"Littérature et langages de l'image" en TL

Présentation du domaine d'étude "Littérature et langages de l'image"

"Littérature et langages de l'image" est l'un des deux domaines d'étude au programme de terminale en littérature (présentation complète dans le BO spécial n°8 du 13 octobre 2011).

Le dialogue entre les œuvres

Le domaine d'étude « Littérature et langages de l'image » s'inscrit dans le prolongement du travail sur la littérature et l'image réalisé au cours des années précédentes. En classe de première, les objets d'étude orientent déjà la réflexion des élèves vers la découverte des correspondances et des rapports complexes établis entre les textes littéraires et les œuvres d'art en général, ainsi que vers l'éducation aux langages de l'image et des médias. Ces perspectives d'ouverture sont reprises en classe terminale, où l'on souhaite conduire les élèves vers l'étude précise des liens et des échanges qu'entretiennent des formes d'expression artistiques différentes, relevant de la littérature et de l'image.

Ce travail sur le dialogue entre les œuvres, qu'il soit de l'ordre du commentaire, de l'imbrication, de la fusion ou de l'adaptation, amène les élèves à prendre conscience de l'ensemble des relations qui se tissent entre la littérature et les langages visuels et audiovisuels.

On retrouve ici l'esprit de l'enseignement « Littérature et société » : il s'agit d'explorer le champ des études littéraires, en mettant en valeur les relations qu'entretiennent les lettres avec d'autres disciplines artistiques et le rôle majeur qu'elles jouent dans la formation de l'homme et du citoyen. En permettant ces regards croisés sur les œuvres, les disciplines et les modes de réception qui leur sont liés, ce domaine d'étude invite les élèves à une réflexion féconde sur les différentes formes de création artistique et sur la manière dont elles touchent leur public ; mais il les conduit aussi à une analyse critique des langages, des discours, de leurs articulations et de leurs évolutions, qui relève bien des enjeux fondamentaux des études de lettres.

Objectifs

L'objectif général est de permettre aux élèves de mettre en regard œuvres littéraires et œuvres relevant des différents langages de l'image. Ils étudieront donc les relations entre ces deux formes de création, leurs différences, leurs correspondances, leurs complémentarités, leurs interactions.

Dans la pratique, et selon les œuvres et les perspectives retenues dans le programme de l'année, les objectifs à atteindre sont les suivants :

- développer la sensibilité et la conscience esthétique des élèves face à l'œuvre d'art ;

- appréhender les genres visuels et audiovisuels en parallèle avec l'étude des genres littéraires et faire réfléchir les élèves sur leurs relations ;

- ancrer les œuvres dans leur contexte par l'approche de grands mouvements culturels pour faire ressortir les liens entre la littérature et les autres arts ;

- élargir éventuellement la réflexion aux autres formes de langages visuels tels qu'ils sont présents dans la société aujourd'hui (télévision, vidéo, multimédia) pour en comprendre les significations, les effets et les enjeux culturels, voire politiques et sociaux.

Compétences visées
Le travail sur ce domaine d'étude doit permettre le développement et l'approfondissement par les élèves de compétences de lecture, d'écriture et d'expression acquises depuis la classe de seconde.

Il s'agit ici principalement de développer leur capacité à :

- lire, comprendre et apprécier les œuvres dans la double perspective de leur singularité et de leur intertextualité ;

- convoquer des outils d'analyse et d'appréciation propres aux formes artistiques rencontrées ;

- comparer, en prenant appui sur un jugement instruit, des œuvres issues de langages différents ; dégager des liens, développer des analogies ;

- mobiliser des repères esthétiques et culturels permettant de faire dialoguer les œuvres, dans leur rapport au monde passé et présent ;

- exercer et cultiver leur sensibilité artistique et leur imagination ;

- exercer leurs capacités d'appréciation et d'invention.

Contenus

Les œuvres inscrites au programme détermineront les perspectives que le professeur sera amené à privilégier. Compte tenu de la richesse du domaine, il n'est pas nécessaire d'énumérer ici toutes les orientations possibles. On peut cependant envisager quelques grands types de relations qui permettent de construire des passerelles entre littérature et langages de l'image, visuelle ou audiovisuelle. La relation entre l'œuvre littéraire et l'œuvre visuelle peut être plus ou moins étroite :

- Relation d'imbrication, d'osmose. Les deux langages forment un système organique et leur construction procède d'un même principe de création. Inséparables et interdépendants, ils offrent à l'étude une réflexion sur les liens entre deux œuvres qui font corps, tout en impliquant des voies d'accès spécifiques.

