Prix de la critique 2015

Jury

Le jury de ce prix était composé de personnalités éminentes du monde de la critique de cinéma :

  • Thierry Méranger : Les Cahiers du cinéma
  • N.T Bihn : Positif

Le trophée a été réalisé par les élèves du lycée Georges Cabanis de Brive-la-Gaillarde (académie de Perpignan).

Lauréats

Des prix de la critique ont été décernés à cinq des 900 critiques publiées sur le blog du prix.

Les lauréats sont :

  1. ex aequo Chloé MORESI, (Seconde), Lycée général René Cassin, Tarare, académie de Lyon (Les Combattants)
  2. ex aequo Théo GIANGRECO (Seconde), lycée des métiers Paul Langevin, académie de Nic (Une belle fin)
  3. Solène NUGUES, (Seconde), Lycée général René Cassin, Tarare, académie de Lyon (9 Timbuktu)
  4. Réjane FRANTZEN (Première). Lycée général Jacques Callot. Vandoeuvre, académie de Nancy-Metz (Timbuktu)
  5. Victor LEPERE (Terminale L), Lycée général Sébastien Vauban, Saint Omer, académie de Lille (Le Sel de la Terre)

Deux classes ont également été récompensées pour une de leurs critiques et pour  la qualité du travail collectif réalisé durant l’année :

  • 1ère bac pro, Lycée des Métiers Europe, Reims
  • Seconde, Lycée René Cassin, Tarare, académie de Lyon 

Critiques récompensées

Premier prix (ex aequo)  Chloé MORESI, Seconde 2 du Lycée René Cassin, Tarare, académie de Lyon

Les Combattants, premier long métrage de Thomas Cailley, est l’histoire singulière d’un duo ébouriffant. Pendant les vacances d’été, Arnaud, dont l’avenir semble tout tracé et figé dans l’entreprise familiale rencontre Madeleine, une jeune femme qui cherche sans cesse à dépasser ses limites. Ils se découvrent l’un l’autre mais surtout, ils se découvrent eux-mêmes.

Dès la scène de rencontre, on distingue leurs traits de caractère, deux personnalités atypiques et diamétralement opposées. Arnaud est un jeune homme chétif, blond à la peau pâle ; il paraît presque malade. En face de lui, Madeleine, est un véritable garçon manqué. Avec ses nombreuses techniques de combat et son ton agressif, elle impressionne tout le monde. Il est assez rare de voir au cinéma une inversion des rôles aussi frappante que dans Les Combattants, surtout dans le cas du personnage féminin. Madeleine décapsule des bouteilles de bière avec les dents, donne des coups de tête lorsqu’elle est en colère, et parle sans arrêt de la destruction de l’homme par l’homme. De l’extinction de l’espèce. De la fin. C’est un personnage actif qui n’a pas de temps à perdre. L’opposition va jusque dans le prénom choisi : alors que « Madeleine » est rempli de douceur, son personnage est tout le contraire et regorge de brutalité. Ce récit initiatique montre comment, de deux mondes différents, l’amour peut créer un monde commun où chacun trouve sa place.

Ce film est doté d’une très belle distribution : les deux acteurs principaux, Adèle Haenel et Kevin Azaïs, sont frais et justes. Ils sont à l’image de leurs personnages, comme une métaphore de la pierre précieuse qui n’a pas été polie : bruts, purs, et magnifiques. Avec eux, on est loin de l’idéalisation américaine et parfois surréaliste des amours de jeunesse. Même les personnages secondaires sont très naturels, mise à part la mère d’Arnaud : l’actrice semble surjouer.

