Séminaire « Partenariat académies - établissements français à l'étranger »

Le projet pédagogique et éducatif pour l'enseignement français à l'étranger

Jacques VERCLYTTE, directeur de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger

Si l'on prend en compte l'ensemble des établissements reconnus par l'Éducation nationale, c'est-à-dire les établissements homologués, 236 000 élèves sont scolarisés dans le réseau. Parmi eux, un tiers est de nationalité française.

La majorité des établissements français à l'étranger sont directement gérés par l'AEFE ou soumis à une convention avec l'AEFE. 158 000 élèves sont scolarisés dans ce type d'établissements. D'autres établissements n'ont pas souhaité avoir des relations contractuelles avec l'établissement public qu'est l'AEFE, même s'ils sont reconnus par l'Éducation nationale. Ils regroupent 78 000 élèves.

Présentation du réseau des établissements français à l'étranger

Les élèves des établissements français à l'étranger ne représentent qu'environ 2 % de la population scolaire française (établissements publics et établissements privés sous contrat). Mais si le réseau des établissements français à l'étranger était une académie, ce qui n'est pas le cas, cette académie serait classée en 23 ou 24ème quant à son nombre d'élèves. Le réseau compte pratiquement autant d'élèves que les académies de Clermont-Ferrand ou de Besançon et plus que les académies de la Réunion, de Limoges, de la Guadeloupe, de la Martinique ou de la Guyane.

Le réseau est donc l'équivalent d'une petite académie, même s'il ne constitue pas une académie. En effet, le réseau n'est pas organisé comme une académie et ne dépend pas que de l'Éducation nationale. Les caractéristiques des établissements français à l'étranger sont par ailleurs bien différentes de ce qui existe en France. Les 400 établissements sont en effet de tailles très diverses. Monsieur Roesch est proviseur du lycée Lyautey de Casablanca, qui regroupe 3 300 élèves de la 6ème à la terminale, mais est également ordonnateur pour une série d'établissements de la région de Casablanca regroupant plus de 7 000 élèves. A l'inverse, il existe à l'étranger des écoles qui comptent 12 ou 20 élèves.

Les établissements français à l'étranger sont répartis dans 125 pays. Seule la France bénéficie d'un réseau de cette taille. Cette dispersion a bien entendu pour conséquence des difficultés de communication entre établissements. Monsieur Abecassis, Monsieur Neplaz et moi-même allons par exemple nous rendre à une réunion pour la zone du Sud-Est asiatique qui va de Pondichéry jusqu'à l'Australie : les personnes qui travaillent dans cette zone ne se rencontrent pas tous les jours…

Les établissements

La mission des établissements français à l'étranger est double. Il s'agit d'une part de prolonger le service public pour les élèves de nationalité française, que l'expatriation soit de courte ou de longue durée, et, d'autre part, de scolariser des élèves du pays d'accueil ou des étrangers-tiers.

Les établissements français à l'étranger ne sont pas des EPLE : ils n'ont pas de conseil d'administration de type EPLE. Les chefs d'établissement rencontrent souvent des difficultés pour séparer clairement leurs responsabilités pédagogiques et leurs responsabilités de gestion. La situation est également très différente de ce qui existe en France, compte tenu du rôle qu'exercent en France les collectivités territoriales.

Le financement du réseau est double. L'AEFE dispose d'un budget annuel de 2 milliards de francs, attribué par le ministère des Affaires Etrangères. Les familles contribuent quant à elles au reste du financement, pour un montant à peu près identique.

Les élèves et les personnels

On constate une grande diversité des nationalités des élèves scolarisés dans les établissements français à l'étranger. L'objectif des élèves n'est pas toujours nécessairement la préparation du baccalauréat français ou une poursuite des études dans le système français.

