organisent les contenus en deux parties distinctes : 

§ La composante pratique qui « privilégie l'expression artistique individuelle et collective où chaque élève trouve sa place en sollicitant et renforçant ses compétences techniques »; 

§ La composante culturelle qui « prend en compte la diversité des répertoires en sollicitant le plus possible la sensibilité, les compétences et les motivations des élèves ». 

Dès la seconde de détermination, les compétences techniques développées doivent permettre à l’élève « d'utiliser un ou plusieurs outils mis à sa disposition par les technologies de l'information et de la communication et l'informatique musicale. » 

L’utilisation des nouvelles technologies fait l’objet d’un chapitre spécifique dans la rubrique « méthodologie de la mise en œuvre » du programme de terminale, option facultative toutes séries : 

« Les Technologies de l'information et de la communication d'une part, l'informatique musicale d'autre part, offrent à chaque instant des possibilités enrichissantes que le professeur utilisera avec pertinence dans toutes les activités du cours :
 - microphones, table de mixage, magnétophone (analogique, numérique, multipistes, Mini-Disc), synthétiseurs - en lien ou non avec un ordinateur ­ pour l'exploration et l'exploitation des univers sonores et l'approfondissement des pratiques musicales,
 - séquenceur et outils de création pour l'analyse et la mise en œuvre des notions du langage musical,
 - sites Internet, cédéroms sur la musique ou encyclopédies généralistes pour des recherches documentaires.
 Les possibilités créatives de ces outils seront particulièrement sollicitées. Dans la salle de musique ou dans une salle d'informatique de l'établissement, des logiciels d'édition MIDI ou audionumérique permettront un travail individualisé et autonome. »

L’enseignement de spécialité de série L développe ces perspectives en insistant précisément sur, d’une part ce qui relève de la communication et de la documentation (TIC), d’autre part ce qui permet la manipulation ou l’élaboration du matériau sonore et musical. 

Les Technologies de l'information et de la communication d'une part, l'informatique musicale d'autre part, offrent à chaque instant des possibilités enrichissantes que le professeur utilisera avec pertinence dans toutes les activités du cours :

               

Microphones, table de mixage, magnétophone (analogique, numérique, multipistes, Mini-Disc), synthétiseurs - en lien ou non avec un ordinateur Les outils d'enregistrement et de restitution du son proposent, à l'aide de technologies maintenant éprouvées et très accessibles, de multiples moyens de dynamiser les pratiques musicales. Déjà, l'utilisation d'un microphone approprié permet l'enregistrement d'un moment musical et son écoute critique par la classe qui peut ainsi devenir le guide critique de sa propre progression. Ceci suppose un magnétophone qui, lorsqu'il est multipiste permet en outre de transposer en classe des techniques familières des studios d'enregistrement et des compositeurs électroacoustiques. Les appareils numériques améliorent considérablement la qualité des prises et surtout, permettent de multiples manipulations sans dénaturation du signal. Les synthétiseurs et échantillonneurs mettent à la disposition de chaque utilisateur une multitude de sonorités permettant de développer des pratiques mixtes s'appuyant sur des matériaux originaux impossibles à reproduire sans eux. 
Séquenceur et outils de création sonore numériques Les possibilités de dissociation, de manipulation et de représentation offertes par les séquenceurs MIDI et audionumériques permettent d'envisager une multitude de situations interactives sur le discours musical. Une œuvre peut ainsi être explorée en partant de sa globalité jusqu'à l'écoute et la représentation d'un seul de ses éléments constitutifs. En retour, ces derniers peuvent se prêter à toutes les manipulations imaginables (mélodiques, rythmiques, harmoniques) pour en construire une connaissance intime. L'écoute et la représentation graphique immédiates (enveloppe dynamique, sonagramme, représentation solfégique traditionnelle) de chacune de ces étapes renforcent l'impact pédagogique de chaque expérience sonore. 
Sites Internet, cédéroms sur la musique ou encyclopédies généralistes Les ressources documentaires en ligne ou sur cédérom ne cessent de se développer. Muni d'un objectif clairement identifié, chaque élève peut ainsi compléter et approfondir des connaissances acquises en classe concernant, particulièrement, la partie culture musicale du programme. Le professeur trouvera aisément sur le réseau des documents MIDI libres de droits permettant une mise en pratique de certaines des œuvres étudiées. D'autres ressources documentaires pourront également être mobilisées par ce moyen, tout particulièrement celles concernant l'iconographie. Enfin, des encyclopédies généralistes ou des monographies sur certaines œuvres, il pourra extraire des éléments supplémentaires pour enrichir les pratiques menées en classe. 
Dispositions matérielles Si l'idéal reste de pouvoir disposer de l'équipement informatique approprié dans la salle spécialisée d'éducation musicale, une étape transitoire peut consister en l'utilisation des équipements polyvalents de l'établissement, en salle dédiée ou au CDI. Dans tous les cas, le professeur veillera à adapter ses démarches et exigences au matériel disponible. 

Ainsi, et pour la première fois dans les programmes de l’éducation musicale, si les potentialités documentaires et démonstratives des technologies sont précisément décrites, le développement de compétences spécifiques liées au « faire» de la musique par l’élève est un objectif explicite. Une nouvelle pratique instrumentale, davantage tournée vers la création sonore émergerait-elle ? 

Jean-Luc IDRAY 

Inspecteur d’académie – Inspecteur pédagogique régional 
 Académie de Grenoble