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Indexation de ressources

Séminaire SDTICE 2007

Interventions du 27 mars

Les enjeux de la normalisation dans le domaine des TICE

Dorothée DANIELEWSKI (Ministère de l'éducation nationale / SG / STSI / C1)

Le ministère de l'Education nationale s'implique depuis le début des années 2000 dans les chantiers de la normalisation des TIC pour l'enseignement, indique Dorothée Danielewski, chef de projet "normes et standards" au STSI du Ministère de l'Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. L'AFNOR a été soutenue dès 2001 par la SDTICE avec "un triple objectif de veille internationale, de représentation de la France au niveau des organismes internationaux de normalisation et de couverture des besoins de normes nationales". Les réflexions normatives dans le domaine des TIC pour l’éducation cherchent à répondre aux évolutions de la société, en particulier à l’accroissement de la mobilité, qui est un facteur de développement de la formation à distance et une dimension à intégrer dans les architectures techniques.

Certains pays ont déjà intégré cette dimension : par exemple, les Coréens consomment beaucoup de formation dans les transports, souligne Dorothée Danielewski. Cette "évolution de la société" est marquée aussi par le phénomène de mondialisation qui donne la possibilité de comparer les enseignements entre les pays, ce qui explique en partie pourquoi le MIT ou certaines universités chinoises ont mis leurs cours en ligne. C'est une "facilité d’accès qui n’existait pas il y a quelques années". Enfin, il y a une "multiplication des ressources et dorénavant, avec le web 2.0, tout le monde peut être émetteur de ressources, ce qui aboutit à un corpus très important. L’indexation est aussi une façon de réguler cet afflux de ressources".

La France est représentée au niveau des négociations internationales sur les normes par l'AFNOR (Agence Française de NORmalisation). Les sujets sont auparavant traités dans des groupes thématiques, en lien avec le ministère, "pour prendre en compte l’ensemble de la problématique enseignement et formation". Selon Dorothée Danielewski, les travaux prospectifs de normalisation se font « beaucoup à l'initiative de la Corée et du Japon, car ils ont des usages que nous ne connaissons pas, comme le mobile-learning. Cela n’aboutit pas toujours à des normes, comme pour le retro ou speed-learning qui vise à former rapidement aux premiers gestes d’urgence en cas de catastrophe, par des moyens simples comme le téléphone mobile. D'autres réflexions sur l’optimisation de la production de contenus pédagogiques sont menées : il faut souligner que la question n’est jamais de normaliser la formation ou le contenu, mais le mode de production et de description des contenus". D’autres réflexions sont en cours au sein de l’ISO (International Standardization Organisation, www.iso.org) sur la protection des données personnelles. La position défendue par la France s'attache à la "protection des données personnelles pour s’assurer que l’utilisation d’un LMS n’expose pas à des sollicitations commerciales non désirées, notamment dans l’enseignement scolaire où les élèves sont mineurs. Cette position est très différente de ce qui est diffusé au niveau international".

La normalisation renvoie également à des "sujets très concrets, comme le CDMFR, à l'origine un travail norvégien décliné dans les pays européens". Il ne s'agit pas encore d'une norme et pas vraiment d'un standard, mais les partenaires y travaillent. La France soutient la Norvège pour faire reconnaître CDM comme norme. Il faut noter la différence entre une  norme et un standard. Une norme est un document établi par consensus et approuvé par un organisme reconnu pour des usages communs et répétés,  des règles, des lignes directrices, ou des caractéristiques pour des activités ou leurs résultats garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte répété. Un standard est un référentiel publié par une autre entité, du moment que ce référentiel a une diffusion large. L'objectif est d'arriver en France à une norme expérimentale à la fin de l’année et, un peu comme cela été fait pour LOMFR, d’avoir des remontées du terrain, des remarques, pour avoir une norme en 2008. Un « repositionnement" se fait au niveau européen "au travers des travaux du CEN (Comité européen de normalisation, www.cenorm.be), notamment sur la gestion des compétences avec le e-portfolio qui doit suivre l’étudiant au cours de l’enseignement initial et continu". Cela touche aussi aux "dispositifs d’accompagnement pris en charge par le ministère : toutes les idées sont bonnes à prendre, surtout sur des sujets émergents". Dorothée Danielewski évoque également les "mesures d’accompagnement pour la mise en œuvre de normes" avec les "mises à disposition d’exemplaires de la norme pour les universités, le suivi de tous les groupes de réflexion pour la mise en œuvre". Pour Dorothée Danielewski,"l’indexation est la solution pour résoudre le problème du foisonnement des contenus pédagogiques".

"La question de la diffusion des normes ne pose-t-elle pas traditionnellement problème en France ?", interroge Yannis Delmas, chef de projet à l'UNR Poitou-Charentes. "Dans la nouvelle convention de septembre est intégré le fait que chaque université, UNR, UNT va recevoir une norme. Il ne s'agit pourtant pas d'un domaine qui relève de l'Education nationale, puisque l’organisme de tutelle de l’AFNOR est le ministère de l’Industrie". Selon Dorothée Danielewski, acquérir un exemplaire de la norme ne signifie "pas seulement payer un morceau de papier, c'est acquérir une garantie qu'il ne changera pas et que les mises à jours seront envoyées. Les normes produites dans le cadre de la convention, ainsi que les travaux, seront adressées à un certain nombre de structures dépendant du ministère de l’Education nationale. Cela correspond à une progression par rapport à il y a deux ans, où rien de tel n'existait".

Les outils de production

Stéphane CROZAT (Université de technologie de Compiègne)
Romuald LORTHIOR (Université Rennes 1)
Manuel MAJADA (Université de technologie de Compiègne)

La question de la réutilisation : Pourquoi indexer ? Des métadonnées aux contenus calculables.

Stéphane Crozat, de l’UTC (Université de technologie de Compiègne) a choisi de montrer "en quoi la question de la production de contenus est liée à l’indexation" et "en quoi une approche de type chaîne éditoriale permet de reposer la problématique ". Au départ, "il y a des outils de créations de contenus pour créer des modules, des grains qui ont une forme, une logique d’interaction, une logique de navigation propre et des formats différents, comme des PDF, de l’HTML statique, du, XML, du Word, etc.", commence Stéphane Crozat.  "Lorsqu’on accumule beaucoup de contenus, on entre dans une logique de capitalisation et on les organise en dépôts pour mutualiser. Intervient alors l’indexation en adjoignant des fichiers de métadonnées pour connaître l’auteur, la portée pédagogique, etc., repris dans autant de champs du Dublin Core ou du LOM. Pourquoi indexer ? Pour trouver les contenus produits d’abord et pour les réutiliser ensuite, cette dernière démarche est nouvelle et très importante".

Vient ensuite "l'interrogation des dépôts", pour retrouver, à la sortie, ce que l'on a centralisé. On trouve dans les portails une diversité de contenus autant que dans le versant production. On pourra trouver des modules complets, mais ce cas est rare, et on trouvera surtout des "grains" de tailles diverses. Il s’agit ensuite de récupérer ces grains hétérogènes et de les agglomérer pour en faire des contenus homgènes : des cours.  La standardisation permet de réussir à naviguer entre ces différents éléments d’un point de vue technique. Cependant, on ne gagne toujours pas en cohérence et en homogénéisation". Selon Stéphane Crozat, "l'indexation n’est pas une condition suffisante à la réutilisation. Elle amène seulement à faciliter la recherche et à savoir réutiliser à l’identique, sans moyens propres pour s’adapter au contexte. La standardisation des formats d’agrégation (comme SCORM, Sharable Content Object Reference Metadata) ou de scénarisation (comme EML, Education Modelling Language) est une des conditions de l’interopérabilité mais pas de l’adaptation".

