Rédaction d'une suite, exercice à contrainte d'écriture en 4e
Exercice à contrainte d'écriture : rédaction d'une suite immédiate de texte
Objectif : Analyser l'exercice à contrainte d'écriture de la rédaction d'une suite immédiate de texte (de la 4° à la 1ère).
Étudier les points à respecter, à partir d'un exemple, travaux à partir de textes de Balzac puis Mérimée.
- le temps
- le lieu
- les personnages et leur caractère
- l'action,
- les contraintes du récit : narrateur, pronoms, temps employés etc…
1) une année avec des classes de 4° 3°
Les critères à respecter sont recherchés puis notés par les élèves, la semaine suivante, production d'une suite du texte " le château " de Balzac (ils peuvent utiliser tous les documents qu'ils souhaitent et même un portable) : échec grandiose ! : contre-sens et hors sujet partout.
De là l'idée d'élaborer une carte type à compléter.
2) l'année suivante en 3°
Les critères à respecter sont élaborés (de façon très dirigée) avec le tableau interactif et aboutissent à la création de la carte squelette suite1.omp.
Rédaction la semaine suivante :
- Élaboration individuelle de la suite du texte " le château " de Balzac, tous documents, dictionnaire et portables sont permis.
( les résultats sont peu satisfaisants, mais cette phase me semble particulièrement importante au niveau de l'apprentissage : prise de conscience de ses propres erreurs)
Séance suivante : reprise du texte et élaboration collective très ludique au tableau interactif de la carte château.omp
avant, une correction un peu particulière ( correction auto-formatrice : les élèves par groupes évaluent les copies des camarades qui ne sont pas annotées, avec une carte imprimée de château.omp sous les yeux).
Texte de départ : Honoré de BALZAC (1799-1850), Les Chouans 1829
Le château
Le château semblait abandonné depuis longtemps. Les toits paraissaient plier sous le poids des végétations qui y croissaient. Les murs, quoique construits de ces pierres schisteuses et solides dont abonde le sol, offraient de nombreuses lézardes où le lierre attachait ses griffes. Deux corps de bâtiment réunis en équerre à une haute tour et qui faisaient face à l'étang, composaient tout le château, dont les portes et les volets pendants et pourris, les balustrades rouillées, les fenêtres ruinées, paraissaient devoir tomber au premier souffle d'une tempête. La bise sifflait alors à travers ces ruines auxquelles la lune prêtait, par sa lumière indécise, le caractère et la physionomie d'un grand spectre. Il faut avoir vu les couleurs de ces pierres granitiques grises et bleues, mariées aux schistes noirs et fauves, pour savoir combien est vraie l'image que suggérait la vue de cette carcasse vide et sombre. Ses pierres disjointes, ses croisées sans vitres, sa tour à créneaux, ses toits à jour lui donnaient tout à fait l'air d'un squelette; et les oiseaux de proie qui s'envolèrent en criant ajoutaient un trait de plus à cette vague ressemblance. Quelques hauts sapins plantés derrière la maison balançaient au-dessus des toits leur feuillage sombre, et quelques ifs, taillés pour en décorer les angles, l'encadraient de tristes festons1, semblables aux tentures d'un convoi.
1. Points de broderie dont le dessin forme des dents arrondies.
Sujet :
Vous imaginerez une suite immédiate de ce texte : vous pénétrez dans ce château avec un ou une camarade. Votre devoir comportera une partie descriptive mêlée à une partie dialoguée dans laquelle vous exprimerez vos sentiments respectifs.
3) en 2005-2006, pour 2 classes de 4°
La carte squelette suite1.omp et la carte château.omp sont élaborées au tableau interactif comme exemple d'application avant la rédaction, les résultats sont très satisfaisants.
La rédaction suivante s'avère moins dramatique, mais la carte n'est pas utilisée spontanément malgré les rappels.
Rédaction suivante : avec le texte, distribution de la carte squelette : les résultats sont très bons sur le texte.