En raison du prestige, souvent très ancien, de ces établissements, il existe une forte demande des milieux d'influence du pays d'accueil. Le choix des familles peut également se faire en fonction du rapport qualité/prix. Il existe souvent d'autres établissements étrangers, britanniques, américains ou allemands, mais les lycées français présentent l'avantage d'être de qualité tout en étant souvent les moins chers. Cette différence de prix est normale puisque les pouvoirs publics français financent ces établissements à hauteur de 50 % en moyenne.

Les motivations et les attentes des familles sont très différentes et créent souvent des débats, et même quelquefois des tensions, au sein des comités de gestion. En effet, il n'existe pas de consensus sur les questions suivantes : faut-il être fidèle à l'esprit de l'enseignement français ? Qu'envisageons-nous pour nos enfants à la sortie de leurs études secondaires ?

L'AEFE rémunère un peu plus de 6 200 personnels titulaires d'encadrement, de personnels d'éducation, de personnels administratifs et d'enseignement. Ce chiffre étant insuffisant pour assurer la scolarisation d'autant d'élèves, de nombreuses personnes sont recrutées localement par les établissements. Elles sont le plus souvent soumises à des contrats de travail de droit local, mais elles peuvent être aussi bien de nationalité française que de nationalité étrangère. Ces personnels recrutés localement ont droit à la formation continue comme les autres personnels.

La plupart des lycées étrangers préparent uniquement aux trois séries du baccalauréat général ou à une ou deux de ces séries. Il n'existe pratiquement pas de formations technologiques. A ma connaissance, la seule exception pour les formations industrielles est l'établissement de Mexico qui propose une section STI prolongée par un BTS industriel. Des formations technologiques tertiaires existent parfois, mais il y a peu d'espoir de les voir se développer. Les établissements français à l'étranger proposent également très peu de BEP ou de baccalauréats professionnels, et lorsqu'ils existent, c'est dans le domaine tertiaire. Enfin, nous n'avons guère de structures d'enseignement spécialisé.

Le rôle de l'AEFE et du ministère des affaires étrangères

Créée en 1990, l'AEFE est un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du ministère des Affaires Etrangères. Le pilotage administratif du réseau est cependant assuré par l'Agence en étroite relation avec l'Éducation nationale, c'est-à-dire essentiellement la DESCO, les deux Inspections générales et les académies.

C'est au ministère des affaires étrangères et non à l'Agence de se charger du " formatage " du réseau. Si nous nous apercevons que les effectifs français sont en croissance dans une zone déterminée, l'Agence peut prendre les décisions qui s'imposent sans consulter systématiquement le ministère des affaires étrangères. En revanche, la tradition qui consiste à accueillir des élèves du pays d'accueil appartient aux missions de l'Agence et est inscrite dans la loi, mais doit faire l'objet d'une évaluation et d'une interrogation permanente.

La justification de la mission d'accueil des élèves nationaux est double : il s'agit de contribuer à la diffusion de la langue et de la culture française et au rapprochement entre les systèmes éducatifs français et étrangers. La mission de diffusion de la langue et de la culture française, par exemple, peut être remplie par d'autres moyens que l'accueil d'élèves nationaux.

C'est le ministère des affaires étrangères qui est en charge globalement de la politique de diffusion de la langue et de la culture française. Il a pour cela à sa disposition d'autres modalités d'intervention que l'accueil dans les établissements français. On peut par exemple débloquer des crédits pour que RFI soit mieux reçue dans telle ou telle partie du monde ou pour que la qualité du contenu et la diffusion de TV5 soit améliorée. On peut également utiliser les programmes de coopération éducative et linguistique, apporter un appui plus fort au développement de filières bilingues au sein des systèmes éducatifs nationaux, etc… La scolarisation d'élèves étrangers dans des lycées, collèges et écoles appliquant les programmes français n'est donc pas la seule solution existante, ni forcément la plus efficace. Il revient donc au Quai d'Orsay de mener cette réflexion et de définir les évolutions et les instructions à donner à nos ambassades, à nos conseillers culturels et à aux comités de gestion.

