Séminaire « L'enseignement des langues vivantes dans le premier degré »

Ouverture des travaux : l'actualité du dossier langues vivantes dans le premier degré

Bernard MACCARIO, inspecteur d'académie, chargé de la sous-direction des enseignements des écoles et des formations générales et technologiques des collèges et lycées à la direction de l'enseignement scolaire (DESCO)

Viviane BOUYSSE, Chef du bureau des écoles à la DESCO

Introduction

Les enjeux de l'introduction d'un enseignement de langues vivantes dans le premier degré sont considérables : création d'une approche pédagogique adaptée aux jeunes enfants et des outils qui en faciliteront la mise en oeuvre, organisation des enseignements avec des personnels variés en attendant que les professeurs des écoles assument seuls cette responsabilité, formation continue et initiale des enseignants, création d'un encadrement pédagogique avec des conseillers pédagogiques spécialisés et des inspecteurs eux aussi formés à cette nouvelle discipline. La politique engagée a le soutien de l'ensemble des acteurs, qui en comprennent la nécessité et les objectifs, même si sa mise en œuvre n'est pas aisée. Nous avons souhaité que ce séminaire permette de faire un premier bilan des années précédentes. Nous allons pouvoir échanger et partager les premiers enseignements des expériences relatives aux dispositifs mis en place dans les départements. Madame Top, pour le département du Nord, et Monsieur Jambin, pour l'académie de Toulouse, aborderont le thème de la carte des langues, qui est l'un des atouts majeurs pour concilier les deux principes fondateurs de cette politique, à savoir la continuité sur l'ensemble du cursus et la diversification linguistique.

Francis Goullier, chargé du dossier langues vivantes auprès du ministre de l'Éducation nationale, interviendra, par la suite, sur la question de l'ouverture internationale. Nous recevrons également le témoignage de nombreux acteurs, en particulier celui de Monsieur Joly qui représente l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Pour conclure nos travaux, l'Inspection générale de l'Éducation nationale fera le point sur le suivi qualitatif du plan de développement de l'enseignement des langues vivantes et sur les perspectives à moyen terme. Ceci fait en effet partie des missions de l'Inspection générale de l'Éducation nationale. Notre souci, au cours de ce séminaire, sera de favoriser les échanges aussi souvent que possible.

Je voudrais dans un premier temps resituer ce séminaire dans le cadre pédagogique qui préside à l'application des réformes menées, et aborder ensuite les mesures concourant à la poursuite de la mise en œuvre de ce plan.

L'organisation du cadre d'action

Un principe : la concertation

Ce séminaire s'inscrit dans le cadre d'un certain nombre d'actions que nous menons afin de débattre avec les collègues présents sur le terrain. Nous avons, entre autres, tenu à rencontrer l'ensemble des corps d'inspection du second degré, et nous serons amenés lors d'un prochain séminaire à débattre du thème de l'enseignement des sciences, des langues et des arts dans le premier degré. D'autres réunions, plus restreintes, regroupent les recteurs, les inspecteurs d'académie et le directeur de la DESCO. Elles ont pour but de préparer la rentrée à venir, sous l'angle des moyens et de la mise en œuvre de la politique ministérielle. Pour avoir participé à certaines de ces réunions, je peux affirmer que l'enseignement des langues est l'un des points systématiquement abordés.

C'est bien le moins, qu'au niveau du ministère, nous nous attachions à traduire notre politique dans des dialogues avec les responsables locaux de la mise en oeuvre. Bien sûr, cela nous conduit à aborder avec vous les questions qui n'ont pas encore trouvé de réponses. Nous espérons que ces échanges vous permettront de mieux appréhender les décisions qui seront prises, au niveau local, par exemple dans les domaines de la carte des langues, des mouvements de personnel et des volets départementaux des plans de formations.

