Université d'été « Enseigner les sciences à l'école primaire »

Éducation relative à l'environnement

Animatrices : Guillemette Berthou, IUFM de Montpellier,
Renée Louis, conseillère pédagogique de la circonscription Etampes 2, académie de Versailles
Observateur : Daniel Alexandre, CNRS UMR 553, université Montpellier II

Les objectifs de cet atelier étaient doubles :

  • faire prendre conscience de la complexité de la mise en place d'une éducation relative à l'environnement (en amont de toutes les habituelles réflexions sur le manque d'équipe, le manque de moyens, etc.) ;
  • montrer les liens entre l'éducation relative à l'environnement et la science.

Faire prendre conscience de la complexité de la mise en place d'une éducation relative à l'environnement

Complexité de la mise en place

L'un des obstacles majeurs à la mise en place d'une démarche d'éducation à l'environnement est à notre sens la diversité méconnue des conceptions personnelles sur l'environnement. Par contre, la reconnaissance de cette diversité peut jeter les bases d'une approche productive.

L'idée de "faire l'état" des représentations initiales fait partie des préoccupations élémentaires des enseignants se plaçant dans une démarche active. Que savent les "apprenants" sur le sujet, quelles sont leurs interrogations, leurs doutes, leurs intérêts ? Cette démarche préliminaire est également utile pour voir si les représentations évoluent après une séquence de travail mais aussi, tout simplement, pour que l'enseignant prépare au mieux les séances en fonction de son public. L'enseignant est donc habitué à devoir tenir compte des représentations initiales de ses élèves. Le propos ici est de lui faire prendre conscience de ses propres représentations et de leur impact pédagogique.

Approche : recenser les différents sens du terme "environnement" pour faire émerger les représentations initiales de chacun et voir comment les maîtres imaginent et conçoivent l'éducation à l'environnement dans le cadre scolaire.

Méthode : répondre à un questionnaire individuel et présenter l'ensemble des résultats sous une forme graphique visible par tous (une grande feuille).

Modalité : questionnaire complété en tout début de la phase de mise en situation. Exploitation des résultats, discussion et compléments au début de la phase de prise de recul.

Attente : prise de conscience de la diversité des conceptions personnelles relatives à l'environnement et le cas échéant de l'évolution des représentations après la séquence de travail sur le terrain.

Le questionnaire :

On peut définir quatre catégories correspondant à autant de conceptions de l'environnement (Jacques Theys, L'environnement à la recherche d'une définition, IFEN, juin 1993.)

  • a) conception naturaliste et technicienne: L'environnement est un domaine technique étudié par les scientifiques où domine l'étude de la nature et l'écologie. Dans ces études entre tout ce qui perturbe, dont les pollutions.
  • b) conception éthique: Les valeurs environnementales, comme le respect du vivant, la solidarité, la convivialité, sont prioritaires. Elles déterminent des règles de conduite individuelles et collectives.
  • c) conception pratique: L'environnement est le cadre de la vie quotidienne où s'expriment les aspirations de notre civilisation., Cette conception pragmatique insiste sur la qualité de la vie et les nuisances qui peuvent altérer cette qualité.
  • d) conception politique et sociale: Elle met l'accent sur la participation des citoyens à la gestion de l'environnement.

La première question permet aux stagiaires de distribuer 15 points (1+2+3+4+5) suivant quatre axes, en fonction de leur conception personnelle l'environnement. Les représentations de chacun et leur diversité sont mises en évidences par un graphique dit "radar". La seconde question permet de voir où l'enseignant place l'éducation à l'environnement par rapport aux disciplines scolaires.

Question 1 :

  • a) Écrivez les 5 mots qui vous paraissent le mieux définir l'environnement.
  • b) Ordonnez ces cinq mots en fonction de l'importance que vous leur attribuez.
  • c) Accordez 5 points au mot le plus important, 4 au deuxième, 3 au troisième, 2 au quatrième et 1 au cinquième.
  • d) Cherchez vos 5 mots sur la liste au dos de cette feuille (voir la liste)

    Si un des mots ne s'y trouve pas, remplacez-le par celui qui vous semble équivalent. Vos mots sont ainsi dans 1, 2, 3 ou 4 des catégories.

    Comptez le nombre de points que vous avez obtenu par catégorie.
    A =.... B =.... C =.... D =....
  • e) Placez ces valeurs sur le graphique à 4 axes ci-dessous et joignez les points.

Les termes proposés en réponse à la première question

Catégorie A
conception naturaliste et technicienne

Nature, Ecologie, Eau, Air, Ecosystème, Vie, Biotope, Atmosphère, Flore, Faune, Milieu, Milieu de vie, Découverte,, Diversité, Etre humain, Forêt, Espace naturel, Etres vivants, Interaction, Interrelation, Non vivant, Terre, Vivant, Arbre, Caractéristiques, Connaissance, Matière minérale, Mer, Milieu naturel, Minéral, Rivière, Planète, Savoir, Absence de pollution, Action de l'homme, Animaux, Biocénose, Biodiversité, Biosphère, Ce qui entoure les êtres vivants, Chants d'oiseaux, Déchets, Energie, Existence, Homme/Femme, Monde vivant, Montagne, Niche écologique, Océan, Odeur, Organes des sens, Pollution, Ressources énergétiques, Ressources naturelles, Roche, Sciences, Végétal, Vivre.

Catégorie B
conception éthique

Respect, Protection, Avenir, Equilibre, Harmonie, Beauté, Bien-être, Civilité, Esthétique, Survie, Fragilité, Partager, Patrimoine, Sauvegarde, Amour, Altruisme ; Capital Planète, Conservation, Culture, Danger, Développement durable, Dommage, Egalité des espèces au droit de vivre, Epanouissement, Epanouissement personnel, Gaieté, Héritage, Patrimoine culturel, Pitié ! , Plaisir, Poubelle, Pureté, Retenue, Savoir-être, Sécurité, Sensibilisation, Solidarité, Vulnérabilité.

Catégorie C
conception pratique

Santé, Cadre de vie, Qualité de vie, Paysage, Propreté, Espace, Proximité, Société, Activités humaines, Calme, Hygiène, Lumière, Agriculture, Ambiance, Ambiance bruyante, Ambiance professionnelle, Alentours, Architectural, Art de vivre, Bruit, Canton, Ce qui nous entoure, Chemin de randonnée piétonnier, Conditions de vie, Constructions, Couleur, Culture, département, Espace de vie, Espace urbain, Espace vert, Famille, Habitat, Lieu de vie, Loisirs, Lumière, Milieu rural, Milieu quotidien, Milieu urbain, Niveau de vie, Nourriture, Pauvreté, Quartier, région, Relations humaines, Risques professionnels, Silence, Société, Verdure, Village, Ville.

Catégorie D
conception politique et sociale

Citoyenneté, Recyclage, Civisme, Ecocitoyenneté, Gestion, Éduquer, Responsable, Action de l'Homme, Adaptation, Améliorer, Anticiper, Antibruit, Antipollution, Choix des énergies, Choix de société, Combat, Complexité, Conscience, Débroussaillage, Défendre, Echanger, Éducation, Enjeux politiques, Enrichir, Gestion des ressources, Intégrer, Mobiliser (informer), Partenariat, Politique, Responsabilisation, Retraitement, Richesse, Transparence.

Diversité des conceptions individuelles
La discussion menée par les animatrices porte sur la diversité des conceptions mis en évidence par les résultats, la nécessité de leur prise en compte et leurs implications dans une démarche d'éducation relative à l'environnement.

Les conceptions individuelles sont souvent assez fortement polarisées

et les individus ayant des conceptions relativement équilibrées sont en fait assez rares.

