Séminaire « L'enseignement des langues vivantes, perspectives »

Les langues vivantes dans le second cycle du second degré

Jack Lang, ministre de l'Éducation nationale

J'ai annoncé dès le mois de juin 2000 que le développement de l'enseignement des langues vivantes dans le système éducatif était l'une de mes priorités. Ma conviction que la maîtrise des langues vivantes est une condition de la réussite personnelle et professionnelle de tous les élèves m'a déjà amené à prendre des mesures importantes pour augmenter l'efficacité de cet enseignement :

  • création des classes et sections européennes en 1992,

  • choix de la langue vivante 1 parmi les disciplines faisant l'objet de modules en classes de seconde,

  • plus récemment, correction des grilles horaires prévues pour le lycée par une augmentation de l'horaire de langue vivante 1 en classe de première littéraire et par le rétablissement de l'enseignement de langue vivante 2 et son installation comme discipline obligatoire en classe terminale de la série scientifique.

En juin 2000, j'ai défini clairement les objectifs de la politique linguistique du ministère de l'Éducation nationale :

  • j'ai décidé d'introduire de façon définitive et selon un calendrier ambitieux l'enseignement des langues vivantes dans l'école primaire, de la grande section de maternelle à la fin du cours moyen, pour profiter du moment où les élèves sont encore réceptifs aux caractéristiques sonores des langues autres que leur langue maternelle.
  • Il s'agit par cet apprentissage dès le plus jeune âge de permettre aux élèves à la fois d'atteindre un niveau de compétence plus grand dans la langue, mais aussi de commencer dès le début du collège l'étude d'une seconde langue vivante. L'ambition de toute l'action menée par le ministère de l'Éducation nationale dans ce domaine est d'amener tous les élèves à la maîtrise d'au moins deux langues vivantes étrangères.
  • Parce que les enjeux du XXIème siècle imposent à tous la connaissance de plusieurs langues, un autre objectif tout aussi important peut être réaffirmé : les intérêts bien compris des élèves et du pays nécessitent une plus grande diversification des langues apprises dès l'école primaire.

Aucune raison objective ne peut légitimer le choix du " tout anglais " à ce niveau de classes. Bien au contraire, l'expérience montre qu'une telle orientation n'incite pas vraiment les élèves et leurs familles à une diversification ultérieure. La part plus grande prise par l'anglais en première langue vivante s'est accompagnée d'une réduction de l'éventail de langues réellement étudiées ensuite par les élèves. Laisser s'installer à l'école primaire une telle emprise d'une seule langue, aussi largement utilisée au niveau international, donne à penser qu'elle suffirait pour toutes les situations où une langue étrangère est nécessaire et utile.

C'est une erreur profonde, due à une mauvaise connaissance de la réalité. Rappelons par exemple que, contrairement à une idée reçue, les sites de l'internet ne sont plus qu'à 60 % rédigés en langue anglaise et que les spécialistes prévoient une baisse importante de ce taux dans les années à venir. La connaissance de l'anglais est indispensable mais non suffisante. Tous auront le besoin et l'occasion de contacts avec des locuteurs d'autres langues et de séjours dans d'autres pays.

Or, des échanges authentiques nécessitent la possibilité de se comprendre dans la langue de l'un des partenaires et tout autant la connaissance de sa culture, de son mode de vie et de pensée.

Apprendre une langue vivante, c'est découvrir une culture, c'est s'ouvrir sur l'Autre.

Affirmer ce lien naturel entre langue et culture, c'est vouloir la diversification des langues.

Je sais que ces objectifs sont partagés par tous les spécialistes des langues vivantes et par les femmes et les hommes soucieux de la diversité des langues et des cultures. L' " Année européenne des langues ", à l'initiative du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne, est l'occasion de faire progresser ces idées dans l'opinion publique.

Une étude d'opinion réalisée au niveau européen au mois de décembre 2000 montre que ces efforts de conviction sont encore nécessaires. Elle nous pose en effet des défis importants : seuls 27 % des Français interrogés estiment que chacun devrait être capable de parler deux langues en plus de sa langue maternelle.

Le rôle d'une politique éducative n'est pas de se soumettre à une opinion diffuse, dont nous savons bien qu'elle se développe en grande partie sur des a priori et des préjugés. L'un de ces préjugés se révèle dans un autre chiffre de cette même enquête : 27, 3 % des Français interrogés déclarent " ne pas être doués pour les langues ". Il s'agit, hélas, du pourcentage le plus haut parmi tous les pays européens.