Ces réunions sont importantes pour nous également, dans la mesure où nous devons présenter différents textes au cabinet du ministre, dont les circulaires de rentrée distinctes pour les différents niveaux d'enseignement. Cependant, nous souhaitons que le délai ne soit pas trop long entre la publication des différentes circulaires. Il s'agit d'éviter un décalage trop important entre la notification des moyens, qui interviendra fin janvier, et les orientations pédagogiques. Grâce à ces échanges, nous aurons une vision plus précise de ce qui est réalisé, de ce qui est souhaitable et de ce qui doit être corrigé, et donc inscrit dans ces textes qui orientent la préparation de la prochaine rentrée scolaire.

Les premières indications du bilan de la première année de mise en œuvre du plan de développement de l'enseignement des langues

La DESCO a mené une consultation afin d'évaluer le degré de généralisation de l'enseignement des langues vivantes au cours moyen à la rentrée 2001.

Près de 100 % des écoles assurent aujourd'hui l'enseignement des langues vivantes au CM2, mais on constate des écarts important entre les académies, comme au sein des académies pour le CM1. Au niveau national, l'enseignement des langues vivantes est assuré dans 60 % des classes de CM1 et les taux affichés par les académies vont de 20 à 95 %.

L'anglais est enseigné dans 75 % des classes. L'enseignement de l'allemand représente environ 20%, celui de l'espagnol 2 % et celui de l'italien 1 %. Ces éléments donnent à chaque académie la mesure du travail à accomplir dans le domaine de la diversification. Il ne s'agit pas seulement d'une photographie de la situation à un moment donné, mais bien d'éléments concrets qui doivent orienter notre action.

La rentrée 2002 marquera une étape essentielle du plan de développement de l'enseignement des langues dans le premier degré puisqu'il s'agira de franchir un nouveau pas en implantant cet enseignement dans les CE2.

Les mesures adoptées

L'inscription de l'enseignement des langues vivantes dans les projets de programmes pédagogiques de l'école primaire

Nous pouvons prendre appui sur un certain nombre de mesures qui ont été prises, ou qui sont sur le point de l'être. Sur le plan pédagogique, nous sommes en train de concrétiser l'un des fondements du plan : l'inscription de l'enseignement des langues vivantes dans les programmes pédagogiques de l'école primaire. La démarche d'élaboration des projets de programmes de l'enseignement secondaire vaut également pour l'école primaire. Un groupe d'experts, présidé par Philippe Joutard, a élaboré les projets de programmes pour l'ensemble des cycles. Les résultats de la consultation portant sur les objectifs et les contenus de ces projets de programme sont en cours d'analyse. Actuellement, des groupes d'experts travaillent à la déclinaison opérationnelle, langue par langue, de ces grands axes. Sept langues, dont le russe, sont concernées.

Ces projets de programmes traduisent notre souci de cohérence verticale et horizontale. La cohérence verticale relève de la continuité des apprentissages entre les cycles, alors que la cohérence horizontale concerne le lien entre les disciplines au niveau d'un même cycle. Nous ne consacrerons pas le séminaire aux projets de programmes car il ne s'agit pour l'heure que de projets.

L'élaboration des projets de programmes émane de la demande faite au président du groupe d'experts par deux instances : le Conseil national des programmes (CNP) et la DESCO. Ces projets de programmes doivent être examinés par le Conseil Supérieur de l'Éducation (CSE), qui rend un avis sur ces textes. L'objectif que nous nous sommes fixé de soumettre les projets de programmes au CSE d'ici fin décembre ou au plus tard fin janvier 2002. D'ici là, nous devrons élaborer une synthèse de la consultation nationale à partir de vos synthèses départementales.

Le recensement des outils existants

En évoquant la question des programmes, nous ne pouvons pas faire l'impasse sur les outils d'apprentissage. Nous avons engagé un travail de recensement des outils existants. Je remercie tous ceux d'entre vous qui nous ont adressé des fiches descriptives de ces outils. Ce recensement va permettre d'identifier ceux qui pourront être mutualisés. Nous envisageons de lancer un appel d'offres pour la réalisation de nouveaux outils pour le cycle 3, à partir d'un cahier des charges qui est en cours d'élaboration.