"Bruno Bachimont, enseignant-chercheur, a développé, dans ses travaux dans le domaine de l’ingénierie pédagogique, une double approche : une approche technique et scientifique et une approche philosophique et sémiotique. En 1995, Bruno Bachimont pose le concept de chaîne éditoriale et l’instancie avec le prototype PolyTeXML (voir www.gutenberg.eu.org/publications/cahiers/54-cahiers28-29.html), sur le principe de la séparation du fonds et de la forme. Le format de création qui correspond au fond est en format XML et préfigure le format de publication qui pourra prendre des formes diverses, des formes lisibles comme le support papier, les vignettes ou la page écran. Il finit de théoriser son approche en 2004. Une application de cette théorie est de séparer formats de création et d'exploitation. On ne crée plus les contenus en PDF, HTML ou Flash mais selon le principe du numérique qui est d’offrir un support calculable. Les principes sont mis en pratique au travers de descriptions particulières en XML, avec un format de création calculable (le fonds documentaire), séparé des formats de publication calculés (les formes lisibles)". Cela correspond, en pratique, à l'approche mise en œuvre dans les chaînes éditoriales. Sur ce modèle, l’UTC a initié SCENARI en 1999 (http://scenari-platform.org). Depuis, les chaînes éditoriales gagnent du terrain même s’il reste beaucoup de travail, car elles sont très loin d'avoir profité de l’investissement consacré par ailleurs aux logiciels de bureautique ou de type Dreamweaver".

Pour Stéphane Crozat, "si on veut faire de la réutilisation, il faut passer par une phase de réadaptation et si on veut automatiser les choses pour que ça ait du sens à un niveau industriel, il y a des outils qui savent faire cela, les chaînes éditoriales, qui permettent de créer des contenus calculables ". Selon lui, "le calcul est la condition sine qua non de l'adaptation automatisée ou semi-automatisée et une chaîne éditoriale permet de créer des contenus calculables et de les rendre disponibles". La "proposition finale" élaborée par Stéphane Crozat est que "la question de l’indexation doit être couplée obligatoirement à la question de la création de contenus". On effectue des requêtes sur des contenus calculables. Il n’est pas utile d’indexer des contenus qui ne sont pas réutilisables. De plus, d’un point de vue pratique, agréger des contenus hétérogènes ne fonctionne pas. L’enjeu porte essentiellement sur la possibilité de réutiliser. Il faut donc produire et indexer des contenus adaptables et privilégier l’adaptation au contexte d’usage. Il n'y a aucun gain à indexer des contenus qu’on ne sait pas agréger . Tout est dans la masse critique, selon les experts, mais pas seulement pour Stéphane Crozat, car il y a une autre condition : que les contenus utilisés donnent un valeur ajoutée dans la mesure où on va pouvoir les réutiliser. Le risque, sinon, est de créer des dépôts de "boîtes noires". L'autre enjeu, pédagogique, est de "promouvoir une réutilisation incluant l'adaptation aux contextes d'usage, plutôt qu'une adaptation des pratiques aux contenus disponibles". Il faut aussi "répondre à des contraintes d'accessibilité : mobilité des étudiants, handicaps, accès bas débit en zones blanches et dans les pays du Sud, etc. La solution est de prévoir et créer du contenu adaptable aux conditions d’accessibilité".

Questions

"Est-ce que les enseignants vont adhérer ?", demande Emmanuel Durand, de l'UNT UVED. "Peut-on vraiment séparer le fonds de la forme ? Ce n'est pas la même logique si j’écris pour diffuser un polycopié ou pour faire une présentation en amphi, ne s'agit-il pas de concevoir le contenu de façon de différente ?"

"La séparation n’existe pas en tant que telle, c'est juste un moyen méthodologique, répond Stéphane Crozat. Idéalement, on réécrit tout selon le support. L’idée est là de gagner en efficience mais dans l’absolu c’est toujours mieux de réécrire le cours. Sur la question de l’adhésion des enseignants, ils n’adhéreront jamais à la réutilisation à l’identique de contenu, c’est donc la même remarque dans les deux sens. Notons qu'avec une chaîne éditoriale, entre deux publications on peut appliquer une nouvelle scénarisation en organisant les contenus dans un autre sens, voire en épurant s’il s’agit par exemple d’un diaporama".

"Quelle est la pérennité des formats calculables d’aujourd’hui ?", interroge Gérard Soula, de l'université Aix-Marseille-2. "Il n'y a pas de normes et standards sur ces formats et c’est une bonne nouvelle car ces formats reflètent les façons de travailler de chacun, répond Stéphane Crozat. On est capable de les transformer dans les standards du voisin. Ce qui est important n’est pas de parler le même langage mais de s’assurer de la traduction". Pour Romuald Lorthioir, de l'université Rennes-1, "il y a un standard sous-jacent de fait, le XML, car c’est aujourd’hui le vecteur qui va permettre de calculer un contenu. Les UNT se sont d'ailleurs mises d'accord sur un schéma d’échange" pour rendre les contenus interopérables.

Pour Gérard Vidal, de l'INRP (Institut national de recherche pédagogique), "la remarque sur les standards est un peu inquiétante : Oasis a créé DocBook, qui joue le rôle de standard dans le monde de l’édition scientifique. La démarche suivie pour la normalisation avec les métadonnées ne peut-elle pas s’appliquer ?" "DocBook est trop scientifique et formulé dans un langage métier, c’est un standard d’échange et non un standard d’édition. Soit on définit des standard globaux comme DocBook et on adapte à chacun, soit on produit au niveau local et on assure l’échange, répond Stéphane Crozat. Ce sont forcément des choses compliquées à mettre en œuvre, on n’arrivera jamais à ce chapeau qui règle tout". Selon lui, "les choses bougeront sur le long terme", c’est pourquoi il croit "plus à l’approche qui va du bas vers le haut". Pour Romuald Lorthioir, "utiliser DocBook, voudrait dire qu’on choisit un format technique d’édition. L’intérêt d’avoir un schéma pivot de chaîne éditoriale est de contraindre à respecter la démarche pédagogique choisie".

Présentation de ChainEdit

Romuald Lorthioir, de l'université Rennes-1 , présente le CIRM (Centre d'ingénieries et de ressources multimédia), un service de son établissement qui "propose le travail de la simple prise photo ou vidéo à la conception complète d’un cours " L'équipe avait "besoin d’industrialiser la démarche et d'arrêter l’artisanat". Elle s'est alors tournée vers la conception d'une chaîne éditoriale, "mais avant d’y arriver, beaucoup de gens pensaient qu’ils allaient hériter de la démarche complète pour la création de contenus. Or, ce n’est pas une baguette magique, prévient Romuald Lorthioir. Pour bien utiliser une chaîne éditoriale, il faut définir la démarche que l’on souhaite, les activités pour l’apprenant, les objectifs, les éléments clés d’interactivité, toute la scénarisation documentaire, les niveaux d’information pour définir ce qui est secondaire ou pas, etc. La chaîne éditoriale sert à structurer le contenu, à fabriquer ou intégrer des médias, à respecter des formats pédagogiques selon un certain nombre de contraintes. Elle offre des services pour modifier le contenu, le régénérer aux couleurs d’un site pour l'adapter au contexte, harmoniser les productions sur les couleurs, les industrialiser, etc."

ChainEdit existe depuis 2004. Le prototype est développé en Perl et plus de 100 modules de cours existent, soit un équivalent 3000 heures en présentiel. Il existe huit chartes différentes adaptées à partir de ChainEdit, ce qui permet de "mettre des enseignants devant pour produire du contenu, après formation ». Le dispositif "ne nécessite pas d’installation en poste client, il est accessible sur le web. Le contenu est stocké sur le serveur, ce qui permet de sauvegarder et de simplifier les mises à jour. L'université a décidé de réécrire le logiciel en Java et est partie sur une optique de séparation du fonds de la forme, de transformation XSLT [3], de Portlet [4] (lié à un ENT), de systèmes d’authentification SSO [5] CAS [6], LDAP, manuelle, de webDAV [7] possible, de prise en compte de LaTeX  [8], de génération plutôt en HTML et d'Opensource GPL [9]. Les choix techniques transcrivent la volonté d’intégrer les processus de production des ressources pédagogiques aux services des établissements et d’organiser la structuration du collectif en continuité avec le Campus numérique de Bretagne de 1999. Ils sont le reflet d’une reconnaissance de la dimension TICE et son assimilation dans les équipes de travail

Pour la saisie des contenus, ChainEdit est "capable de faire des passerelles entre les balisages de Rennes-1, du campus numérique de Bretagne, d'UVED, du campus numérique de l'ENVAM » (Environnement et aménagement, www.envam.org), reprend Romuald Lorthioir. Il note que "la chaîne éditoriale ne vérifie pas les droits liés à un média". Pour lui, il est "indispensable qu’on parle d’indexation car il faut faciliter la diffusion et la recherche de ressources, retrouver des ressources pour les transformer " Il y a "plusieurs attitudes" pour attirer les enseignants vers ce dispositif. Il faut "s’adapter à ce qu’ils veulent faire". Chaque contact du CIRM avec les enseignants est l'occasion de les former et de les sensibiliser sur les services proposés. "Les enseignants ne vont pas vous sauter dans les bras, mais l’UNT peut décider d’avoir pour politique de ne financer que les ressources qui respectent les règles qui participent de la mutualisation et non pas du bénéfice individuel", reprend Stéphane Crozat en conclusion.