Une autre responsabilité du ministère des affaires étrangères est de veiller à ce que les établissements français à l'étranger conçoivent leur mission en cohérence avec ce qui est fait dans le pays étranger par la voie des autres modes d'intervention culturels.

Le rôle du ministère de l'Éducation nationale

Même si le ministère de l'Éducation nationale n'a pas la tutelle de l'enseignement français à l'étranger, il s'agit quand même de questions relatives à l'enseignement, qui la concernent donc au premier chef. Notre interlocuteur privilégié est donc tout naturellement le ministère de l'Éducation nationale. Le choix a été fait à la fin de 1998 de tout mettre en œuvre pour que ce partenariat se développe et débouche sur des actions concrètes. Il n'est pas question de modifier le décret de 1993 qui fixe les règles de reconnaissance des établissements par l'Éducation nationale. Alain Abecassis a longtemps évoqué le tournant marqué par l'élaboration du dossier d'homologation : je ne reviendrai donc pas sur ce sujet.

Le ministère de l'Éducation nationale a trois missions. La première est de s'assurer que les établissements français à l'étranger représentent l'enseignement français dans ce qu'il a de meilleur. Cela peut paraître étrange aux représentants ici présents des académies, mais il faut reconnaître que dans certains cas il existe une réticence, ou en tout cas un certain retard, à la mise en œuvre des réformes introduites dans le système éducatif national. La deuxième mission du ministère de l'Éducation nationale est de s'assurer que les établissements français à l'étranger restent fidèles aux principes et valeurs de notre enseignement public. Enfin, sa troisième mission est d'aider les établissements à mettre en œuvre les adaptations qui sont souhaitables compte tenu de leur contexte d'implantation. Ces adaptations ne doivent pas résulter du hasard ou de la somme finale des diverses pressions exercées, mais plutôt d'un véritable projet concerté.

Genèse et descriptif du projet pédagogique

Le projet pédagogique que vous avez en votre possession s'appelait initialement " projet pédagogique et éducatif de l'Agence pour l'Enseignement français à l'étranger ". Nous avons cependant rapidement remarqué que ce projet dépasse le cadre de l'Agence et des établissements qui y sont rattachés. Nous avons pensé qu'il s'agit d'un texte de référence pouvant être utile à l'ensemble des établissements, y compris les établissements homologués.

Ce texte a été rédigé rapidement, dans un climat de consensus. Le groupe de travail a réuni pour la DESCO, la DRIC, les deux Inspections générales, la direction générale de la coopération internationale et du développement du quai d'Orsay et l'AEFE. L'Agence a été chargée de faire des propositions de rédaction : le projet a donc été bâti sur la base d'un plan qu'elle a conçu. Le travail a d'abord été d'essayer de constituer un corpus de références communes. Il a ensuite fallu réfléchir aux moyens d'atteindre ces objectifs.

Le groupe a dégagé plusieurs objectifs, après consultation des ambassades, des représentants des personnels et des fédérations d'associations de parents d'élèves.

La maîtrise des langues

La priorité absolue est donnée à la maîtrise des langues. Nous rencontrons en effet un problème spécifique pour l'enseignement du français dans les établissements français à l'étranger. En effet, une partie du public n'est pas francophone. De nombreux élèves, au départ francophones, vivent par ailleurs dans des contextes où le temps d'exposition à la langue française est extrêmement réduit. Le problème de la langue se pose donc aussi bien pour les élèves qui ne sont pas d'origine francophone que pour les élèves francophones ou français. Les quinze inspecteurs de l'Éducation nationale (IEN) qui sont responsables du premier degré à l'étranger savent qu'un diagnostic devra être effectué sur ce problème.

Les ministres signataires du projet ont également la volonté d'affirmer l'importance de la langue du pays d'accueil. Les établissements ont adopté des positions différentes à ce sujet. A Washington, l'anglais est enseigné dès le plus jeune âge. Si ce n'était pas le cas, nous aurions dû affronter la colère des parents… En revanche, à Lisbonne, les familles françaises ne comprennent pas toutes que l'on enseigne le portugais à leurs enfants ! Au Maroc, il y a encore quelques années, l'enseignement de la langue arabe dans les établissements français était peu valorisé.