Ce sont, par exemple, des œuvres relevant tout à la fois de la poésie et du dessin ou de la peinture, ou éventuellement des ouvrages de bande dessinée inscrits dans un cadre littéraire bien identifié ; plus largement, peuvent être étudiées la disposition plastique du texte sur la page, les choix et créations typographiques, calligraphiques, la composition et l'architecture matérielle du livre, etc.

- Relation de composition, d'agrégation. Les œuvres sont reliées dans un processus de signification global qui en infléchit le sens original, mais elles ne sont pas constitutives l'une de l'autre. Si la perception du sens nécessite leur rapprochement, la création, elle, peut être analysée en distinguant leurs singularités.

Ce sont, par exemple, les parcours visuels qui accompagnent certaines œuvres surréalistes, le double ancrage du texte et de l'image, la pratique du collage ou du montage, etc.

- Relation de commentaire, d'amplification, de dialogue interne ou externe. Les œuvres entretiennent des correspondances d'ordre culturel, thématique, esthétique, génétique mais ne forment pas une composition solidaire.

Il peut s'agir de créations d'un même artiste accompagnant a posteriori ou latéralement son travail premier d'un travail second, de nature artistique différente, ou bien d'une création extérieure, en correspondance, qui fait œuvre en elle-même.

Un grand nombre de textes d'écrivains sur la peinture, la photographie ou la sculpture manifestent avec force le lien entre littérature et langages de l'image. De même, les écrits de peintres ou de sculpteurs permettent de mettre en regard le processus de création, pictural par exemple, avec celui de l'œuvre littéraire.

- Relation d'illustration, de transposition ou d'adaptation. Les œuvres sont ici autonomes puisque le transfert complexe d'un langage vers un autre induit cette indépendance. Ce lien d'inspiration, voire de réécriture, est particulièrement actif entre littérature et cinéma, entre littérature et iconographie, mais il existe aussi avec l'univers musical et particulièrement l'opéra. Les réflexions à conduire avec les élèves concernent à la fois les rapprochements entre les deux langages mais aussi leurs spécificités. Autorité de l'œuvre littéraire, impact émotionnel plus fort du cinéma, sollicitations différentes de l'imaginaire, construction du personnage, de la référence, etc. sont autant de sujets soumis à la discussion et à l'analyse. La représentation polysémique du réel au cinéma, par exemple, ne saurait être réduite à une figuration référentielle.

Dans ce cas comme dans le précédent, le statut culturellement codifié du lien est particulièrement soumis aux variations historiques, notamment dans la réception puis la réécriture. Il fait l'objet, le cas échéant, d'un questionnement d'histoire littéraire qui rend l'œuvre à son contexte socioculturel, artistique et théorique.

Mise en œuvre

La prise en compte des objectifs, des perspectives et des compétences visés doit permettre aux professeurs de proposer divers travaux de lecture, d'écriture et d'expression orale qui complètent la préparation à l'examen. L'ensemble de ces activités orales ou écrites exigent des qualités d'expression, de rigueur et de créativité, ainsi qu'un engagement personnel de l'élève.

Les travaux réalisés pourront consister en écrits d'invention, commentaires, essais critiques, conçus sous des formes variées : imitation, transposition, analyse d'œuvre, pamphlet, manifeste, article, etc. On peut en outre souligner auprès des élèves que les essais critiques en matière de création artistique (peinture, sculpture, cinéma, etc.) supposent une implication et, éventuellement, un engagement polémique de l'énonciateur : l'histoire de l'art, en poésie, en peinture, en musique, au cinéma, au théâtre, est scandée par des querelles successives d'Anciens et de Modernes qui ouvrent la porte à l'innovation et sont à examiner comme éléments de l'histoire culturelle.

L'attention portée au dialogue entre les œuvres trouvera tout naturellement dans les ressources numériques et multimédias des auxiliaires précieux. Pour l'étude du texte comme pour celle de l'image ou du son, ces ressources offrent des perspectives d'enrichissement, d'approche et d'analyse que le professeur pourra exploiter largement, en particulier dans une visée comparatiste.

Programme de littérature pour l'année scolaire 2017-2018

Domaine d'étude « Littérature et langages de l'image »

Œuvres

- Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier, 1662 (édition au choix du professeur)

- Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier, film français, 2010 (édition au choix du professeur).

Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011 publié au Bulletin officiel de l'éducation nationale spécial n° 8 du 13 octobre 2011) indique que le travail sur le domaine « Littérature et langages de l'image » doit « conduire les élèves vers l'étude précise des liens et des échanges qu'entretiennent des formes d'expression artistiques différentes ». L'inscription au programme de la nouvelle de Madame de Lafayette La Princesse de Montpensier (1662) et du film de Bertrand Tavernier (2010) met en jeu les relations entre littérature et langage cinématographique, ici envisagées sous l'angle de l'adaptation. La lecture croisée des deux œuvres, recourant aux outils d'analyse adéquats, permettra aux élèves de les apprécier « dans la double perspective de leur singularité et de leur intertextualité ».

Première œuvre publiée, anonymement, par Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier est aussi parmi les premières nouvelles françaises. Rompant avec l'invraisemblance des romans héroïques, l'auteur puise dans l'histoire de la fin du XVIe siècle la matière première de ce court récit qui met en scène, dans un style épuré proche de la chronique, des événements et des personnages le plus souvent réels. Mais tout en prenant appui sur une base historique soigneusement documentée, l'intrigue se déroule dans les marges de l'histoire, empruntant à « l'histoire particulière » des figures ou épisodes mal connus du passé que l'écriture romanesque recrée, développe, voire invente, afin de donner à voir une vérité moins historique que morale. À travers le destin tragique d'une jeune femme qui, déchirée entre son devoir et sa passion amoureuse, préfigure les grandes héroïnes raciniennes autant que La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette montre en effet le danger que représentent les passions dans un monde qui, strictement codifié par les règles de bienséance, condamne toute femme qui leur aurait sacrifié sa « vertu » et sa « prudence ».

Le film de Bertrand Tavernier s'attache « à respecter [les] passions que décrivait Madame de Lafayette, à suivre leur progression, mais aussi à mettre à nu ces émotions, en trouver le sens, les racines, la vérité profonde, charnelle » [1]. Il transpose ainsi doublement le langage de la nouvelle, puisque l'adaptation cinématographique se fonde sur une interprétation de la langue classique de Madame de Lafayette. Dans un double geste d'épure et d'amplification, le réalisateur libère le texte de son imprégnation janséniste et précieuse pour en développer les implicites et les non-dits. Le scénario s'écrit dans les blancs d'un récit dont il comble les ellipses pour restituer en pleine lumière une réalité historique et morale que l'esthétique classique édulcorait, et ainsi projeter le texte, par-delà les siècles, dans notre modernité. À travers le destin exemplaire de Marie de Montpensier, le film montre la vérité à la fois émotionnelle et charnelle de la passion qui, du XVIe au XXIe siècles, garde la même force de contestation de l'ordre établi. À l'insoumission de la jeune femme répond, dans l'adaptation cinématographique, celle du comte de Chabannes, personnage secondaire du récit dont l'itinéraire moral devient le fil conducteur du film où il incarne, en référence aux grands humanistes du XVIe siècle, la lutte contre l'ignorance et le fanatisme religieux. Le film de Bertrand Tavernier montre ainsi que, déliée des contraintes de la bienséance, la nouvelle de Mme de Lafayette est porteuse d'une réflexion très actuelle, mais qui prend sa source dans la Renaissance, sur l'aspiration légitime de l'individu à la liberté, face à toutes les formes de coercition sociale, morale ou idéologique.

Le professeur aura soin d'inscrire chacune des deux œuvres dans son contexte socioculturel et artistique spécifique, afin de favoriser leur dialogue mais aussi leur confrontation. Il veillera notamment à faire percevoir aux élèves l'importance que revêt la prise en compte de la réception de l'œuvre dans l'acte créateur.

Quelques ressources pour les professeurs

- Madame de Lafayette, Œuvres complètes (édition établie, présentée et annotée par Camille Esmein-Sarrazin), Paris, NRF, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 2014.

Sur Madame de Lafayette et La Princesse de Montpensier

- Cuénin Micheline (introduction et édition critique de), Histoire de la Princesse de Montpensier sous le règne de Charles IXe Roi de France et Histoire de la Comtesse de Tende, Genève, Librairie Droz, 1979.

- Goldsmith, Elizabeth, « Les lieux de l'histoire dans La Princesse de Montpensier », in XVIIe siècle, n°181, oct.-déc. 1993 : « Autour de Madame de Lafayette », pp.705-715.