La moyenne des points attribués à chaque conception pour les 42 stagiaires des deux groupes montre une figure assez symétrique où domine la conception scientifique. Cela traduit l'intérêt scientifique du groupe et on peut utilement se demander quel type de figure aurait été obtenu auprès d'un authentique conseil municipal, des enseignants d'une école ou des élèves d'une classe.

L'observation de tels schémas suggère que la communication entre les individus A et B ou C et D risque d'être difficile puisqu'ils n'ont pas du tout la même vision de l'environnement. Cependant, si ces différences de perception sont identifiées et assumées, la confrontation peut évoluer vers une complémentarité productive. A l'inverse, le dialogue sera vraisemblablement plus facile entre les individus E et F qui partagent certaines conceptions, au risque de ne pas appréhender le problème environnemental dans toute sa complexité.

Question 2

  • Entourez les mots correspondant aux disciplines qui, pour vous, se rapportent au thème de l'environnement.
    • Mathématiques
    • Économie
    • Langues étrangères ou régionales
    • Physique
    • Musique
    • Éducation civique
    • Biologie
    • Technologie
    • Éducation physique et sportive
    • Histoire
    • Arts plastiques
    • Chimie
    • Philosophie
    • Géologie
    • Géographie
    • Français
    • Autres ...(les citer)

Matières les plus citées et reflétant les conceptions individuelles

L'analyse de la seconde partie du questionnaire montre peu de surprises pour les matières les plus citées. Certains stagiaires se sont interrogés sur la modeste place faite aux liens entre l'éducation relative à l'environnement et l'enseignement du français, pourtant outil de communication et support de l'information, alors le débat et l'argumentation sont au cœur de tout problème environnemental. Une courte discussion a amené l'idée que l'éducation à l'environnement permettait aux disciplines de se rejoindre (à noter que les sorties scolaires avec nuitées s'appellent bien souvent classe d'environnement : classe verte, classe de neige, classe de voile, classe équitation...).

Si la méthode choisie dans la question 1 permet de visualiser efficacement les conceptions personnelles, sa mise en œuvre par le questionné réclame une certaine attention sans laquelle des erreurs peuvent fausser l'étude. Cette source d'erreur n'a pas été prise en compte lors de l'interprétation des résultats. Elle n'est pas ici de grande conséquence dans la mesure où il ne s'agissait que de provoquer une prise de conscience et non d'initier un véritable projet.

Illustration de la polysémie du terme environnement

L'environnement dans le dictionnaire

Le Petit Larousse de 1905 ne cite ni le mot "écologie" ni le mot "environnement". Quant au "milieu", il est seulement défini comme le centre, ou comme la sphère morale ou sociale, ou bien encore comme le lieu dans lequel on se meut. Rapidement oublié en France, mais répandu aux USA pour désigner le milieu, le terme est de nouveau adopté dans les années 1960 sans pour autant être défini comme tel dans le Petit Larousse de 1969 où le mot "environnement" désigne soit l'action d'environner et son résultat, soit l'enceinte, les environs d'un lieu.

Le Petit Larousse de 1980 indique que l'environnement est "l'ensemble des éléments naturels et artificiels où se déroule la vie humaine". Celui de 1991 a intégré une définition plus large, encore en usage en 2000 : "Ensemble des éléments naturels et artificiels qui entourent un individu humain, animal ou végétal, ou une espèce. Ensemble des éléments subjectifs et objectifs qui constituent le cadre de vie d'un individu".

L'environnement dans les instructions officielles

Les instructions officielles de 1995 mentionnent à plusieurs reprises le mot "environnement". Selon les cycles, on peut y retrouver des allusions aux diverses définitions de l'environnement, liées aux catégories de Jacques Theys.

Cycle 1

L'enfant agit sur son propre corps, sur des objets, sur l'environnement proche.

Agir dans le monde
En offrant à l'enfant les moyens de prolonger ses activités dans des environnements plus complexes ou plus étrangers, le maître accompagne les progrès de sa croissance et de son habileté.

Conception pratique : l'environnement est avant tout le cadre de la vie quotidienne... L'enfant agit dans le monde, qui est un monde vécu avant de devenir un monde perçu.

Cycle 2

Découverte du monde
Le monde environnant est l'objet d'un premier apprentissage méthodique. L'enfant approfondit la connaissance, amorcée à l'école maternelle, de l'espace, du temps et de l'environnement qui lui sont familiers ... Ces connaissances préparent une structuration progressive en domaines disciplinaires distincts.

Éducation civique
La vie en commun : une pratique réfléchie.
Respect du bien commun et du cadre de vie. Initiation à la gestion de l'environnement, cadre de vie des hommes et bien commun de tous.

L'environnement n'est pas seulement traité suivant la conception pratique. La conception politique et sociale apparaît à travers la participation des citoyens à la gestion de l'environnement. Sous le mot "étude de l'environnement", plusieurs disciplines apparaîtront. Il s'agit d'une étude interdisciplinaire.

Cycle 3

Sciences et technologie
Mise en œuvre de la démarche scientifique ; démarche technologique ; divers modes de communication et de représentation ; support d'apprentissages ou d'un réinvestissement dans le domaine de la langue ou des mathématiques [...].
Ces activités aident l'élève à se donner les moyens d'organiser peu à peu, à partir de situations choisies dans son environnement immédiat, un ensemble de connaissances et de compétences qui lui permettront de comprendre progressivement le monde dans lequel il vit et d'agir sur lui.

Unité et diversité du monde vivant
Approche écologique à partir de l'environnement proche ; rôle et place des êtres vivants, notions de chaînes et réseaux alimentaires.

Géographie
Le travail des hommes et l'organisation de l'espace français.
Poser la question de l'environnement dans une première démarche d'analyse géographique.

Éducation civique
La vie civique dans la société.
Protection du patrimoine commun naturel et culturel.

Aux conceptions pratiques et politique et sociale, deux nouveaux aspects s'ajoutent :

  • une conception technicienne : l'environnement est un domaine technique étudié par les scientifiques ;

  • une conception éthique : les valeurs environnementales, comme le respect du vivant, la solidarité, la convivialité, sont prioritaires.

D'un environnement au sens "milieu de vie", on aborde au fil des années les autres composantes de l'environnement. La priorité est donnée à la curiosité, à la découverte au cycle 1. L'environnement devient progressivement objet d'étude interdisciplinaire. Au cycle 3, l'utilisation des termes "comprendre", "connaître" et "agir", place les sciences et la technologie comme des moyens de faire des investigations pour comprendre le monde. "Agir" sous-entend qu'un choix d'actions est fait, après débat et argumentation, et la mention de l'environnement dans les programmes d'éducation civique renforce cette idée de décisions collectives.

Au-delà de l'étude de la géographie, des sciences ou de l'éducation civique, l'éducation relative à l'environnement occupe une place très particulière : la transdisciplinarité est une spécificité de l'éducation relative à l'environnement. Agir collectivement nécessite, à priori, un projet commun.

Les projets d'action éducative : trois projets pour "la forêt" (q uand le mot "environnement" entre à l'école)

Depuis plusieurs années, le ministère de l'Environnement, propose aux enseignants l'opération "Mille défis pour ma planète". Des actions éducatives sont financièrement aidées, et techniquement soutenues, quand les projets sont retenus. Le milieu associatif a également son rôle à jouer dans l'accompagnement de ces projets. Pour exemple, dans la circonscription d'Etampes 2, des actions ont eu régulièrement lieu, de 1993 à 1997, sur des thèmes aussi variés que la forêt, l'eau, les déchets ou encore le patrimoine rural. Ces trois approches différentes liées à l'environnement sont décrites ci-après, sur le thème de la forêt.

Dominante thématique : déclinaisons pluridisciplinaires d'un thème

A partir d'un mot, les enseignants imaginent tous les axes de travail possibles en classe. Ils choisissent ensuite une ou plusieurs disciplines scolaires au travers desquelles le thème sera abordé. On est ici dans une déclinaison thématique pluridisciplinaire.