L'introduction de l'enseignement des langues vivantes dans les programmes des IUFM

Outre les aspects pédagogiques, je voudrais évoquer d'autres mesures qui relèvent plus du domaine organisationnel. Nous avons engagé une étude sur l'analyse des facteurs de résistance dans la mise en œuvre du plan.

Le ministre a rappelé à plusieurs reprises que l'objectif était d'amener de plus en plus d'enseignants du premier degré à prendre en charge l'enseignement des langues vivantes. Dans cette optique, tous les IUFM ont introduit l'enseignement des langues vivantes dans la formation initiale des enseignants.

Par ailleurs, un certain nombre de mesures que nous avons prises visent à augmenter le nombre d'enseignants pouvant prendre en charge l'enseignement des langues vivantes dans le premier degré.

La procédure d'habilitation des enseignants

La procédure d'habilitation a fait l'objet d'une circulaire (29 octobre 2001) publiée au Bulletin officiel n°41 du 8 novembre 2001. L'Inspection générale a mis en évidence les différences entre les dispositifs d'habilitation d'une académie à l'autre. Il nous est donc apparu souhaitable d'harmoniser les modalités et les critères de l'habilitation. Elle se déroulera désormais en deux temps. Dans un premier temps, une habilitation provisoire est délivrée, sur la base d'une évaluation de la compétence linguistique. Les enseignants bénéficiant d'une habilitation provisoire obtiennent une habilitation définitive à la suite d'une observation en situation.

La création de cent postes de conseillers pédagogiques

La deuxième mesure visant à optimiser les ressources humaines de l'Éducation nationale consiste en la création de cent postes de conseillers pédagogiques " langues vivantes ". Cela nous conduit à réactualiser le certificat d'aptitude aux fonctions d'instituteur et de professeur des écoles maître formateur (CAFIPEMF), qui est régi par un décret. Notre objectif est que vous puissiez recruter les cent premiers conseillers pédagogiques pour la rentrée prochaine.

La prise en compte des langues dans la formation continue des enseignants

La troisième disposition relative au développement des moyens de l'Éducation nationale pour l'enseignement des langues vivantes porte sur la formation continue. Des directives ont été données pour que la priorité que représente l'enseignement des langues se traduise par l'augmentation des volumes horaires de formation dans les volets départementaux des plans de formation continue. La part de l'activité globale de formation continue consacrée aux langues vivantes est de 6 % pour l'année scolaire 1999-2000 (volume global de près de 800 000 journées-stagiaires) ; elle devrait passer à 10 % pour l'année 2001-2002. L'accroissement peut, à première vue, sembler modeste, mais il est important puisque les formations s'adressent principalement aux enseignants du cycle 3.

Nous souhaitons également développer des formules originales en termes d'offre de formation. Ainsi, nous avons prévu, dans le cadre du partenariat de la DESCO avec l'AEFE, des stages de trois semaines à l'étranger pour une dizaine d'enseignants du premier degré. L'agence et le réseau des établissements français à l'étranger se chargeront de la logistique. Lors de cette année d'expérimentation, le nombre de stagiaires reste volontairement limité. Permettez-moi tout de même de remercier l'AEFE et le réseau des établissements de s'associer à ce dispositif.

Cinq langues seront concernées, chacune gérée par une académie différente :

  • le portugais, par l'académie de Bordeaux ;
  • l'espagnol, par l'académie de Toulouse ;
  • l'italien, par l'académie de Grenoble ;
  • l'allemand, par l'académie de Nancy-Metz ;
  • l'anglais, par l'académie de Rennes.

Deux autres mesures ont été prises afin de favoriser l'augmentation du nombre d'enseignants pouvant assurer l'enseignement des langues, en plus des effectifs de l'Éducation nationale.

L'implication des enseignants ELCO (enseignement des langues et cultures d'origine)

Nous avons prévu l'implication des enseignants ELCO, dans le cadre d'un dispositif décidé par le ministre lui-même, lors d'une réunion avec les ambassadeurs des pays signataires des accords ELCO, qui sont l'Italie, les pays du Maghreb, l'Espagne, le Portugal, la Turquie et la Yougoslavie. Nous souhaitons utiliser la compétence de ces enseignants afin de permettre le renforcement de ces langues dans le système éducatif et d'établir une continuité des enseignements avec le collège. Le degré d'avancement des travaux avec ces pays est variable. Le Portugal est éminemment convaincu de la nécessité d'assurer cette continuité, tandis que les pays du Maghreb, la Turquie et la Yougoslavie demandent du temps pour y réfléchir.