Le rôle de l'Éducation nationale est précisément d'éclairer la demande des usagers de l'École pour les aider à adapter leur demande de formation aux enjeux de l'avenir. Il convient également de s'interroger sur les causes de ces préjugés négatifs quant à la possibilité effective de s'approprier plusieurs langues. Nous ne pouvons enfin rester sans réagir devant la faiblesse statistique de la demande d'apprentissage de langues dont nous savons tous l'importance dans les échanges culturels et économiques avec notre pays ou pour les relations internationales. Il suffit d'observer l'évolution des effectifs d'élèves apprenant l'allemand, l'arabe, l'italien, le chinois, le portugais ou le russe pour se convaincre de l'inadéquation entre les représentations sociales sur le rôle respectif des langues et leur place effective dans la vie de notre pays.

De la même façon, l'apprentissage des langues et cultures régionales doit trouver une place spécifique dans le système éducatif. Ces langues sont, pour certaines d'entre elles, parlées au-delà de nos frontières et contribuent à la compréhension entre régions voisines. Toutes permettent la découverte d'une partie importante de notre patrimoine commun qui est riche de sa diversité.

La réussite d'une politique ambitieuse pour les langues vivantes suppose la mobilisation de tous les acteurs de l'École pour rechercher les voies d'une plus grande efficacité et pour convaincre, par les pratiques pédagogiques et par l'information, de l'importance de ces apprentissages diversifiés.

La mise en œuvre de cette politique passe nécessairement par des décisions qui concernent l'école primaire, le collège, le lycée et l'université.

J'ai déjà annoncé des mesures très importantes pour le début de l'apprentissage des langues vivantes ainsi que pour le recrutement des enseignants.

Rappel des principales mesures déjà annoncées

Les langues vivantes deviennent une discipline de l'école primaire. Les programmes préciseront les objectifs, les contenus et le volume horaire de cet enseignement.

A partir de 2002, la généralisation de cet enseignement s'effectuera à la fois à partir de la Grande section de maternelle et à partir de la classe de CE2. Une évaluation des compétences en langues des élèves sera organisée à la sortie de l'école élémentaire et le suivi qualitatif de cette généralisation est confié à l'Inspection générale de l'Éducation nationale, en relation avec la direction de l'Enseignement scolaire.

Dès 2001, une véritable formation en langue et à la pédagogie de l'enseignement des langues vivantes est mise en place pour tous les futurs professeurs des écoles. Une formation à dominante " Langues vivantes " est proposée aux stagiaires souhaitant approfondir leurs compétences en langues et leur connaissance de la didactique des langues vivantes. Des conventions entre les IUFM et les instituts étrangers de formation des maîtres permettront à ces stagiaires d'effectuer des séjours à l'étranger.

La formation continue des maîtres est appelée à jouer, elle aussi, un rôle important. Un plan pluriannuel de formation continue doit être mis en place dans chaque département et une option " langues vivantes " au Certificat d'aptitude aux fonctions de maître formateur est créée.

La diversification des langues enseignées est organisée par la création d'une carte des langues par bassin de formation, en relation avec les collectivités locales et territoriales et sera accompagnée par une campagne d'information en direction des familles sur les parcours de langues vivantes possibles, incluant l'offre de l'enseignement de l'anglais en sixième à partir de la rentrée 2003. Dans cette perspective, les langues régionales doivent jouer tout leur rôle. En collaboration avec les pays concernés, l'enseignement de langues et cultures d'origine (ELCO) sera ouvert à tous les élèves et l'enseignement de ces langues est intégré dans le plan de généralisation des langues à l'école primaire.

La diversité des modalités d'enseignement est affirmée. Ainsi, l'enseignement bilingue est renforcé pour les langues régionales et étendu aux langues de proximité géographique. Des classes linguistiques sont créées sur le modèle des classes découverte ou patrimoine.

A l'autre extrémité du système éducatif, pour le recrutement des futurs enseignants, j'ai décidé que la possession d'une attestation de compétence en langue serait indispensable lors de l'inscription à un concours de recrutement à partir de 2003. L'importance de la maîtrise des langues vivantes à l'Université est ainsi rappelée, comme l'avait déjà fait l'expérimentation du Certificat de compétences en langues pour l'enseignement supérieur depuis la rentrée universitaire 2000.

Toutes ces dispositions s'inscrivent dans une cohérence qui doit caractériser le projet et les modalités de l'enseignement des langues vivantes à tous les niveaux de classes.

Ce séminaire, organisé par Jean-Paul de Gaudemar, rassemble des représentants de l'encadrement pédagogique de l'enseignement des langues vivantes à l'école primaire, dans l'enseignement professionnel, dans l'enseignement secondaire, dans les IUFM ainsi que les responsables de la formation continue et des universitaires connus pour leurs travaux de recherche sur la didactique des langues vivantes ou du français langue étrangère. La nature des expériences qui seront présentées en ateliers favorisera les échanges entre des cycles et des dispositifs pédagogiques différents. J'y vois une illustration exemplaire du projet que je viens d'esquisser devant vous.

