Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

Les partenariats : une responsabilité partagée


Table ronde animée par :
Guy Ménant, IGEN (groupe sciences de la vie et de la terre)
Éric Carenco, responsable environnement, groupe Vicat
Henri Dupassieux, adjoint au maire de Chambéry, chargé du développement durable, de l'environnement et de la sécurité sanitaire
Marie-Claire Gachet, déléguée académique à l'action culturelle à Grenoble
Roland Gérard, coordonnateur du Collectif français pour l'éducation à l'environnement (CFEE)
Jean-Pierre Lebrun, sous-directeur à la qualité de la vie et de l'information au ministère de l'Écologie et du Développement durable (MEDD)
Éric Marshall, doyen de l'inspection de l'Enseignement agricole, ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche et des Affaires rurales
Jacques Varet, directeur de la prospective, bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

 

Guy Ménant : Le partenariat existe dans les textes fondateurs de l'éducation à l'environnement depuis la circulaire de 1977. Il apparaît donc comme une nécessité depuis déjà bien longtemps. De fait, les actions réalisées montrent une impressionnante diversité des organismes impliqués. Ce foisonnement rassemble quelques grandes catégories de partenariats, notamment les partenariats interministériels, ceux impliquant les réseaux associatifs, les entreprises et les établissements publics. Le panel des intervenants est bien sûr incomplet. Ni les parcs naturels, ni les grandes institutions muséographiques n'ont pu être représentés. Nous tenterons néanmoins d'illustrer la pluralité et la complexité des enjeux. Cette table ronde doit constituer une amorce. Elle fournira des pistes concernant les modalités d'organisation du partenariat, pistes qui seront prolongées dans le débat et approfondies dans les ateliers.

Les enjeux du partenariat pour l'institution

Jean-Pierre Lebrun : Je voudrais rappeler en introduction les propos de Jacques Chirac lors du sommet du Johannesburg : "Notre maison brûle, nous regardons ailleurs. La terre mutilée et surexploitée ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre". À l'issue de cette réunion, il est grand temps pour la France de se mettre au travail pour élaborer une stratégie nationale du développement durable. Le groupe de travail dont le thème était "Sensibilisation, éducation, communication, information et débat public" s'est mis au travail très rapidement. Les travaux ont été passionnés, fructueux et une feuille de route précise a pu être rédigée. Cette démarche a constitué un point de départ de partenariats dans une responsabilité partagée pour l'éducation à l'environnement. Quelle est la mission du ministère de l'écologie et du développement durable dans ce partenariat ?

L'extrait du décret relatif aux attributions du ministère explique que l'une de ses missions est de contribuer au développement de l'éducation à l'environnement. Celle-ci se réalise dans le cadre de la formation initiale et continue mais bien évidemment elle inclut la formation et l'information de tous les citoyens en matière d'environnement. Nous considérons aujourd'hui que l'éducation à l'environnement fait partie intégrante de l'éducation à la citoyenneté, qu'il s'agit d'une éducation scientifique, rigoureuse, fondée sur l'acquisition de connaissances mais aussi d'une éducation civique qui vise à faire évoluer les attitudes et les comportements dans le sens du respect des autres et de la vie, de la responsabilité de chacun à l'égard de l'environnement et de la solidarité entre les hommes, les générations et les nations. Il s'agit de faire prendre conscience aux citoyens qu'il est nécessaire de remettre en cause certains modes de production et de consommation. L'éducation à l'environnement constitue de ce fait un volet indispensable d'accompagnement des politiques publiques qui se sont fixées des objectifs de développement durable. Ces évolutions de comportement pour la préservation de l'environnement constituent véritablement un enjeu de société qui implique des choix collectifs et individuels.

L'éducation à l'environnement est donc une préoccupation constante de notre ministère. Toutefois, nous ne pouvons être les seuls à mettre en œuvre ces objectifs. Cette priorité nationale, d'intérêt général nécessite l'implication d'autres partenaires. Cette mission doit être prise en compte par le (ou les) service(s) de l'éducation en direction des jeunes et des adultes (dans le cadre de la formation continue). La société civile, les collectivités locales et territoriales, les associations, les entreprises, les services de communication et d'information ont également leur rôle à jouer dans cette éducation. La France dispose d'un dispositif associatif unique au monde. L'éducation populaire a encore de beaux projets à développer dans ce domaine. Le partenariat ministériel est indispensable car une politique de réglementation, aussi contraignante soit-elle, ne peut avoir d'effet positif au niveau collectif ou individuel que si elle est accompagnée d'un faisceau d'initiatives qui convergent ou qui poursuivent la même finalité. Il est essentiel d'apporter aux citoyens des valeurs, des connaissances et des compétences qui leur permettront de comprendre et de faire les choix nécessaires, par exemple en matière de transports, de consommation, de préservation de la biodiversité, de la lutte contre le bruit, de l'éducation à la prévention des risques majeurs, etc.