Intégration des processus d’indexation aux processus de production

"Un des problèmes de base de l’indexation est la bipolarisation entre l’individu et le collectif », considère Manuel Majada, de l'UTC (Université de Technologie de Compiègne). L’individu est un enseignant-chercheur, le collectif est très mouvant entre l'université, l'UNT, l'UNR, mais on passe d’un acte individuel à un acte collectif. Le documentaliste ou le bibliothécaire arrive à la fin et demande de remplir des champs, vient déranger l'individu qui n’a qu’une vision, la sienne, il a fait la ressource pour lui ou sa petite communauté. On vient lui dire comment faire la pédagogie, lui imposer de remplir des métadonnées. Dans ce contexte, comment intégrer les métadonnées dès le départ ? Au bout d’un moment l’auteur ne remplit plus les champs d'indexation. Il faut prendre en compte une chaîne qui pense les besoins de l’auteur dès le départ, les besoins de son organisation, les besoins du réseau de l’organisation. Il faut créer  une notion  :  le système d’information pédagogique, c’est-à-dire une chaîne continue depuis la création de contenus, l’indexation et jusqu’à l’utilisation. L’obstacle n’est pas technologique ni méthodologique, mais culturel et organisationnel. Une nécessité forte est que chacun se décentre de son cadre de référence pour mieux coopérer. Il faut que chaque acteur fasse des compromis.

Les chaînes éditoriales sont "un outil de production qui intègre les contraintes d’un collectif", poursuit Manuel Majada. "Il y a actuellement une démarche de structuration du collectif, avec les campus numériques en 1999, puis les UNR et les UNT. Sur les pratiques, les effets du collectif se font sentir de plus en plus sur l’organisation des processus de création de contenu et de leur instrumentation. Il y a aussi une mise en place de processus d’indexation, ainsi que des processus de diffusion de contenus". Pour Manuel Majada, « on passe d’une stricte logique d’innovation à l’émergence d’une logique d’institutionnalisation. On sort du ghetto et on  prend conscience que l’on a intérêt à coopérer ensemble".

Questions

"Au début, il a été dit que l’enseignement TICE est un acte collectif, reprend Alexandre Bonucci, de l'université Lyon-2. Dans les universités de sciences humaines, les enseignants ont un comportement individualiste et ils utilisent les TIC. La définition peut ne pas être la même sur l'utilisation des technologies : un enseignant qui utilise le bureau virtuel pour diffuser vers ses étudiants commence à utiliser les TIC".

"Est TIC tout ce qui utilise les technologies de l’information, répond Manuel Majada. A Lyon-2, vous avez fait une politique de sensibilisation très volontariste pour que les enseignants utilisent le bureau virtuel. Mais si quelqu'un collabore avec un service technique c’est différent, il s'agit d'un premier niveau. Si on se met à réfléchir différemment pour la conception de contenus en faisant appel à des spécialistes, alors c’est encore un autre niveau".

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3. XSLT (eXtensible Stylesheet Language Transformations)

4. Un portlet est une application informatique qui s'exécute côté serveur que l'on peut placer dans un portail web, qui sert alors de conteneur. Un portlet traite les requêtes d'une tâche ou d'un service donné et génère dynamiquement le contenu web affiché à l'utilisateur. Les portlets permettent de fournir toutes sortes de services généralistes ou spécialisés (interface de consultation de dossiers, agenda personnel, annuaire, panneau d'information, intégration d'un moteur de recherche, météo, etc.).

5. SSO (Single Sign-On : authentification unique, et une seule fois)

6. Développé par l'Université de Yale, CAS (Central Authentication Service [7]) met en oeuvre un serveur d'authentification accessible par W3, composé de servlets java, qui fonctionne sur tout moteur de servlets (Tomcat par exemple)

7. WebDAV (Web-based Distributed Authoring and Versioning) est un protocole (plus précisément, une extension du protocole HTTP) défini par le groupe de travail IETF homonyme. Décrit dans la RFC 2518, WebDAV permet de simplifier la gestion de fichiers avec des serveurs distants. Il permet de récupérer, déposer, synchroniser et de publier des fichiers (et dossiers) rapidement et facilement. L'objectif principal de WebDAV est de rendre possible l'écriture à travers le web et pas seulement la lecture de données. WebDAV permet à plusieurs utilisateurs d'éditer le contenu d'un dossier web simultanément. Il saura gérer les droits d'accès aux fichiers (ou dossiers), en verrouillant momentanément les fichiers et dossiers édités.

8. LaTeX est un système logiciel de composition de documents, ou plus exactement : une collection de macro-commandes destinées à faciliter l'utilisation du « processeur de texte » TeX. Du fait de sa relative simplicité, il est devenu la méthode privilégiée d'écriture de documents scientifiques employant TeX

9. General Public License

L'indexation en pratique dans un établissement dans une logique de PRES

Gilles BERTIN (UNR Rhône-Alpes)
Sophie TOUZE (Ecole vétérinaire de Lyon)
Gilles BERTIN (UNR Rhône-Alpes)

Gilles Bertin, de l'UNR Rhône-Alpes, indique que "l’établissement Public de Coopération Scientifique de « université de Lyon" vient d’être créé  (décret du 21 mars 2007). Il s'agit donc ici de la première présentation de cette nouvelle structure ». Il expose la "transition vers le PRES [10]  universités de Lyon". La ville de Lyon compte 1,25 million d’habitants, 14 universités et écoles, 110 000 étudiants, 9000 personnels, 510 laboratoires, 800 thèses par an. L'école vétérinaire a 650 étudiants et 18 laboratoires, l'université de Lyon-2 a 28 000 étudiants et 26 licences. L’ENT est Encora, il affiche 1 220 000 visites sur les 30 derniers jours, selon les chiffes Xiti. Cela "permet à chaque établissement de venir connecter ses outils et cette stratégie permet de déployer très rapidement, pour chaque établissement, un ENT utilisé par les étudiants et les personnels". Les "objectifs politiques" correspondent à une "situation de campus dispersés" et à une hétérogénéité des établissements, qui vont de 30 000 étudiants pour Lyon-1, Lyon-2 et Lyon-3 à des établissements de 1000 étudiants. C'est une "offre très complète mais, au niveau international, invisible. Une très grande partie de ce qui est produit reste enfoui dans les établissements".

La stratégie affichée par Gilles Bertin repose sur "l'indexation et la fédération pour avoir une visibilité immédiate". L'objectif est de "travailler dès maintenant sur des projets précis et à grande visibilité pour avancer rapidement". L'université de Lyon a "souhaité conserver pour chaque établissement le niveau local : il est impossible d’imposer à 14 établissements le même dispositif. La démarche correspond à la volonté de respecter l’intégrité des dispositifs d’établissements. Dans la même idée d’hétérogénéité, il y a une volonté de démarrer sur des établissements pilotes car il est impossible de faire démarrer tout en même temps, d'abord pour des raisons de calendrier ". Gilles Bertin évoque également l'idée de constituer un global repository, sorte de référentiel, terme difficile à traduire : il renvoie à la démarche de laisser les ressources où elles sont dans les établissements et les interconnecter. Cet outil permet, en fédérant, de partager les ressources. La solution choisie a été celle de la société HarvestRoad, originaire d’Australie (http://www.harvestroad.com/). HarvestRoad est un système numérique de dépôt fédéré, qui gère l’échange et la réutilisation de n’importe quel contenu pédagogique dans un environnement de formation en ligne. Il a été mis en place à l’école vétérinaire".

