Enseigner (enfin) l'oral à l'heure du numérique. Ateliers pédagogiques 2014 du séminaire "Les métamorphoses de la parole à l'heure du numérique".

Atelier 13 : Mises en voix, mises en scène

Comment réconcilier les élèves avec le livre ? Dans les deux projets présentés, le lire est au service du dire, non pour soi, mais pour un auditeur, proche tout d'abord (les camarades de classe, le professeur) ; puis plus lointain : d'autres classes et d'autres professeurs ; enfin pour des auditeurs anonymes. L'œuvre littéraire sort de la classe pour être portée au cœur de la « vraie vie ».

Mises en voix, mises en scène
Animatrice : Michèle Doerflinger, IEN-EG, académie de Toulouse

Faire lire des œuvres littéraires intégrales au collège ou au lycée professionnel, qu'elles relèvent de la littérature dite classique ou d'une littérature plus récente, est souvent un défi pour l‘enseignant. Pour les élèves, le plaisir de lire et d'étudier des œuvres en classe est souvent émoussé ou n'a jamais été véritablement ressenti.
Comment réconcilier les élèves avec le livre ? Dans les deux projets présentés, le lire est au service du dire, non pour soi, mais pour un auditeur, proche tout d'abord (les camarades de classe, le professeur) ; puis plus lointain : d'autres classes et d'autres professeurs ; enfin pour des auditeurs anonymes. L'œuvre littéraire sort de la classe pour être portée au cœur de la « vraie vie ».
Prêter sa voix à un texte, redonner vie à une parole figée par l'écrit est un projet qui met le lecteur au cœur d'une véritable transmission. L'élève devient à la fois le « diseur » d'un texte écrit par un auteur et le porteur des émotions qu'il a pu ressentir à la lecture de cet écrit. Il pourra également, dans ces projets, défendre ses choix d'interprétation et les justifier auprès de ses auditeurs.
Quel supplément de valeur apportent les outils numériques ? En permettant d'accompagner la voix d'effets divers, ils permettent de faire de la lecture une sorte de spectacle à entendre et de conserver durablement ce qui sans eux n'aurait duré que l'espace d'un moment.

Premier projet : Mise en scène radiophonique d'un extrait du Bourgeois Gentilhomme de Molière en 5e.
La perspective de mettre en scène un extrait du texte par des moyens sonores a motivé les élèves et a éveillé leur curiosité. Le travail d'analyse du texte dans cet objectif a été actif.
La mise en scène radiophonique est une activité théâtrale qui demande moins de temps et moins de réglages qu'une mise en scène traditionnelle. Les jeunes comédiens apprécient de ne pas être vus. Cela permet à des élèves plus timides de participer à une activité théâtrale. Les séances en petit comité permettent la prise de confiance et lorsque l'enregistrement est prêt, les élèves trouvent valorisant d'être écoutés attentivement par la classe.
Enfin, débarrassés du décor, des costumes et de la gestuelle, les élèves se concentrent sur les effets produits par leur voix et leur intonation. L'exercice est exigeant dans la mesure où les différents personnages doivent avoir une voix clairement identifiable par leur accent ou un ton adapté à la situation, les personnages muets doivent réagir « bruyamment » aux répliques et la scène doit être bruitée par nécessité (pas, bruit de porte...) ou pour créer un effet comique.
Le numérique permet l'enregistrement et le travail sur la voix et l'ajout d'effets (logiciel Audacity).

Deuxième projet : Paroles de guerre ou « Comment rendre compte de sa lecture par une mise en voix personnelle et/ou collective » en Bac pro et CAP ».
Ce projet s'inscrit dans le travail de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale. C'est une expérience qui a été menée avec des classes de terminale Bac professionnel et de CAP de 3 établissements différents de l'académie autour d'un parcours de lecture de Compagnie K de William March. Ce récit repose sur un dispositif choral de témoignages de soldats racontant leur expérience du combat. Des propositions de mise en voix sont élaborées par chacune des classes. Ce travail donne lieu à des propositions audiovisuelles et sonores. Chaque classe engagée dans le projet met ses propositions sur un site en ligne, échange et négocie avec les autres groupes sur une plateforme collaborative (blog, forum et atelier de l'ENT) en vue d'une production collective finale qui mettra en présence les quatre classes participantes.
L'atelier permet de présenter la plateforme et les différents outils numériques utilisés dans ce projet ainsi que la démarche adoptée.
À travers ce projet, les élèves font entendre la voix de soldats américains envoyés au front en 1917, prenant en charge leur parole. Leur lecture à haute voix redonne vie aux différents témoignages et permet d'appréhender la parole dans sa singularité et la complexité de sa mise en scène. L'oral interagit ici avec la lecture pour devenir le vecteur d'une compréhension approfondie du texte. Il devient également le média de restitution d'une interprétation personnelle et/ou collective, mise en confrontation avec les lectures orales proposées par les autres classes.
Le média numérique est à la fois outil de production et moyen de communication par lequel s'organise le projet. Il permet dans un premier temps des productions sonores et/ou audiovisuelles. À travers l'utilisation d'enregistreurs MP3 ou de caméras, puis de logiciels de lecture et de montage faciles à manipuler, les élèves développent leurs propositions de mise en voix. L'enregistrement permet une mise à distance pour une écoute critique et une meilleure appréciation. Le numérique est également le moyen, pour des établissements géographiquement éloignés, de travailler en collaboration. Les élèves échangent et organisent la représentation collective à travers une plateforme collaborative et mettent à disposition leurs propositions sur un blog.

Inspectrices référentes :Michèle Doerflinger, IEN-EG, académie de Toulouse, Odette Turias, IA-IPR, académie de Grenoble
Enseignants animateurs :
• Isabelle Figoli, professeure de Lettres au collège Les Alexis, Montélimar, académie de Grenoble
• Lysis Bragance, professeure de Lettres-Histoire au lycée professionnel du Mirail, Toulouse, académie de Toulouse
• Virginie Rubira, professeure de Lettres-Histoire au lycée professionnel Bourdelle, Montauban, académie de Toulouse
Partenaire :
• Centre culturel Soupetard, Toulouse
Liens :

Consulter :

  • La captation vidéo de l'atelier (à venir)
Mis à jour le 23 mars 2015
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