Un exemple d'action éducative, l'exposition inter-écoles : la forêt :

Les écoles ou classes participantes partent du thème proposé (choisi par les enseignants volontaires l'année scolaire précédente) pour susciter chez leurs élèves une motivation accrue dans les travaux de classe. L'inscription de cette action éducative trouve sa place dans les projets d'école, ou de classe. Les travaux sont présentés lors d'une exposition, et les élèves écrivent des articles pour une parution dans les journaux des écoles. Des traces des travaux et de l'exposition sont gardés : magazine, diapositives, vidéos, photos... Chaque classe s'intéresse plus particulièrement à l'un des aspects du thème choisi. L'enfant n'est donc conduit à la vision interdisciplinaire du thème choisi qu'au moment de la visite.

Nature de l'actionIntention initialeEnfants : mots clésEffets " secondaires "
Exposition inter-écoles (c.f. livret mémoire d'exposition)

Finaliser les apprentissages

Échanger sur les pratiques

Savoirs/ thème

Interdisciplinarité

Force associative au niveau de la création du Parc naturel régional du Gâtinais
Dossier " Mille défis pour ma planète " Sensibiliser enseignants, enfants, parents et élus aux problèmes d'environnement

Projet

Occasion de travailler toutes les disciplines

Maison du parc à Milly-la-Forêt Expositions/mille défis. Les années suivantes : patrimoine humain, les déchets (à la nouvelle déchetterie)

Les quatre conceptions de l'environnement sont abordées lors de l'étude thématique :
conceptions politique et sociale, pratique, éthique et technicienne.

1993-1994 - Le savoir dans de nombreuses disciplines : organisation des travaux inter-écoles et pluridisciplinaires

Géographie

Ancien et nouveau cadastre.
Place des forêts dans nos cantons.
Économie: les forestiers.

Sciences

Apprendre à observer, comparer.

Écologie

Étude d'une parcelle de forêt.
Zone sèche, humide.
Chaîne alimentaire.
Écosystèmes forestiers.
La forêt et le cycle de l'eau.

Biologie

Un arbre en hiver.
Les nichoirs naturels.
Les rapaces.
La rousserole effarvate.
Le goût et l'odorat.
Les essences d'arbres.

Productions d'écrits
(prise en compte des "savoir-faire" et des compétences transversales"

Types: Création poétique.
Documentaires: Comptes-rendus,fiches techniques,
jeux de mots, questionnaires.
Formes: Affichages, livret, exercices réflexifs sur la langue
dans le cadre de chantiers d'écriture.

Histoire

Les plantes médicinales à Milly-la- forêt.
Le travail des forestiers.

Environnement

Les menaces sur la forêt. Déchets, maladies, pluies acides,
chenilles, incendies, sécheresse.
Législation.

Technologie

Les nichoirs
Le bois, un matériau
Les utilisations des essences
Une entreprise : la scierie
La hauteur d'un arbre

On est là en présence d'un projet des enseignants, qui, peu à peu, devient projet de l'enfant. L'action finale choisie est une action de communication. Le projet est essentiellement régulé par des réunions entre adultes, qui se réunissent hors temps scolaire, mais la motivation des enfants est également réelle.
L'exposition et la publication sont en fait un prétexte à étudier une partie du programme scolaire de façon plus ludique, et les nombreuses productions des enfants sont finalisées par la dimension de communication du projet final.

Dominante projet de classe : la Fête de la science - "les nombres de ma forêt"

Six composantes sont indispensables pour parler de projet de classe, elles peuvent chacune être représentées par un mot clé commençant par la lettre C.

C=Culture
Découvrir ailleurs, autrefois...
Se découvrir soi-même, découvrir les autres

C= Création

S'inscrire dans un projet, organiser son travail pour une réalisation, réaliser l'action

C= Connaissances
Découvrir, apprendre, reconnaître, mémoriser les savoirs

C= Compétences
Observer, comparer, trier, analyser, rechercher, se documenter, déduire...
Être rigoureux, précis

C= Communication

Écrite, orale
Interne, externe
Lors des différentes phases
"Objet" de la création

C= Citoyenneté
Travailler ensemble :
Échanger, respecter l'autre, s'engager...

 

Tout projet sous entend projet d'action, de création. Si une action peut être proposée par les élèves, bien souvent, c'est le maître qui va les inciter à entrer dans un projet. Il va susciter la curiosité de l'élève et trouver une situation qui interpelle l'enfant. Mais, avant de lancer ses élèves dans le projet envisagé, il doit en étudier toutes les composantes. Il doit aussi vérifier que les contraintes de réalisation du projet soient compatibles avec les contraintes humaines et matérielles locales, et vérifier qu'elles soient compatibles avec les objectifs qu'il s'est fixé pour sa classe dans le cadre des programmes scolaires : savoir, savoir-faire, savoir-être :

Quelles connaissances les enfants vont-ils être amener à découvrir, utiliser, réinvestir lors de la mise en place du projet ? Dans quelles disciplines ?
Quelles compétences disciplinaires ou transversales seront-elles utiles à sa réalisation ? De quelle façon les enfants seront-ils amenés à communiquer entre eux lors du projet ? Quels seront leurs autres interlocuteurs ? De quels moyens de communication disposent-ils ? Quelles compétences liées utiliseront-ils dans le domaine de la langue, qu'apprendront-ils en lecture, expression orale et écrite ?
Quels sont les aspects ou les prolongements culturels de cette réalisation ?
Enfin, les enfants seront-ils capables de travailler ensemble à une œuvre collective, jusqu'à son terme ? Quelle place est accordée à l'apprentissage de la citoyenneté, depuis la conception ou le choix du projet, jusqu'à sa réalisation ?

Un exemple de projet pédagogique dans la cadre de la Fête de la science : les nombres de ma forêt

Trois semaines avant la Fête de la science, le texte suivant est proposé aux élèves : "M. Le Chat Marrant, maître du parc et de la forêt de Chamarande, veut faire la Fête de la science. L'an 2000 étant l'année mondiale des mathématiques, la Fête de la science se réfère aux mathématiques. M. Le Chat Marrant doit donc résoudre un problème : quels nombres pour sa forêt ? "

Les enseignants présentent le défi à leurs élèves. Après une première enquête sur les représentations initiales, les maîtres incitent les enfants à parler de la forêt en utilisant des nombres. Il s'agit de "chiffrer", de "dénombrer" de "compter" de "mesurer" de "comparer" divers éléments de la forêt. Les enfants posent des questions de toutes sortes, identifient celles susceptibles de trouver des réponses : dans le parc, dans la forêt de Chamarande, dans la bibliothèque, dans la salle d'expériences du centre pédagogique Mione.

Les élèves écrivent et transmettent leurs hypothèses au centre pédagogique Mione : ils font des propositions pour aider le "Chat Marrant" à trouver des nombres pour sa forêt. Tous les domaines des mathématiques sont acceptés : géométrie, numération, calcul, mesure... Lors de la Fête de la science, les enfants participent à deux heures d'atelier, encadrés par leur maître et l'animateur (en forêt ou en salle) : expériences, interprétation, début de conclusions ou nouvelles hypothèses...

Il s'agira essentiellement de tentatives de dénombrement d'espèces animale et végétales (et donc de leur identification) mais aussi de recherche des déchets de l'homme ou de questions relatives au patrimoine bâti ou à l'adaptation du milieu à la vie des hommes.
Les élèves ont ensuite l'occasion de transférer leurs nouvelles connaissances à leur environnement proche, dans le cadre d'un nouveau projet de classe. Ils présenteront le fruit de leur travail sur le site internet de la circonscription, et lors de l'exposition de fin d'année.