L’humour est un élément important et permet à plusieurs reprises de traiter avec légèreté des sujets graves, comme l’extinction de l’espèce humaine ou l’égoïsme de l’homme. « On ne voit pas arriver la fin. » Madeleine elle est tellement obsédée par la survie qu’elle en oublie de vivre. Et elle en paraît anormale, voire presque ridicule, tant elle est différente des jeunes filles de son âge que ce genre de sujets n’intéresse pas. « Tu penses que je suis folle ? » demande-t-elle à Arnaud. Mais il ne la trouve pas si folle que ça. Car au fond, lui aussi est fou. Fou amoureux d’elle. Pour la photographie, Thomas Cailley a fait appel à son frère David qui a réalisé de superbes images. On sent particulièrement l’attachement du réalisateur à sa région d’origine, l’Aquitaine. La couleur du film évolue en fonction des lieux de tournage : au début, autour du lac, à la piscine ou en boîte de nuit, l’ambiance tend vers le bleu, puis laisse place à une dominante verte pour toutes les scènes qui se passent à l’armée. Enfin, la tonalité se réchauffe et se rapproche du doré, de l’orange. C’est dans ces tons qu’est filmée une très jolie scène juste après l’évasion du camp militaire des deux personnages. Ils passent la nuit dehors, puis se mettent en route pour rejoindre la forêt. Ils s’arrêtent à côté de la voie ferrée et crient au passage des trains. Une magnifique liberté se dégage d’eux à ce moment. Ils montent ensuite au sommet d’un bâtiment et observent le paysage. Ils semblent surplomber le monde entier, pendant que le soleil couchant sublime leurs visages et délie leurs traits. Ils sont simplement beaux, et nous, on se sent heureux.

Le réalisateur glisse avec aisance et audace entre les différents genres : du buddy movie au film catastrophe, en passant par la comédie romantique, il explore beaucoup de pistes sans jamais se perdre. D’un certain point de vue, on pourrait penser qu’il cherche à se prouver qu’il est capable de tout faire, de par sa jeunesse et son manque d’expérience cinématographique. Mais l’originalité du film consiste aussi en ce changement de style.

Après la scène de l’incendie et le passage évident dans le genre catastrophe, on est surpris mais soulagé par la fin. Le feu a brûlé des millions d’arbres, mais la forêt se régénère. « Tout repart et recommence », comme nos deux amoureux.

Seul point entièrement négatif, la scène d’amour. Alors que tout le film fait preuve d’intelligence et de charme, on a affaire ici à des plans brouillons et clichés du sexe entre jeunes adultes. Aucune sensualité ne s’en dégage, c’est froid, trop rapide, et donne l’impression d’avoir été tourné sans inspiration. Finalement, on s’en passerait.

Les Combattants reste tout de même un excellent film que chacun peut apprécier. Avec ses acteurs pleins de force et d’énergie, Thomas Cailley donne un nouveau souffle au cinéma français.

Premier prix (ex aequo) : Théo Giangreco 2nd 6, lycée des métiers Paul Langevin, académie de Nice