L'apprentissage des langues étrangères de manière précoce n'est pas une exigence facile à mettre en œuvre en raison de la diversité du public, mais aussi de la difficulté de trouver et former des enseignants locaux. C'est à ce dernier problème qu'il convient de répondre.

L'éducation à la citoyenneté

Les responsables académiques ont sans doute de nombreux enseignements à tirer de ce qui peut exister à l'étranger en matière d'éducation à la citoyenneté. Compte tenu des caractéristiques de la population scolaire dans les établissements français à l'étranger, le problème de l'éducation à la citoyenneté peut être posé de manière " décrispée ". Il s'agit rarement de réagir à l'urgence et de se demander comment socialiser les " sauvageons " ! En revanche, justement parce que l'on ne connaît pas, sauf exception, cette pression des événements et cette montée de la violence et de l'incivilité, il est indispensable de tirer parti de la présence dans un pays étranger. On peut en effet dispenser une formation basée sur une confrontation positive des usages, des règles et des valeurs, tout en restant fermement ancré dans ce qui constitue l'esprit et les valeurs de l'enseignement public français.

L'excellence et la prise en compte de chaque élève

Nous avons voulu affirmer clairement qu'il ne faut plus mesurer l'excellence des établissements français à l'étranger au seul vu des résultats au baccalauréat et au concours général. Bien sûr, nous n'allons pas critiquer un établissement dont 99 % des élèves sont reçus au baccalauréat, avec de nombreuses mentions " très bien ". Pour l'Éducation nationale, le ministère des affaires étrangères et l'AEFE, l'excellence c'est aussi l'attention personnalisée à chaque élève. Il s'agit d'essayer de faire en sorte que les élèves aillent au plus loin de leurs possibilités, dans le cadre d'un projet progressivement établi.

Nous constatons un certain nombre de dérapages. Pour la population scolaire française, les problèmes ne se posent généralement que lorsque des élèves relèvent de toute évidence de l'enseignement spécialisé. Un débat peut survenir alors avec la famille à qui l'on explique que c'est une perte de temps d'obliger l'élève à redoubler. S'agissant des élèves étrangers, il arrive que l'on dise aux familles que l'élève peut rejoindre l'enseignement local au lieu de rencontrer des difficultés dans l'établissement français. Face à ce genre de situation, je pense qu'il n'existe pas de solutions toutes faites. Les équipes pédagogiques ne peuvent pas résoudre les problèmes de manière simplificatrice en poussant l'enfant à quitter l'établissement dès lors qu'il rencontre des difficultés. Un travail important doit être mené sur ce sujet pour changer les mentalités.

Je ne veux cependant pas dire qu'il faut faire de l'acharnement pédagogique. L'admission des élèves étrangers se fait souvent très tôt, à un âge où l'on ne peut pas évaluer le potentiel de l'enfant. Il peut y avoir de manière totalement justifiée des réorientations assez précoces, lorsque l'on constate par exemple qu'un enfant commence à perdre pied dès le CP. En revanche, on ne pourra plus accepter très longtemps qu'il y ait des exclusions en fin de CM2, en fin de troisième ou en fin de seconde .

Les établissements français à l'étranger comptent beaucoup sur les compétences des responsables d'orientation des académies pour les aider à définir des programmes d'éducation à l'orientation et à orienter de manière concrète les élèves qui souhaitent poursuivre leurs études en France, notamment après le baccalauréat.

