Éduscol

Développement des pratiques pédagogiques en académie

Les projets 2015-2016

Huit académies ont été sélectionnées pour l'année 2015-2016. Vous trouverez sur cette page les résultats de leurs travaux, sous forme de scénarios pédagogiques, de tutoriels, mais aussi de pistes de réflexions et d’analyse sur les changements que l’utilisation des outils numériques provoque dans les pratiques pédagogiques des enseignants. Ces huit académies ont répondu à l'appel à proposition 2015-2016. (PDF, 250 ko).

Thèmes retenus pour les TraAM 2015-2016

Les travaux académiques mutualisés de langues vivantes, menés par des groupes inter langues, participent à une réflexion sur la plus-value du numérique dans l’enseignement des langues vivantes, et doivent donner lieu à des publications accessibles aux non spécialistes dans le cadre de la généralisation des usages.

Pour 2015 – 2016, les équipes sont invitées à travailler autour de trois thèmes :

  • Thème 1 : Usages autour du principe de la classe inversée.
  • Thème 2 : Cultures numériques, éducation aux médias et à l’information dans l’enseignement des langues vivantes.
  • Thème 3 : Démarche de projet collaboratif en cours de langues vivantes (eTwinning, projets transversaux).

Le travail autour de ces trois thèmes permettra de continuer et d’enrichir les pistes et réflexions amorcées l'année précédente dans le cadre des TraAM au sujet de l’amélioration de l’expression écrite notamment grâce à l’utilisation des outils numériques ; une attention particulière portera également sur l’utilisation des tablettes tactiles en cours de langues vivantes.

Le cahier des charges de fonctionnement des TraAM 2015 - 2016 (PDF, 159 ko)

Synthèse des TraAM 2015-2016

Les travaux engagés dans le cadre des TraAM en 2015-2016 ont amené les équipes des 8 académies retenues à poursuivre et élargir la réflexion sur la plus-value pédagogique des usages du numérique en langues vivantes, et à tirer des enseignements suite aux diverses expérimentations menées sur le terrain.

Synthèse des TraAM 2015-2016 (PDF, 340 ko)

Académie de Créteil

(Inspectrice : Sabine KITTEN - Référente : Agripina RODRIGUEZ)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail était composé de quatre enseignantes d’espagnol, de collège et de lycée ; ces établissements représentaient les trois départements de l’académie, et ont permis ainsi un travail à partir de contextes très différents.

Le travail mené dans le cadre des TraAM cherchait à mettre en œuvre une pratique de classe inversée, dans le but de voir si cela permet de remotiver les élèves, et redonner du sens au travail à la maison, en favorisant une meilleure implication en classe.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

La classe inversée a des effets positifs : davantage d’élèves ont fait leur travail en arrivant en classe, et les enseignants notent un meilleur investissement en classe de la part de tous ; enfin, les élèves timides ou en difficulté ont pris confiance en eux, parce qu’ils ont pu apprendre correctement à leur rythme ; plus confiants dans leur savoir et leurs capacités, ils se sont montrés plus à l’aise une fois en classe.

La classe inversée permet aux élèves de prendre connaissance des documents de travail à la maison, à leur rythme. Cette modalité de travail dédramatise des activités qui peuvent être source de stress, car perçues comme difficiles de la part des élèves. Lorsqu’ils ont pris connaissance en amont d’un document qui sert de base pour entraîner aux compétences de compréhension de l’oral, les élèves ne sont plus bloqués par la peur de ne pas comprendre ; ils connaissent le document, et, débarrassés de la peur de l’inconnu, ils sont intellectuellement prêts à travailler ensemble pour s’approprier les stratégies de compréhension que l’enseignant aura prévu de mettre en place.

La classe inversée est l’occasion de mettre en place une pédagogie différenciée et adaptée aux besoins et potentialités de chacun. Les élèves arrivent ainsi en classe avec quelque chose à apporter aux autres, qui n’ont pas travaillé selon les mêmes consignes. C’est avec beaucoup de fierté qu’ils transmettent aux autres ce qu’ils ont acquis, et deviennent acteurs de leur apprentissage.

La classe inversée permet de faciliter l’accès au sens à la maison ; chaque élève travaille à son rythme, et arrive en classe muni d’un savoir qui pourra alors être discuté, nuancé ou approfondi lors de la séance de cours en présentiel.

