Lutte contre le décrochage scolaire

Enjeux et objectifs de la lutte contre le décrochage

La lutte contre le décrochage scolaire est une priorité qui a nécessité de déployer différentes mesures. C'est le résultat d'une politique de grande ampleur au niveau national, qui s'inscrit dans un cadre européen.

Le nombre de jeunes sortants chaque année sans qualification du système éducatif est passé de 140 000 en 2010 à environ 80 000 jeunes en 2019.

Définition du décrochage

Le décrochage est un processus qui conduit chaque année un grand nombre de jeunes à quitter le système de formation initiale sans avoir obtenu une qualification équivalente au baccalauréat ou un diplôme à finalité professionnelle, de type certificat d'aptitude professionnelle (CAP).

Ce processus est observable quel que soit le système de formation initiale : formation relevant du ministère de l'éducation nationale, ou du ministère de l'agriculture, jeune sous statut d'apprenti. Il est la conséquence d'un désintérêt progressif de l'élève pour l'école, fruit d'une accumulation de facteurs qui tiennent à la fois au parcours personnel du jeune et à la façon dont fonctionne le système éducatif.

La "roue du décrochage" illustre la complexité et la multiplicité des processus pouvant mener au décrochage scolaire (extrait du rapport de diagnostic (MAP, 2014)

La lutte contre le décrochage scolaire a fait l'objet d'une évaluation par la Modernisation de l'action publique (MAP), avec la publication en 2014 du rapport de diagnostic de la MAP et durapport final de la MAP précédés en 2013 du rapport de l'Inspection générale  « Alliances éducatives et approche pédagogique repensée ».

Les chiffres des jeunes en situation de décrochage baissent. Le taux de jeunes en-dehors de tout système de formation et sans diplôme du second cycle du secondaire est passé à 8,8 % (indicateur des sortants précoces Eurostat en 2018).  .

La lutte contre le décrochage scolaire en France

Une action interministérielle axée sur la prévention et la remédiation

La lutte contre le décrochage scolaire est une mission de l'éducation nationale (mission de lutte contre le décrochage scolaire, MLDS)

Elle s'intègre dans une action interministérielle pour repérer, mieux prendre en charge et accompagner les jeunes en situation de décrochage scolaire. Cela se fait par :

  • un outil : le système interministériel d'échange d'informations (SIEI) permet un repérage des jeunes en situation de décrochage à partir du croisement des bases de données du ministère de l'éducation nationale et de ses partenaires (agriculture, centres de formation des apprentis, emploi) dans le cadre de deux campagnes de repérage annuelles
  • les plates-formes de suivi et d‘appui aux décrocheurs (PSAD), chargées de contacter les jeunes repérés par le SIEI ainsi que ceux qui se présentent spontanément en PSAD, pour leur proposer un entretien et une solution personnalisée de retour en formation ou d'insertion.

Elle est organisée en réseaux Formation Qualification Emploi (FOQUALE) qui rassemblent les acteurs de l'éducation nationale intervenant dans la prise en charge des jeunes sortis sans diplôme : établissements, CIO, MLDS, structures de retour à l'école (SRE) de type microlycée.

Une politique publique partenariale intégrée

La lutte contre le décrochage scolaire s'inscrit dans une politique publique, de la prévention jusqu'à la remédiation du décrochage. Dans le champ de la remédiation du décrochage, ou de la prise en charge des jeunes sortis sans diplôme ou qualification du système de formation initiale, les mesures visent à renforcer et amplifier les actions déjà existantes.


La loi n 2014-288 du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l'emploi et à la démocratie sociale a confié aux régions, en lien avec les autorités académiques, la mise en œuvre et la coordination des actions de prise en charge des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ou sans un niveau de qualification suffisant. Un protocole d'accord entre l'Etat et l'association des régions de France (ARF) relatif à la lutte contre le "décrochage" scolaire signé au niveau national en juillet 2015 s'est décliné en 24 conventions "Décrochage", de type Etat-région fin 2015.