Sophie Touzé, de l'école vétérinaire de Lyon, expose l'approche adoptée de "mutualisation des ressources pour enrichir l’enseignement en TICE" dans un établissement qui compte moins de 1000 étudiants. C'est un « petit établissement, donc il est difficile de trouver des enseignants motivés car les enseignants sont peu nombreux. L'établissement a regardé ce qui se faisait à l’étranger, notamment en Belgique, au Canada et au Maroc. La volonté affichée dans le projet de "pédagothèque" est de créer des ressources pour les enseignants et de les partager. Ce qui intéresse un enseignant, c’est d’utiliser des schémas, des sons, des animations flash pour enrichir les cours et pouvoir les intégrer facilement et immédiatement. Le moissonnage oblige à aller interroger, chercher la ressource auprès de l’auteur, etc. avec l'idée de mutualiser les grains ». L'école vétérinaire a "voulu intégrer cela à une chaîne éditoriale " poursuit Sophie Touzé. Elle a "pris comme LMS la plate-forme d’apprentissage en ligne Moodle, qui intègre la recherche et l’indexation depuis la création d’un cours. La solution est en phase de déploiement. La mutualisation est possible si on permet à l’enseignant de garder sa démarche pédagogique et si c’est simple".

Alexandre Bonucci, de l'université Lumière-Lyon-2, présente la « webTV » de son établissement. "Cela aurait pu être autre chose, la photothèque par exemple ". Il met en avant la « volonté d’avoir une seule source de stockage mais pas un seul point de vue sur ce que doit être le stockage, ce qui est possible avec HarvestRoad". Le projet s'adresse à un "public d’enseignants individualistes, qui veulent décider de l’outil utilisé pour créer les ressources, du moment où ils les diffusent, à qui et quand ils les retirent de la diffusion ». Si le projet ne répond pas à ces contraintes, "les enseignants n’entrent pas dans la démarche". La webTV est un « dispositif d’indexation et de catalogage accessible depuis l’ENT. Elle dispose d'un côté front office et un dispositif habille le back office pour lui donner une interface web : les utilisateurs se connectent pour rechercher et afficher une ressource. Cela permet de développer tout type d’interface". Pour Alexandre Bonucci, "la google-isation sur l'ensemble des champs est le moyen d'accroître la visibilité des ressources. D'autres dispositifs sont certainement souhaitables selon le type de ressources mais il faut se poser la question de la productivité de ces dispositifs au regard de l'usage qui en est fait par les utilisateurs (les étudiants et leurs pratiques de recherche). C'est l'usage qui confère à l'outil son statut. L'outil n'en devient donc un que par l'usage, le reste ce sont des idées et non pas des outils. L'effort à fournir dans les institutions réside donc dans la formation à l'usage de la documentation du plus puissant moteur de recherche : le cerveau de l'étudiant. L'effort ne doit pas être la création d'un énième système de recherche ou d'un énième modèle de description des données".

Selon Gilles Bertin, "au niveau du PRES, le dispositif est connecté à l’école vétérinaire et à l’université. Avec un mot-clé on recherche dans les global repositories à partir d’outils web. En conclusion, il s'agit d'une approche pragmatique de l’indexation sur un outil dédié au rangement des contenus, sans attendre d’avoir mis en place toute une logistique. Ainsi dans une démarche pragmatique, l’indexation est faite selon le standard Dublin Core, avec de nombreuses entrées qui permettent par la suite de retrouver un grand nombre de contenus avec des termes de recherche simples. Sur la gestion du risque, les contenus sont séparés de leurs conteneurs, dans des standards et on peut changer de dispositif à l’avenir. Il y a la capacité à se connecter à tout entrepôt, pourvu qu’il soit normé, grâce au fonctionnement très souple de HarvestRoad. On pourra progressivement interroger tous les entrepôts. Enfin, il ne faut pas être intrusif dans les politiques et les démarches d’établissements mais respecter la biodiversité de l’université qui fait sa richesse".

Questions

"L’exemple présenté par Alexandre Bonucci est quasiment un contre exemple puisque vous montrez un document vidéo où le mot B2i arrive marginalement, considère Isabelle Dimondo, de l'université d'Avignon. Ne risquez-vous pas d’avoir trop de résultats non pertinents avec l'exhaustivité des recherches" ?  "Le document est indexé avec le  Dublin Core, donc la ressource ressort si on couvre tous les champs, répond Alexandre Bonucci. Ce n’est pas le cas si on sélectionne les champs. Il s'agit d'un parti-pris du point de vue des utilisateurs, il est associé au début et pas à la fin du dispositif.

"Quelles sont les observations de l’usage de ce système à l’école vétérinaire ?", questionne Albert-Claude Benhamou, de l'UMVF (Université médicale virtuelle francophone). Comment à partir d’une intention pédagogique trouver les éléments dans ce système pour faire un cours ?" Sophie Touzé répond avec l'exemple d'un enseignant qui interrogeait la base de données pour trouver des documents sur la rage et le moment où elle était apparue en France: « il les a trouvés au Maroc. Le système permet de trouver facilement des grains de formation". Pour les enseignants, "l’important est de gagner du temps, reprend Alexandre Bonucci : 90% des usages ne sont pas de chercher un contenu avec la possibilité de la granularité, c’est de savoir comment diffuser un document disponible. Quand on quitte ces usages pour demander un travail supplémentaire à l’enseignant ça devient plus difficile, ce n’est pas que ce n’est pas souhaitable, mais difficile".

Martine Taugeron, de la SDTICE, se dit « étonnée car elle pensait aussi que c’était "un contre-exemple" : c’est le nombre de connexions ou aider à l’apprentissage qui vous intéresse ? Alexandre Bonucci répond que « la connexion n'est pas le fait, car au ministère vous ne la prenez pas en compte pour les attributions des contrats quadriennaux. Le contre-exemple est volontaire : la démarche de l’étudiant n’est pas de se connecter sur le dispositif de Lyon-2, c’est de faire du Google. On se rapproche de lui en indexant la totalité puis en lui laissant le choix d’affiner la recherche car telles sont ses pratiques réelles. On ne perd pas l’étudiant car il est valorisé dans les outils de front office avec des catégorisations à propos, qui ne proposent pas l’ensemble des données. Il faut aussi s’adapter à la manière dont l’étudiant recherche, avec la possibilité de sur-catégoriser".

Selon Albert-Claude Benhamou, "pour un cours d’anatomie on va avoir 43 facultés qui font le même cours sur le même sujet. Avec la granularisation, on aura 150 ou 200 grains identifiables avec le même mot-clé. Comment les aider à avoir un produit qui a du sens ?" Selon Gilles Bertin, "Sophie Touzé présentait un point de vue enseignant, Alexandre Bonucci un point de vue étudiant-utilisateur".

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10. PRES : Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur

L'indexation en pratique dans une UNT

Sylvie MAGADUR (UNT UNIT)

Sylvie Magadur, de l'UNT UNIT (Université numérique en ingénierie et technologie, www.unit-c.fr) présente la méthodologie de conception et de réalisation de la classification créée pour organiser les ressources pédagogiques au sein du portail de son université numérique. Il s'agit là de souligner l’importance de l’idée à l’origine de la création de cette classification : au sein d’UNIT, il y a eu une forte "volonté d’afficher une classification accessible à tous les utilisateurs, enseignants et étudiants. C'est un leitmotiv très fort. Au sein du portail, il était clair qu’il allait y avoir une montée en charge des ressources, d'où l'importance de savoir les ranger et les trier". La classification est également importante dans l'idée "d’établir un langage commun dans le domaine des sciences de l’ingénieur et de pouvoir échanger sur les contenus", poursuit Sylvie Magadur.

"Il faut garantir l’interopérabilité aux niveaux national et international. Deux critères principaux sont à retenir : un langage commun et le partage des ressources. Cela impose l’idée d’une double classification : une classification thématique (UNIT) associée à une classification universelle (Dewey), qui permet ainsi l'interopérabilité des données et son intégration dans le champs universel des connaissances. La classification Dewey a été retenue car elle est multidisciplinaire et utilisée dans le monde entier (200 000 bibliothèques dans 135 pays, traduite en 30 langues). Les connaissances ont été réparties en 10 classes, sous-divisées en 10 sous-classes, etc. " Le caractère universel de cette classification Dewey la fait considérer comme une classification PIVOT. Cette double classification offre l'avantage de « disposer d’un portail intuitif et simple pour l’accès aux ressources", d’ "échanger les ressources des établissements du réseau UNIT qui partagent la classification UNIT », d'« intégrer les ressources d’autres réseaux qui ne partagent pas la même classification thématique mais qui partagent la même classification pivot Dewey", de "proposer les ressources UNIT à d’autres réseaux et partageables grâce à la classification pivot Dewey".