L'amélioration des conditions des intervenants extérieurs

Nous avons également adopté des textes relatifs à la rémunération, au recrutement et aux conditions de travail des intervenants participant à l'enseignement des langues à l'école. L'amélioration de leur situation se traduira notamment par l'augmentation de leur rémunération.

La publication de textes concernant les langues régionales

Je souhaite évoquer également les textes concernant l'enseignement des langues régionales. Il s'agit d'un décret, d'un arrêté, d'une circulaire d'ordre général, d'une circulaire concernant l'enseignement bilingue à parité et d'une circulaire concernant l'enseignement bilingue par immersion.

La séance plénière va se poursuivre par la présentation de dispositifs mis en œuvre pour apporter des réponses à ces questions, grâce à la carte des langues que nous vous demandions de mettre en place dès l'année dernière. La continuité et la diversification sont les deux objectifs caractéristiques de la politique du ministre.

Échanges avec la salle

De la salle

Comment justifier l'existence de l'habilitation en langues vivantes alors que les maîtres sont dispensés d'en passer une pour les autres matières enseignées ?

Vous avez argué du fait que le texte d'habilitation était un moyen d'accélérer la prise en charge par les enseignants de l'enseignement des langues vivantes. Dans le département du Vaucluse, nous sommes quelque peu effrayés par cette habilitation. Notre département fait partie de ceux qui affichent un taux d'enseignement des langues vivantes de 100 % en CM2 et de 50 % en CM1. Dans la plupart des cas, les enseignants habituels de ces classes assurent cet enseignement, mais aucune procédure d'habilitation n'a été mise en place dans le département. Après lecture du texte relatif à cette procédure, et connaissant les compétences linguistiques de ces enseignants, je pense que moins d'une dizaine pourront répondre aux critères d'habilitation. Aussi, nous craignons que cette procédure accélérée et très exigeante ne fasse reculer, de manière significative, l'enseignement des langues vivantes dans notre département.

Cette constatation vaut également pour les intervenants extérieurs à l'Éducation nationale. Nous avons fait le choix de recruter des locuteurs natifs, car les enseignants ne sont pas forcément très compétents en matière linguistique. Or ces intervenants sont de bons référents linguistiques, mais n'ont pas de compétences pédagogiques. D'ailleurs, nous ne leur demandons pas d'enseigner.

Se pose aussi une question plus technique, qui est celle de la prise en charge des frais de déplacements des intervenants. Il s'agit d'un problème non négligeable dans un département rural, comme celui des Alpes-de-Haute-Provence. Je souhaite savoir si les crédits seront abondés en conséquence ou si nous devrons les prélever sur les dotations existantes.

Enfin, pourriez-vous préciser si la procédure d'habilitation s'applique aussi à l'enseignement privé ?

Viviane BOUYSSE

Nous n'avons pas cessé de traiter, dans les réunions de ce type, le sujet de la justification d'une procédure d'habilitation pour les langues. Notre réponse est que l'habilitation concerne les enseignants en poste qui n'ont pas été formés en langue ou ne les ont plus pratiquées depuis de nombreuses années, et qui n'ont pas été recrutés avec la perspective d'avoir à enseigner une langue vivante étrangère.

Sauf à introduire des " couples " de linguistes et de pédagogues, nous ne pouvons pas risquer de sacrifier la qualité de l'enseignement. Les maîtres concernés par l'habilitation en langues n'avaient pas été formés pour enseigner les langues, alors qu'ils l'étaient pour les autres disciplines. Cela justifie que l'habilitation ne soit pas étendue aux disciplines classiques. L'habilitation ne concerne plus, depuis deux ou trois ans, les sortants d'IUFM et ne devrait plus concerner les nouveaux recrutés. L'Inspection générale nous a permis d'identifier les méthodes les plus intéressantes qui existaient dans les académies et nous avons proposé cette procédure. Celle-ci est peut-être assez exigeante, mais elle devrait concerner de moins en moins d'enseignants dans les années qui viennent.