La question de l’équipement personnel des élèves s’est posée, notamment dans les établissements où les élèves sont pour la plupart issus de milieux modestes. Un sondage, réalisé en début d’année auprès de tous les élèves, a révélé que l’équipement n’était pas un frein : tous disposaient d’outils et de connexion chez eux pour pouvoir faire le travail demandé en ligne.

Toutefois, la pratique de la classe inversée n’est pas sans soulever quelques questions :

  • C’est une pratique très chronophage pour l’enseignant en terme de préparation
  • La pratique de la classe inversée nécessite une programmation fine et précise de la séquence : il faut anticiper constamment, avoir préparé et mis en ligne les documents suffisamment tôt afin de pouvoir donner le travail aux élèves à l’avance. Ils pourront ainsi avoir le temps de s’organiser pour le faire.
  • La classe inversée ne résout pas tous les problèmes : les élèves n’anticipent pas leur travail à la maison, et on constate que parfois le travail n’est pas fait, ou est fait de façon bâclée, au dernier moment.
  • Enfin, un outil souvent utilisé dans le cadre de la classe inversée est la capsule. Or, pour les langues vivantes, existe le risque de multiplier les capsules grammaticales. Si ces dernières peuvent être utiles, pour servir de renforcement, pour aider à la fixation des connaissances, il n’est pas souhaitable de les proposer en amont d’une séance. Il y a donc une vraie nécessité de réfléchir à la place et aux rôles qu’il faut accorder à ces capsules.

Les projets menés dans le cadre des TraAM sur le site espagnol de l’académie de Créteil.

Académie de Grenoble

(Inspectrice : Marylène DURUPT - Référente : Rafika SELMI)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail, composé de 8 enseignants représentant 4 langues vivantes (anglais, espagnol, allemand et italien), s’est donné pour objectif de mettre en place un modèle assez poussé de classe inversée. En effet, jusqu’ici, la classe inversée était utilisée de façon très ponctuelle, et donnait lieu à des activités d’anticipation essentiellement. Cette année, une partie des enseignants du groupe de travail ont continué à mener des expériences sur ce modèle. D’autres ont choisi de transformer la classe en start-up : toutes les phases d’anticipation, d’appropriation, de mémorisation et de réutilisation se sont faites en dehors de la classe. Pendant le cours, après une phase de mise en commun et de remédiation éventuelle du travail donné à faire à la maison, les élèves étaient systématiquement en groupe, et produisaient pour un public précis qui était en dehors de la classe.

Ce modèle de classe inversée implique de la différenciation en dehors et au sein de la classe, et un temps de classe réservé à la pratique de la langue et à la fabrication de supports en tout genre.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Le bilan est très positif pour les enseignants comme pour les élèves: ces derniers sont devenus vraiment acteurs, et ils y ont pris beaucoup de plaisir. Leur créativité a été encouragée, ce qui les a motivés et valorisés beaucoup. Les élèves ont pris plaisir à travailler ensemble, et sont même parfois revenus finir leur travail en dehors des heures de cours, pendant les récréations ou les temps libres. Ils ont été responsabilisés, car tout objet fabriqué en classe était destiné à un public.

L’efficacité de la classe inversée se mesure en classe. En plus de permettre un gain de temps, la classe inversée permet aux élèves de travailler à leur rythme tout en bénéficiant de l’aide de divers outils, de celle apportée par d’autres élèves ou encore par l’enseignant. Une fois de retour en classe, les élèves sont tous actifs au sens propre du terme. Tout ce qui a été travaillé en amont rend tout son sens à travers diverses tâches tout aussi différenciées que les parcours proposés en amont à la maison.

La classe inversée bouleverse les pratiques des enseignants, et les habitudes de travail des élèves. Pour être efficace, elle induit de repenser les supports proposés (qui doivent être différenciés), les activités à réaliser en présentiel, ainsi que la cohérence des contenus.

Lorsqu’ils créent des applications en réutilisant leurs connaissances, les élèves se donnent les moyens de transmettre leur savoir et d’évaluer leurs pairs. Le numérique produit du concret : on construit quelque chose dont on peut être fier puisque cela va pouvoir servir à soi et aux autres.