Nature de l'actionIntention initialeEnfants : mots clésEffets " secondaires "

Les nombres de ma forêt

"Fête de la science"
à Chamarande

Projet de l'enfant

Démarches scientifiques

Exploration de l'environnement

Transferts ultérieurs, réinvestissements possibles

Conseil général
centre Mione
circonscription
parrainage
IA/La MAP

Enfants non consommateurs mais acteurs

Défi

Interrogations

Anticipation

Expérimentation

Observation

Mathématiques, sciences, expériences.

Questionnement du maître quant aux démarches actives

Demande d'accompagnement de la part des maîtres

Contenu scientifique :
partenariat avec les scientifiques locaux

Sollicitation de "A l'école de la forêt"

Déclenchement d'un intérêt pour les espaces naturels sensibles en Essonne,
leur fréquentation par les scolaires, et l'accompagnement par les gardes-animateurs.

Aspects de l'environnement abordés lors du projet : conception pratique, éthique et technicienne.

Pourtant, il ne suffit pas de parler de projet, et de parler d'environnement dans un projet, pour mettre en place une action dans le cadre de l'éducation relative à l'environnement.

Action d'éducation relative à l'environnement : passer d'un projet en rapport à l'environnement à un projet pour l'environnement

Après une période de sensibilisation et de découverte de l'environnement, un problème est évoqué. Pour répondre à cette situation problème, de nombreuses investigations seront nécessaires. Les sciences, et les démarches scientifiques, sont alors mises au service de la résolution du problème. Les investigations peuvent aussi être des recherches documentaires. Plusieurs solutions se présentent alors, chacune ayant avantages et inconvénients, pour les différents " éléments " de l'environnement.
Après débat, une action a été choisie, décidée en commun. Les conséquences de cette action sont étudiées, à court et moyen terme. Elle sera ensuite réalisée, impliquera des efforts de tous pour respecter un cahier des charges établi par les enfants.
Les différentes phases : découverte, problématique, recherches, solutions, choix, action, permettent d'entreprendre une action pour l'environnement, mais aussi de donner du sens aux apprentissages en les finalisant. On peut aussi les traduire ces étapes par des mots commençant par la lettre C, mais dans un ordre précis : Curiosité; Connaissance; Compréhension; Choix; Création.

Le maître détaillera les compétences et connaissances visées dans chaque champ disciplinaire. Toutes les connaissances abordées à l'occasion de ce projet, et qui ne font pas partie du " programme " permettront un enrichissement culturel. La communication, l'éducation à la citoyenneté sont des composantes indissociables de l'idée de projet. La découverte des autres et de soi contribue aussi à la formation de la personnalité.

Un exemple de projet dans le cadre de l'éducation relative à l'environnement : création d'un sentier pédagogique

Dans de nombreux villages du sud de l'Essonne, des créations de lotissements pavillonnaires ont permis à des citadins de découvrir les joies de la nature. Les élèves nouvellement installés n'ont pas la même culture que les traditionnels habitants du village.
Une problématique est présente : comment faire profiter de la nature au plus grand nombre, dans le respect de l'environnement, comment réhabiliter des espaces détériorés, et protéger un patrimoine menacé ?
L'enseignant organise de nombreuses sorties en forêt auxquelles les parents sont invités à participer. Son objectif : faire découvrir, apprécier et respecter l'environnement.

Une connaissance approfondie du milieu s'impose : partie des champignons, l'étude s'élargit à la reconnaissance des arbres, à l'observation des évolutions du paysage en fonction des saisons, à l'étude des grès et de l'historique des carrières, autant qu'à la faune.

De l'observation à la collecte d'information, c'est toute un cohorte d'enfants qui construira peu à peu des clés de détermination, des panneaux de présentation du milieu, des exposés sur la vie des hommes dans les carrières...
La création d'un sentier pédagogique de découverte du milieu sera reconnue comme l'action la plus efficace répondre au problème initial : Inciter du public de fréquenter la forêt tout en la respectant.
Les élèves sélectionnent des circuits de découverte, et rédigent et publient de façon artisanale des livrets d'accompagnement et des panneaux explicatifs.
Un obstacle de taille empêchera le projet d'aboutir : certaines parcelles sont si petites, et leur nombre est si grand, qu'il est difficile d'obtenir les autorisations légales d'implantation de panneaux.
Ce projet sera donc transféré sur la Forêt départementale toute proche du village, récemment classée " Espace Naturel Sensible " tout proches du village, et qui présente les mêmes caractéristiques naturelles et artificielles.

Nature de l'actionIntention initialeEnfants : mots clésEffets " secondaires "

Sentier pédagogique :
clés de déterminations construites,
livrets réalisés par les enfants pour guider sur le sentier

Sensibiliser une nouvelle population du village au patrimoine naturel.

Faire des sciences et de la géographie de façon active.

Faire connaître l'école aux parents

Découvrir, connaître, comprendre.

Faire découvrir :
sentier et livret

Reprise du projet par les parents, les associations.

Prise de conscience au niveau communal.

Exemple d'expérience qui n'a pas pu aller jusqu'au bout, faute d'autorisation de certains propriétaires concernés par le sentier.
http://ecole.demondeville.free.fr

Les quatre conceptions de l'environnement sont abordées lors de l'étude thématique : Conceptions politique et sociale, pratique, éthique et technicienne.

Conclusions

La prise en compte et l'acceptation de la diversité des représentations est indispensable dans le cadre d'une éducation à l'environnement. Concernant les apprenants, elle permet une adaptation de la stratégie éducative tandis que pour l'enseignant elle permet de rechercher les complémentarités et d'aplanir les différences d'optiques au sein de l'équipe pédagogique.
L'éducation relative à l'environnement permet de travailler plusieurs disciplines (pluridisciplinarité), de faire interagir des disciplines pour aborder un même projet (interdisciplinarité) et de dégager ce qui est commun à- et donc transcende- les disciplines (transdisciplinarité).

Montrer les liens entre l'éducation relative à l'environnement et la science

La place des sciences dans un projet d'éducation relative à l'environnement

Si l'environnement peut être considéré un objet scientifique en lui même, on a vu précédemment qu'il n'était pas que cela. Il est également un milieu où des gens vivent, travaillent depuis longtemps et auquel ils se sont adaptés, qu'ils ont adapté et qu'ils entendent bien continuer à gérer. Le milieu a également une valeur écologique et patrimoniale qu'il convient de préserver, ce qui ne peut-être espéré que dans l'action responsable et solidaire de chacun.

L'éducation à l'environnement ne peut donc pas se résumer à l'étude isolée d'un écosystème ou à l'apprentissage de gestes citoyens. Elle doit au contraire utiliser une approche systémique dans laquelle la complexité des interactions entre l'Homme et la Nature n'est pas niée.

Une séquence d'éducation à l'environnement se déroule sur plusieurs séances et sur plusieurs jours. Comme détaillé plus loin (cf. phase de prise de recul), elle peut se décomposer en plusieurs étapes "intellectuelles". Pour appréhender ces étapes, notre stratégie a été de faire vivre ce qui pouvait l'être dans le laps de temps donné (les sept heures de l'atelier), puis de réfléchir aux étapes de la démarche vécue.

Vivre une démarche d'éducation relative à l'environnement

Mise en situation : sortie sur le terrain

Découvrir, établir des constats, relever des faits qui amèneront à un problème environnemental, susciter la curiosité.

Stratégie de mise en situation-problème : un jeu de rôles

Une des animatrices se présente comme le maire d'une commune riveraine de l'étang de l'Or (Hérault) et le groupe est invité à jouer le rôle du conseil municipal. Il est saisi de plusieurs demandes écrites relatives à la gestion de l'étang et notamment à l'aménagement de ses abords. Des binômes sont constitués qui reçoivent chacun, en tant que rapporteur, la lettre de doléance d'un administré qui exprime une demande particulière. Chaque binôme est chargé de défendre la demande qui lui a été confiée.