La réforme territoriale et la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel  ont attribué de nouvelles compétences aux régions pour un articulation entre tous les niveaux (régional, académique, départemental et infra départemental) et une meilleure prise en compte des spécificités des territoires.

La région académique devient l'échelon de mise en cohérence des politiques éducatives régionales en particulier pour les questions requérant une coordination avec la région ou le préfet de région comme la lutte contre le décrochage scolaire, l'utilisation des fonds européens. Dans ce cadre, sont nommés auprès des recteurs de région, des délégués régionaux académiques à l'information et à l'orientation (Draio) qui impulsent, coordonnent et accompagnent la politique régionale en matière d'orientation, d'affectation et de lutte contre le décrochage scolaire.

La politique partenariale se décline ainsi dans les académies et régions académiques sous l'autorité des recteurs, un correspondant académique contre le décrochage scolaire (CADS) présent dans chaque académie assurant l'animation et le pilotage des mesures en lien avec l'ensemble des acteurs locaux (établissements, réseaux FOQUALE, mission de lutte contre le décrochage scolaire, acteurs des PSAD,..). Ces correspondants assurent en particulier l'interface avec les régions dont le rôle a été renforcé en matière de lutte contre le décrochage. .

Des mesures contre le décrochage renforcées

Les mesures de lutte contre le décrochage scolaire sont renforcées à la rentrée 2020. L'article 15 (entrée en vigueur à la rentrée 2020) de la loi n°2019-791 du 26 juillet 2019 « pour une école de la confiance » concrétise l'engagement du gouvernement de lutter contre la pauvreté et le décrochage des jeunes les plus fragiles par une obligation de formation  pour tous les jeunes de 16 à 18 ans. 

Le public visé est celui des jeunes ni en études, ni en formation ni en emploi, « NEET ». La loi prévoit le droit, pour chaque jeune entre 16 et 18 ans, de pouvoir intégrer un parcours adapté à ses besoins. L'obligation de formation va au-delà du droit au retour en formation ou du droit à une formation professionnelle : elle inclut d'autres situations comme l'emploi, le service civique et l'engagement dans un dispositif d'accompagnement ou d'insertion sociale et professionnelle.

Sylvie Charrière et Patrick Roger ont remis, en 2020, un rapport "Formation obligatoire des 16-18 ans, Passer du droit formel au droit réel" dans lequel des propositions sont formulées pour la mise en œuvre de l'obligation de formation, comme levier pour mobiliser l'ensemble des acteurs autour cette mesure pour la réussite des jeunes.

Télécharger le rapport Formation obligatoire des 16-18 ans (format pdf)

Un décret précisera prochainement les modalités de mise en oeuvre et de suivi de l'obligation de formation des 16-18 ans.

La stratégie Europe 2020

L'Union européenne s'est engagée dans la lutte contre le décrochage scolaire qui constitue un enjeu majeur humain, social et économique. Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la France s'est engagée à abaisser le taux de jeunes en dehors de tout système de formation et sans diplôme du second cycle du secondaire à 9,5 % en 2020. En France le taux d'abandon scolaire est de 8,2% en 2020 (12,6 % en 2010).

Une initiative européenne en faveur de la prévention du décrochage et de la professionnalisation des GPDS : le projet TITA

Le projet européen TITA (Team Cooperation to Fight Early School Leaving : Training, Innovation, Tools and Action) soutenu par la Commission européenne s'adresse aux équipes éducatives pluri-professionnelles qui travaillent au sein des établissements du second degré et à leur formateurs. Il implique plusieurs pays (France, Luxembourg Suisse, Espagne, Slovénie) ainsi que l'IFÉ et le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq).

Le site web du projet TITA donne accès à des articles scientifiques sur le décrochage scolaire à travers une base de données thématique produite par l'institut de recherche européen (ERI) en Slovénie, ainsi qu'à une cartographie des chercheurs travaillant sur la lutte contre le décrochage produite par l'IFÉ.  Une plateforme en ligne appelée « TITAction » propose depuis 2017 des ressources réalisées à partir de l'observation filmée du travail des équipes pluri-professionnelles pour prévenir le décrochage.

Mis à jour le 10 juillet 2020
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