Les principales difficultés rencontrées ont été de trois ordres :

  • Le niveau sonore pendant les cours était vraiment très élevé.
  • Les élèves en situation de décrochage n’ont pas été totalement regagnés à la cause de l’école ; ils ont néanmoins montré beaucoup de bonne volonté ; discrètement, parfois, ils venaient sur leurs heures de permanence pour retravailler un projet. C’est l’occasion de valoriser des compétences dans lesquelles ils excellent, afin de créer un climat de confiance tout en leur redonnant l’envie d’être à l’école. La difficulté majeure pour ces élèves réside dans les supports différenciés qu’ils n’acceptent pas forcément. Certains regardent systématiquement ce que les camarades ont comme documents et peuvent se braquer à l’idée d’être considérés tacitement comme des élèves plus « en difficultés ».
  • C’est extrêmement chronophage pour l’enseignant, qui doit préparer en amont et mettre en ligne tous les documents que les élèves devront travailler chez eux ; vérifier avant le cours que le travail a été fait et que la mémorisation est satisfaisante, afin que l’heure de cours soit la plus adaptée aux besoins des élèves et optimale par rapport à leur production ; répondre aux différentes questions que se posent les élèves et qu’ils envoient à l’enseignant via Edmodo, etc.

Malgré tout, les enseignants restent positifs : ce mode de fonctionnement leur semble vraiment apporter beaucoup aux élèves ; de plus, si la mise en œuvre d’un tel modèle prend du temps la première année, tout n’est pas à refaire l’année suivante : un certain nombre de matériel pourra être réutilisé. En raison de la charge de travail, les enseignants ont travaillé ensemble et de manière étroite au sein de l’équipe des langues. Ils ont mutualisé leurs ressources en partageant des documents trouvés ou créés, et ont visité leurs classes respectives.

Les projets menés dans le cadre des TraAM sur le site interlangues de l’académie de Grenoble.

Académie de Guadeloupe

(Inspectrice : Jocelyne VIEILLOT - Référente : Fabienne MISSOUM)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail se composait de cinq enseignants formateurs en anglais exclusivement, mais a cherché à intégrer des enseignants d’espagnol et de créole, afin de créer un groupe interlangues. Quatre groupes classe, pour un total de quatre-vingts élèves, ont participé au projet. L’objectif du projet A school film club était de rendre les élèves spectateurs actifs, grâce à l’étude filmique. Il s’agissait de leur offrir une ouverture sur le monde, à la fois linguistique, culturelle et intellectuelle. En explorant l’art cinématographique anglophone, les enseignants et les élèves ont été amenés à utiliser les outils numériques, puisque la production finale était la réalisation de plusieurs courts-métrages sous-titrés dont le scénario et les dialogues ont été écrits par les élèves. C’est une activité qui met en œuvre des compétences interdisciplinaires, et qui est transférable à toutes les langues.

Le projet se découpait en quatre grandes phases de travail:

  • les genres cinématographiques
  • l’analyse de l’image
  • la critique de film
  • la réalisation des courts-métrages, avec pour finir une cérémonie de remise de prix.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Le projet A school film club nécessite de la part de l’enseignant une programmation rigoureuse du travail ; il est en effet primordial par exemple de délimiter le rôle de chacun afin de gagner en efficacité, lors des phases d’écriture notamment, qui s’avèrent très longues et nécessitent un réel investissement à la maison de la part des élèves.

Le temps de production est très long, et nécessite beaucoup de travail personnel, de la part de l’élève et de l’enseignant. Le travail de montage est également extrêmement chronophage pour l’enseignant. Il ne peut cependant pas être totalement délégué aux élèves.

L’utilisation des outils numériques est une vraie plus-value :

  • l’utilisation d’un blog permet à l’enseignant de mettre à la disposition de ses élèves les documents de travail étudiés en classe ; est favorisée ainsi une exposition accrue à une langue authentique.
  • L’équipement des établissements est très variable. Si certains sont dotés d’une caméra professionnelle et d’ordinateurs qui disposent d’un logiciel de montage, d’autres n’ont pas de quoi créer le court métrage. La question du recours au BYOD se pose alors, afin de permettre à tous de produire. En effet, certains téléphones permettent aujourd’hui de produire des films de bonne voire très bonne qualité.

Académie de Limoges

(Inspectrice : Marie-Claude REYNAL  - Référent : Raphaël SYS)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail était composé de cinq enseignants d’anglais et d’espagnol, et a réfléchi à la mise en œuvre des notions d’éducation aux médias et à l’information dans l’enseignement des langues vivantes. Ainsi, il leur semble pertinent d’aborder en cours de langues des notions telles que l’usage citoyen des médias ; de même, il est important d’apprendre aux élèves à savoir chercher sur internet, à se repérer dans la pluralité des points de vue, à se sensibiliser aux questions de l’actualité, et à savoir construire une réflexion à partir des médias.