Si ce que vous dites est vrai, c'est-à-dire que cette procédure freine le développement de l'enseignement des langues, nous en examinerons les effets précisément. Néanmoins, j'attire votre attention sur le fait que le niveau d'exigence n'est pas trop élevé. Dans tous les cas, il ne sera pas abaissé. Il s'agit, en effet, du niveau qui sert de référence aux IUFM dans leurs formations. Je sais que l'académie d'Aix-Marseille a pris dès le début des dispositions particulières concernant la mise en place de la procédure d'habilitation et, en conséquence, je ne m'étonne pas que des problèmes particuliers d'application surgissent dans cette académie.

Quant aux intervenants extérieurs, si vous faites appel à eux, c'est bien pour enseigner.

Il est vrai que ce recours à des forces externes peut avoir des effets pervers, mais il n'empêche pas les enseignants de se remettre à l'étude des langues. Le texte, tel qu'il existe aujourd'hui, permet de proposer aux intervenants extérieurs des contrats plus longs et renouvelables. Ils peuvent donc être associés, dans certains cas, à des formations.

Vous avez posé une question relative à la prise en charge des frais de déplacements des contractuels. Je n'ai pas eu connaissance des dispositions prises au titre du budget 2002 à ce sujet. Néanmoins, nous avions demandé que le chapitre des frais de déplacements soit abondé au budget.

Cela me permet de signaler que, pour l'année 2002, vous disposerez de crédits dédiés aux intervenants extérieurs en langues vivantes. Ces intervenants ont le statut d'agents contractuels. Cette année, ces budgets étaient inclus dans l'enveloppe 37-83 article 10. Vous aurez notification de la première délégation budgétaire plus tôt qu'à l'accoutumée, car il nous est demandé de préparer les hypothèses de répartition pour le 15 décembre 2001. Ainsi, vous connaîtrez beaucoup plus tôt le montant des crédits " langues vivantes " dont vous disposerez pour la période de janvier à juin 2002. Nous avons également obtenu des mesures nouvelles au budget. Une deuxième délégation couvrira ainsi le premier trimestre de l'année scolaire qui débutera en septembre 2002.

J'insiste sur l'importance des informations que vous nous fournissez car l'estimation des besoins est en grande partie fondée sur ces données. Je précise bien que vous pouvez toujours utiliser les crédits de l'enveloppe globale du 37-83 pour abonder l'enveloppe spécifique des intervenants extérieurs en langues vivantes. Je ne vous cacherai pas que nous souhaitons faire évoluer ce mode de financement en transférant le plus rapidement possible ces crédits du chapitre des crédits pédagogiques à un chapitre de rémunération.

La question de l'habilitation dans l'enseignement privé est complexe. Il n'y a aucune raison pour que cela ne se passe pas comme dans le public. Le privé tend à rapprocher ses procédures de celles de l'enseignement public, mais il s'agit de savoir si les commissions qui gèrent les habilitations de l'enseignement public auront en charge celles du privé.

Dans certains cas, ce schéma est déjà effectif, alors que dans d'autres départements, où le privé est très présent, cette organisation transfèrerait une lourde charge sur ces commissions. En conclusion, le principe de l'habilitation dans l'enseignement privé semble acquis, mais ses modalités restent à préciser.

De la salle

Dans l'académie de Rennes, les habilitations sont délivrées par la commission de l'enseignement public et un enseignant de l'enseignement privé. Les mêmes modalités s'appliquent à toute l'académie, où le privé est massivement représenté.

De la salle

Est-il question d'introduire l'enseignement des langues dès la grande section de maternelle ou, au contraire, de le limiter au cycle 3 ? Dans ce cas, quelles seront les modalités d'application ?

Ne pourrait-on envisager la généralisation au cycle 2 du programme d'éveil aux langues ?