La méthodologie de réalisation repose sur « deux critères pris comme fils conducteurs », continue Sylvie Magadur. Elle recommande de se "limiter à créer deux niveaux, avec un nombre restreint de disciplines et de sous-disciplines (environ 200) pour "faciliter l’indexation et la recherche des ressources". Il fallait aussi "définir le champ de connaissances". UNIT a fait appel à des experts avec des listes disciplinaires constituées à partir de programmes d’enseignement, de classifications adoptées par des Sociétés savantes, etc. « La convergence de toutes ces listes a permis d’établir les grandes disciplines de la classification UNIT, puis d'identifier les sous-disciplines. Toujours en concertation, il a fallu associer les indices Dewey correspondants pour établir une table de correspondance. Ce travail avec les experts a été très important pour faire converger les terminologies utilisées par les uns et les autres".

Selon Sylvie Magadur, "l’indice Dewey joue un rôle de marqueur des documents, les moteurs de recherche identifient ces marqueurs et on peut assurer la mutualisation des ressources entre établissements. La classification UNIT rend le visiteur du portail complètement autonome, pour la recherche et la consultation de ressources pédagogiques numériques, via une classification simplifiée. Le visiteur découvre des ressources pertinentes et de qualité dans le domaine des sciences et techniques, grâce à la transparence du Dewey. La classification UNIT contribue à une visibilité nationale et internationale des auteurs, des ressources et des établissements".

"Sylvie Magadur pilote un groupe de travail inter UNT sur les questions d’indexation et de mise en application du LOMFR dans l’enseignement supérieur pour l’ensemble des UNT et UNR", souligne Catherine Fabreguettes, de la SD-TICE.

Les pratiques de mutualisation

Monique JOLY (INSA- Lyon)

Monique Joly de l'INSA (Institut national des sciences appliquées) de Lyon, présente l'expérience de son école d’ingénieurs, qui compte 5000 élèves. Elle expose "en quoi plusieurs expériences numériques ont pu amener un établissement comme l’INSA de Lyon à s’impliquer dans le développement de la réflexion sur la normalisation et les standards et sur la mutualisation, pour mieux conduire l’activité de l’établissement mais aussi pour travailler en réseau avec l’UNR Rhône Alpes, avec les UNT, et avec d'autres établissements, à l’international par exemple, avec lesquels s’organisent des activités d’enseignement en réseau". Elle présente rapidement l’organisation des TICE au sein de l’INSA de Lyon pour indiquer la politique de la Direction de la Formation en matière de TICE et plus particulièrement pour la politique de valorisation des ressources numériques pédagogiques existantes, par une indexation systématique et un archivage pérenne.

Elle évoque la "rupture technologique du web en 1993", qui a eu comme conséquence le fait que "la production numérique est donnée à tous". Le web "démultiplie l’accès dès qu’on sait bien l'utiliser. Mais on a un nivellement absolu entre les données scientifiques et les données vulgarisées ou interprétées à cause de Google. Cela rend très difficile l’évaluation de l’information trouvée sur le web et cela confère une grande responsabilité aux établissements d’enseignement supérieur qui ont notamment pour mission d’amener leurs apprenants à exercer un appréciation critique de l’information. Il faut, en partie, faire avec cet état de fait des moteurs du web, mais il faut aussi construire des choses à côté afin de proposer des corpus de ressources validées, à l’image de ce que montrait Gilbert Paquette du Québec, lors de la première journée".

Les établissements sont donc mis devant une responsabilité scientifique et pédagogique considérable : exploiter tout le potentiel du numérique, élaborer une manière de partager leur production pédagogique, constituer des bibliothèques numériques avec validation des contenus, mettre en oeuvre des bibliothèques mondiales de ressources validées. Comme les universités endossent alors la responsabilité de ce qui est publié en leur nom, elles doivent donc exercer une certaine validation scientifique et pédagogique. Les établissements doivent mettre en oeuvre des moyens pour initier et faire vivre des procédures d’indexation de qualité.

Monique Joly expose l'exemple du système de thèses numériques CITHER (http://docinsa.insa-lyon.fr/these), accessible via les moteurs de recherche du web. Le dispositif recense une consultation importante (1,4 million de fichiers ouverts) pour les 400 thèses. CITHER est également moissonné par OAIster [11], qui agrège 10 millions de références de 800 référentiels. Le système de publication de polycopiés de cours Polycop (http://docinsa.insa-lyon.fr/polycop) est accessible également via les moteurs du web, toujours en publiant les métadonnées, et par UNIT. Il représente 54 000 documents lus pour 50 polycopiés publiés. Cette importante consultation découle, notamment, de l’indexation des ressources proposées et de l’exploitation de cette indexation par les moteurs du web.

"Quelles leçons tirer de ces expériences numériques ?", interroge Monique Joly. Il faut « travailler sur l’institutionnalisation de ces nouveaux métiers pour l’établissement", qui tend à "devenir un éditeur ". Il faut "garantir la pérennité sur la durée, l’établissement doit prendre la responsabilité de l’édition et l’afficher. La politique de valorisation des ressources implique tout le monde : la direction de l'établissement, les enseignants, les informaticiens, les bibliothécaires "… Et il n’y a pas d’autre choix que de s’impliquer dans les travaux de normalisation des formats de description des ressources et que d'adopter des formats d’échange pour garantir la qualité des données et leur interopérabilité. Dans ce prolongement, l'INSA a été amené à "travailler au développement d’outils logiciels mutualisés pour permettre la valorisation des ressources pédagogiques".

Sur les méthodes de production des ressources pédagogiques, Monique Joly signale que l'INSA de Lyon réfléchit avec l’université de Rennes-1 pour aller "petit à petit" vers un système similaire à celui exposé par Romuald Lorthioir (chaîne éditoriale), « mais la priorité est donnée à la valorisation des ressources pédagogiques, telles qu’elles existent aujourd’hui. Pour l’indexation et la gestion des ressources pédagogiques, l’INSA de Lyon participe au développement d'un logiciel intégré dans le système d’information de l’établissement". Le "développement mutualisé d'outils de production qui portent la politique d’édition » passe par un "système de gestion d’objets numériques pour la publication, l’indexation et la recherche" et un "fonctionnement en réseau de portails OAI-PMH comme le propose le système ORI-OAI". Selon Monique Joly, "la mutualisation est aujourd’hui une obligation : il faut parler les mêmes langages pour bénéficier ensemble des productions de chacun".

Questions

"Les UNT ont pour fonction de re-tamponner les ressources à disposition pour assurer la qualité et de faire un travail éditorial », commente Stéphane Crozat. "C'est une fonction dont tous les établissements universitaires n’ont pas pris la mesure mais doivent le faire, répond Monique Joly. Les établissements doivent exploiter de façon complète les outils qui s’offrent à eux actuellement, il y a un risque, sinon, de perdre la maîtrise de l’enseignement".

"Comment le dispositif de contrôle s’exerce-t-il dans la relation entre l’enseignant et l’étudiant dans un délai bref (baladodiffusion) et de quel droit ?", demande Alexandre Bonucci. "L’enseignant vient dans le système proposé s’il en a envie, répond Monique Joly. Si les bénéfices sont suffisants pour que l’enseignant y voit un intérêt à terme et un risque à ne pas y être, il y viendra. Il faut un accompagnement". Pour Romuald Lorthioir, "la question se pose plutôt quand l’enseignant diffuse en dehors de son cercle".

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11. OAIster est un projet de l' University of Michigan Digital Library Production Service. Le but de ce projet est de créer une collection de ressources électroniques à orientation académique qui soit accessible librement et qui puisse constituer un outil de recherche parmi la documentation scientifique disponible en Open Access.

