Séminaire « Les perspectives actuelles de l'enseignement en maternelle, incidences sur la formation des enseignants »

Une stratégie pour améliorer l'accueil des tout petits à l'école

René MACRON, IEN, circonscription de Sarcelles Sud

La circonscription de Sarcelles Sud compte quatre secteurs de collèges, soit plus de 5600 élèves avec des cohortes variant entre 580 et 670 élèves par classe d'âge. Toutes les écoles, treize maternelles et seize élémentaires, sont situées en ZEP. Cette circonscription comporte un certain nombre d'attraits et de difficultés, notamment architecturales, susceptibles de peser sur la scolarisation des enfants. Un effort important a été engagé à partir de l'année scolaire 1997-1998 pour promouvoir qualitativement et quantitativement la scolarisation des enfants de moins de trois ans.

Cette stratégie de scolarisation des tout petits rend nécessaire un important effort de conviction vis-à-vis des partenaires, dont le positionnement individuel peut faire écran à la décision institutionnelle de scolarisation des enfants de moins de trois ans.

Les spécificités de l'école maternelle

D'une part le rapport entre la famille et l'école maternelle ne peut être occulté.

D'autre part, si le bon fonctionnement de la classe découle généralement de la préparation en amont de la journée de travail par l'enseignant et d'une évaluation régulière, il n'existe pas en maternelle de formalisation systématique. En effet, les enfants de moins de trois ans se prêtent difficilement à des dispositifs d'évaluation standardisée. Ces points rendent la tâche de l'enseignant plus complexe.

Enfin, l'idée d'une scolarisation des enfants de moins de trois ans en petite section de maternelle ne va pas de soi et appelle un effort réel de conviction en direction des enseignants comme des directeurs d'école. En effet, la scolarisation des tout petits est parfois utilisée comme dispositif permettant de dépasser le seuil de fermeture de l'école tout en s'assurant de leur faible présence effective. La conviction des responsables passe donc par une réflexion partagée sur les conséquences positives de la scolarisation pour les jeunes enfants.

L'information, la formation, la conviction constituent les trois axes de la scolarisation des enfants de moins de trois ans. Chacun de ces axes doit être engagé en direction des enseignants, des partenaires de la petite enfance et de la famille. Ces actions devront être développées dans trois cadres : formation initiale, formation continue, accompagnement de l'équipe. Les questions de formation continue et d'accompagnement sont liées car les processus d'apprentissage touchent les adultes au même titre que les élèves. A cet égard, gardons présent à l'esprit que certaines ATSEM ne disposent d'aucune formation initiale. Cela ne signifie nullement qu'il faille transformer les IUFM en CFA. Toutefois, parce que l'apprentissage du métier passe par des processus interactifs, les écoles pourraient en constituer un lieu d'exercice. De même, dans cette perspective, le rôle des maîtres formateurs ne se limiterait pas à assurer des visites, mais s'attacherait à mettre en place un véritable accompagnement.

Les partenariats autour de l'école maternelle

A Sarcelles, l'accueil et la scolarisation des tout petits ont constitué le socle d'un travail partenarial cadré dans une charte signée le 16 mai 1998 par le maire et l'inspecteur d'académie. Cette convention a contractualisé trois principaux points. L'inspecteur d'académie s'est engagé à ouvrir les postes de professeurs nécessaires afin d'accueillir les élèves. Le maire s'est pour sa part engagé à adapter les moyens en termes de locaux, de matériel et d'ATSEM en faveur des sections de tout petits. Enfin, dans la mesure du possible, des dispositifs de formation et d'accompagnement conjoints entre les différents intervenants du secteur seront mis en place.

Ce plan s'est appliqué à partir de la rentrée 1999 jusqu'à l'année 2001. Son évaluation en 2002 a permis d'en publier un rapport et de définir des propositions de relance pour les années à venir. A la lumière de cette expérience, il est aujourd'hui possible d'évaluer les effets positifs des dispositifs mis en place et d'en percevoir les limites.

Le partenariat a été orienté dans trois principales directions : avec les services d'accueil de la petite enfance pour faciliter les transitions entre les crèches et l'école, avec les services de soin, notamment les PMI pour mieux prévenir et éventuellement intervenir, avec les familles enfin pour faciliter le passage de la maison à l'école et tisser des liens avec les parents.

La mise en place de la Commission mixte de la petite enfance constitue le premier de ces dispositifs, réunissant trois fois par an l'inspection de l'Éducation nationale et les services de la mairie. La Commission examine le passage des tout petits de la crèche à l'école. En se fondant sur la liste des enfants inscrits dans les structures de garde, la Commission propose avec l'avis des puéricultrices la scolarisation en maternelle des enfants pour la rentrée de septembre ou de janvier. Elle détermine également le régime en classe, à plein temps ou uniquement le matin. Aujourd'hui, le principal inconvénient tient à la tension des effectifs ou des locaux. Ces commissions mixtes ont en outre permis de créer un espace institutionnel de réunion entre la mairie et l'Éducation nationale et de débattre de différents projets relatifs à l'école maternelle.