Les enseignants ont mis en œuvre ce projet à partir de séquences qui traitaient

  • du réchauffement climatique
  • de la liberté d’expression
  • du développement durable et de l’écocitoyenneté
  • des armes à feu aux USA
  • d’internet en toute sécurité
  • de l’art et la critique de l’art.

Lors de ces séquences, les élèves ont été amenés à réaliser des productions diverses : articles multimédias, alimentation d’un blog, réalisation de micros-trottoirs pendant un voyage scolaire, débat filmé, réalisation de films...

En ce qui concerne l’équipement, la particularité du département de la Corrèze est que tous les élèves de 5e, 4e et 3e sont équipés d’iPad. Cet outil permet d’utiliser des logiciels de bureautique traditionnels, d’enregistrement audio et vidéo, et des outils en ligne tels que Padlet ou Wordsalad. L’enseignant peut quant à lui utiliser iTunesU, qui permet de construire son manuel scolaire auquel les élèves s’abonnent. Ainsi, les documents ajoutés par l’enseignant se mettent à jour automatiquement sur les tablettes des élèves.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Le bilan de ces travaux est très positif, du point de vue des enseignants et des élèves :

  • Les thèmes abordés et le travail proposé ont beaucoup plu aux élèves, qui se sont montrés motivés et investis.
  • Du côté des enseignants, les thèmes se sont avérés passionnants et extrêmement riches, et le travail autour de l’EMI a permis la collaboration avec des collègues d’autres disciplines, comme l’histoire-géographie. Les notions enseignées en cours de langues vivantes prenaient alors une nouvelle dimension pour les élèves, puisqu’elles faisaient écho à ce qu’ils étudiaient dans une autre discipline. Et pour l’enseignant, partager le travail et les interrogations avec un collègue d’une autre discipline a été très enrichissant.
  • Les élèves sont vraiment devenus acteurs et auteurs. Acteurs, car ils ont été sollicités pour faire des recherches sur internet, pour suivre des comptes Twitter et sélectionner des tweets qu’il leur semblait important de partager avec leurs camarades – et bien sûr, à chaque fois, pour présenter le résultat de leur travail en classe à tous. Et auteurs, car ils ont non seulement produit (des articles en ligne par exemple), mais aussi participé à la construction du cours : ce sont les ressources qu’ils avaient trouvées en faisant leurs recherches sur internet que l’enseignant a sélectionnées pour construire son cours. - Ces projets ont amené les élèves à pratiquer un usage raisonné des réseaux sociaux au quotidien. Grâce à un rituel mis en place par l’enseignant, The tweet of the day, chaque heure de cours commençait par la présentation d’un tweet choisi par un groupe d’élèves désignés au préalable. En amont, cela avait supposé un travail sur la fiabilité des abonnements : qui suivre, qui croire sur Twitter ?

Ainsi, ce travail de réflexion sur les thèmes actuels en utilisant des outils actuels a beaucoup touché et motivé les élèves, et a contribué à améliorer leur future position de cyber citoyens. Pour les enseignants, cela les aide à mieux concevoir ce que pourront être les EPI dans les collèges à partir de la rentrée 2016.

Les projets menés dans le cadre des TraAM sur le site interlangues de l’académie de Limoges.

Académie de Poitiers

(Inspectrice : Valérie VIDAL - Référente : Michelle FY)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail était composé de dix professeurs de collège, de lycée et de lycée professionnel, qui représentaient les quatre départements de l’académie. Deux langues étaient représentées : l’anglais et l’espagnol.

Le groupe a réfléchi aux usages autour du principe de la classe inversée, en profitant de l’expérience d’un collègue de sciences physiques qui a expliqué dans un article publié sur le site académique comment il a mis en place la classe inversée dans son collège, et le bilan qu’il en dresse.

L’objectif était d’utiliser les outils numériques pour anticiper et externaliser les apprentissages. Ainsi, l’apprenant a le temps de construire ses savoirs, de conforter ses bases et d’élaborer ses points de vue – compétences essentielles à la construction du citoyen de demain. Du côté de l’enseignant, il s’agissait de délaisser la transmission passive du savoir en frontal, afin d’accompagner différemment les élèves et les aider à produire.