Mesures concernant le second cycle de l'enseignement secondaire

Je souhaite aujourd'hui compléter le train important de mesures déjà prises par l'annonce d'autres décisions concernant le second cycle du second degré.

L'organisation de l'enseignement des langues vivantes en LEGT

J'ai rappelé précédemment que tous les efforts devaient tendre vers la maîtrise de deux langues vivantes par tous et qu'il était essentiel pour la diversification que l'assurance soit donnée aux familles et aux élèves que, quel que soit le moment du début de l'apprentissage d'une des deux langues obligatoires, un niveau comparable pourra être atteint.

Je souhaite à cette occasion que les termes " langue vivante 1 " et " langue vivante 2 ", qui introduisent une hiérarchie entre les deux langues, soient progressivement abandonnés au profit de l'appellation " langue vivante A " et " langue vivante B ".

L'organisation de l'enseignement des langues vivantes en lycées d'enseignement général et technologique joue dans cette perspective un rôle déterminant. Une organisation, comme actuellement, qui privilégie dans les horaires la langue vivante 1 et qui laisse penser que la seconde langue revêtirait une importance mineure pour la formation des élèves se situe aux antipodes de ce projet.

J'ai donc décidé de proposer aux lycées d'expérimenter dès la rentrée 2001 des modalités d'organisation de cet enseignement qui tiennent compte de cet objectif d'amélioration des compétences des élèves dans au moins deux langues vivantes en plus de la langue maternelle.

Sur la base des moyens attribués aux établissements à partir des grilles horaires en vigueur dans les classes de seconde, première et terminale, les équipes éducatives sont invitées à proposer aux recteurs des modes d'organisation nouveaux. Le calcul des moyens rendus disponibles se fera en prenant comme référence la même grille horaire professeur pour toutes les langues vivantes, sans exception.

Cette organisation peut consister en une nouvelle répartition de l'horaire entre travail en groupe classe et travail en groupes réduits, décidée par les enseignants pour tenir compte du projet pédagogique, des besoins spécifiques des élèves et des ressources de l'établissement.

Je souhaite cependant que, dans de nombreux établissements, l'ambition soit plus grande.

Ainsi, la globalisation des moyens horaires disponibles en langues vivantes 1, 2 ou 3 peut permettre d'affecter les élèves dans un groupe de langue, non plus selon le moment du commencement de l'étude de cette langue, mais suivant leur niveau de compétence dans cette langue et après une évaluation réalisée par les enseignants en début d'année scolaire.

L'expérimentation d'une telle organisation ne concerne pas les enseignements obligatoires au choix en première littéraire ou de la série économique et sociale ni ceux de spécialité en terminale, qui relèvent d'une logique différente.

En tout état de cause, aucun élève ne doit bénéficier d'un horaire global en langues vivantes inférieur à celui auquel les grilles horaires lui donnent le droit.

Bien évidemment, cette mutualisation des moyens et l'organisation des plages horaires consacrées à l'enseignement de langues vivantes pourront s'effectuer, dans les lycées volontaires pour cette expérimentation, de façon différente selon la taille des établissements et même selon les langues : entre plusieurs classes de même niveau, sur l'ensemble des niveaux pour certaines langues.

De même, il semblerait cohérent que les effectifs des groupes puissent varier selon les besoins des élèves dans une langue, de même que l'horaire affecté à tel ou tel groupe.

Les établissements engagés dans cette expérimentation constitueront les groupes de langues vivantes en tenant compte de quatre objectifs indissociables. Il s'agit :

  • de rechercher une plus grande homogénéité des niveaux de compétence dans chaque groupe de langue et des effectifs qui ne devraient pas dépasser 30 élèves ;

  • de tendre à un rapprochement progressif des niveaux de compétence dans les deux langues dont les élèves ont engagé l'étude avant d'arriver au lycée ;

  • de maintenir ou d'étendre la diversification de l'offre de langues présente dans l'établissement ;

  • de permettre au plus grand nombre possible d'élèves de débuter l'étude d'une nouvelle langue vivante au lycée et de la continuer, quelle que soit la série suivie.

L'expérimentation de ces dispositifs pédagogiques sera conduite pendant deux années scolaires et fera l'objet d'un nouvel axe au prochain plan pour la valorisation de l'innovation.

Dans chaque académie, les projets seront soumis à l'avis des corps d'inspection et je demanderai à l'Inspection générale de l'Éducation nationale de dresser un bilan de leur efficacité respective et de faire des recommandations pour une généralisation des dispositifs les plus performants à la rentrée scolaire 2003.

La situation des langues moins enseignées

Pour aider les établissements scolaires à maintenir et à étendre la diversification des langues enseignées, je demande aux recteurs de surseoir à toute suppression de postes d'enseignants dans des langues où une suppression mettrait en péril le maintien de leur enseignement dans les trois niveaux de classes du lycée.