Le cas de l'indexation des vidéos

Philippe ISIDORI (Université Victor Segalen Bordeaux 2)
François KOHLER (UMVF et président de Canal-U médecine)
Marcel SPECTOR (UMVF)

"Il n'est pas possible de faire de la médecine sans image, quelle qu’elle soit", constate Philippe Isidori, de l'université Victor Segalen Bordeaux-2 et de l'UMVF. « Le support visuel est indissociable de la médecine et déjà dans les années 70 et 80, pas un cours ne se faisait sans que soit diffusé un film. On ne parlait pas de mutualisation mais d’échange, pas encore d’indexation mais de dépôt légal". Philippe Isidori rappelle l'histoire des productions audiovisuelles pour l'enseignement de la médecine, avec par exemple les actions du comité interministériel de coordination audio-visuel de la santé, au début des années 1970. "Il y a, depuis longtemps, des festivals de films médicaux, notamment les entretiens de Bichat, le festival d’Amiens, de San Francisco etc., regroupés dans la WAMHF (World association medical and health films, www.wamhf.info)". Philippe Isidori cite également AVESTEL, une opération menée à l’initiative du ministère sous la forme d'une base de données consultable sur minitel. Le système était "un peu trop complexe au moment où la télématique connaissait son déclin. Il donnait accès à plus de 500 productions audiovisuelles avec une appréciation qualitative de la ressource. Dans la foulée, en 1994, le colloque à Bordeaux sur les télévisions du savoir a abouti à la création des Amphis de la 5ème ".

L'université Bordeaux-2 dispose maintenant d'un catalogue en ligne, d'un moteur de recherche en texte libre ou par discipline et type de ressource, d'un affichage des notices. Il donne ainsi accès aux références importantes telles que le premier auteur et les spécialités. La préoccupation actuelle est de "valoriser les ressources", souligne Philippe Isidori, "mais ça manque de professionnalisme, le système qui correspond encore à un travail fait par desamateurs qui veulent rendre service à la communauté. Il n’y a pas de coopération avec les personnels des SCD. Par ailleurs, Canal U santé (www.canalu.fr/canalu/chainev2/?chaine_id=12) permet aux UNT d’avoir une webTv qui provient de l’UMVF, le Conservatoire numérique national du film médical, qui reprend le meilleur du patrimoine". Philippe Isidori pointe quelques « problèmes constants, liés à l’indexation classique avec les descripteurs : en procédant de la sorte, comment peut-on évaluer la valeur, la qualité ? Une démarche doit être initiée : créer des fiches d’évaluation des vidéogrammes selon leur valeur médicale, leur valeur didactique, etc. Il faut y faire intervenir les notions de document, de ressource, de produit, d’œuvre et ensuite élaborer une typologie. Quelle continuité y aura-t-il avec ce qui se passe quand on a des milliers de diapos et des outils d’indexation ? En amont, de grandes attentes sont exprimées pour l’indexation des productions médicales".

"Ce qui est important dans cette intervention, c’est l’expérience, le recul. L’analyse des faits pose le problème de savoir comment faire pour passer d’une indexation qui dure trois heures pour une vidéo à une indexation de masse, considère Marcel Spector, de l'UMVF. Comment est-on passé à l’indexation d’un millier de film sur Canal U en deux ans ? Comment procéder simplement tout en développant un aspect industriel ?"

François Kohler, de l'UMVF et président de Canal-U médecine, souligne que « dans le cadre du conservatoire numérique du film en santé et sport, Canal U 3S, il s’agit de ressources existantes avec de la vidéo enrichie (cours et congrès) et de la vidéo. Il y a parfois récupération automatique des contenus avec un peu de post-production. Les médias sont mis sur les serveurs de Canal U, avec la création d’une fiche indexation au moment de la mise en ligne. Il n'existe pas de vidéo téléchargée sans des mots-clés contrôlés. L'indexation secondaire est possible grâce à l’aide du service de documentation en médecine et des documentalistes professionnels. Lorsque la mise à jour de la fiche est effectuée et la mise en ligne est définitive, on arrive à quelque chose de plus détaillé ». En deux ans, 981 ressources ont été indexées avec une "bonne qualité de l’indexation", une « recherche sans trop de bruit ni de silence". Restent des problèmes, signale François Kohler : "ce qui manque, c’est une liaison avec un réseau sémantique ou une ontologie et un travail pour l'indexation, qui se fait manuellement (ce qui demande du temps". L'idée est aujourd'hui que « ce qui compte est le contenu, pas l’aspect vidéo avec ses transitions, ses plans, etc. La majorité du contenu est dans la bande son. Il faudrait des outils de reconnaissance vocale pour détacher les thèmes importants contenus dans les ressources et les rattacher aux groupes sémantiques utilisés : faire de l’assemblage avec les choses qui existent pour les valoriser". L'image seule ne permet pas forcément d'indexer correctement les contenus, car elle sert avant tout à « montrer un geste de praticien" plus qu'à expliquer un point de cours.

"Dans cette intervention, il est important de signaler que 1000 vidéos ont été indexées en deux ans, reprend Marcel Spector : on en est au passage à l’industrialisation de l’indexation. Reste que tant qu’on a pas reconnu les mots de la bande audio, il faut voir les vidéos en entier pour l’indexation, et ça prend du temps. Là, le temps a été réduit à l’extrême et les œuvres peuvent être regroupées. Ce n'est pas un point de détail car les unités de production reçoivent maintenant des vidéos à peine retravaillées (des cours) et le problème se pose maintenant pour les indexer en temps et en heure et les faire valider".

Un participant se dit "étonné d’entendre parler de futur pour l’audio alors qu’il y a de la reconnaissance directe d’images pour de la vidéo". François Kohler répond qu'il est "difficile sur une image d’intervention médicale d’avoir des éléments d'indexation, par exemple s'il s'agit seulement d'un gros plan sur une coronaire. L’image est intéressante pour le geste, pour l’apprentissage, mais pas tellement pour l’information. Ce n'est pas le même problème qu’un catalogue de diapositives. Il existe des solutions industrielles, mais le problème est le coût et le raccrochage avec les réseaux derrière".

Projets inter-UNT, réseaux de portails OAI (ORI-OAI)

Alain MAYEUR (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis)
Yohan COLMANT (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis)

Alain Mayeur, de l'université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis, présente les activités d'un groupe de travail sur le réseau de portails OAI, constitué comme "projet inter-UNT qui a pour objectif de mutualiser les réflexions sur les problématiques de valorisation et de partage  des ressources numériques". Il s'agit d'un "lieu d’échange sur les organisations à mettre en œuvre », destiné à « mutualiser les pratiques sur la mise en place de composants applicatifs pour déployer des portails thématiques et des outils de référencement sur les UNT. Le projet s’inscrit dans une démarche de création numérique importante avec, d’une manière globale, l’ensemble des ressources (pédagogiques, administratives, scientifiques, etc.) pour développer une qualité d’information nécessaire au développement des services numériques dans le cadre de l’utilisation des ENT (Espace Numérique de Travail)". Le groupe de travail correspond aux "besoins d’accessibilité et de diffusion des ressources dans les contextes des UNT et des UNR, en partant des établissements". Il fonctionne depuis 18 mois. Une réflexion est menée au sein d’UNIT sur la "convergence des besoins de référencement et d’indexation avec UVED". Alain Mayeur précise que « le ministère a souhaité que ce travail soit élargi à l’ensemble des UNT".

"Le projet répond aux besoins de stockage, de référencement, d'indexation et d’accès aux documents. Il a pour but d'assurer la valorisation et la gestion pérenne des contenus numériques, de développer un système global d'information en lien avec les ressources numériques pour avoir un référentiel unique de documents. Il s'agit également de partager les informations entre les établissements et de donner l'accès à distance aux ressources numériques par Internet tout en respectant les droits d’auteur, l’interopérabilité, les normes d’échange, les problématiques de vocabulaires communs". Alain Mayeur expose les modalités d'organisation en réseau pour "harmoniser le  partage des ressources dans plusieurs contextes (UNR, UNT, réseau d’établissements…)". Il souligne la « volonté de laisser la ressource au niveau de l’établissement producteur et gestionnaire, tout en mutualisant les réalisations, par le biais de portails thématiques et en disposant de fonctionnalités de recherche performantes".