Par ailleurs, le groupe de travail a également mis en œuvre un travail collaboratif et interdisciplinaire, dans le cadre d’un projet eTwinning, qui visait à enseigner la transmission de valeurs et de connaissances qui transcendaient la réalité linguistique : promouvoir une société solidaire et du vivre-ensemble, éduquer à la lutte contre les préjugés, les stéréotypes, le racisme. Ce projet a remporté le label de qualité « eTwinning ».

Les enseignants du groupe TraAM ont travaillé à l’élaboration de séquences en collège et en lycée qui met en œuvre une pédagogie active, davantage basée sur l’autonomie des élèves.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Fonctionner en classe inversée a fait naître chez les élèves un « mieux être » progressivement quantifiable, une meilleure attention en classe, et une réelle motivation. Ils ont appris à mettre en place des stratégies individuelles d’apprentissage, mais aussi des stratégies collectives : observer comment les autres travaillaient donnait lieu à un retour réflexif sur leurs propres pratiques.

Les élèves ont développé un sens des responsabilités et leur créativité. Ils ont ainsi gagné en autonomie, et ont pu être intellectuellement actifs lors de la réalisation des projets.

Pour les enseignants, qui étaient davantage disponibles, la classe inversée a favorisé un accompagnement différencié des élèves. La transmission passive du savoir en frontal a été délaissée, au profit d’une mise place de pratiques innovantes ; cela a donné lieu à des échanges entre collègues, pour avancer dans la définition de cet enseignant qui n’est plus l’unique détenteur du savoir, et qui est devenu un guide pour ses élèves.

Les outils numériques apportent une plus-value indéniable, dans la mesure où ils sont les outils de la communication et de la collaboration : les élèves peuvent poursuivre le travail de la classe car tous les documents de la séquence sont en ligne ; ils sont accompagnés même en dehors de la salle de classe, grâce aux capsules vidéo qu’ils peuvent consulter à leur rythme et qui leur servent à consolider leurs acquis.

Grâce à la classe inversée, les élèves sont en situation de réussite. En effet, ils ont pu prendre connaissance des documents en amont, et déjà entamer une réflexion guidée sur un sujet donné. Ainsi, ils ne sont pas pris au dépourvu ; en arrivant en classe, ils ont déjà des choses à dire. Les échanges à l’oral en cours deviennent plus riches et plus nombreux, y compris de la part des élèves en difficulté.

La mise en place de la classe inversée suppose un vrai travail d’anticipation et de planification de la part de l’enseignant : l’élève doit avoir les documents à sa disposition pour pouvoir se mettre au travail, et ce qu’il a à faire doit lui être expliqué clairement. Ces deux conditions sont indispensables pour qu’il puisse faire le travail et avoir confiance. Il faut à ce sujet éviter de donner une tâche trop dense ou trop complexe aux élèves. L’enseignant doit s’assurer que chaque élève a le temps et les aides nécessaires pour réaliser le travail qu’il demande.

Les projets menés dans le cadre des TraAM sur le site espagnol de l’académie de Poitiers.

Académie de Rennes

(Inspecteur: Rémy GUILLOU  - Référente : Régine BALLONAD – BERTHOIS)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail compte 7 professeurs (4 pour l’anglais et 3 pour l’espagnol) et couvre des classes allant du collège au BTS. Les professeurs du groupe développent donc des modes divers de classe inversée. Il s’agit de montrer que le modèle de classe inversée dépend en grande partie du profil de l’enseignant, et que chacun utilisera des outils différents, adaptés à ce qu’il veut faire avec ses élèves. Ainsi, 4 types de projets différents sont mis en oeuvre dans l’académie :

