Permettre aux élèves de construire leur démarche de veille numérique (2011-2012)

Synthèse nationale des TraAM 2011 -2012 : « Permettre aux élèves de construire leur démarche de veille numérique » (2011-2012)

Développer un apprentissage de la veille sans mener une réflexion nécessaire sur les  apprentissages autour de la veille était indispensable à un traitement efficace du sujet. Il est difficile en effet présenter un résultat sur un thème sans avoir acquis au préalable des notions comme celle d’auteur, de croisement de l’information, de mots clés, de plan etc. Dans ce sens, la citoyenneté numérique a été aussi quasi omniprésente: identité et traces numériques, notamment avec les réseaux sociaux, les outils collaboratifs, le partage de signets et d’informations, les échange d’idées et analyses des ressources trouvées par les pairs, l’appropriation du travail des autres (mentions, citations, droits d’auteurs ).

Un dispositif pédagogique et institutionnel d’envergure
Exceptionnellement au nombre de 9 cette année, les académies impliquées (Aix-Marseille ⇒ Elisabeth Thibaudin, Besançon ⇒ Mickaël Porte, Bordeaux ⇒ Katrine Delage, Dijon ⇒ Alexis Pelte, Limoges ⇒ Magali Lesince, Nice ⇒ Didier Mouren, Reims ⇒ Sophie Bon, Toulouse ⇒ Anne Delannoy-Masclet, Versailles ⇒ Dominique Droniou) ont fonctionné en binômes ou trinômes.
10 niveaux ont été concernés : 3ème et 3ème DP 3, et 4ème pour le collège. BTS 1ère et 2ème année, terminale, terminale SES, terminale STG, 2nde, 1ère et 1ère  STG, 2nde, lycée pro pour le lycée.
Le cadre institutionnel a balayé large : PDMF, AP, TPE, B2i et C2i, classe relais 4/3ème, orientation, HDA, culture générale et les disciplines impliquées ont été nombreuses : technologie, lettres, SVT, ECJS, histoire géographie, physique chimie, physique appliquée, génie thermique.

Les thématiques (mettre en place une veille personnelle, s'abonner à des flux RSS, collecter des liens, littérature jeunesse // comité de lecture, veille sur des blogs d'auteurs, partage de lectures et de critiques, actualité, presse en ligne, droit des jeunes, ont été l’occasion d’aborder de nombreuses notions et apprentissages documentaires : veille informationnelle (en se centrant sur la démarche plutôt que l'outil), validation/sélection de l'information et des sources, fils rss, items B2i domaines 4 et 5, curation, social bookmarking, auteur, évaluation, pertinence et croisement et diffusion de l'information, sujet, plan, metamoteurs, annuaires, mots clés, booléens, identités et traces et citoyenneté numériques, droits d'auteurs.

Très nombreux, les outils ont été parfois utilisés en combinaison, sans problème réel de prise en main par les élèves : e-sidoc, Pearltrees, Diigo, blog, bureau i-Google, Scoop.it, Delicious, Google reader, Symbaloo, Google alertes, Twitter, Netvibes, Zootool, newsletters, Paper.li, Searcheeze, Feedly, Otograff, Kulisha, Pinterest, Kompozer, DOSSUP (iaca)
Combinaisons : Google reader - Pearltree - Twitter
À noter que certains outils nécessitent une autorisation parentale.

Compte tenu du thème, les productions attendues seront pour certaines effectives dans le courant de l’année prochaine : dossiers, schémas heuristiques, bureaux partagés, scénarios Édu’bases, revues de presse, collecte de signets partagés, tableaux de bord, arbres à perles.

Réflexions sur le thème 2011-1012

Sujet complexe et multiple, ce thème a suscité beaucoup d'intérêt et à été très porteur au point d'en devenir la thématique de certaines JAD (journées académiques de documentalistes). La question de veille comme objet d'apprentissage a donc été fort appréciée, le professeur documentaliste étant un veilleur par essence (rappelons toutefois qu’il s’agit d’un métier à part entière). D’autre part, il y a eu un réel apport de l'objet d'études, vecteur idéal dans l'acquisition des compétences documentaires fortes.