« Une Belle Fin », rien n’est plus beau de pouvoir partir après un succès… Cette phrase résume assez bien ce nouveau long-métrage d’Umberto Pasolini. Il est vrai, le film peut s’avérer être lui-aussi un succès. Premièrement, le jeu d’acteur sobre, réaliste d’Eddie Marsan, permet une approche parfaite de son personnage John May, typiquement anglais et quelque peu coincé, mais passionné par son travail. Son travail est d’ailleurs pour ainsi dire étonnant ; John fait partie d’un service mortuaire et doit alors s’occuper de mener une enquête pour retrouver les membres d’une famille d’une personne seule, pour assister à son enterrement. Malheureusement, malgré sa persévérance, John assiste souvent (voir tout le temps) seul aux enterrements. Ainsi, en premier lieu, nous découvrons un homme solitaire, vivant pour son travail et entouré de vieilles habitudes maniaques (comme ranger systématiquement les choses bien droites…). De plus, il ne semble pas profiter complètement de sa vie, se cantonnant à s’occuper de celles des autres, mais qui ne sont plus. « Une belle Fin » est donc un film sobre, de par ses décors intérieurs (souvent bleus, couleur froide)), marquant un semblant d’apaisement et de tranquillité, d’autant que le film se passe la plupart du temps dans des cimetières, mais aussi de par ses dialogues, peu présents mais toujours justes et sincères. La sobriété n’est ici pas du tout un adjectif négatif, au contraire, car dans ce film, celle-ci montre la simplicité, mais surtout la justesse, et aussi la solitude du personnage principal (montrée par des plans fixes), que ce soit dans sa vie privée ou dans sa vie professionnelle, d’ailleurs notre personnage semble être plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Ainsi, pratiquement tous les décors de ce film rappellent le personnage. Celui-ci présente aussi de nombreuses séquences lentes, soutenues, certaines se répétant (pour montrer la routine de la vie quotidienne, quelque peu triste, de John), mais présente aussi de magnifiques gros plans ; notamment lorsque John regarde les photos de tous les morts qu’il a essayé d’aider pour qu’ils aient de la famille à leur enterrement. Ce gros plan, accompagné d’une musique magistrale réalisée par la femme de Pasolini, nous montre tous les visages de ces personnes mortes, mais qui ont eu une vie qu’ils ont vécue avec des rires, des larmes, des espoirs, des rêves,… mais ils sont morts et n’appartiennent plus qu’au monde du passé et sur des photos, soigneusement conservées dans un bel album par John, sûrement pour se souvenir de ces personnes. Le film a donc certaines parties mélancoliques, fatalistes, mais il est surtout réaliste, car c’est ce qui attend tout le monde. Pourtant, Pasolini a inséré quelques scènes marquées par une légère ironie, rappelant le bon humour anglais basé sur le décalage et l’auto dérision (référence à la mauvaise alimentation des anglais lorsque John mange des boites). Ce mélange fait la puissance du film et permet de ne pas être trop lourd sur un sujet assez triste, le réalisateur veut nous montrer que la vie continue, bien que certains soient morts. Alors que la première partie du film est basée sur le fatalisme, la mélancolie et la solitude, la deuxième partie est humaine et pleine d’espoirs : Celle-ci commence à partir du moment où John se voit confier la mission de William Stoke, un homme seul, dépressif et alcoolique, mort dans son appartement qui se trouve en face de celui de John. « Bill » Stoke va alors être sa dernière mission car le patron a décidé de licencier notre héros, à cause de sa soi-disant « lenteur » (pourtant personne ne semble aussi fidèle et passionné par son métier que John lui-même). Nous allons donc assister à l’intégralité de la mission, compliquée et tortueuse, et presque policière, qui va entrainer John aux quatre coins de l’Angleterre. Il va alors rencontrer des gens, leur parler, des anciens compagnons d’armes de Bill, son ancienne compagne, en passant par deux jeunes SDF et sa fille, nous allons assister à une transformation de notre personnage ; il devient alors plus ouvert aux vivants, et par la suite, commence à profiter de la vie : il boit à la bouteille du whisky avec les deux clochards (alcool qu’il ne semblait avoir jamais touché), il change de vêtement, abandonnant son costume (encore sobre) pour un style plus coloré et décontracté, perd quelques habitudes rigides et surtout il semble commencer à avoir des sentiments pour la fille de Bill, Kelly Stoke. Ce changement de comportement, et les espoirs et les efforts de John, qui avait alors réussi (sans doute pour la première fois) une mission et commencé à profiter de la vie s’avérèrent presque inutiles… Le film reprend alors son thème fataliste du début, malgré ses efforts, sa passion et ses espérances, la mort finit toujours pas emporter l’homme dans l’oubli. Le film est donc un cercle, un cycle, disant que la mort finit toujours par venir chercher les hommes. La fin est d’ailleurs ironique, John a toujours été présent aux enterrements des autres, mais personne n’est au sien, ironie du sort, d’autant que sa plus grande peur (c’est-à-dire traverser la route), a été pour lui fatale et tragique,… De plus John avait donné sa place réservée de cimetière à Bill (la meilleure du cimetière), et lui se retrouve alors enterré sans croix, oublié de tous, dans un simple terrain vague… Pasolini voulant peut être nous monter qu’on ne profite plus de rien après la mort et qu’une belle- ou pas belle- place est futile pour un mort ? Ironie encore, John n’est pas là pour assister à son (unique ?) succès professionnel, et son enterrement a lieu en même temps que celui de Bill, ainsi, aucun de ses amis n’est là pour lui… Le titre du film est par ailleurs très intéressant. En anglais, « Still Life », « une nature morte »désigne sans doute la vie de John linéaire et sans but ou la nature peut désigner le caractère d’une personne ? En français, « Une belle fin », pour qui ? Pour Bill ? D’autant que John est mort de la manière la plus tragique. Pourtant, à la fin du film nous pouvons peut-être mieux comprendre le titre ; les esprits des morts viennent à la tombe du héros et sont reconnaissants envers lui pour son travail. Cette touche fantaisiste et fantastique du film nous montre alors un autre aspect de sa vision ; même les morts sont reconnaissants et peuvent encore être les vivants qu’ils ont été (avec des sentiments, des pensées,…) et reprend la question de y a-t-il une vie après la mort ? John peut partir en paix et d’autant qu’il a réussi sa dernière mission, il arrive «sur une belle fin » et a trouvé le sens de son travail et même de sa vie : aider les hommes…