  • Travail à partir d’une application Classcraft, qui est un outil de gestion de classe qui permet de pratiquer la classe inversée. Les élèves choisissent un rôle ; en fonction de ce rôle ils ont des pouvoirs, qui sont importants car ils sont dans un groupe, et ne pas faire sa part pénalise l’ensemble du groupe. L’enseignante peut mettre des documents à disposition de ses élèves, et suivre le travail de ces derniers à distance.
  • Création d’un blog qui permet de faire le lien maison-lycée. Les élèves retrouvent le contenu du cours et découvrent d’autres liens. Un outil intégré de prononciation permet l’entraînement à la compréhension de l’oral et à la mémorisation. L’enseignante est satisfaite de ce mode de fonctionnement, qui lui permet d’obtenir le maximum de ses élèves.
  • Projet de simulation globale : Flanders Lane. Création d’un monde virtuel (ville, île) dans lequel l’élève peut interagir. Il accomplit une tâche finale déterminée par le rôle qu’il aura choisi. Il est également possible de faire participer des partenaires étrangers à ce monde virtuel et d’interagir avec eux ; ainsi, une enseignante française travaille avec une enseignante en Floride, et les élèves peuvent collaborer ensemble. L’enseignante a également créé un site (Leonard district) où elle met des documents à disposition des élèves en amont.
  • Une nouvelle forme de classe inversée : un enseignant a fait le choix d’abandonner la simulation globale pour créer une nouvelle forme de classe inversée, dans laquelle les élèves utilisent les moyens qu’ils veulent pour réaliser la tâche finale.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Les différentes expérimentations de classe inversée du groupe académique sont enrichissantes et variées. Elles vont de la mise à disposition de contenus sur un blog à la création d’un environnement virtuel en passant par la «classe accompagnée ».

En plus de l’autonomie des élèves, une des motivations non négligeable du recours à la classe inversée est le nombre réduit d’heures de cours, ce point est souvent soulevé par les professeurs de lycée. La classe inversée devient alors quasi nécessaire pour mener à bien l’ensemble des activités et des thèmes du programme.

Les expérimentations mènent une réflexion pertinente sur les deux phases de la classe inversée : le cours hors-classe et le cours en classe.

1) Le cours hors-classe

Il s’agit contenus mis en ligne à partir desquels l’élève doit travailler :

  • la production se limite souvent à une prise de notes d’après une écoute ou une observation qui seront utilisées en classe
  • la tâche à accomplir peut également se faire dans le cadre d’un environnement virtuel (c.f. Flanders Lane). Ceci permet une approche ludique, mais il faut veiller à ce que le monde virtuel soit accepté par les élèves : en effet certains professeurs ont rencontré des difficultés à imposer l’idée du monde virtuel car certains élèves ne voyaient pas l’intérêt de la démarche ou refusaient de concilier jeu et travail. Pour éviter cet écueil, un professeur a crée une classe inversée à la demande en accordant plus de place à l’individu et en adaptant les contenus aux besoins propres et non à un système artificiel.
  • le mur virtuel (Padlet) est une solution intéressante pour éviter que l’élève seul soit dépassé par la tâche ou incapable de l’accomplir. Le mur virtuel lui permet en effet de s’inspirer des commentaires ou prodictions des autres élèves.

2) Le cours en classe
L’élève est amené à utiliser en cours sa préparation . Plusieurs pistes ont été explorées :

  • Alternance ateliers en classe entière / classe inversée en demi-groupe : les ateliers fonctionnent de manière rotative et sont centrées sur une activité langagière (ou un exercice de type bac). Le travail en demi-groupe est préparé en amont grâce à un document, ce travail est rendu en classe et permet de répondre à des questions posées en cours. Les difficultés rencontrées sont liées à la tentation des élèves de profiter du travail à la maison sur internet pour tricher et au fait que le professeur doit être extrêmement disponible.
  • Tâches variées en îlots ludifiés : pour Flanders Lane, les élèves devaient produire des tâches différentes collectées à la fin du cours par le professeur. Cette approche exige un travail conséquent en amont et le professeur regrette de jouer le rôle « jongleur » car il récolte à la fin de l’heure toutes sortes de productions orales ou écrites. De plus, la classe inversée en îlots ludifiés n’est pas très adapté aux jeunes élèves.
  • Classe inversée à la demande : le thème et la tâche finale sont annoncés et les élèves se mettent au travail après un brainstorming, ils travaillent en îlots pour ajouter des éléments apportés grâce au travail hors classe puis partagent l’état d’avancement de leurs travaux.
  • Classe accompagnée : le travail hors-classe est ici réduit au minimum. Les élèves travaillent les activités d’une séquence dans l’ordre qui leur convient. Le travail défini pour la séquence doit être fait dans le temps fixé. Cette approche augmente l’autonomie et permet à chaque élève de travailler à son rythme. On doit noter cependant quelques problèmes tels que le bruit dont se plaignent de nombreux élèves, d’autres élèves se plaignent du manque de cours écrit structuré, organisé et que certaines leçons manquent d’explication.