Alain Mayeur indique que l’on est en présence d’une "évolution nécessaire : c’est un chantier important qu’il faut mener à bien pour développer l’accessibilité, afin d'avoir une présentation homogène de l’offre de formation, de profiler les usages, d'articuler les offres de formations avec les ressources numériques associées". L'enjeu est d'obtenir une "lisibilité des ressources accrue auprès des étudiants et des enseignants, un accès organisé aux ressources pédagogiques au moyen de l’ENT, une présentation homogène, au sein de l’établissement, des ressources potentiellement accessibles aux usagers" ainsi que "des services d’accès en fonction du profil de l’étudiant". Le périmètre du projet touche à "la production et à la gestion des ressources, mais aussi à leur publication en permettant de contrôler les droits d’accès par les usagers. Il touche aussi à leur visibilité grâce à l'indexation en LOMFR et la classification élaborée par les UNT, etc." La mise en place d’un système de gestion de documents correspond aussi à « un système de production partageable par l’échange de métadonnées OAI-PMH et un système de recherche avancée (métadonnées, texte intégral)".

Le groupe de projet est constitué d'experts de l’INSA de Lyon, de l'université Rennes-1, de l'INPT (Institut national polytechnique de Toulouse), de l'université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis. Le pilotage est inter-UNT, auquel sont associés des directeurs de SCD. Le développement technologique est fait en open source.

Yohan Colmant, de l'université Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis, poursuit la présentation pratique du projet ORI-OAI, de réseaux de portails OAI. « Vu de l’extérieur, un entrepôt de ressources est une boîte noire dans laquelle il y a des documents, auxquels sont associées des métadonnées. L’entrepôt compatible OAI permet d’organiser les protocoles d’échange des ressources. Le moissonneur compatible OAI est capable de faire des requêtes sur un entrepôt OAI. Par exemple, un internaute accède au site web d’UNIT et retrouve tous les entrepôts moissonnés par UNIT". L'équipe projet est partie de travaux réalisés dans le cadre d’ESUP portail, indique-t-il. Elle est "actuellement en phase finale et passe en phase de test. Une première version complète est achevée, l'équipe travaille maintenant à la mise en place d’autres formats que le LOM". Pour la distribution du projet ORI-OAI, la mise en place diffère selon les contextes différents : selon qu’il s’agit d’un établissement, d’une UNT ou d’une UNR".

Questions

Un participant de Nice demande s'il est possible d’y intégrer l'outil de communication scientifique entre chercheurs HAL (Hyper article en ligne, http://hal.archives-ouvertes.fr). Alain Mayeur répond que le groupe "travaille sur une coordination entre le référentiel au sein de l’établissement et le référentiel national HAL. Une réunion a eu lieu il y a une dizaine de jours sur la question de se relier à HAL. Par contre, HAL est d'ores et déjà moissonnable immédiatement". Selon Marcel Spector, "cela suppose que les systèmes d’information locaux fonctionnent, et on voit au quotidien des systèmes qui ne fonctionnent pas. Quelle est la stratégie de récupération de l’existant ? C’est le cœur du début du système". Il s'agit pour Alain Mayeur, "d’abord de travailler les systèmes, ensuite de récupérer l’existant. Les deux aspects doivent être menés en parallèle. Il faut aujourd’hui déclencher ces chantiers". Pour Marcel Spector, « la question est que 90 % des ressources sont grises. Comment faire pour qu’elles soient visibles ? Le problème est d’abord de faire des systèmes d’information locaux qui se tiennent, et on n'a pas beaucoup avancé jusqu’à présent".

L'indexation dans un processus qualité

Elisabeth NOEL (ENSSIB)
Annaig MAHE (Ecole nationale des Chartes - Urfist de Paris)
François GALAND (Université d'Angers)

"L’indexation des ressources pédagogiques se généralise, avec comme objectif de retrouver des ressources pour les réutiliser, et comme spécificités la granularité et le contexte d’usage pédagogique", indique Elisabeth Noël, de l'ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques). Si l'indexation en LOM permet de retrouver une ressource, celle-ci est-elle pour autant "la meilleure ressource, la plus adaptée aux besoins ? Peut-on trouver des éléments qualitatifs d’évaluation des ressources pédagogiques ?"

Une recherche menée en 2005 a permis d’établir les étapes nécessaires à l’évaluation des ressources pédagogiques. La définition et l'utilisation de critères de qualité constitue la première étape, "dès la production d’une ressource pédagogique », à travers l’utilisation d'un "guide de qualité". La deuxième étape concerne le « dépôt de la ressource avec description : dépôt libre, dépôt sur inscription libre ou dépôt institutionnel " Puis vient l'étape de "validation d’une ressource" ou "vérification de la conformité à certaines exigences techniques", qui peut porter sur les aspects techniques, le contenu, le design, la description. Enfin la quatrième étape : "l'évaluation de la ressource pédagogique", "l’estimation de la qualité " qui peut reprendre les quatre mêmes critères.

L’évaluation peut, selon les entrepôts, être systématique ou optionnelle, se faire par des comités d’évaluation (peer review) fermés ou ouverts aux candidatures spontanées, ou parfois par des experts, sur proposition de l’auteur. Certains entrepôts proposent des niveaux d’excellence, sous forme de labels. Il y a ensuite deux étapes  : la "prépublication de la ressource (mise en ligne avant évaluation)", avec à ce moment-là la possibilité d’ouvrir les commentaires aux utilisateurs, puis la "publication de la ressource après résultats d’évaluation", ceux-ci apparaissant sous forme littéraire ou notée.  Des "commentaires post-publication" peuvent ensuite être ouverts. Enfin, la description de la ressource pédagogique peut être "mise à jour", suite à une modification de la ressource et pour nettoyer l’entrepôt.

Elisabeth Noël évoque cinq "scénarios » possibles d’évaluation :
1) a priori (implicite), validation liée à l’institution qui héberge,
2) "par validation de la conformité" (non ciblée sur la qualité),
3) "par comité scientifique" (peer-review),
4) "par les utilisateurs",
5) par une "évaluation croisée" (peer-review et utilisateurs).
A titre d'exemple, à l’international, Merlot (www.merlot.org) est un « grand répertoire américain de ressources pédagogiques, décrites par le LOM et évaluées par peer-review. Les utilisateurs peuvent laisser des commentaires et des propositions d’utilisation pédagogique des ressources. C’est l’entrepôt avec le système d’évaluation le plus évolué". Les ressources de Formist (http://formist.enssib.fr), décrites avec le LOM et accessibles par « un système de classification maison" sont évaluées par un comité scientifique et disponibles en "prépublication". Les commentaires d’évaluation sont disponibles et développés dans la catégorie 8 du LOM, où l’on peut saisir des annotations.

"A part via les commentaires, il n'y a pas place pour de réels retours d’usages ni pour une contextualisation de la ressource", remarque Elisabeth Noël. « Des recherches sont en cours pour introduire une intentionnalité pédagogique. L’évaluation des ressources pédagogiques est très proche actuellement du peer-review des articles scientifiques. Mais qui sont réellement les pairs ? Les concepteurs pédagogiques ? les évaluateurs ? les utilisateurs ? ». Les évolutions du web (folksonomies, commentaires d’utilisateurs) peuvent permettre aux utilisateurs de jouer leur rôle de "pairs". L’évaluation montre combien il est difficile de concilier les besoins pédagogiques et la description normalisée.

Annaig Mahe, de l'Ecole Nationale des Chartes, intervient au titre de l'URFIST (Unité régionale de formation à l'information scientifique et technique) de Paris. "Le modèle du catalogage comme segment délimité et autonome de la chaîne du traitement documentaire n'est pas le seul modèle possible pour l'indexation des ressources pédagogiques", indique-t-elle. L’indexation des ressources pédagogiques et le modèle du catalogage ont des « finalités analogues (description bibliographique et visibilité du contenu)". Le catalogage "correspond à un modèle stable et éprouvé, rassurant par rapport aux évolutions actuelles. On peut néanmoins se poser la question des limites de ce modèle si on prend en compte les spécificités de la ressource pédagogique par rapport à une ressource documentaire classique. Le "statut documentaire de la ressource pédagogique n’est pas fixé mais divers et variable ". De plus le modèle du catalogage a été développé dans le contexte du papier et la numérisation le pousse à évoluer même dans le cas des ressources traditionnelles (livres et périodiques).