Pour traiter ce sujet qui requiert beaucoup de maturité, donc de travailler de préférence avec des élèves plus âgés, l’importance de partir de leurs besoins et intérêts a été soulignée. En effet, ils sont eux aussi dans un processus de flux d'informations mais totalement imperméables aux aspects juridiques, ne maîtrisent pas toujours les compétences info-documentaires requises et n'éprouvent pas le besoin de faire de la veille. Il faut donc susciter ce besoin. Ce sujet, sans doute trop difficile pour des élèves de collège et s'adaptant difficilement aux programmes, a été un cruel révélateur de leur manque flagrant de rigueur et de méthode. Si les mises en situations, complémentaires de la recherche documentaire, ont été concrètes et enrichissantes aussi bien pour les élèves que les professeurs, il a été tout aussi important que le besoin d'information et de veille soit initié par l'enseignant de discipline.
Globalement, les élèves se sont plus engagés dans un processus de curation que de veille : les scénarios basés sur le partage et la production ont donc été les mieux ressentis.

Un an reste bien trop court pour s'investir efficacement et surtout réinvestir les acquis dans cette démarche de veille : peu de personnes la connaissent et la pratiquent, le temps de prise en main d’outils toujours nouveaux (pas forcément toujours dans la réflexion ou l’association d'usages) est conséquent.
Autre écueil, les limites pédagogiques de la notion de veille ont été vite soulignées: en effet, les demandes documentaires pouvaient se résoudre avec un moteur de recherche, une encyclopédie ou un dictionnaire…
Les réinvestissements sont donc prévus à moyen et long terme : préparation au bac, aux concours, veille pour les professeurs principaux sur l'orientation, veille à titre personnel (loisirs).

Toutefois, l’impact sur le positionnement des professeurs documentalistes dans leur établissement et la reconnaissance de leurs compétences professionnelles, ainsi que sur le nombre de scénarios produits est bien réel. Des besoins de formation ont émergé au sein des équipes éducatives. La réflexion s’est portée sur la pertinence de l'outil, sur le transfert des usages de loisir vers des usages pédagogiques (web social), sur le risque d'usage artificiel.

Généralités sur le dispositif TraAM 2011-2012
Participer aux TraAM constitue une occasion de mettre en valeur la discipline et sa dynamique. Pour l'académie, cela permet souvent de créer de façon pérenne des groupes de travail et suscite de l'appétence pour des pratiques innovantes.
Dans ce sens, concernant les échanges intra académiques, il est souligné l’importance d’avoir des équipes stables et volontaires pour participer à ce dispositif. Les équipes imposées par les IPR ont beaucoup plus mal à fonctionner : manque de motivation, manque de connaissance des outils, donc perte de temps et défaut de mutualisation avec les autres académies. Certains échanges inter académiques n'ont pas abouti en raison de ce problème, qui rend le suivi des équipes très difficile. En cause également, le trop grand nombre de sujets proposés, trop différents aussi et le faible nombre de personnes parfois dans le groupe. A l’inverse, des groupes imposent une grande rigueur dans le travail collaboratif et nuit à la qualité des échanges pour une production continue. De nombreuses difficultés à harmoniser les progressions avec les binômes hors académie ont été signalées et les référents ont été mis en posture délicate à plusieurs reprises. Le soutien des IPR dans ces moments difficiles a été source de remotivation pour le travail des groupes.

Il est rappelé ici que le caractère expérimental des TraAM implique des équipes motivées et très à l’aise avec les TICE.

Conclusion
Le vrai moteur de la veille ce sont les relations humaines… Les groupes sont unanimes à souligner que ce qui a été très intéressant dans ce sujet sur « l’apprentissage de la veille numérique par les élèves », c’est que sa complexité, ses multiples dimensions et implications interrogent les professeurs documentalistes sur leurs pratiques de professionnels et en particulier celles d’enseignants dans un environnement où les pratiques des élèves questionnent, où les outils se succèdent mais où les acquisitions documentaires demeurent fondamentales.
Si cette démarche de questionnement, cette volonté de rester en « veille » fait progresser les professeurs documentalistes dans leur métier. Leur démarche pédagogique sera d’autant plus performante, notamment dans le cadre des apprentissages au niveau du collège, s’ils persistent dans leur volonté de consolider les acquisitions informationnelles de base qui découlent d’une démarche méthodologique solide et intellectuellement ancrée dans les pratiques des jeunes citoyens en devenir. Il s’agit de les adapter aux nouveaux visages du circuit de l’information.