Dans l’ensemble, la mise en place de la classe inversée a des effets positifs : on note beaucoup plus de solidarité entre les élèves qui n’hésitent plus à s’entraider. De même, ils s’écoutent mieux et ont compris que c’était important pour progresser. La classe inversée permet de se sentir libre, dans la mesure où les élèves peuvent choisir les outils qui leur conviennent pour réaliser leur travail. Les élèves sont toujours actifs en classe, puisqu’ils sont mis en situation de production à chaque cours. Enfin, le travail à la maison est dédramatisé : le fait de l’aborder de manière collaborative (chaque élève doit apporter sa contribution sur un mur virtuel ; il peut ainsi voir et s’inspirer de ce qu’ont fait les autres) rassure les élèves les plus en retrait et permet d’individualiser la remédiation ensuite.

Les TraAM 2015-2016 sur le site de l'académie de Rennes.

Académie de Strasbourg

(Inspecteurs: Marie-Christine MILLER-AMARD,  Patrice REY - Référent : Daniel MASSON)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le groupe de travail se compose de cinq enseignants de collège et de lycée, et représente trois langues vivantes : anglais, allemand, et italien. La plupart de ces enseignants ont déjà une expérience des modalités de la classe inversée, ainsi que des outils numériques mis en place par l’académie.

L’utilisation des outils numériques est logique dans une démarche de mise en œuvre de la classe inversée, et ils servent surtout pour faire travailler les élèves en dehors de la classe. Les enseignants se servent d’ENTEA, l’ENT de l’académie, dans lequel Moodle est intégré : quand les élèves se connectent à l’ENT, ils ont un lien direct vers Moodle, une double connexion n’est donc pas nécessaire. Moodle permet également de travailler avec d’autres professeurs, ou d’autres établissements.

Les travaux dans le cadre des TraAM portent sur toutes les activités langagières :

  • Compréhension orale ou écrite : les élèves ont la possibilité de comprendre les documents à leur rythme et de construire et consolider leurs propres stratégies de compréhension.
  • Production orale : les élèves peuvent choisir le moment où ils fournissent leur production et planifier leur discours.
  • Production écrite, et notamment interaction via le chat de l’ENT, dans le cadre de la création d’un glossaire, ou pour la production d’un wiki, qui permet de produire quelque chose en commun.

Les travaux peuvent porter sur plusieurs activités combinées. Par exemple, on peut demander aux élèves de donner, sur un forum accessible à tous et par écrit, leurs impressions à partir d’un document mis à leur disposition. Ils peuvent échanger et vérifier leur compréhension du document ; l’enseignant peut alors voir ce qui a été compris, et modifier son cours en fonction des besoins des élèves.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

La mise en œuvre de la pratique de la classe inversée a eu des effets positifs :

  • Elle augmente l’exposition à la langue des élèves, et l’appropriation du savoir se fait dans un temps choisi par l’élève, à un rythme qui lui convient.
  • Le travail collaboratif est encouragé, et peut donner lieu à une saine émulation entre élèves.
  • Moodle permet une vraie traçabilité du travail de l’élève, ce qui contribue à davantage le responsabiliser par rapport aux traces numériques qu’il va laisser.
  • Les outils numériques et la mise en place de la classe inversée permet à l’enseignant d’adapter son cours en fonction des réponses que les élèves ont données, et ainsi d’apporter une remédiation personnalisée et efficace.

Par ailleurs, quelques freins sont signalés :

  • La classe inversée est impossible à mettre en oeuvre quand les élèves ne font pas le travail à la maison.
  • Mettre en place la classe inversée est extrêmement chronophage pour l’enseignant.
  • L’utilisation de Moodle nécessite des connaissances numériques, et son interface n’est pas intuitive. Pour cette raison, son utilisation n’est pas généralisée par tous les enseignants, et les élèves sont méfiants par rapport à ces nouvelles pratiques et ce nouvel outil.
  • Une grande majorité d’élèves continuent à faire son travail au dernier moment. Peu d’élèves profitent de la mise en place de la classe inversée pour planifier autrement leur travail.