Déroulement :

  • tour de table : présentation des stagiaires et intervenants
  • mise en situation du jeu de rôles par "le maire"
  • distribution et lecture des lettres de doléances
  • discussion sur le contenu des lettres
  • proposition du "maire" de se rendre sur place pour y établir un constat
  • sortie sur le terrain
  • reprise de la discussion sur les lettres à la lumière des informations recueillies.

Attente : malgré la sortie, le "conseil" manque d'informations suffisantes pour prendre une décision quant à l'aménagement des abords de l'étang.

Le premier conseil municipal - les lettres

Auteur
Lettres
Hortense Dusfour
chemin de la farigoule, Candillargues
Par la présente, je viens demander la réfection du chemin des marais, rendu impraticable après les dernières inondations. Je suis condamnée à ne plus me promener le dimanche comme j'en ai l'habitude depuis que mon défunt mari est parti. J'espère que vous pourrez demander au garde de refaire le pont.
Nicole et François Martin
Lotissement des Pivoines, Candillargues
Nouvellement arrivés dans votre commune, nous en apprécions le calme et le côté naturel. Or, nos jeunes enfants sont dans l'incapacité de circuler le long des berges de l'étang : le chemin devient vite impraticable et ni la poussette de notre petit dernier, ni les vélos des grands ne peuvent passer sans encombre les différents ponts et les passages étroits qui mènent au bord de l'eau. En espérant que vos services seront à même de satisfaire de nouveaux électeurs, nous vous adressons nos salutations.
Marius Gaillard
rue Pécoule, Candillargues
Pêcheur sur l'étang de l'Or depuis 35 ans, je rappelle à la mairie actuelle que l'étude de la mise en place d'un appontement et d'un hangar de stockage des prises a été demandée à la municipalité précédente, qu'elle nous avait donné un accord de principe et que depuis, notre demande est sans réponse. Les pêcheurs du village sont parmi les plus anciens habitants, la tradition de la pêche est présente de tout temps. Il serait regrettable pour vous que la pêche disparaisse, d'autant que le nombre de poissons diminue.
Ulysse Ménard
"La Diane" - route de Lunel, Candillargues
En tant que président de la Diane de Candillargues, je porte à votre connaissance l'interdiction faite par le Conservatoire du littoral de nous laisser chasser dans le marais de Pierre Fiche. Ce marais est depuis toujours le lieu de repos de nombreux oiseaux. Cet interdit diminue considérablement la quantité de gibier disponible sur la commune. Nous avons pourtant choisi de respecter la loi qui veut nous interdire de chasser le mercredi. Mais le dimanche, nous sommes sans cesse dérangés par les promeneurs, souvent venus d'autres communes pour ne pas dire de Montpellier. En tant que chasseur vous-même, je pense que vous ferez tout pour nous rendre notre liberté de déplacement.
Richard Lacroix
Aéro-club - route de Montpellier, Candillargues
Nous portons à votre connaissance la demande faite en haut lieu d'extension de la piste. Cette nouvelle piste n'empiètera pas sur les terres cultivables mais uniquement sur l'étang de l'Or. Son emprise sera de 25 sur 1000 mètres : elle permettra d'accueillir quelques avions de plus grande dimension, ce qui augmentera également les taxes perçues et bien sûr la cafétéria.
Monsieur et Madame Barthez
rue de Soulondre - Vieux Village, Candillargues
Propriétaires d'un cabanon au bord de l'étang, nous avons l'habitude d'y passer toutes nos journées de congé. Vous nous avez signalé les pollutions engendrées par notre présence : nous comprenons difficilement comment nous pouvons polluer alors que notre mode de vie est identique à celui de nos parents. Maintenant à la retraite, nous désirons nous y installer plus longuement. Pour cela, et compte tenu de votre demande, nous aimerions que la mairie procède à une adduction d'eau en tant qu'habitants permanents de Candillargues, avec une arrivée d'eau et une évacuation pour notre cabanon. En vous remerciant de votre promptitude.
Olivier Chaze
Mas des perdrix, Candillargues
En tant qu'arboriculteur, mes terres ont besoin d'eau douce. Or, j'ai remarqué sur les premières rangées de mes pommiers des feuilles flétries, indicateurs de présence de sel. Je demande que la surveillance des arrivées d'eau salée soient mieux contrôlées par vos services. La survie de cultures sur votre territoire en dépend.
Thierry Libourel
Mas Pancrace, Candillargues
Je viens porter à votre connaissance les nuisances apportées à la sagne par notre voisin, Albert Duroc, manadier. Durant le dernier été, il a fermé les deux martelières du gué : l'eau n'est plus arrivée ni chez lui ni chez moi. En conséquence, mes sagnes sont restées de petite taille. Maintenant que ses taureaux sont partis sur la sansouire à René, les martelières sont remontées : ses terres sont sous l'eau, ma roselière aussi et je m'inquiète pour ma future récolte : les machines vont s'enfoncer et je vais droit à une catastrophe. Votre conseil ne peut-il pas exiger de Duroc Albert qu'il ne touche pas aux martelières ?
Albert Duroc
Manade de Fontanilles, Candillargues
Je tiens à vous remercier de m'avoir permis de régler le débit des vannes en fonction des besoins de ma manade. Celle-ci a trouvé toute l'herbe qu'il lui fallait sur les faïsses bien riches en herbes. Grâce à cela, les courses camarguaises de l'été ont été un succès, les touristes sont venus nombreux : je suis prêt à renouveler l'année prochaine dans les mêmes conditions.
Il reste un problème à régler de façon urgente, c'est celui des ragondins dont les trop nombreux trous abîment les digues et font ainsi passer l'eau en grande quantité dans des zones qui devraient être au sec.
Christophe Fanjaud
Ligue de Protection des Oiseaux, Montpellier
Je vous informe que les canards chassés au niveau de l'étang de l'Or dont ceux tués sur votre commune risquent fort d'être atteints de saturnisme. Je vous demande de signaler aux chasseurs habitants de Candillargues de se renseigner auprès de l'Office national de la chasse sur les cartouches sans plomb qui devront bientôt être les seules utilisées dans votre secteur.
Motoclub
Salle des fêtes, Candillargues
Nous n'avons aucune piste spéciale de cross sur la commune. Nous vous demandons d'installer une telle piste sur la zone la moins habitée, le bruit de nos machines dérangera ainsi le moins de monde. Après exploration, il nous semble que le lieu le plus indiqué est le bord de l'étang : il y a déjà un sentier peu fréquenté qu'il suffirait d'aménager en certains points, en particulier pour franchir les roubines. Pensez aux jeunes de votre village où les activités sont peu nombreuses.
Joël Carbone
CNRS, Montpellier
Votre commune a été retenue pour une étude des oiseaux migrateurs. Je vous signale qu'un certain nombre d'observations seront faites chaque mardi par de jeunes étudiants. Elles concerneront plus particulièrement les canards et les flamants. Nous serons en priorité sur les terrains appartenant au Conservatoire du littoral, mais nous nous déplacerons en fonction du lieu de pose de ces oiseaux. Pourriez-vous prévenir les propriétaires des terrains que les jeunes traverseront de leur faire bon accueil et de ne pas mettre en eau les terrains sans nous en informer, ni lâcher les taureaux ?

Les lettres de doléances présentent volontairement des intérêts variés, auxquels les participants réagissent de façon parfois immédiate, car ils identifient des intérêts parfois communs, parfois contradictoires. D'autres lettres les laissent songeurs devant les éléments inconnus de la situation : lieux, vocabulaire. La seconde animatrice explicite certains points de vocabulaire tels que "manade" ou "sagne" mais ne donne pas d'autres explications.

Il apparaît rapidement qu'une visite des lieux s'impose pour découvrir cet environnement inconnu et appréhender les problèmes posés par les requêtes.

