Sociologie des réseaux et humanités numériques

Entretien avec Antonio Casilli dans le cadre du MOOC Digital Media.Paris

Antonio Casilli commence par définir brièvement et simplement les Humanités numériques comme une « manière d'appliquer les outils numériques aux Sciences Humaines et Sociales ». Il reprend ensuite le concept « Big Other » du philosophe Slavoj Žižek pour évoquer le passage d’un contrôle sur la société « centralisé » à une forme de surveillance participative dans laquelle chacun serait d'une certaine façon le gardien de l’autre. Cette approche s'inscrit bien évidemment dans le contexte des rapports établis entres sociétés privées estampillées par le chercheur sous l'acronyme AFAMA (Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Alphabet) et les différents États en matière de gestion des données collectées par ces mêmes sociétés.

Vie privée et réseautage social

Après avoir abordé succinctement certains usages d’Internet liés à des fins de propagande et de pouvoir, Antonio Casilli s'intéresse à l'épineuse problématique des relations entre « médias sociaux » et « vie privée », notamment à la manière négociée et équilibrée de se familiariser avec les plateformes tout en ayant conscience des diverses contraintes d'asymétrie informationnelle. Cela amène le sociologue à interroger la notion d'amitié sur ces réseaux : s’intéresser à « l’amitié » sur Facebook implique de questionner un ensemble d’acquis philosophiques et culturels en rapport avec l'amitié traditionnelle et d’étudier la relation entre échanges sociaux et transactions commerciales. Les conditions générales d'utilisation desdits services peuvent être considérées dans ce cadre comme des « contrats de travail » ou plus précisément des contrats de « Digital Labor » réalisé à partir de nos doigts, de nos clics sur les souris, sur les claviers et autres interfaces tactiles.

Anonymat et « trollage »

Les préoccupations liées à la vie privée sur les réseaux numériques engendrent des comportements de réaction et de protection comme l'anonymat (blocage du traçage, création d'espaces d'autonomie). S'exercent également à ce niveau d'autres phénomènes comme la création de faux profils (« fake ») pouvant être assimilés dans certains cas à du pseudonymat ou encore le « trolling », pratique motivée par une intention malveillante. Cette dernière, selon le chercheur, « nous met devant un Internet beaucoup moins civilisé que l’on aurait pu l’imaginer ». Le « trolling » fait également l'objet d'exploitation et de récupération dans un but de propagande, voire de cyberguerre.

Définir le « Digital Labor »

Dans le chapitre final, consacré au « digital labor », Antonio Casilli revient sur la définition du concept et sa difficile traduction en français. Il indique que les entreprises actuelles évoluent vers des formes de déstructuration de l’emploi et vers des formes d’externalisation et d’invisibilisation du travail. Même si l’emploi est en danger à cause d’entités politiques et économiques le visant pour le détruire, d’un autre côté le chercheur constate que le travail ne s’arrête pas pour autant. Il en conclut que chacun de nous est un travailleur implicite des grandes plateformes du numérique dans la mesure où chaque internaute produit du contenu et des données, source de valeur pour ces plateformes...


Sources


Réseaux et médias sociaux


Veille Éducation Numérique - Publication du Centre de documentation de la DGESCO