Ainsi, ce film est une parfaite réussite cinématographique d’Umberto Pasolini, qui nous montre son talent de réalisateur, et qui a son style propre (quoique proche du réalisateur japonais Yasujiro Ozu), un style intériorisé, sobre, calme et modeste. Bravo !

3ème prix : Solène NUGUES, 2de 2, Lycée René Cassin, Tarare, académie de Lyon 

L’insoutenable absurdité de l’être

Pour son nouveau long métrage « Timbuktu », Abderrahmane Sissako nous emmène pendant 1h37 au cœur de la vie des habitants victimes du djihad et raconte, en parallèle, l’histoire d’une famille de Touaregs vivant dans le désert. L’auteur nous fait vivre l’émotion d’un père qui ne pourra pas revoir sa femme ni sa fille avant sa condamnation, ainsi que le combat des habitants en lutte contre les interdictions absurdes imposées par des djihadistes déraisonnés.

Kidane et sa femme Satima, éloignés des problèmes de la ville, doivent faire face à un événement qui va bouleverser leur vie. En effet, agriculteur et père de famille épanoui, Kidane confie son troupeau de vaches à un jeune berger, jusqu’au jour où GPS, sa vache préférée, est prise au piège dans les filets du voisin pêcheur. Celui-ci n’hésite pas à la tuer, ce que n’admettra pas le touareg, qui le tuera à son tour, accidentellement. Commence alors l’histoire de son arrestation.

Ce film à hauteur d’homme est touchant et frappant. La violence des djihadistes y est montrée tout en retenue, nous contraignant à ne pas détourner le regard. C’est une des forces de ce film hors du commun. Autre point fort de Timbuktu : l’importance accordée aux femmes. Ces combattantes qui ne lâchent prise à aucun moment, essaient de garder leur dignité dans une société qui les dénigre. Effectivement, le réalisateur met en avant leur combat à plusieurs moments du film : Satima, la femme de Kidane, résiste au djihadiste qui vient lui rendre visite parce qu’elle refuse le port du voile; la poissonnière, elle, refuse de mettre des gants, défiant les hommes de lui couper les mains. Il y a aussi cette femme que l’on fouette pour avoir fait de la musique, et qui chante encore pour ne pas s’effondrer face à la douleur provoquée par les coups.

Toutes les images de « Timbuktu » surprennent par leur splendeur, mais il faut tout de même revenir sur certaines, particulièrement marquantes. Le film porte le nom de la ville malienne de Tombouctou, mais a été tourné en Mauritanie. La beauté des paysages désertiques, des dunes de sable à perte de vue nous présente un cadre idyllique malgré les atrocités perpétrées et subies au quotidien. On ressent cela dans la scène du meurtre d’Amadou le pêcheur. Le plan s’élargit sur le lac paisible, sur cette atmosphère calme et pourtant troublée par les derniers sursauts de cet homme mort, dans l’eau, comme s’il tentait désespérément de se redresser, en vain. Cette image oppose magistralement la beauté du monde à la laideur des hommes, qui la souillent, la salissent par des actes vils et ancrés depuis toujours dans l’histoire des hommes. Ce plan panoramique nous rappelle également l’histoire de deux personnages bibliques : Abel le berger et Caïn le cultivateur. Le combat fratricide entre le berger et le pêcheur y fait sûrement allusion. La violence présente au début de l’humanité serait-elle indéracinable ?