Académie de Versailles

(Inspectrice : Mme TORRES – Référente : Katrin GOLDMANN)

Les différents projets engagés dans le cadre des TraAM

Le Groupe d’expérimentation pédagogique (GEP)-Langues de l’académie de Versailles se composait d’un groupe de travail de cinq enseignants de collège et de lycée qui représentaient trois langues (anglais, allemand, espagnol). Le groupe a travaillé autour de trois axes :

  • Thème 1 : Usages autour du principe de la classe inversée

Les collègues du groupe de travail ont depuis plusieurs années déjà des habitudes de fonctionnement qui correspondent au cadre donné dans l’appel à projets du thème 1 la classe inversée : une pratique d’un enseignement non frontal, des élèves actifs et en tant qu’acteur social qui deviennent auteur de leur travaux (journaux, émissions radio, livres numériques…) qui dépassent le simple cadre de la copie ordinaire de l’élève. Nos élèves travaillent déjà en groupes et en autonomie, en classe et à la maison en utilisant des outils numériques divers. Différents travaux publiés sur les sites académiques en témoignent.
La participation aux TraAM 2015-2016 avait pour but de permettre de déterminer et définir la spécificité langues vivantes de la classe inversée et les expérimentations devaient permettre de proposer des fonctionnements transférables qui s’appuient sur des exemples concrets et expérimentés en classe. Trois collègues ont expérimenté avec des outils différents : Edmodo, blog et ENT.

  • Thème 2 : Cultures numériques, éducation aux médias et à l’information dans l’enseignement des langues vivantes

Là encore, nous avons acquis une certaine expérience notamment dans le domaine de la (web)radio (cf. nos publications sur le portail langues de Versailles) que nous avons souhaité approfondir. Plusieurs collègues ont également travaillé avec des réseaux sociaux (Edmodo, Twitter, Facebook) en classe.

  • Thème 3 : Démarche de projet collaboratif en cours de langues vivantes (eTwinning, projets transversaux)

Les trois thèmes ont été liés et croisés. Il n’a pas été exclu de proposer éventuellement des fiches outils pour rendre les nombreux outils numériques accessibles au plus grand nombre de collègues. Car il faut lever les freins aux usages numériques et désinhiber les collègues encore réticents au numérique ou encore tout simplement novices. Cette année, le groupe de travail n’a pas forcément présenté des séquences intégrales mais des projets, en général sous la forme de comptes rendus d’expériences, ainsi que des parcours de e-learning (parcours entièrement en ligne) sur la plateforme académique ELEA. Il s'agit entre autres de parcours "ludifiés" qui sont réalisables entièrement en autonomie. Le parcours en lui-même représente par contre une séquence intégrale.

Les réflexions induites par les travaux engagés dans le cadre des TraAM

Les 3 thèmes développés ont fait ressortir que la diversité des outils et des projets convergent vers un objectif commun : l’autonomie et le partage.

Dans le cadre de la classe inversée, l’autonomie est le maître-mot. Le groupe académique a défini des applications permettant l’élaboration de modules de classe inversée. L’exemple présenté en anglais est entièrement tourné vers la remédiation et la pédagogie différenciée d’élèves du lycée ayant des lacunes grammaticales. Malgré le caractère efficace et attrayant, le professeur rappelle que l’on n’est pas à l’abri de problématiques liées au concept même du travail à la maison (travail non fait, excuses non vérifiables), il faut ajouter à cela une absence de réflexe numérique des élèves lorsqu’il s’agit de travailler en ligne. Elle conseille par conséquent pertinent de réfléchir aux lieux d’apprentissage afin de permettre aux élèves de travailleur seuls en établissement.

En raison d’une amélioration et d’une simplification des outils numériques, de nombreux collègues n’hésitent plus à élaborer des projets, qui auparavant auraient semblé techniquement très ambitieux :

  • la WebTV en espagnol a permis un travail transmédia attrayant et sur l’expression orale et l’éducation aux médias
  • le musée interactif avec BYOD, QR codes et réalité augmentée a contribué à développer l’enseignement par les élèves eux-mêmes et à leur culture à l’aide d’un support de qualité et complètement interactif
  • l’enquête policière en français et espagnol grâce à un projet eTwinning a su intégrer des élèves aux profils très différents (dont certains avec des troubles de l’apprentissage) et des élèves de Finlande.

On remarque dans tous ces projets que l’appropriation des outils n’est pas réservée à une discipline, mais qu’elle est devenue entièrement transversale ce qui facilite la mise en place de projets interdisciplinaires et internationaux.

Le groupe académique conclut sur la motivation et l’implication des élèves. Celles-ci sont accrues grâce au partage, à la diffusion et à l’enseignement par les pairs. Le retour des parents dans tous les cas fut également très positif.

Projet interdisciplinaire français-espagnol : enquête policière sur le portail langues de l'académie de Versailles.