Pour les langues qui connaissent actuellement des difficultés à recruter un nombre d'élèves comparable à celui d'autres langues plus demandées, il est de très loin préférable d'organiser un enseignement de langue vivante 3 ouvert à tous les élèves, de proposer l'enseignement de cette langue au niveau du bassin de formation dans une logique de site ou même de proposer aux élèves des ateliers de découverte ou d'initiation à cette langue.

Je demande aux recteurs de veiller à ce qu'aucun professeur de langue vivante ne soit plus en sous-service à compter de la prochaine rentrée scolaire. Les compétences en langues de tous ces enseignants et leur engagement personnel pour leur discipline sont trop précieux pour qu'ils ne soient pas mis de façon originale et volontariste au service des élèves et de l'indispensable formation en langues de notre jeunesse.

Avec l'aide des enseignants et des corps d'inspection, il est nécessaire de trouver des solutions adaptées à chaque situation et à chaque langue.

C'est pourquoi j'ai décidé que, dès la rentrée 2001, l'enseignement de l'arabe comme troisième langue vivante serait proposé partout où la présence de professeurs de cette langue le permettrait, en commençant par la classe de terminale avant d'ouvrir cet enseignement en première puis en seconde lors des deux prochaines rentrées scolaires. De plus, depuis quelques semaines, des heures d'enseignement de l'arabe sont proposées, à des moments de la semaine adaptés, aux candidats au baccalauréat inscrits à l'épreuve facultative d'arabe dialectal.

La présence de nombreux candidats à cette épreuve facultative qui n'ont pas bénéficié d'un enseignement régulier d'arabe rend en effet nécessaire des mesures urgentes et adaptées. Il s'agit de premiers pas dans la mise en œuvre de ma volonté de rendre toute sa dignité à cette langue de communication universelle qui ouvre des portes sur la richesse de la culture du monde arabe.

J'attends que des mesures adaptées à la situation et aux ressources particulières soient prises pour toutes les langues qui ne connaissent pas dans nos lycées le rayonnement qui devrait être le leur.

L'amélioration des compétences en langues des élèves

Au-delà des horaires et des modalités d'organisation de l'enseignement d'une discipline, les effets obtenus par cet enseignement sont conditionnés en partie par les programmes. Un groupe d'experts a été constitué sous la présidence du professeur Paul Brennan. Il est chargé d'élaborer des programmes pour les langues vivantes dans le second cycle. Ils définiront le degré de maîtrise qui doit être atteint par les élèves dans deux langues vivantes, ainsi que les contenus culturels qui doivent être transmis aux élèves à l'occasion de ces apprentissages. Une telle définition des objectifs de cette discipline, dans des termes qui rendent évaluable et compréhensible au niveau international le niveau de compétence atteint par les élèves, et une plus grande précision quant aux contenus qu'elle doit enseigner seront une nouveauté pour cette discipline.

L'efficacité de l'enseignement des langues vivantes repose désormais aussi en grande partie sur l'exploitation des ressources offertes par les technologies de l'information et de la communication. Pour aider les établissements et les collectivités territoriales à planifier les équipements nécessaires, j'ai demandé au groupe des langues vivantes de l'Inspection générale de l'Éducation nationale d'élaborer, en relation avec les directions concernées, des recommandations pour l'organisation et l'équipement des salles où s'effectue l'enseignement de cette discipline. Ces recommandations seront diffusées avant la fin de l'année scolaire en cours.

L'amélioration des compétences des élèves suppose également qu'ils puissent utiliser les langues qu'ils apprennent à des fins de communication autres que celles que suscitent les contenus des cours de langue vivante. Il ne s'agit bien évidemment pas de remplacer l'enseignement des langues par d'autres activités mais de le compléter, voire d'aider les enseignants de langues dans leur tâche. Tout permet en effet de penser que les expériences de succès dans l'utilisation d'une langue étrangère à des fins personnelles ne peuvent que renforcer la motivation d'un élève et son engagement pour l'apprentissage de cette langue.

L'expérience des sections européennes a montré avec clarté que l'une des voies privilégiées d'une telle motivation au lycée est l'utilisation des langues dans l'étude d'autres disciplines. J'évoquerai dans quelques minutes des dispositions particulières qui seront prises dans ce sens grâce à la coopération internationale de nos établissements.