Le film se termine par la course effrénée de deux enfants à travers les dunes, en alternance avec celle de la gazelle présentée dès la première scène. L’épuisement débute et clôt l’histoire. Ces symboles d’innocence et de beauté sont sacrifiés par des hommes qui ne comprennent rien. Le savant et théologien Alcuin dit « la liberté de l’homme, c’est l’innocence » … deux valeurs condamnées par les djihadistes.

4ème prix : FRANTZEN Réjane, 1erS3. Lycée Jacques Callot. Vandoeuvre, académie de Nancy-Metz

Nous sommes donc à Tombouctou : la ville, peu à peu, est conquise par les membres de la « police islamique » (comme l’affirment leurs gilets pare-balles) : AK-47 brandies, les djihadistes font régner l’ordre en interdisant la musique et en ordonnant aux femmes de se voiler, de porter chaussettes et gants face au sable du désert. Pendant ce temps, un éleveur vit heureux dans les dunes voisines avec sa femme et sa fille. Mais il tue son voisin par accident, et se retrouve prisonnier des djihadistes. Timbuktu adopte une structure lente, où le rythme de l’intrigue générale est constamment brisé par des vignettes de vie quotidienne, quand les soldats patrouillent en ville pour maintenir leur loi, aussi violente qu’absurde. La première force du film est de nous les montrer ordinaires. La deuxième est de nous frapper d’images et de situations parfois très puissantes : on n’est pas près d’oublier cette séquence de match de foot sans ballon (puisque le jeu est désormais interdit) où tous les jeunes sont regroupés. Une forte émotion nous envahie. Nous sommes touchés par la situation. En effet, même sans ballon les jeunes arrivent à faire du football. Pendant le match, aucune dispute même quand le but est marqué. Ce moment reste gravé dans nos esprits. Il nous fait réfléchir et douter. On en vient à se demander si cette scène se passe réellement. Ou cette scène atroce de lapidation d’un couple enterré jusqu’au cou. Mais le réalisateur Abderrahmane Sissako n’est pas un cinéaste manipulateur : au moment où la lapidation commence, il fait habilement le choix de couper dès l’impact des premières pierres, de faire une ellipse pour souligner l’horreur de l’événement.

Le film est puissant mais garde une progression tout en douceur et grâce. Désireux de rappeler que l’islam, ce n’est pas le djihadisme, et vice versa, Sissako réussit à faire rigoler sur des islamistes grotesques, mais il évite soigneusement de les présenter comme des brutes épaisses dénuées de la moindre parcelle d’humanité : «Celui qui est barbare est d’abord un être humain. Avant d’être égorgeur, il a été enfant.»

Le film dénonce très finement l’intolérance, l’obscurantisme religieux, et l’arbitraire. Dès l’ouverture du film, les djihadistes s’entraînent au tir sur des fétiches (le terrorisme contre la tradition), une femme fouettée chante pendant son supplice alors que son crime a été justement de chanter.

Au départ, une gazelle qui s’enfuit. « Ne la tuez pas, fatiguez-la ! », crie le chef des djihadistes qui la poursuivent en jeep. C’est ce qu’ils font aussi avec les hommes et les femmes. Cela passe par le mépris et la destruction des marques culturelles. Cela passe par des interdits en tous sens : ni cigarettes ni jeux ni musique ni même le loisir de s’asseoir devant chez soi ; Les femmes sont les premières visées, que l’on marie de force, contre la volonté de leurs parents. Sans jamais renier sa condamnation de l’extrémisme, Abderrahmane Sissako dialogue par le cinéma – avec la même fermeté mais aussi la même dignité que le sage imam de la mosquée de Tombouctou – avec ceux qui exercent leur terrible répression. Il s’engage et nous engage pour une vision humaniste forcément plus complexe que les raccourcis médiatiques. Timbuktu, le chagrin des oiseaux, ce film au si beau titre, est à la fois hommage aux souffrances et aux morts et célébration de la résistance des vivants. Les acteurs choisis possèdent tous un certain charme. Toya est une magnifique jeune fille. Sa mère est elle aussi sublime. Elle est mise en valeur, en particulier, dans la scène où elle se lave les cheveux avec sa fille. C’est un instant rempli de douceur jusqu’à ce qu’un membre des djihadiste arrive.