- Giorgi, Giorgetto, « Forme narrative longue, forme narrative brève : le cas de Mme de Lafayette », in Littératures classiques, n°49, 2003, pp. 371-383.

- Virmaux, Odette, Les Héroïnes romanesques de Madame de Lafayette (La Princesse de Montpensier, La Princesse de Clèves, La Comtesse de Tende), Paris, Klincksieck, « Femmes en littérature », 1981.

- Dejean, Joan, « De Scudéry à Lafayette : la pratique et la politique de la collaboration littéraire dans la France du XVIIe siècle », in XVIIe siècle, n°181, op.cit., pp.673-685.

- Gérard-Chieusse, Sophie, Madame de Lafayette et la préciosité, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2001.

- Godenne, René, Histoire de la nouvelle française aux XVIIe et XVIIIe siècles, Genève, Droz, 1970.

- Grand, Nathalie, Le Roman au XVIIe siècle, Paris, Bréal, coll. « Amphi lettres », 2015.

- Zonza, Christian, La Nouvelle historique en France à l'âge classique (1657-1703), Paris, Honoré Champion, 2007.

Sur Bertrand Tavernier et La Princesse de Montpensier

- Tavernier, Bertrand, avant-propos de La Princesse de Montpensier (un film de Bertrand Tavernier suivi de la nouvelle de Madame de Lafayette), Paris, Flammarion, 2010.

Le Cinéma dans le sang (entretiens avec Noël Simsolo), Paris, Écriture, coll. « entretiens », 2011, et notamment les pages 146, 194-195, 259, 270, 275.

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/bertrand-tavernier-raconte-le-tournage-de-la-princesse-de-montpensier_892297.html

- Morice, Jacques, une critique du film à lire sur http://www.telerama.fr/cinema/films/la-princesse-de-montpensier,410517.php

- Nuttens, Jean-Dominique, Bertrand Tavernier (Film après film, le parcours d'un cinéaste humaniste et en prise avec son temps), Rome, Gremese, 2009 (anthologie commentée de la filmographie de Tavernier jusqu'en 2009).

- Raspiengeas, Jean-Claude, Bertrand Tavernier, Paris, Flammarion, 2001. 

Archives

Oeuvres mises au programme pour le domaine d'étude « Littérature et langages de l'image » (Archives complètes sur le site Eduscol) :

Sessions 2016 et 2017

Sophocle, Œdipe Roi (édition au choix du professeur).

Pier Paolo Pasolini, Œdipe Roi, film italien, 1967 (édition au choix du professeur).

Voir les indications de travail et de ressources du BO

Téléchargez le texte de la conférence donnée par Renaud Ferreira de Oliveira, IGEN Lettres Cinéma : L'Oedipe Roi de Pier Paolo Pasolini, entre Rhapsodie intime et Passion du regard

Session 2014 et 2015

- Les Mains libres, Paul Éluard-Man Ray, Poésie Gallimard.

Sessions 2013

Zazie dans le métro, de Raymond Queneau (édition au choix du professeur) 

Zazie dans le métro, de Louis Malle.

Sessions 2011 et 2012

Domaine : Langage verbal et images - Littérature et cinéma

Œuvre : Tous les matins du monde de Pascal Quignard.

Film : Tous les matins du monde d'Alain Corneau.

Sessions 2009 et 2010

Domaine : Langage verbal et images - Littérature et cinéma

Oeuvre : « Les Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos (toute édition de poche).

Film : « Les Liaisons dangereuses » de Stephen Frears (version de 1988).

Sessions 2007 et 2008

Domaine : Langage verbal et images- Littérature et langage de l'image


Œuvre : Contes de Charles Perrault illustrés par Gustave Doré : Grisélidis, Peau d'Âne, Les Souhaits ridicules, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître Chat ou Le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou La Petite Pantoufle de vair, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet. Une note d'accompagnement figure en annexe.

Sessions 2005 et 2006

Domaine : Langage verbal et images - Littérature et cinéma

Oeuvre : “Le Procès” de Franz Kafka (toute édition de poche). 
Film : “Le Procès” d’Orson Welles (version de 1963). 

Sessions 2003 et 2004

Domaine : Langage verbal et images - Littérature et langages de l'image

Oeuvre : "Nadja" d'André Breton.

L'épreuve de littérature de la série littéraire

Définition de l'épreuve : BO n° 31 du 29 août 2013