Autre exemple avec une suite de texte pour Carmen
Texte distribué aux élèves :
La scène se passe en Andalousie, au XIX siècle. Le narrateur effectue des recherches archéologiques dans cette région. Accompagné de son guide, Antonio, il rencontre un curieux personnage près d'une source, où il s'est arrêté pour se reposer et manger. L'auteur comprend à la mine de l'étranger et par les mimiques de son guide, qu'il s'agit sans doute d'un bandit. Il cache ses craintes, et l'homme se montre très courtois avec eux durant toute cette journée. Après avoir chevauché ensemble, ils passent tous trois la nuit dans une misérable auberge.
J'allais fermer les yeux pour la seconde fois, quand il me sembla voir passer devant moi l'ombre d'un homme et l'ombre d'un cheval, marchant l'un et l'autre sans faire le moindre bruit. Je me mis sur mon séant, et je crus reconnaître Antonio. Surpris de le voir hors de l'écurie à pareille heure, je me levai et marchai à sa rencontre. Il s'était arrêté, m'ayant aperçu d'abord.
- Où est-il ? me demanda Antonio à voix basse.
- Dans la venta 1; il dort ; il n'a pas peur des punaises.
Pourquoi donc emmenez-vous ce cheval ?
Je remarquai alors que, pour ne pas faire de bruit en sortant du hangar Antonio avait soigneusement enveloppé les pieds de l'animal avec les débris d'une vieille couverture.
- Parlez plus bas, me dit Antonio, au nom de Dieu ! Vous ne savez pas qui est cet homme-là. C'est José Navarro, le plus insigne bandit de l'Andalousie. Toute la journée je vous ai fait des signes que vous n'avez pas voulu comprendre.
- Bandit ou non, que m'importe ? répondis-je ; il ne nous a pas volés, et je parierais qu'il n'en a pas envie.
- À la bonne heure ; mais il y a deux cents ducats pour qui le livrera. Je sais un poste de lanciers 2 à une lieue et demie d'ici, et avant qu'il soit jour, j'amènerai quelques gaillards solides. J'aurais pris son cheval, mais il est si méchant que nul que le Navarro ne peut en approcher.
- Que le diable vous emporte ! lui dis-je. Quel mal vous a fait ce pauvre homme pour le dénoncer? D'ailleurs, êtes-vous sûr qu'il soit le brigand que vous dites ?
- Parfaitement sûr ; tout à l'heure il m'a suivi dans l'écurie et m'a dit : " Tu as l'air de me connaître ; si tu dis à ce bon monsieur qui je suis, je te fais sauter la cervelle. " Restez, Monsieur restez auprès de lui ; vous n'avez rien à craindre. Tant qu'il vous saura là, il ne se méfiera de rien.
Tout en parlant, nous nous étions déjà assez éloignés de la venta pour qu'on ne pût entendre les fers du cheval.
Antonio l'avait débarrassé en un clin d'oeil des guenilles dont il lui avait enveloppé les pieds; il se préparait à enfourcher sa monture. J'essayai prières et menaces pour le retenir.
- Je suis un pauvre diable, Monsieur me disait-il ; deux cents ducats ne sont pas à perdre, surtout quand il s'agit de délivrer le pays de pareille vermine. Mais prenez garde : si le Navarro se réveille, il sautera sur son espingole 3, et gare à vous ! Moi, je suis trop avancé pour reculer ; arrangez-vous comme vous pourrez.
Le drôle était en selle ; il piqua des deux, et dans l'obscurité je l'eus bientôt perdu de vue.
Prosper Mérimée, Carmen 1845
1. L'auberge misérable où ils passent la nuit.
2. Cavaliers armés de la lance. Ils ont ici des fonctions de police.
3. Sorte de fusil court, à canon évasé.
Rédaction :
Vous imaginerez une suite immédiate de ce texte.
Votre devoir comportera un dialogue et des passages narratifs.
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Conclusions provisoires :
La pratique de la carte ne fait pas encore partie de l'univers mental de nos élèves ni de leur professeur…, il nous appartient de les utiliser pour qu'ils deviennent des outils intéressants dans beaucoup de situations où l'imagination est sollicitée !
Bernard Barlet, académie d'Aix-Marseille.