Bernard MACCARIO

Nous sommes bien entendu en faveur de l'introduction de l'enseignement des langues au niveau de la grande section là où cela est possible, même si le principe, pour la rentrée 2002, est celui de la généralisation en CE2.

Viviane Bouysse évoquait les effets pervers que pouvait avoir l'intervention des contractuels sur l'investissement des maîtres en poste dans le domaine des projets pédagogiques. En fait, un tiers des enseignants habilités n'intervient pas dans l'enseignement des langues. L'une des hypothèses que nous avons émise est que ces personnes interviennent dans les écoles maternelles. Nous savons que les échanges de compétences entre les classes maternelles et les classes élémentaires sont complexes à mettre en œuvre.

Le programme d'éveil aux langues relève quant à lui d'une autre approche que celle de l'option qui été retenue, au niveau du cycle 2. Cette dernière consiste en l'apprentissage d'une langue, alors que le programme d'éveil aux langues prévoit une sensibilisation des élèves à la diversité linguistique et culturelle. Entre ces deux options, notre action doit être en cohérence avec les objectifs et le contenu des programmes du cycle 3. Il conviendra également de traiter cette question sous l'angle des moyens qui peuvent être mis en œuvre au niveau du cycle 2. En effet, le débat sur les programmes est en partie conditionné par les ressources disponibles. Le traitement des données de la consultation permettra d'éclairer le groupe d'experts chargé de cet arbitrage.

De la salle

Les volumes horaires d'enseignement des langues vivantes en cycle 3 vont-ils être modifiés ?

Viviane BOUYSSE

Théoriquement, pour le cycle 3, une heure trente est consacrée à l'enseignement des langues vivantes. Toutefois, ce volume horaire n'est pas appliqué partout. Cela signifie que nous devons mobiliser des ressources complémentaires pour y parvenir, en plus de celles qui seront nécessaires pour l'introduction de l'enseignement des langues en CE2. Les projets de programme donnent, pour le cycle 3, une fourchette de deux heures à deux heures trente par semaine consacrées aux langues. La durée de deux heures est réaliste. En outre, les documents d'accompagnement pourraient spécifier que l'enseignement des langues en cycle 3 ne devrait pas être inférieur à deux séances de 45 minutes effectives par semaine. La demi-heure qui sépare ce seuil minimal d'une heure et demie par semaine des deux heures évoquées par les projets de programmes pourrait être consacrée à la réalisation de projets pédagogiques particuliers, comme les classes linguistiques.

De la salle

Comment pourra s'orienter le choix des familles dans le cadre des ELCO ?

Bernard MACCARIO

Jusqu'à présent, les enfants des familles concernées par les ELCO pouvaient apprendre deux langues : l'une, dans le cadre de l'enseignement classique, et l'autre, dans le cadre des ELCO. La transformation des ELCO a pour but de faire correspondre leurs programmes aux objectifs français d'enseignement des langues. Les programmes des ELCO sont définis par des textes qui engagent les pays étrangers. Ainsi, s'il y a l'évolution souhaitée, il s'agira bien, pour les enseignants étrangers, de respecter les programmes français d'enseignement des langues. Quant au choix des familles, il doit être libre et pourra donc se porter sur une autre langue que la langue d'origine.

La position du cabinet du ministre nous incite à développer la diversité de l'offre de formation en langue au niveau de la sixième. Il s'agit de donner l'assurance aux familles qui optent, par exemple, pour l'enseignement du portugais en primaire de pouvoir choisir une deuxième langue, probablement l'anglais, en sixième.

Viviane BOUYSSE

Cela signifie que, même si c'est un maître du programme ELCO qui enseigne une langue, le programme s'adresse potentiellement à tous les élèves de la classe, quelle que soit leur origine.

De la salle

Je souhaiterais que vous apportiez certaines précisions à propos de la nouvelle option " langues vivantes " du CAFIPEMF. Dans notre département, des conseillers pédagogiques ont passé le CAFIPEMF généraliste, qui comportait des épreuves de langues vivantes. Doivent-ils repasser des épreuves de langues vivantes pour être titulaire du CAFIPEMF " langues vivantes " ?