La sortie

Les stagiaires sont conduits en car à la Maison des marais à Candillargues, une commune située sur la rive Nord de l'étang de l'Or. Cette propriété communale utilisée habituellement pour des festivités traditionnelles sert ici de salle du "conseil municipal" et de base proche de l'étang pour la sortie sur le terrain.

Documents remis à chaque stagiaire : extraits de cartes au 1/25000 et 1/150000.

Matériel : boussole, jumelles, appareil photo numérique, bloc-notes, flacons, sacs plastiques, pelle, canif, filet à plancton, troubleau, bandelettes de dosage des chlorures et de mesure du pH, thermomètre, anémomètre.

Rôle de chacun sur le parcours :

  • Guillemette Berthou : guider l'observation, apporter des éléments d'informations (scientifiques, socio-économiques, culturels, etc.).
  • Renée Louis : prendre note des questions, identifier si possible les conceptions ou réactions relatives aux éventuels prolongements pédagogiques évoqués par les stagiaires.
  • Daniel Alexandre : compléments de nature scientifique ou liés à la connaissance de la région, gestion du matériel.
  • Stagiaires : engranger le maximum d'observations pour comprendre et argumenter "leur lettre". Ecrire (ou poser) les questions qui surgiront au cours du déplacement. Prendre des photos des lieux. Prélever des échantillons en vue d'analyse immédiate ou différée.

Observation : aucune directive n'a été donnée aux stagiaires quant à l'équipement personnel nécessaire pour arpenter les marais au mois de novembre. Certains l'ont anticipé tandis que d'autres n'y ont visiblement pas pensé ou ont pris au pied de la lettre le terme d'université d'été. Les enseignants sont suffisamment au fait des problèmes de sécurité posés par une sortie pour qu'il soit utile de les rappeler ici. Quant à l'inconfort, il réduit sensiblement la disponibilité de l'apprenant.

Parcours : un sentier préalablement repéré par les animatrices permet un parcours circulaire d'environ deux heures. Sur le trajet, plusieurs sites remarquables servent de point de rassemblement où l'attention des stagiaires est attirée sur les caractéristiques spécifiques de l'environnement de l'étang par les formateurs "locaux".

Activités au long du parcours

On peut les détailler sous la forme suivante :

Descriptif des lieux
action : observations recueillies

  • Un enclos de tri du bétail et une arène sommaire
    Explication : fonctionnement d'une manade ("ranch" camarguais) et son rôle social.


  • Le sentier longe une roubine (petit canal) bordée de tamaris
    Guidage d'une lecture de paysage : la rectitude du cours d'eau montre l'action de l'homme. Le sentier lui-même n'est véritablement hors d'eau que par son tracé sur le remblai issu du creusement de la roubine. L'aspect naturel des lieux n'est dû qu'à l'ancienneté de leur aménagement et à leur manque d'entretien.


  • Une martelière (vanne métallique manuelle) sépare la roubine d'une sansouire (marécage asséché l'été) en partie inondée. Mal entretenue, elle laisse passer l'eau du canal vers le marais. De l'autre côté de la roubine se trouve une faïsse (pré-salé). Un stagiaire demande quel intérêt il y a à irriguer un marais. En effet, une vanne sert à réguler la quantité d'eau disponible en aval. Dosage in situ des chlorures : l'eau du marécage est plus salée que celle du canal.
    Explication : la vanne sert à empêcher la remontée d'eau salée vers les prés lors des tempêtes et à y retenir l'eau douce issue du bassin versant lors des pluies. Les roubines servent tour à tour à l'irrigation par de l'eau douce et au drainage de l'eau salée.


  • Depuis une passerelle qui enjambe le canal, on observe un abri utilisé pour l'observation des oiseaux
    Explication : le marais comme halte pour les oiseaux migrateurs.


  • Un ULM enchaîne décollages et atterrissages sur l'unique piste de l'aérodrome tout proche
    Explication : un aéroport et un aérodrome ont été construits en bordure de cet étang car son survol ne gène pas de riverains et de grandes étendues sans relief y sont inutilisées (sic).


  • Plus loin sur l'étang, on aperçoit plusieurs groupes de negafols (petites barques à fond plat) : des chasseurs installent des gabions (affûts flottants) et des appelants (canard factices) tandis que des pêcheurs inspectent une capétchade (filet fixe relié à des nasses)
    Explication : la chasse, la petite pêche professionnelle. Leur importance économique et sociale. Leur impact sur l'écosystème. Leurs intérêts et les raisons de leurs doléances.


  • A la pointe (débouché du canal dans l'étang), le terrain devient spongieux
    Expérience : les stagiaires goûtent de jeunes pousses de salicorne : elles sont salées
    Explication : physiologie de l'adaptation des plantes au sel. Prélèvements pour analyse ultérieure : du sol pour y rechercher l'éventuelle présence de sel ; des plantes pour étudier leur réaction à l'eau douce.


  • En se dirigeant vers l'autre canal, on passe près d'une roselière
    Explication : exploitation de la sagne (roseau) pour la production de chaume de couverture. Rôle de niche écologique pour l'avifaune.


  • On passe également près d'un enclos électrifié où paissent des chevaux camarguais
    Explication : l'élevage extensif, son impact sur l'écosystème.


  • En remontant le cours du second canal, on trouve un barrage métallique dont la hauteur du seuil est réglable et qui laisse passer l'eau vers l'aval par des clapets anti-retour
    Expérience : un dosage des chlorures montre que l'eau est plus salée en aval qu'en amont. Comme pour la martelière, la fonction essentielle du barrage est de prévenir les remontées de sel en amont. L'efficacité de l'ouvrage est visible si l'on remarque que la végétation est radicalement différente des deux cotés du barrage anti-sel. En aval, le canal est bordé de tamaris et de joncs tandis que vers l'amont le cours d'eau ressemble plus à une rivière avec un couvert végétal dense constitué notamment de frênes et de ronciers.


  • Plus en amont, on traverse d'immenses vergers de pommiers
    Explication : l'arboriculture et le maraîchage intensifs, leur importance économique, leur contribution à la pollution de l'étang.


  • Retour à la Maison des marais.

Second conseil municipal : première structuration

Le conseil municipal se réunit à nouveau et chaque binôme tour à tour s'attache à défendre les intérêts de l'auteur de la lettre qui lui a été confiée.

Certains puisent dans le faisceau d'observations recueillies sur le terrain pour construire un argumentaire technique, notamment en ce qui concerne la gestion hydraulique (barrage anti-sel, entretien des canaux, autorisations de manœuvre des martelières). D'autres ont des préoccupations plus pratiques (adduction d'eau, praticabilité des chemins).

Quelques-uns veulent préserver le milieu de l'action de l'homme jugée néfaste et présentent essentiellement des argument moraux.

D'autres enfin insistent sur le fait que les demandeurs sont des électeurs et que les élections municipales sont proches. On retrouve ici les quatre catégories de conceptions relatives à l'environnement telles qu'elles apparaissent dans le questionnaire complété par les stagiaires.

Il apparaît rapidement que les intérêts en jeu sont souvent contradictoires et qu'il est difficile d'arriver à des propositions d'action sans disposer d'un état des lieux plus exhaustif, ce qui nécessiterait des investigations complémentaires. D'autre part, il est manifeste que malgré la visite des lieux, nombre d'informations font défaut pour appuyer ou contester tel ou tel argumentaire. La sortie se termine ainsi sur un constat relativement décourageant. Le problème environnemental, initialement perçu comme une banale querelle de village, semble maintenant extrêmement complexe.

Suite de l'investigation et prise de recul au centre de formation

La complexité des interactions entre les différents acteurs

Sur l'indication des stagiaires, un intervenant représente schématiquement sur une grande feuille ces interactions par des flèches : schéma (6,59 ko). On indique ainsi les intérêts convergents et divergents, les conflits d'occupation de l'espace, les besoins contradictoires en eau douce ou salée, les pollutions, etc.