Les relations avec les médecins de PMI font l'objet d'un travail de conviction permanent. En effet, nombreux sont ceux qui se montrent réticents à la scolarisation des enfants de moins de trois ans. Il est à cet égard possible d'observer une forte distorsion entre les comportements individuels et les discours officiels favorables à la scolarisation. L'organisation de rencontres avec les enseignants et l'équipe éducative, incluant les ATSEM, favorise l'échange d'informations sur les enfants scolarisés ou sur des points plus techniques, tels que le sommeil et l'alimentation. Il existe une pression institutionnelle forte en faveur de ces réunions. Leur réalisation pratique dépend toutefois pour l'essentiel de la volonté individuelle des médecins locaux.

Le rôle des médecins doit être mis en perspective avec la fonction d'alerte sociale de la section des tout petits. En effet, le repérage des difficultés par les enseignants est fortement orienté par la psychologie. Or ce type d'actions est difficile à mettre en œuvre à l'égard des enfants de deux ans. L'implication de la PMI est donc décisive.

Enfin, un troisième partenariat s'adresse aux parents afin de construire un modèle d'accueil des familles à l'école maternelle. Un document d'information est envoyé par la mairie aux familles susceptibles d'inscrire un enfant de moins de trois ans à l'école maternelle. Les parents contactent, selon leur choix, le directeur de l'école ou les services de la petite enfance de la mairie. Le circuit d'inscription est alors indiqué aux parents à qui est remis un livret d'accueil et d'information sur l'école, les enseignants, les ATSEM, le sommeil ou encore le repas. Les parents sont invités à se rendre à l'école de leur secteur, de préférence avec l'enfant, afin de rencontrer l'équipe éducative. Un nouveau rendez-vous est alors organisé pour une première visite de l'école avec l'enfant pendant les heures de classe, tout d'abord pour une heure, puis pendant une demie journée. Le taux de concertation s'est fixé à environ trois heures par semaine. Ces opérations sont menées tout au long du troisième trimestre, puis reprises à la rentrée. Des fiches guides ont également été réalisées à l'attention des directeurs d'école afin de les aider dans les entretiens avec les parents.

Cette politique d'accueil systématique rencontre toutefois des difficultés d'organisation liées à l'incapacité des mairies à dénombrer précisément les effectifs pour les petites sections. Il apparaît en effet nécessaire d'obtenir des informations fiables sur la montée des effectifs dans les secteurs afin de convaincre les écoles de fonctionner en termes de capacité d'accueil, plutôt que sur des seuils d'ouverture et de fermeture.

Au plan de l'évaluation ont été mis en place des cahiers de progrès, ou albums de réussite. Cet outil se construit au fur et à mesure des progrès de l'enfant et réunit dans un document individuel des traces d'évolution de ses compétences. Ainsi, les dessins et les photos de travaux réalisés servent de support à un dialogue entre l'enfant, l'enseignant, l'ATSEM et les parents. Ce dispositif s'applique à la totalité du cycle 1. Parallèlement ont été instituées des grilles d'observation sur les apprentissages en situation, en particulier quant au langage et à l'entrée en activité. Ces relevés d'observation sont réunis dans un recueil proche d'une monographie et permettent d'évaluer l'évolution d'un enfant sur une année de scolarisation en école maternelle.

Les limites actuelles

Trois ans après la mise en place de ce projet, il apparaît clairement que les limites du système tiennent moins à une insuffisante conviction institutionnelle qu'à des problèmes d'ordre matériel. En effet, au plan quantitatif, la scolarisation des enfants de deux et trois ans a quasiment doublé en trois ans. Cette forte hausse a entraîné des conséquences en termes de gestion des effectifs et des personnels, mais également en ce qui concerne les locaux, dortoirs et sites de restauration scolaire. Les coûts induits de la réalisation d'équipements pour les tout petits sont en effet particulièrement importants.

Le rapport établi par un groupe de la circonscription, composé de six enseignants et d'une conseillère pédagogique, fait apparaître une réussite du dispositif quant à l'accueil des enfants, aux cahiers de réussite et aux relations avec les familles. Ces aspects fonctionnent aujourd'hui dans l'ensemble des écoles. En revanche, le développement des relations avec les médecins de PMI et les haltes garderies au sein de ces dispositifs doit être poursuivi.

A l'heure actuelle, 37% des enfants de moins de trois ans sont scolarisés. Ce résultat positif tend toutefois à masquer les 63% d'enfants non scolarisés. Or les besoins de ces enfants peuvent être importants. Le paramètre de la compétence langagière montre ainsi que les enfants dont la langue maternelle n'est pas le français sont sous-représentés dans les sections de tout petits. Néanmoins, si des difficultés apparaissent dans l'installation dans une discussion, l'entrée dans les activités n'est pas freinée. Le même constat peut être observé à partir des modes de garderie antérieurs à l'école. Ainsi, les enfants gardés en collectivité ou crèches s'intègrent plus facilement à une discussion que ceux demeurés dans le cercle familial. Aucune différence n'apparaît en revanche quant à l'entrée en activité. En conclusion, l'entrée en activité des enfants à l'école est indifférente à leur mode de garde, en famille ou en structure collective. La réflexion des enseignants doit donc être concentrée sur les stratégies d'entrée en activité langagière et les supports d'activité et d'intervention.