Concilier fidélité et adaptation

Il est indispensable que les établissements français à l'étranger soient fidèles à l'évolution des programmes et des démarches pédagogiques en France. Nous pouvons avoir pour ambition que les établissements français à l'étranger ne mettront pas trois ans avant de s'apercevoir qu'un changement est intervenu en France… Cela peut arriver dans quelques établissements. Lors d'une récente visite dans un établissement, nous avons demandé que nous soit communiqué le projet d'établissement : à notre grande surprise, on nous a répondu que l'on ne connaissait pas ce que signifiait ce terme…

Une adaptation est cependant nécessaire. C'est d'ailleurs le cas en France où chaque établissement doit tenir compte du contexte qui lui est spécifique pour établir son projet d'établissement. Les problèmes surviennent lorsque les adaptations ne sont pas le produit d'une réflexion véritable mais résultent seulement de phénomènes passifs, liés à l'habitude, ou de la demande des parents. On rencontre souvent des adaptations qui sont faites sur la base de compromis, solution la plus facile, et qui ne sont pas évaluées. Il ne s'agit pas de faire la même chose à Kuala Lumpur, à Mexico et à Paris : les adaptations sont indispensables. Le problème est que ces adaptations doivent correspondre à des objectifs explicites, partagés et inscrits dans le projet d'établissement. L'adaptation des programmes et des horaires suppose par ailleurs un système de validation par la DESCO et l'Inspection générale.

Servir à la stratégie culturelle extérieure de la France et à l'évolution des pratiques dans le système éducatif national

Nos établissements français à l'étranger doivent s'inscrire dans la stratégie culturelle extérieure de la France et servir à l'évolution des pratiques dans le système éducatif national. J'ai eu l'occasion de participer à plusieurs réunions d'un groupe de travail sur le thème de l'internationalisation de l'enseignement scolaire, à la demande du Ministre de l'Éducation nationale, Jack Lang. Nos établissements peuvent apporter une contribution très intéressante : comme le dit le Ministre, il faut que le système éducatif ouvre ses portes et ses fenêtres pour s'oxygéner et observer ce qui se passe ailleurs, non par goût de l'imitation, mais pour effectuer des comparaisons et s'en inspirer. Les établissements français à l'étranger peuvent jouer un rôle essentiel en raison de ce qu'ils pratiquent en interne et de leur place intermédiaire entre le système français et le système éducatif étranger. En effet, il n'existe pas d'établissement français à l'étranger qui n'a pas noué des liens avec les établissements du pays d'accueil. Le choix de mettre en place un partenariat académique permettra de définir des stratégies qui aboutiront à des résultats relativement rapides et concrets.

Les moyens pour atteindre ces objectifs

Pour atteindre les différents objectifs que je viens d'énoncer, l'axe principal consiste en un renforcement des liens avec l'Éducation nationale, avec la DESCO pour l'homologation, avec le CNED, avec ÉduFrance pour assurer la promotion des études supérieures françaises et enfin avec les académies.

On nous demande, au niveau ministériel, que nos établissements, qui vont jusqu'au baccalauréat et qui accueillent une part importante d'élèves du pays étranger, préparent les élèves à l'enseignement supérieur. Il n'est pas illégitime de préparer les élèves à entrer dans l'enseignement supérieur de leur pays. Aux Etats-Unis, par exemple, des conseillers aident les élèves à constituer leurs dossiers d'admission dans les universités américaines. Une difficulté apparaît cependant lorsqu'il existe un grand déséquilibre et que rien n'est fait pour informer ou inciter les élèves nationaux à venir étudier en France. Un travail important est à mener, avec sans doute un renforcement des liaisons avec les systèmes qui existent en France. On dénombre par exemple 200 boursiers d'excellence. L'Agence proposait auparavant ces bourses pour deux ou trois ans, ce qui couvrait seulement les années de classes préparatoires. Désormais, un programme complémentaire permet aux boursiers d'excellence de bénéficier d'une bourse du ministère des affaires étrangères pour la poursuite de leurs études. Cette année, 68 anciens boursiers d'excellence viennent d'obtenir cette bourse complémentaire.