Viviane BOUYSSE

Un nouvel arrêté est paru au JO du 7 novembre 2001. Je crois qu'il vous a été demandé de ne pas clôturer les inscriptions au CAFIPEMF, voire de les rendre à nouveau possibles si elles étaient déjà closes. La logique était de mettre en œuvre le nouvel arrêté. Il se trouve que, pour des raisons juridiques, l'application de l'arrêté de 2001 est délicate. Il vous est donc proposé d'ouvrir le registre d'inscription pour une option " langues vivantes étrangères " en conservant les formes du CAFIPEMF, définies en 1985, pour la session de cette année. Le nouvel arrêté ne sera applicable dans son intégralité qu'à partir de la rentrée prochaine. En effet, il modifie la nature des épreuves d'admission. Or l'obtention d'un examen professionnel ne peut être régie par deux systèmes de validation différents dans la même année. Le précédent texte précisait que le mémoire devait attester des compétences dans l'option, alors que le nouvel arrêté prévoit que c'est l'épreuve de critique de leçon ou d'animation pédagogique qui déterminera ces aptitudes.

Je pense que le délai de six mois, entre le moment où le sujet de mémoire est agréé et le moment où le candidat se présente, pose problème à certains d'entre vous. Il est manifeste que cela va décaler certaines opérations avec, peut-être, des incidences sur les affectations. Néanmoins, vous ne pouvez pas nommer à un poste de conseiller en langues vivantes une personne qui ne détient pas un CAFIPEMF " langues vivantes ". En conséquence, les personnes qui ont un CAFIPEMF généraliste devront bien repasser certaines épreuves.

Je rappelle que cent postes de conseillers pédagogiques vont être créés à la rentrée. Tous ces postes seront pourvus. Si certains départements ne sont pas en mesure de nommer un conseiller pédagogique à la rentrée, d'autres pourront en nommer deux. Ces postes sont des créations budgétaires pour cette année.

De la salle

Vous évoquez souvent les critères quantitatifs d'évaluation du développement de l'enseignement des langues et beaucoup moins les critères qualitatifs. Or, caractérisées par des personnels et des horaires divers, il semble que les modalités de mise en œuvre de cette politique manquent d'homogénéité. Il faudrait aussi soulever le problème de l'inégalité entre les départements quand il s'agit d'attirer les intervenants extérieurs.

Concernant l'évaluation des élèves, il serait souhaitable que l'on puisse mettre en place un système d'évaluation au niveau national. A l'heure actuelle, les systèmes d'évaluation sont très divers et certains choisissent de ne faire aucun travail d'évaluation.

Enfin, il est évident que la demande sociale qui nous est massivement adressée par les parents est d'assurer l'enseignement de l'anglais, ce qui ne facilite pas la mise en place d'une offre diversifiée.

Bernard MACCARIO

S'il faut faire preuve d'esprit critique, il faut éviter de se laisser aller au pessimisme et ne pas recenser seulement les difficultés. Nous sommes attachés à ce que notre ambition puisse être déclinée au niveau de chaque département. Je crois que nous devons conjuguer ambition et réalisme. Les indicateurs que nous mettons en place ne visent pas à stigmatiser mais à optimiser l'allocation des ressources, en prenant en compte les situations particulières de chaque académie.

Vous avez déclaré que la diversification allait à l'encontre de la demande sociale. J'ai le sentiment que la demande d'enseignement en anglais est satisfaite. Par rapport aux années précédentes, le pourcentage d'élèves qui suivent des cours d'anglais augmente. Notre souci est de proposer une offre en faveur de la diversification, conformément au souhait du ministre. Le réalisme est néanmoins nécessaire. Ces questions font partie des éléments de travail que nous devons prendre en compte et nous pensons que les indicateurs quantitatifs ne sont pas les seuls pertinents. L'objet de ces rencontres est aussi de mettre l'accent sur d'autres moyens d'évaluation de l'efficacité du dispositif. Depuis deux ans, l'ensemble des acteurs du système, comme le corps social, adhèrent à l'ambition de généralisation de l'enseignement des langues dans le premier degré. La période de bouleversement et de réflexion va se poursuivre sur plusieurs années, il ne faut pas se le cacher.