Mais, dès maintenant, je souhaite que l'équipement des centres de documentation et d'information (CDI) des lycées en manuels, cédéroms et matériels pédagogiques utilisés dans d'autres pays lors du travail dans diverses disciplines devienne une priorité. Ils complèteront les ouvrages bilingues ou en langues étrangères qui doivent impérativement être mis à la disposition des élèves. Les relations qu'entretiennent nos lycées avec des établissements partenaires doivent permettre cette présence d'ouvrages de référence et de matériels en langues étrangères très rapidement. La coopération entre les enseignants de langues vivantes et les professeurs des autres disciplines permettra de définir ce qui, dans ces outils ou ouvrages, peut effectivement être recommandé aux élèves des différents niveaux de classes.

Dans la même perspective, je recommande que les élèves de sections européennes qui le souhaitent puissent dès maintenant présenter oralement dans une langue étrangère enseignée dans l'établissement leur recherche personnelle effectuée pour les travaux personnels encadrés. Le jury comprendra nécessairement dans ce cas un professeur de langue, dont la mission sera de donner un avis sur l'aptitude à s'exprimer dans la langue. La prestation positive des élèves sera portée dans le livret scolaire. Cette possibilité donnée aux élèves de ces sections fera l'objet d'observations pendant l'année scolaire 2001-2002, de façon à pouvoir être étendue progressivement à d'autres élèves.

Il ne serait pas compréhensible que des élèves, que nous souhaitons préparer à la mobilité étudiante en Europe, ne puissent pas en fin d'études secondaires présenter oralement dans une langue apprise une démarche de recherche personnelle liée à des disciplines dominantes de leur formation.

D'une façon plus générale et sans doute plus rapide, tous les élèves concernés par les travaux personnels encadrés doivent être encouragés à rédiger une partie de leur dossier dans une langue étrangère.

Nous savons que, dans le système éducatif, l'évolution des représentations et des pratiques est souvent influencée par l'aval, c'est-à-dire par les évaluations pratiquées. C'est pourquoi les résultats de l'expérimentation de l'évaluation des compétences orales des élèves qui a été menée pendant les trois dernières années par la DESCO et l'Inspection générale de l'Éducation nationale sont particulièrement intéressants. Sur cette base, la DESCO constituera très prochainement un groupe de pilotage rassemblant des inspecteurs généraux, des membres des groupes d'experts et des représentants de l'administration pour élaborer des outils d'évaluation de la compréhension de l'oral mis à la disposition des équipes pédagogiques par le biais de l'internet pendant l'année scolaire 2001-2002.

Les sections européennes ont fait l'objet d'un rapport de l'Inspection générale de l'Éducation nationale au cours de l'année scolaire 1999-2000. Ce rapport a rassemblé de nombreuses observations et formulé des propositions. J'ai confié au groupe d'experts présidé par le recteur Losfeld le soin d'étudier les possibilités d'améliorer le fonctionnement de ces sections, dont les effets positifs sont manifestes. Il sera nécessaire d'insister sur l'importance pour la vie de ces sections que des projets pédagogiques et culturels ambitieux favorisent la dimension européenne de la formation de ces jeunes ainsi que les programmes d'échanges.

L'enseignement des langues vivantes dans les lycées professionnels

Comme l'a rappelé le ministre délégué Jean-Luc Mélenchon, l'objectif de maîtrise des langues vivantes vaut pour tous les élèves, y compris pour celles et ceux qui suivent une formation professionnelle.

Des modalités diversifiées doivent être recherchées pour y parvenir : participation des élèves aux groupes de langues créés pour l'enseignement général et technologique quand les élèves sont dans un lycée polyvalent ou quand le lycée professionnel est situé dans une cité scolaire permettant de tels regroupements ; formules mixtes construites à partir des ressources des technologies de la communication et de l'information, de l'internet et de la visiocommunication, ainsi qu'avec des ressources humaines disponibles dans le lycée ou dans un établissement voisin. Des expérimentations multiples sont menées depuis plusieurs années pour offrir aux élèves de ces classes un enseignement de langue grâce à ces ressources. Un bilan doit en être réalisé et mis rapidement à la disposition des équipes pédagogiques.

Mais surtout, il est urgent de créer dans les lycées professionnels des sections européennes adaptées aux besoins et aux motivations de ces élèves. Le lien nécessaire entre l'apprentissage d'une langue vivante et une discipline professionnelle doit se manifester par des projets particuliers qui mobilisent toutes les équipes de l'établissement. La perspective d'un stage en entreprise dans un pays étranger est de nature à motiver les élèves pour l'étude de la langue en usage dans ce pays et dans l'entreprise. Cette étude doit leur être proposée sous des formes spécifiques : période d'enseignement intensif, interventions régulières ou ponctuelles de professionnels maîtrisant la langue concernée (enseignants du lycée ou professionnels travaillant dans des entreprises partenaires), interventions de formateurs ou de professionnels des pays étrangers dans le cadre de séjours en France ou par le biais de l'internet, de la visiocommunication, etc.