Un film d’une rare puissance. Très esthétique, « Timbuktu » rend notamment hommage aux paysages africains époustouflants (dunes, rivière…). Le spectateur en sort ébloui et plus intelligent. Chaque scène possède un objectif. Abderrahmane Sissako est un artiste engagé. Le cinéaste nous montre avec intensité les mépris des djihadistes envers le peuple malien. Sissako veut nous marquer et nous faire réaliser les horreurs dont ces hommes et ces femmes sont victimes. Certaines séquences sont de la poésie à l’état pur. Tout le monde devrait aller voir ce film admirable.

5ème prix : Victor Lepère, Terminale L, Lycée Sébastien Vauban, Saint Omer, académie de Lille

Dompter la lumière, éclairer le monde….
Si photographie vient de « lux », la lumière, alors Salgado a compris comment l’apprivoiser. A travers son oeuvre toute entière, Salgado a su capter les côtés les plus lumineux mais aussi les plus sombres et obscurs de l’humanité. Wim Wenders, lui, a totalement adhéré à son travail et son film le prouve. C’est en utilisant en voix off la voix de l’homme qu’il admire que Wenders fait jaillir les véritables émotions des photos. C’est aussi, grâce à un sublime montage de fondus qui confondent la photo et le visage de Salgado, qu’il insiste sur le moment vécu autour de la photo. On comprend alors pourquoi ce cadre, cet endroit et ces personnes.
A travers ce film, nous sommes amenés à découvrir la longue et prolifique oeuvre de Salgado. « Autres Amériques » rend compte d’un premier projet, celui d’un jeune photographe en quête de découverte et d’aventure. Mais c’est bel et bien à partir de « Sahel », son deuxième projet photographique, que le travail de Salgado va prendre un nouveau sens. Son départ vers cette partie de l’Afrique va le marquer à tout jamais.
« Sahel » et « Exodes » vont marquer Salgado à un point que la blessure sera décrite comme « balafre de l’âme » par Salgado lui-même. Ses différents voyages au Congo ou encore au Rwanda seront déterminants pour le comprendre en tant qu’artiste. Il compara cette partie de son oeuvre à la mort de la forêt verdoyante qui entourait la maison de ses parents au Brésil. Après ces deux projets, il recherche une forme de rédemption dans son nouveau projet « Instituo Terro ».
Ce projet est une entreprise pharaonique : il s’agit de replanter la forêt autour de la maison de ses parents. Grâce à cela, il retrouve la vie. Puis vient son dernier projet : « Genesis ». Son but fut celui de montrer la vie, la beauté de la nature et sa grandeur. Ce projet fut un véritable regain d’espoir. Au terme de ce film, il faut voir la vie et l’oeuvre de Salgado comme la vie de cette fameuse forêt qu’il a sauvée. D’abord pleine de vie puis abandonnée, mourante et enfin renaissante, Salgado est à l’image de cette forêt ; il le dit lui-même à la fin du film : « Je suis aussi nature qu’un arbre, qu’un bout de caillou ».