Les ressources pédagogiques ne sont « pas des documents au même sens qu’un livre ou un périodique du point de vue de leur pérennité, de leur stabilité, de leur autonomie », note Annaig Mahé, qui souligne "le lien fréquent avec l’exposé en présentiel". Selon elle, une première spécificité est sa granularité et des logiques de réutilisabilité plus complexes que pour une ressource classique. Une deuxième spécificité se situe au niveau de la dépendance et de l'interopérabilité avec d’autres ressources et systèmes. "La ressource est rarement autonome mais liée à un projet et à une activité pédagogique, et elle met en jeu trois acteurs : l'apprenant, l'enseignant, l'auteur. L’indexation de la ressource pédagogique peut aussi demander une description de la visée pédagogique, comme le niveau du public cible". Troisième spécificité identifiée par Annaig Mahé, l'indexation demande des compétences qui ne sont pas strictement documentaires sur le workflow, mais qui touchent à la définition d’un projet. On peut envisager une diversité de stratégies de formation : à l’indexation elle-même, intégrée dans la stratégie "ressources pédagogiques" de l’établissement, à la problématique évolutive de l’indexation et aux enjeux qui y sont liés".

"Etant donné la diversité des modèles possibles, il faut une formation sur la stratégie et les enjeux car la compétence du changement aussi est nécessaire", poursuit Michel Roland, de l'URFIST Provence, Alpes, Côte d'Azur et Corse à l'université Nice et Sophia-Antipolis. « Les stratégies et les mises en oeuvre associent plusieurs métiers et ça passe par des formations partagées ».

"Existe-t-il des modèles de formation en ligne de ce type ? », demande Albert-Claude Benhamou. « Cela pourrait être dans le cahier des charges des URFIST", répond Michel Roland. "C’est un sujet nouveau mais, s’il n’existe pas, c’est un service qu’on pourrait offrir". Pour Annaig Mahé, "une des spécificités des URFIST est d’être réactifs. On pourrait rebondir et mettre en place des parcours de formation adaptés".

Françoise Galland, de l'université d’Angers, expose l'exemple de l'UVPL (Université virtuelle en Pays-de-la-Loire, www.uvpl.org) et ses « regrets de ne pas avoir fait de l’indexation plus tôt ». Il s’agit dans cet exposé de faire un témoignage avec les côtés positifs et négatifs de cette expérience et les leçons qu’elle en tire pour les projets à venir. En 2000, la Région affiche alors une volonté forte de diversifier l’offre de formation dans la région car le nombre de bacheliers entrant à l’université est inférieur à la moyenne nationale. Ce fait et le taux d’abandon important en troisième cycle sont interprétés comme autant de PME-PMI non créées. Le projet mobilise trois universités et l'IUFM. Il bénéficie alors d'un budget de 1,5 million d’euros par an et d'une structure juridique sous forme de GIP (Groupement d’Intérêt Public). « En termes quantitatifs, entre 1999 et 2007 ils ont abouti à ce résultat : 30 diplômes en ligne, 200 modules de formation, 5000 étudiants en ligne. Le projet a permis de conforter des pôles de recherche, de susciter une attractivité des formations en présentiel, d'assurer un maintien de diplômes grâce à la FOAD (formation ouverte et à distance), d'engager une réflexion pédagogique et d'introduire les TICE dans l’enseignement présentiel".

"Cela n’a pas été facile", prévient Françoise Galland. Il a fallu apprendre à travailler ensemble et professionnaliser les équipes. Les "difficultés pédagogiques" auxquelles se sont trouvés confrontés les partenaires sont de plusieurs natures. "Les dispositifs sont complexes à mettre en place, ils n’avaient pas le droit à l’erreur car cela concerne des apprenants éloignés, les regroupements présentiels étant restreints. Nous avons compris qu’un dispositif de FOAD doit se concevoir comme un projet nécessitant une formation à la gestion de projets – comme cela avait été proposé dans le cadre des campus numériques. Un travail de co-conception est à mener avec des acteurs qui se connaissent mal (enseignants, ingénieurs des cellules TICE). Françoise Galland évoque aussi comme "verrou à faire sauter" le fait de "réussir à stimuler l’imagination technico-pédagogique en proposant des situations aux enseignants. Une fois le dispositif en place il faut suivre les apprenants, ce qui n’est pas facile non plus car on ne le fait pas comme en présentiel". L'étape de "formation à l’accompagnement" est importante.

C’est la raison pour laquelle les partenaires de l’UVPL ont sollicité l’aide de l’UTC et de l’ENST-Paris pour mettre en place des formations dont la gestion de projet, la conception et l’accompagnement de FOAD. La formation est « montée avec un objectif de professionnalisation des acteurs. Ce sont des formations par transfert-appropriation et par formation-accompagnement. Les moyens d'action sont mutualisés".

Parallèlement à ces préoccupations pédagogiques, nous avons également bien pris conscience de l’importance du choix des outils pour la pérennité des contenus. Un "déclic" s'est produit avec le concept de chaîne éditoriale à l’occasion d’un séminaire organisé à Angers sur les LCMS, témoigne-t-elle. Il fallait aussi, dans ce domaine, professionnaliser les équipes, surtout avec l'arrivée de nouveaux métiers que sont les ingénieurs de formation. Françoise Galland conseille de "raisonner non pas en termes d’outils mais en termes d’objets pédagogiques ». En termes de création de contenus, nous avons bien pris conscience de la nécessité d’utiliser une chaîne éditoriale mais il aurait fallu l’initier plus tôt. En revanche, notre grand regret, malgré une collaboration précoce avec nos collègues des SCD, est de n’avoir pas pris en compte le travail d’indexation ! Au vu des réflexions de ce colloque, ce chantier aurait probablement été beaucoup trop ambitieux à l’échelon de notre université régionale, "c’est notre consolation" précise-t-elle mais "nous sommes conscients que nous allons avoir à le faire maintenant".

"La formation à la démarche qualité a été mise place en dernier", ce qui est aussi un grand regret. Ce qui s’est révélé correct et fructueux dans l'approche adoptée, c’est d'avoir fait émerger un réseau, un investissement commun. L'erreur était de focaliser l'écoute client sur l’apprenant, en oubliant du coup la Région et les responsables d'établissements. Les indicateurs n'ont pas été mis en place pour évaluer le projet et comme la Région a changé d’étiquette politique, des problèmes sont intervenus avec les successeurs. La démarche qualité doit être engagée dès l’origine d’un projet.

"Il s’agit donc pour nous d’une expérience enrichissante avec ses points positifs (pédagogie - formation - professionnalisation des acteurs) et les points qu’il faudra améliorer dans de futurs projets : mise en place d’une démarche qualité, choix techniques (portails, chaînes éditoriales et outils pédagogiques, procédures d’indexation) dès l’initiative du projet. C’est ainsi que nous souhaitons mettre en place la filière pharmacie de l’UNT santé".

Conclusion

Catherine FABREGUETTES (Ministère de l'éducation nationale / SG / STSI / C1)
Gilles BRAUN (Ministère de l'éducation nationale / SG / STSI / C2)

"On se retrouve tous autour d’un objectif commun, la nécessité de valoriser le patrimoine pédagogique des établissements d’enseignement supérieur et il est essentiel d’inscrire ce type de projet dans le cadre des contrats d’établissements " conclut Catherine Fabreguettes, chef du bureau des usages et des services numériques à la SDTICE du STSI au ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Cet objectif de valorisation va se développer mais avec des stratégies différentes, qui reposent sur des choix techniques et des choix d'organisation faits par les établissements : c’est un défi pour les années à venir. Il s'agit d'un chantier qui va s’inscrire dans la durée, dans un cadre mutualisé. Un travail important est effectué dans les UNT et dans les UNR avec la participation des services communs de documentation. La SDTICE souhaite que des propositions émergent rapidement pour valoriser et soutenir les démarches d’indexation par la mise en place de plans d'action et des mesures incitatives adaptés. Le Ministère va étudier notamment l'opportunité de renforcer ce cycle de séminaires.

Gilles Braun, chef du bureau des ressources numériques à la SD-TICE du STSI au ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, rappelle la mise en place d’une "série d’études sur l’usage de l’audiovisuel dans l’université et sur la logique du prêt du numérique dans les universités".