Des formules originales et des partenariats avec les établissements et les entreprises dans d'autres pays doivent être activement recherchés et mis en place pendant l'année scolaire 2001-2002. Il existe des possibilités d'aides financières importantes par le programme communautaire Leonardo ou par le Fonds social européen. Une période de mobilité associée à un contact avec une entreprise répond en effet aux critères exigés par le document de programmation national 2000-2006.

D'ores et déjà, les modalités d'obtention de la mention " section européenne " sur les diplômes de baccalauréat professionnel ont fait l'objet d'un texte réglementaire.

L'année scolaire 2001-2002 verra la création d'une attestation " Europro " qui sera jointe au diplôme professionnel quand son titulaire a effectué une partie de sa formation professionnelle dans un pays étranger.

Comme vous le voyez, les mesures pour l'organisation de l'enseignement des langues vivantes dans le second cycle concourent toutes à la prise de conscience qu'au-delà de la compétence atteinte dans une langue vivante, le profil plurilingue d'un individu est une donnée essentielle pour son devenir. Elles rappellent que les savoir-faire langagiers doivent nécessairement être complétés par des expériences et des savoirs culturels. Elles affirment le rôle aussi important de toutes les langues vivantes enseignées ou connues des élèves.

L'utilisation du Portfolio européen des langues, par les équipes qui le souhaiteront, s'inscrit dans cette triple perspective. Ce document élaboré par le Conseil de l'Europe, qui ne doit en aucun cas intervenir dans l'évaluation liée aux examens ou aux diplômes nationaux, manifeste également la dimension internationale de l'apprentissage des langues vivantes.

Les actions de coopération internationale des établissements scolaires

Le système éducatif français possède avec les sections internationales d'excellents exemples de coopération internationale conduite en relation avec de nombreux pays. De même, le succès des programmes spécifiques comme la délivrance simultanée du baccalauréat et de l'Abitur allemand, ainsi que le rapide développement des sections européennes ou orientales montrent que la dimension internationale de l'enseignement est de plus en plus perçue comme une chance pour l'extension de la compétence linguistique et interculturelle des élèves et pour leur ouverture au-delà de nos frontières.

Ces dispositifs pédagogiques doivent jouer un rôle plus grand dans l'animation des bassins de formation où ils existent, et toutes les ressources qu'ils contiennent peuvent être encore mieux exploitées.

La coopération internationale doit cependant concerner l'ensemble des établissements.

L'enseignement des langues vivantes contribue à la formation générale des élèves en leur permettant de découvrir d'autres cultures, de prendre une distance plus critique par rapport à leurs propres systèmes de références culturelles, historiques et linguistiques et en développant chez eux des aptitudes intellectuelles transversales.

Mais la finalité de l'apprentissage des langues est tout autant la construction de l'aptitude à des échanges directs ou indirects avec des locuteurs de ces langues. Ces contacts sont bien souvent la clef d'une véritable amélioration des compétences des élèves.

La mission de tous les professeurs de langues vivantes est entre autre de contribuer sous toutes les formes possibles à la réalisation de ces échanges et de ces contacts. Un professeur de langue vivante qui met en place, souvent au prix d'un engagement personnel important, des actions pour organiser des séjours d'élèves dans un pays partenaire, avec un projet pédagogique construit, remplit l'une des missions que l'École attend de lui. Il mérite que toute l'aide de l'équipe pédagogique et de la direction de son établissement lui soit apportée.

L'organisation matérielle des actions de coopération internationale est, je le sais, souvent très lourde. C'est pourquoi j'ai décidé la nomination à partir de la rentrée scolaire 2001 d'un correspondant à la coopération internationale dans chaque bassin de formation. Placé fonctionnellement auprès du délégué académique aux relations internationales et à la coopération (DARIC), il sera chargé de rechercher les aides communautaires, de construire des projets de coopérations et d'échanges collectifs ou individuels d'élèves et d'enseignants, de faire connaître les possibilités existantes d'aide et de financement, et d'inciter les équipes pédagogiques et les conseils d'administration à intégrer la dimension européenne dans la vie de l'établissement.

Il peut s'agir soit d'un membre de l'équipe de direction d'un des établissements du bassin de formation, soit d'un enseignant de langue ou d'une autre discipline. Cette mission pourra être intégrée dans son service ou faire l'objet d'une rémunération sous forme de HSE ou de HSA. Elle devrait notamment pouvoir être confiée en priorité aux professeurs de langues vivantes actuellement en sous-service.

Ce correspondant disposera, pour l'aider, d'un guide de toutes les aides et de tous les programmes existants. Ce guide sera élaboré par la DESCO et la DRIC, diffusé sous forme électronique dans les rectorats et complété au niveau académique par des informations sur les aides spécifiques des régions ou sur certaines particularités, avant d'être mis à la disposition de tous les établissements scolaires.