Un schéma assez complexe se dessine mais il reste manifestement simplifié : certains acteurs peuvent avoir en même temps, mais à différents titres, des intérêts convergents et divergents. Certaines personnes pourraient appartenir à plusieurs de nos catégories (par exemple un pêcheur vivant dans un cabanon et pratiquant la chasse). La nature de certaines interactions est inconnue ou est basée sur des présupposés.

Investigations complémentaires

Il est proposé aux stagiaires de se répartir en trois groupes pour construire un projet d'éducation à l'environnement lié à l'étang de l'Or ou le cas échéant (lors du premier atelier uniquement), échanger leurs pratiques dans ce domaine. Chaque groupe désigne un rapporteur oral et un rapporteur écrit. Les animatrices sont en retrait pendant cette phase. Lors du second atelier, les stagiaires ont été incités à effectuer davantage de prélèvements et un groupe s'est attaché à exploiter ce matériel.

Exemples de production des ateliers :

Groupe 1 : échange de pratiques sur le thème des déchets

a - Les piles usagées
Observations : risque toxique, pollution.
Problème environnemental : qu'en faire ?
Solutions envisagées : collecte sélective.
Réserve : le stockage ne résout pas le problème et le recyclage n'est pas au point.
Alternatives
: modification du produit, utilisation d'autres sources d'énergie.
Projet : construction de panneaux solaires.
Place de la science : documentation et enquêtes (ex : recyclage), expérimentation (ex : toxicité, conservation de l'énergie), développement technologique (panneaux solaires).
Observation : il y a une confusion entre source d'énergie et moyen de stockage de l'énergie.

b - Plages souillées par les déchets
En Guadeloupe, les fêtes de Pâques et Pentecôte sont traditionnellement l'occasion de pique-niques populaires sur les plages.
Problème environnemental : chacun laisse ses déchets sur place.
Approche : visite de la plage, contact avec la municipalité et des associations locales. Visite de la déchetterie. Sensibilisation des élèves en direction des familles.
Projet : nettoyage de la plage. Tri sélectif dans la classe. Obtention de l'installation de poubelles et toilettes sur la plage par la municipalité.
Observation : cette expérience n'a pas intégré les sciences de façon significative.

Groupe 2 : utilisation d'un objet technique dans un environnement particulier : le barrage de l'étang de l'Or

Public concerné : cycle 3
- Classe transplantée (3-4 jours minimum où l'on ne fait que cette activité)
- Classe locale / sortie découverte

Compétences :
Etre capable de se poser des questions et de s'interroger ; faire émerger un problème et le formuler ; isoler une variable ; mettre en œuvre des expériences pertinentes ; procéder à des mesures simples ; tenir un cahier de recherche.

Objectifs : distinguer deux milieux différents. Identifier la fonction du barrage.
Le barrage suite à une première sortie sur le terrain :
- Découverte du barrage.
- Questionnement des enfants : qu'est-ce que c'est ? A quoi ça sert ?
- Recueil des hypothèses.
- Expérimentations (mesure de salinité, mélanges d'eau douce et salée), observations (lecture de paysages).
- Différenciation des deux milieux et utilité du barrage

Groupe 3

Public concerné : cycle 3

Elément déclencheur : la lettre de l'arboriculteur

Lecture, débat
Questionnement
Stratégies de recherche

Enquête de terrain
Constat
Objectifs

Deuxième phase de questionnement à partir du lieu

Mesures de salinité de l'eau et du sol

Sol salé, pourquoi ?
Infiltrations de l'eau salée (étude)

Etude du barrage
Autres études

Utilisation d'indicateurs
Fabrication de protocoles de mesures

Percolation
Aquarium
Comment l'eau salée remonte-t-elle ?
Circulation par capillarités
Maquette de simulation

Fonctions ?
fonctionnement ?
Etudes ; compréhension ;
Système
Vannes
Maquette

A court ou long terme
Histoire locale
Histoire
Enquête / conseil municipal
Topographie
Météorologie
Enquêtes


Synthèse des résultats

Proposition d'aide à la décision

Groupe 4 : l'eau douce ou salée dans la terre

Manipulations sur les échantillon prélevés sur le terrain

Observations : de l'eau salée filtrée au travers de terre non salée ressort salée ; de l'eau douce filtrée au travers de terre salée ressort salée ; une "digue" constituée de terre salée pour retenir de l'eau douce laisse suinter de l'eau salée.

Conclusions : la terre non salée laisse passer l'eau salée et la terre salée charge l'eau douce de sel.

Modèle proposé : les pommiers ont besoin de l'eau douce (nappe phréatique, irrigation). En fonction des niveaux relatifs de la nappe et de l'étang et de la distance des vergers de la rive, du sel peut atteindre les pommiers.

Remarques

Tous les groupes sans exception ont spontanément choisi de s'intéresser essentiellement à la salinité et la plupart se sont concentrés sur le barrage. Ce choix est pertinent à plus d'un titre : la spécificité écologique et socio-économique du milieu tient essentiellement à la confrontation des eaux douces et marines et à sa gestion par l'Homme. C'est également un aspect qui se prête aisément aux différentes approches scientifiques (études de terrain, expérimentations, simulations). Si certains groupes ont abordé le problème dans sa globalité en s'inspirant peu ou prou de la démarche des animatrices, le groupe 6 a laissé de coté le problème environnemental initial pour se focaliser sur un aspect beaucoup plus restreint de façon à pouvoir réaliser des expériences dans le peu de temps disponible. La consigne d'aller vers l'expérience tout en conservant une approche systémique était quelque peu irréaliste.

Prise de recul sur la démarche vécue : la place de la science dans une éducation relative à l'environnement

Suite au constat de la complexité des relations entre les différents acteurs et du manque de données indispensables à une prise de décision, il est argumenté que la commission d'experts est nécessaire pour établir un état des connaissances sur l'étang, ses marges et son bassin versant. Dans le cas de l'étang de l'Or, de tels rapports existent et l'un des plus récents et exhaustifs (1) est présenté succinctement aux stagiaires. Les orientations politiques prises à la suite de cette étude sont de préserver cette lagune pour favoriser les activités traditionnelles (pêche, chasse, manades) et de limiter l'émergence d'activités nouvelles jugées difficilement compatibles (loisirs, tourisme), sachant que des vocations sensiblement différentes ont été attribuées à d'autres lagunes languedociennes.

La place de la science est de fournir une base de réflexion en préalable à une prise de décision et toutes les approches scientifiques peuvent être mises à contribution (recherche documentaire, enquêtes, acquisition et traitement de données, modélisation et simulations, expérimentation, etc.).

Dans le cadre d'une éducation à l'environnement active et transdisciplinaire, on peut décomposer la démarche comme dans la figure ci-après.

Remarque : cette vision de la science comme aide à la décision commanditée par le corps social n'a guère la faveur des chercheurs.

Une démarche scientifique au service de l'éducation à l'environnement :

Fait, données
Espace vécu, espace perçu

Problème e nvironnemental

Solutions possibles

Stratégies de recherche

Recherche de réponses
Utilisation de ce que fournit la science :
mesurer, comparer, manipuler, expérimenter, se documenter, dessiner, observer, commenter

Structuration des recherches

Conclusion : il y a plusieurs solutions envisageables

Débat argumenté pour choisir une solution
Conséquences à court, moyen, long terme (différents points de vue, rôles)

Choix d'une action

ACTION

Remarque : le cahier de recherche est utile tout au long de la démarche

En guise de conclusion, une définition de l'éducation relative à l'environnement

L'UNESCO et l'ONU (2) ont proposé une définition commune qui reprend ces idées :

"L'éducation à l'environnement est conçue comme un processus permanent dans lequel les individus et la collectivité prennent conscience de leur environnement et acquièrent les connaissances, les valeurs, les compétences, l'expérience et aussi la volonté qui leur permettront d'agir, individuellement et collectivement, pour résoudre les problèmes actuels et futurs de l'environnement".