Nous savons que le taux de couverture ne sera pas de 100 % à la fin du CM1 dans toutes les académies, mais il est important d'engager collectivement le mouvement tendant vers cet objectif. Cette priorité doit être prise en compte par tous les départements, sans occulter le fait que, dans chacun de ces départements, le contexte est différent et pose des problèmes spécifiques.

Notre démarche est guidée par les objectifs suivants : ambition, réalisme et souci d'associer critères quantitatifs et qualitatifs d'évaluation de la mise en œuvre du plan.

Nous sommes prêts à accepter des échecs, mais je crois que nos objectifs doivent être partagés par tous les niveaux de l'enseignement, y compris celui des universités où l'enseignement des langues est souvent absent, en dehors des UFR de langues. Le bouleversement doit se réaliser à la fois au niveau structurel et au niveau culturel. La maîtrise de deux, voire trois langues étrangères doit faire partie du bagage culturel des élèves que nous allons former dans les années qui viennent. Dans ce but, notre démarche doit aboutir à l'émergence d'un nouvel état d'esprit.

Le dernier point que je voulais aborder concerne les évaluations. A partir de la rentrée 2002, les outils nationaux d'évaluation vont intégrer les langues vivantes, tout au moins pour ce qui est de la compréhension orale. Un délai supplémentaire est nécessaire avant d'envisager l'évaluation de l'expression orale. Des groupes de travail se penchent sur l'élaboration de ces systèmes d'évaluation. L'aide aux maîtres doit déboucher sur une aide aux élèves.

De la salle

Les parents choisissent les langues vivantes en fonction des compétences des intervenants que nous sommes susceptibles de leur proposer. Par exemple, dans certaines régions, la majorité des maîtres ont des compétences en allemand et l'enseignent à leurs élèves, sans que cela ne corresponde forcément à la demande de ces derniers. De fait, en sixième, sept élèves sur dix abandonnent la langue qu'ils avaient apprise dans le primaire.

Dans le département de la Lozère, plusieurs collèges ne comptent que 150 à 200 élèves. Dans ces établissements, il n'est pas question d'offrir une grande diversité de formations en langues. De même, de nombreuses petites écoles de deux ou trois classes desservent un même collège, mais offrent des enseignements dans des langues différentes. Il est donc nécessaire d'harmoniser à la fois les formations en langues entre les écoles d'un même secteur géographique et également entre l'école et le collège. Quelles solutions proposez-vous pour faire face à cette complexité ?

Bernard MACCARIO

Il est vrai que, pour une part, l'offre de formation en langues est structurée en fonction des moyens disponibles. Toutefois, la continuité n'est pas prédéterminée par le collège, elle peut également être assurée à partir de l'offre proposée par le primaire.

De la salle

Je voudrais rapporter ici une expérience menée dans le Jura. Les élèves qui avaient bénéficié d'un enseignement en allemand dans le primaire et qui ont choisi l'anglais comme LV1 en sixième, ont pu bénéficier, dans cinq collèges du département, d'un enseignement d'allemand de deux heures hebdomadaires. Une heure était prise en charge par l'établissement et une heure par le rectorat.

Viviane BOUYSSE

Il nous a été signalé par l'Inspection générale que certaines académies avaient préparé des fiches pour renseigner les parents sur l'offre locale d'enseignement des langues. De notre côté, nous préparons actuellement des argumentaires qui seront communiqués aux académies, de telle façon que vous puissiez communiquer avec les parents sur ce sujet à partir d'un document pour partie commun aux diverses académies, et pour partie précisé en fonction du contexte local. Même si la demande sociale est en grande partie focalisée sur l'anglais, il ne faut pas occulter que l'apprentissage des langues s'étend sur de longues années. L'anglais est une langue dont la maîtrise est peut-être plus nécessaire que d'autres, mais son apprentissage peut débuter au collège, et non nécessairement en grande section.

Mis à jour le 15 avril 2011
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