La coopération internationale devient une mission de chaque établissement. Un bilan en sera présenté à la fin de chaque année scolaire au conseil d'administration de l'établissement.

Deux axes prioritaires doivent guider l'action des établissements dans ce domaine.

Séjours de moyenne durée, d'un minimum de six semaines dans des établissements étrangers par des élèves de seconde

Il convient d'encourager des élèves de seconde, ayant atteint un niveau de compétence en langue suffisant, sur la base de l'avis du conseil de classe du second trimestre, à effectuer en fin d'année scolaire un séjour de moyenne durée d'un minimum de six semaines dans un établissement étranger lié au lycée par un appariement. De même, les établissements doivent faire des propositions d'accueil d'élèves étrangers dans leurs classes.

La direction de l'enseignement scolaire et la délégation aux relations internationales et à la coopération élaboreront des recommandations pour un conventionnement entre les établissements, sur la base des expériences rassemblées par l'Office franco-allemand pour la jeunesse et lors de l'opération Dialogue 2000 avec le Royaume-Uni.

Pour éviter que les élèves qui effectueront ces séjours ne subissent quelque conséquence négative pour leur réussite dans l'ensemble des disciplines, ils auront à leur disposition les modules de vacances élaborés par le Centre national d'enseignement à distance (CNED) dans certaines disciplines. Ils pourront ainsi, à leur retour, rattraper si nécessaire des enseignements non suivis.

Pour accompagner les élèves étrangers dans l'établissement d'accueil, un " tuteur " sera nommé pour chaque élève. Il sera possible de mobiliser par exemple les enseignants formés à l'enseignement du français langue étrangère, comme ceux ayant été recrutés par l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE).

Toutes les mesures d'accompagnement et de suivi de ces élèves s'appuieront sur un projet spécifique élaboré en commun par les établissements partenaires et sur le volet international du projet d'établissement.

La participation à ce programme d'échange doit pouvoir concerner tous les élèves. L'accueil réciproque dans les familles est une modalité privilégiée. Elle doit cependant être complétée, quand cela est possible, par des formules complémentaires de logement en internat ou chez des familles d'accueil. Une ligne budgétaire spécifique dans les crédits pédagogiques affectés aux établissements scolaires sera créée pour permettre l'inscription des élèves aux modules du CNED et les aider dans la prise en charge des frais de déplacement et de séjour.

D'autres ressources financières doivent être rendues disponibles. Je proposerai que, lors de la révision du document de programmation nationale d'utilisation du Fonds social européen, soit inscrite une mesure pour la " mobilité des lycéens " pour 2003-2006. Je suis certain que de nombreuses collectivités territoriales contribueront, comme beaucoup le font déjà, à la réussite de ces mesures de mobilité. Cette coopération entre régions et académies nécessitera peut-être que soient examinées les possibilités d'une plus grande harmonisation dans leur partenariat avec les pays partenaires.

Séjours brefs d'enseignants des établissements partenaires

De nombreux programmes d'échanges internationaux d'enseignants existent et doivent être confortés. La participation d'un enseignant de langue vivante ou d'une autre discipline à l'un de ces programmes doit être encouragée. Elle représente toujours une chance pour l'établissement scolaire qui accueille ainsi un enseignant étranger, riche de sa langue et de ses compétences auxquelles l'établissement doit savoir faire appel de façon originale. L'une des missions de l'équipe de direction est d'encourager les enseignants à y participer, pour leur propre bénéfice et dans l'intérêt de l'établissement. L'objectif de promotion des séjours de formation ou d'études à l'étranger pour les enseignants devrait figurer dans le projet d'établissement.

Je souhaite en plus que, partout, soit favorisé l'accueil pendant deux semaines d'enseignants étrangers. Cet accueil doit être préparé par des projets élaborés avec les équipes pédagogiques et avec l'aide des programmes communautaires existants. Ces enseignants pourront intervenir dans le bassin de formation lors de cours de collègues de leur discipline et dans leur langue maternelle auprès d'élèves étudiant cette langue. Ils pourront aussi organiser des activités spécifiques liées à leur discipline. De la même façon, la possibilité de départ d'enseignants français sur des programmes analogues doit être prévue par la réservation de moyens de remplacement.

Il n'est nul besoin de préciser que cet objectif concerne également les lycées professionnels, en particulier en relation avec les disciplines professionnelles.

Les relations avec les services académiques de la formation continue

L'enseignement des langues vivantes au collège, mais surtout au lycée doit remplir plusieurs fonctions complémentaires. L'une d'entre elles est de préparer les élèves à la poursuite et à l'approfondissement de l'apprentissage des langues, voire à l'extension de ces apprentissages vers d'autres langues que leur parcours personnel ou professionnel peut leur donner l'envie ou le besoin de maîtriser.