Pierre Giolitto et Maryse Clary (3) font la synthèse des positions internationales en rapprochant l'éducation à l'environnement de l'instruction civique et en lui fixant les objectifs suivants :

" - acquisition de connaissances pour comprendre les mécanismes biophysiques, économiques et sociaux d'un fonctionnement harmonieux de l'environnement ;
- complexité des paramètres en cause ;
- partage des valeurs pour amener un comportement citoyen conscient et responsable ;
- acquisition d'attitudes et de comportements réfléchis vis-à-vis de l'environnement ;
- vivre avec d'autres dans leur diversité ;
- prendre soin de leur "patrimoine biologique personnel", à savoir leur propre corps et sa santé."

Louis Goffin est l'auteur du sigle STAR qui résume les 4 points importants d'une éducation relative à l'environnement :

Solidarité, Tolérance, Autonomie, Responsabilité.

Lucie Sauvé (4) insiste sur la relation entre la personne - ou la personne et son groupe social - et l'environnement. Elle conçoit cette éducation selon trois axes complémentaires :

"La perspective environnementale centrée sur le pôle environnement de cette relation ; la perspective éducative centrée sur le pôle personne de cette relation ainsi que le groupe social avec lequel la personne interagit ; la perspective pédagogique centrée sur le processus d'éducation."

Il apparaît de plus en plus que, dans l'éducation relative à l'environnement, la science n'est pas réduite à l'étude des lois de la nature ; elle s'élargit à des problèmes incluant sciences expérimentales et sciences sociales. Elle fait appel à des éléments d'éducation politique, économique, scientifique, éthique, esthétique, etc. L'éducation relative à l'environnement entraîne de nouvelles pratiques : apprendre à gérer les conflits, refuser les réponses définitives et les certitudes a priori, tenir compte des valeurs éthiques et des préoccupations humaines comme l'écrit Edgar Morin (5) :

"L'observation des êtres dans leur environnement naturel a permis de découvrir leur nature propre... Tout ce qui isole un objet détruit sa réalité même... Il faut abandonner le projet formulé à la fois par Descartes et par Marx de conquête et possession de la nature... Ce projet est devenu délirant à partir du moment où l'on s'est rendu compte que c'est le "devenir prométhée" de la technoscience qui conduit à la ruine la biosphère et par là au suicide de l'humanité."

En résumé de ces différentes définitions, nous retenons que l'éducation relative à l'environnement n'est pas un enseignement disciplinaire, ni un prétexte à développer certains savoir-être, ni encore un prétexte à prôner des méthodes actives.

Nous choisissons la définition suivante :

L'éducation à l'environnement est une éducation qui développe les capacités nécessaires à une prise de décision tout en ayant conscience des modifications éventuelles que cet acte peut entraîner au niveau des relations entre les composantes biologiques, physiques et sociales de l'environnement, et ce à toutes les échelles.

Compléments scientifiques

Le sel dans l'étang de l'Or

Situé à une dizaine de kilomètres à l'est de Montpellier, l'étang de l'Or (long de 11km et large de 3 km) draine un bassin versant de 410 km2 (31 communes, 100 000 habitants) situé sur sa rive nord. Au sud, il est séparé de la mer par un lido sableux où sont implantées les stations balnéaires de la Grande Motte et de Carnon. Il est peu profond (80 cm en moyenne) et communique avec la mer par un grau à son extrémité sud-ouest. L'apport d'eau douce superficielle a lieu essentiellement à son extrémité nord-est, créant un gradient de salinité entre ces deux pôles de la lagune. La salinité subit des variations spatio-temporelles importantes selon les années en fonction des facteurs qui affectent la circulation de l'eau et le volume des échanges tels que pluies, tempêtes, régime des vents, ensoleillement, pression barométrique.

Incidence de la salinité sur les activités économiques

La plupart des poissons d'intérêt économique de l'étang (anguille, dorade, loup, muges, soles) ne sont pas sédentaires mais entrent dans la lagune de façon saisonnière. Leur adaptabilité aux changements de salinité dépend des espèces.

Divers aménagements hydrauliques ont été réalisés pour abaisser la salinité de l'étang. Des portes ont été installées sur le grau de Carnon pour limiter les entrées maritimes lors des coups de mer. Les dimensions et le nombre des communications avec le canal du Rhône à Sète ont été réduits. Une partie des eaux de la rivière Vidourle est déversée dans l'étang par pompage. Ces travaux ont été réalisés dans l'espoir que la dessalure favorise les peuplements d'anguilles. Certains scientifiques sont sceptiques sur ce point et font remarquer que certains de ces aménagement sont susceptibles de limiter l'entrée des alevins dans l'étang. Ils attribuent plutôt l'essentiel de la chute de productivité halieutique constatée ces dernières années à la sur-pêche et à la dégradation de la qualité des eaux par les rejets domestiques et agricoles.

Les phragmites des roselières exploités pour la production de chaume de couverture prospèrent sur les terrains où la salinité est inférieure à 12 g/l et submergés par l'eau de pluie plus de six mois par an.

Les pelouses des prés-salés ont besoin d'apport d'eau douce pour limiter la salinité du sol et supportent mal la submersion prolongée.

Mesure de la salinité

La concentration en sel de l'eau affecte plusieurs paramètres que l'on peut mesurer :

  • La conductivité . L'eau est un conducteur électrique d'autant meilleur que sa salinité est élevée. Mesure avec un conductivimètre.
  • L'indice de réfraction . L'eau dévie les rayons lumineux (un bâton plongé dans l'eau semble plié) et ce d'autant plus qu'elle est salée. Mesure avec un réfractomètre.
  • La densité . L'eau est d'autant plus dense qu'elle est salée. Mesure avec un densimètre ou par pesée d'un volume déterminé.
  • La masse du résidu sec . Le sel dissout ne s'évapore pas lorsqu'on fait bouillir l'eau. Mesure en pesant le résidu sel après évaporation d'un volume d'eau déterminé.
    Ces méthodes ne permettent pas de distinguer le chlorure de sodium d'autres sels ou produits en solution dans l'eau. Il faut alors utiliser des méthodes colorimétriques comme les bandelettes de dosage des chlorures, par exemple.

Bibliographie

Ecocitoyenneté, l'homme dans le village, l'homme dans la ville, actes du stage du plan national de formation de l'Éducation nationale, décembre 1996,79 p.

L'éducation à l'environnement et au développement durable dans les lycées, actes du colloque des 12-13 mars 1998, 107 p.

De la recherche scientifique à l'éducation à l'environnement, l'exemple de la gestion de l'eau dans les zones humides, actes de l'université d'automne des 26 - 30 octobre 1998, 130 p.

La qualité de l'air, enjeu pour l'éducation à l'environnement et à la citoyenneté, actes de l'université d'été des 5 - 9 juillet 1999 - 116 p.

Une éducation pour l'environnement, André Giordan et Christian Souchon, Z'Editions, 1991.

Les lagunes languedociennes, Les écologistes de l'Euzière, 1998, auteur en direct, 31 p.

Proposition de sorties pour une éducation à l'environnement, Réseau des espaces naturels protégés du Languedoc-Roussillon, 1998, AME, 75 p.

  1. Rapport sur l'éducation relative à l'environnement, 1988
  2. Pierre Giolitto, Maryse Clary, Profession Enseignant, Éduquer à l'environnement, Hachette Éducation, Paris, 1994
  3. Lucie Sauvé, Pour une éducation relative à l'environnement, Guérin, Montréal, 1997
  4. Edgar Morin, La pensée écologique, Le Seuil, Paris, 1991

Actes de l'université d'été - Enseigner les sciences à l'école primaire

Mis à jour le 12 mai 2011
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