Classes lauréates

Lycée des Métiers Europe, 1ère bac pro, Reims

Ce film assez brouillon en apparence est une œuvre beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît par la multiplicité des thèmes abordés : la culpabilité, l’isolement, la vieillesse, l’amour, le deuil, l’homosexualité… Nous sommes spectateurs du deuil de deux personnages que tout oppose mais qui sont finalement très liés. La relation entre les deux progresse doucement. Si, on devine assez vite la destination de l’histoire l’itinéraire n’est pas toujours prévisible. Lilting est donc la construction d’une relation improbable et quelque peu forcée entre Richard un jeune homme et Junn la mère de son petit ami récemment décédé. Celle ci ne sait rien officiellement de l’homosexualité de son fils défunt. C’est aussi une histoire de langage soulignant la difficulté de parler et de se faire comprendre, d’où la traductrice, et surtout c’est une magnifique histoire d’amour qui triomphe de la mort, de la haine et de l’oubli. Les « zigzags » opérés dans le temps ( flashback, ellipses, anticipations) soulignent à la fois notre assujettissement au temps et la liberté que l’on peut prendre vis à vis de lui. C’est peut être une évidence mais le quotidien la masque trop souvent : les sentiments nous font triompher du temps, donc de la mort et le cinéma est un lieu privilégié pour éveiller et comprendre nos sentiments qui cadencent notre vie. La cadence serait la traduction littérale de Lilting et cette cadence délicate, toute en douceur est sans doute une méthode propice à une relation humaine satisfaisante. Reste la délicatesse des personnages, de la musique, de l’histoire, des images, qui achève de vous convaincre que ce film est un détour nécessaire. Les chemins les plus long ne sont ils pas les plus enrichissants, les plus plaisants ? Lilting serait alors une sorte d’itinéraire bis pour les spectateurs curieux d’en apprendre plus sur les hommes et les relations humaines… La relation à l’autre ou aux autres n’est-elle pas souvent une question de tempo, de savoir trouver le bon rythme ?

Seconde 2 du Lycée René Cassin, Tarare, académie de Lyon

Si le titre « Qui Vive », annonce de l’action, du suspense et de la vivacité, il se révèle bien trompeur : en effet, la vie de Chérif, le personnage principal interprété par Réda Kateb, est ennuyeuse, plate et répétitive. La trentaine, il vit encore chez ses parents, et travaille comme vigile dans un centre commercial, en attendant de repasser le concours d’infirmier qu’il a tenté plusieurs fois. Alors qu’il est harcelé par des jeunes du quartier, il accepte, pour avoir la paix, de donner au caïd local, des informations tenues secrètes sur une livraison de son magasin. Lors de celle-ci un drame se produit… La réalisatrice, malgré elle, nous propose une vision stéréotypée de la vie en banlieue : les trafics, les jeunes désœuvrés, les grosses voitures des voyous, les flics qui surjouent essayant d’égaler ceux des séries américaines,… cette vie à laquelle Chérif refuse d’adhérer se traduit par de longs plans récurrents sensés montrer son mal-être et son manque de confiance. Quand on ne le voit pas sur son lieu de travail, mal à l’aise dans son uniforme, on le retrouve pensif dans sa chambre d’enfant, transformée en buanderie par sa mère ou encore dans le bus, son seul moyen de transport. Ces longs trajets sont toutefois propices à des rencontres lumineuses : celle avec de jeunes enfants dont il s’est occupés quand il était surveillant et qui le revoient avec plaisir puis celle avec Jenny, leur accompagnatrice avec laquelle il va vivre une brève liaison amoureuse. Cette jeune femme est une artiste qui apporte de la couleur et de la poésie à Chérif, une ouverture à ce jeune homme en décalage permanent avec son environnement. Elle nous laisse espérer un renouveau dans sa vie morose mais pris au piège par son entourage, il décide de mettre un terme à cette relation ; ce qui nous frustre terriblement. On ne sait pas si Chérif voulait simplement protéger Jenny, ou si c’est à cause de leur différence culturelle. La réalisatrice et son point de vue clairement sociologique a visiblement choisi de ne pas donner une chance à cette histoire. Mais c’est sans doute ce qui pose problème. Marianne Tardieu ne se positionne pas ; « Qui vive » oscille entre le film de fiction et le documentaire. Si elle rend bien compte des hésitations de Chérif, de ses enlisements dans l’échec, de son humanité, de nombreuses scènes s’étirent souvent inutilement : le déchargement des caisses du camion volé, la soirée dansante à la fausse légèreté… Même la scène centrale du braquage, est ratée car trop confuse, il fait noir, on ne distingue pas les visages ; il nous sera difficile alors d’identifier les personnages à la toute fin et de comprendre que Chérif choisit d’aider Djim parce qu’il s’est déjà sauvé lui même en ayant son concours. Ce film inabouti mérite pourtant d’être vu et peut-être revu. Un montage plus serré, tendu, le rendrait plus clair, plus accrocheur sans altérer le propos de son auteur sur l’infinie morosité des banlieues qui enferment leurs habitants et qui mène au drame que l’on connaît depuis le 7 janvier 2015.

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