L'apprentissage des langues vivantes est en effet l'affaire de toute une vie.

De même, il est important d'assurer dans nos lycées une meilleure prise en compte des acquis des élèves dans des langues qui ne sont parfois pas enseignées dans l'établissement.

Le lien entre l'enseignement secondaire, les ressources et le savoir-faire présents dans les centres de langues des services de la formation continue des académies mérite de faire l'objet d'une réflexion approfondie que je me propose d'engager, avec tous les acteurs concernés.

Un service de conseil pour l'apprentissage des langues non enseignées

Je confierai à un chercheur en didactique des langues une mission de réflexion et de proposition sur l'aide méthodologique à apporter aux élèves qui ne peuvent bénéficier dans leur lycée de l'enseignement de certaines langues.

J'entends par cette mission créer de nouvelles conditions favorables à des échanges entre les didactiques des langues régionales ou étrangères et les réflexions engagées dans le cadre de l'enseignement du français langue étrangère.

Je souhaite enfin que, comme pendant ce séminaire, la contribution de chercheurs en didactique à l'évolution de l'enseignement des langues vivantes soit confortée.

L'objectif est de pouvoir offrir aux élèves, en plus de l'enseignement des langues vivantes inscrit dans leur emploi du temps, une aide méthodologique pour évaluer et maintenir leur niveau dans une langue connue ou qu'ils ont apprise dans le passé mais qui n'est pas enseignée dans le bassin ou qu'ils n'ont pas choisie parmi les disciplines obligatoires ou facultatives.

De plus, dès la rentrée scolaire 2001, une expérimentation contrôlée du site internet " Dialang " sera mise en place dans certains lycées volontaires, avec l'aide des Délégués académiques à la formation continue (DAFCO). Il s'agit d'un outil, développé avec l'aide de la Commission européenne, qui permet une auto-évaluation dans quatorze langues.

Certification en langue

Un nombre de plus en plus important d'élèves se voient proposer par leurs professeurs de se présenter à un certificat de langue d'un institut culturel étranger. Il s'agit là de la demande évidente d'un nombre croissant d'élèves et de familles de valoriser de façon spécifique un engagement particulier dans l'étude d'une langue. Elle donne souvent lieu à une aide importante des collectivités territoriales. Je comprends tout à fait cette attente d'une telle validation, complémentaire des examens et diplômes nationaux.

Pour permettre à tous les élèves d'avoir accès à une telle reconnaissance des efforts particuliers fournis pour cette discipline, j'ai décidé de demander à la Directrice de l'enseignement supérieur et au Directeur de l'enseignement scolaire d'engager une adaptation du Diplôme de compétence en langue qui pourrait être proposé aux élèves qui le souhaitent, en particulier quand ils sont scolarisés dans une section européenne.

Création de centres de ressources dans chaque bassin de formation

A terme, ces mesures, complémentaires de l'enseignement des langues vivantes, pourraient donner lieu à la création de centres de ressources langues vivantes dans chaque bassin de formation, où les élèves trouveraient des conseils et des aides ainsi que des outils d'auto-formation.

J'ai rappelé il y a quelques semaines les obligations qui incombent aux universités dans la poursuite de la formation en langue des étudiants. Il est évident que l'enjeu essentiel est que tous les bacheliers soient armés par leur connaissance des langues et leur formation méthodologique à prendre en charge l'entretien ou l'approfondissement de leurs compétences. Cette éducation à l'auto-formation passe par le développement d'initiatives dans le contact avec ces langues, par un développement de leur autonomie d'apprentissage et par la conviction que les bagages linguistiques dont le lycée les a dotés sont une chance qu'ils se doivent de faire fructifier. Cette motivation indispensable se nourrit également de tous les succès rencontrés dans l'utilisation de la langue et dans la découverte d'autres cultures.

L' " Année européenne des langues 2001 " est commencée. Par les décisions prises pour l'enseignement des langues vivantes dans le système éducatif français, notre pays a l'ambition d'avancer résolument vers la réalisation des objectifs réaffirmés au niveau européen par cette campagne :

  • affirmer l'importance de la diversité culturelle et linguistique de l'Europe pour son identité et son avenir,
  • promouvoir l'apprentissage de plusieurs langues vivantes par tous,
  • permettre l'apprentissage des langues tout au long de la vie.

Vous êtes spécialistes de l'enseignement de cette discipline auprès des élèves, des collégiens, des lycéens, des étudiants, adultes et futurs enseignants. J'attends de votre mobilisation et de celle que vous ne manquerez pas de susciter dans vos académies que nous puissions réaliser ensemble cette grande ambition dont dépend le devenir de l'enseignement des langues vivantes.


Actes du séminaire - L'enseignement des langues vivantes, perspectives

Mis à jour le 15 avril 2011
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