Mais il s'agit aussi de mettre en évidence l'intérêt et l'efficacité du système de formation supérieure français. Je pense que les académies peuvent aider les établissements français à l'étranger en présentant les formations supérieures qu'elles délivrent et en servant d'intermédiaire pour l'accueil et l'insertion de ces bacheliers. Chaque année, 3 500 bacheliers étrangers sortent des lycées français à l'étranger. Il est regrettable de constater que la France a contribué à leur formation pendant douze ou treize ans mais qu'ils répondent finalement plus facilement aux propositions des universités anglo-saxonnes…

L'organisation de la formation continue à l'étranger

Le programme de formation continue d'un établissement trouve son origine dans le projet d'établissement. Les priorités qui sont indiquées aux établissements français à l'étranger, comme c'est le cas en France chaque année avec une circulaire de la DESCO, ne sont pas destinées à brider les initiatives et nier l'autonomie des établissements. Il s'agit seulement de faire en sorte que la formation continue soit à l'entrecroisement des besoins et des attentes individuelles des personnels, et des besoins, tout aussi légitimes, de l'institution. Les indications qui sont apportées annuellement par la circulaire sur la formation continue doivent donc être retravaillées au niveau de chaque établissement.

J'ajoute que les plans de zones ont été dressés dans un souci de cohérence et de mise en synergie. L'objectif n'est en aucune façon de déresponsabiliser les établissements. Il s'agit de mettre en commun les préoccupations, les analyses, les problématiques communes et les ressources des établissements et non de faire perdre à ces établissements leur personnalité en les " noyant " dans un ensemble confus que nous appelons une zone. L'équipe de pilotage de chaque zone n'a pas un rôle hiérarchique. Elle doit plutôt être un porte-parole, avec un rôle d'aide à la mise en forme. Ce n'est pas parce que tel proviseur est chargé, de façon temporaire, d'être coordonnateur de la formation continue, qu'il devient pour autant un " super-proviseur " de la région.

Le rôle des IEN est essentiel. Cependant, compte tenu du fait que les établissements français à l'étranger vont de la maternelle à la terminale, sauf exceptions, le chef d'établissement est le premier responsable de la pédagogie, y compris pour le premier degré. Cela ne minimise pas pour autant le rôle de l'IEN, mais il faut bien comprendre que l'IEN ne dispose pas d'une circonscription à l'étranger. Tous les chefs d'établissement comptent sur l'expertise de l'IEN pour que leurs propositions sur le premier degré soient éclairées par un regard averti. L'IEN a par ailleurs cette chance de connaître les premiers cycles de tous les établissements. Cela lui donne une supériorité de fait, en termes de connaissance du réseau local, par rapport au chef d'établissement.

Dans l'organisation de la formation continue à l'étranger, le rôle de l'académie ne doit pas être celui d'un simple prestataire de service. Mais dans un même temps, et c'est ce qui pose problème, la zone partenaire ne devient pas un élément constitutif de l'académie. Les établissements français à l'étranger ne sont pas placés sous l'autorité du recteur de l'académie partenaire. Je pense que l'équilibre s'établira naturellement. Des frictions et des malentendus apparaîtront sans doute parfois, ce qui est normal dans ce contexte d'innovation. L'académie doit être associée au niveau de l'élaboration du plan de formation, de son suivi et de son évaluation. Les stages s'insèreront ainsi dans un processus continu. La formation est au service des personnels, mais aussi au service de l'avancée du système. Les effets d'un stage sur les pratiques dans les établissements doivent donc être suivis par l'académie partenaire et doivent déclencher toute une série de mises en relations entre établissements et académies.

L'Agence n'est pas opposée à ce que ce partenariat soit formalisé à terme pour qu'il s'inscrive dans la durée. Scripta manent … Pour parvenir à un partenariat institutionnel, je pense qu'il faudra élaborer le moment venu des textes qui confirmeront l'engagement durable dans ces partenariats.

Le réseau attend beaucoup du partenariat. Mais je pense que les académies pourront, elles aussi, en tirer profit. Nous sommes convaincus que les échanges peuvent être enrichissants dans les deux sens.


Actes du séminaire national Partenariat "académies - établissements français à l'étranger"

Mis à jour le 15 avril 2011
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