Il est également possible de profiler quelques propositions en matière de formation initiale et continue des enseignants comme d'accompagnement des équipes.

Perspectives pour la formation initiale et continue

L'engagement d'actions de formation et d'accompagnement en direction des enseignants a permis de définir des stratégies et de créer des outils communs.

En matière de formation continue, l'Éducation nationale s'est employée à associer ses partenaires en tant que concepteurs et animateurs. Dans le premier temps de la formation, des stages courts, d'une durée d'une semaine, sont mis en place à destination des enseignants de section de tout petits. Les ATSEM et les personnels de crèches participent comme stagiaires à tout ou partie de cette phase de formation. L'objet de ce stage est de permettre la construction d'un objet de travail commun et de références communes. Son suivi tout au long de l'année doit se traduire par l'organisation de conférences-débats destinées tantôt aux personnels, tantôt aux parents. La réflexion ainsi menée permettra enfin d'élaborer une synthèse pour favoriser une formation interactive articulée en temps d'information, de formation et d'action.

La formation initiale s'attache à mettre en place une organisation proche en identifiant des enseignants volontaires pour conduire ce travail avec des PE 2 en formation. Des groupes comprenant un enseignant d'école maternelle en charge d'une section de petits ou de tout petits et deux à quatre PE 2 seraient ainsi constitués afin de travailler ensemble de manière régulière selon le modèle suivant : travail dans la classe le matin, analyse pendant la durée de la sieste et reprise après le lever des enfants. Ce dispositif serait régulièrement analysé avec la conseillère pédagogique et un professeur d'IUFM. A notre échelle, nous devrions pouvoir prendre en charge douze à trente PE 2 au cours de l'année à venir.

Il apparaît souhaitable que ces dispositifs aboutissent à un système de validation professionnelle, par exemple dans le cadre du mémoire professionnel. La formation à la maternelle doit en effet être entendue comme une formation professionnelle complète. Parmi ses contenus figurent la connaissance de l'enfant de deux à cinq ans, l'analyse des liens entre l'école et la famille, la prise en compte des besoins de l'enfant dans les modes de fonctionnement de l'école, l'articulation entre gestion collective du groupe et gestion individuelle, l'analyse des supports, matériels et traces, le suivi pédagogique au-delà de l'année scolaire sur la dimension du cycle, ou encore l'articulation entre programmation et évaluation de la classe.

Débats

De la salle

Il est crucial que les spécificités des tout petits et de l'école maternelle reçoivent une traduction complète dans la formation en IUFM. Une information sur la psychologie des tout petits est en effet nécessaire pour que les enseignants débutants saisissent pleinement le sens des objectifs et de l'évaluation des progrès des jeunes enfants.

En particulier, parce que le rapport au symbolique des tout petits diffère fortement de celui des petits, la toute petite section doit s'attacher à aider les très jeunes enfants à franchir ce cap. En effet, le passage du non symbolique au symbolique requiert un maître et un pédagogue, et non pas simplement une garderie. A cet égard, une formation adéquate des futurs T1 (titulaires 1 ère année) apparaît décisive.

René MACRON

La formation initiale soulève un double questionnement. D'une part, la formation en IUFM de formateurs à l'école maternelle s'avère nettement insuffisante, en particulier en direction des tout petits. Plus généralement, il est nécessaire de s'interroger sur le modèle même de formation afin de définir les modalités d'articulation entre IUFM, équipes de circonscription et écoles.

D'autre part, le contenu de certains savoirs théoriques dispensés dans la formation en IUFM doit être précisé. En effet, outre le rapport au symbolique, l'apprentissage du langage et l'entrée dans la nominalisation ne constituent pas des pratiques innées, mais doivent être acquises. Il serait donc possible et souhaitable de construire avec les IUFM un cahier des charges minimum des contenus à transmettre quant à la scolarisation des tout petits. Seule une conception renouvelée de formation permettrait de trancher avec le modèle traditionnel se limitant à dispenser des cours permettant d'atteindre un certain niveau.

Le même cheminement doit être suivi en matière de formation continue.

De la salle

De manière structurelle, les IUFM ne prévoient pas de postes de psychologues. Or on attend généralement du jeune professeur une grande polyvalence. Dans la mesure où la maîtrise de la psychologie du jeune enfant représente plusieurs années d'étude et de travail, on ne saurait compter sur la seule volonté individuelle pour acquérir cette compétence ! Il est donc souhaitable de créer des postes de psychologues à côté des postes de philosophie.

Par ailleurs, l'une des spécificités des enfants de 2 et 3 ans tient au langage.. Il existe un défaut d'information et de connaissance des PE 1 et PE 2 à ce sujet.

Actes du séminaire : Les perspectives actuelles de l'enseignement en maternelle et leurs incidences sur la formation des enseignants, Paris les 30 et 31 mai 2002

Mis à jour le 15 avril 2011
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