Notre ministère s'est fixé pour objectif de contribuer à un édifice qui sera forcément une œuvre collective. Nous fournissons une expertise, en distribuant des éléments relatifs aux enjeux environnementaux au public et en coordonnant les actions des directions d'administration centrale, des établissements publics rattachés et du centre de ressources pour mettre en œuvre la stratégie nationale pour le développement durable adoptée en juin dernier. La création d'une nouvelle sous-direction de l'information et de la communication est envisagée dans un avenir proche. Un nouveau site web plus adapté aux usagers verra le jour.

Le ministère apporte un soutien aux initiatives éducatives concrètes en faveur de l'environnement, en recherchant la complémentarité avec les orientations de l'action éducative en milieu scolaire, péri ou extrascolaires. Il apporte un soutien aux associations. En juin dernier, dans une lettre, le ministère a présenté à l'ensemble des associations les axes prioritaires qu'il entendait promouvoir : l'information des citoyens et leur participation aux débats publics, l'expertise et la connaissance, ainsi que l'éducation. Enfin, le ministère se propose de participer au recueil de données pertinentes sur l'évaluation de l'impact d'actions éducatives relatives à l'environnement sur l'ensemble des publics. Il s'investit dans la cellule interministérielle de l'éducation à l'environnement, qui regroupe le ministère de l'Agriculture et de l'Éducation nationale.

Le ministère mène l'action exemplaire "Mille défis pour ma planète", un partenariat riche et diversifié, avec l'Éducation nationale et les partenaires locaux. Au cours de l'année scolaire 2003-2004, les jurys régionaux ont labellisé plus de huit cent cinquante projets, dont 60 % sont réalisés par des classes et des établissements scolaires. Pour conclure, je souhaiterais vous faire part d'une expérience personnelle concernant l'approche de l'environnement dans le cadre d'un partenariat et de responsabilités partagées. En début de carrière, je travaillais comme ingénieur-enseignant dans un lycée agricole. Nous avions décidé avec des collègues enseignants d'emmener les jeunes de toutes les nouvelles promotions en "stage de découverte du milieu" dès la première semaine. Nous rencontrions alors tous les acteurs de la vie sociale et économique. Il s'agissait déjà d'un partenariat dans le cadre de responsabilités partagées.

En abordant la question de l'éducation à l'environnement, nous sommes déjà dans un travail pour le développement durable. Le sommet de Rio a conduit à un Agenda 21, véritable Bible, mais qui a pu être critiquée pour ses imprécisions. Pour ma part, je pense que quel que soit le point d'ancrage que l'on prend, il faut commencer dès maintenant à y travailler. Si rien n'est fait, nous dirons encore des messes et des prières dans vingt ans.

Guy Ménant : Votre ministère fixe donc des objectifs concrets, qui touchent la société dans son ensemble. Vous apportez également votre soutien aux acteurs et aux actions. Je demanderai donc maintenant à Éric Marshall de préciser à son tour la manière dont le ministère de l'Agriculture envisage le partenariat.

Éric Marshall : L'enseignement agricole a depuis toujours une culture du partenariat pour deux raisons essentielles :
il ne saurait en être autrement pour une enseignement technologique et professionnel qui vise notamment à privilégier l'insertion professionnelle. Le fait par exemple que chaque élève doit faire un stage dans une exploitation agricole ou une entreprise agroalimentaire est créateur d'un partenariat riche et diversifié. Au cours de sa scolarité, l'élève est donc confronté au partenariat. Les exploitations agricoles représentent à cet égard des supports pédagogiques irremplaçables pour saisir les questions de développement durable dans leurs trois dimensions sociale, économique et environnementale ;

les établissements d'enseignement agricole sont certes des lieux de formation et d'éducation, mais il sont aussi des acteurs de développement au profit de leur territoire grâce à la présence, in situ, d'une exploitation agricole ou d'un atelier technologique, à la présence d'ingénieurs, aux expertises de terrain réalisées par les élèves et les étudiants dans le cadre des activités pédagogiques.

Dans quelle mesure les questions de développement durable et d'environnement élargissent-elles les partenariats déjà existants ? Pour répondre à cette interrogation, il faut partir des caractéristiques fondamentales des questions liées au développement durable et à l'environnement. On peut globalement distinguer quatre points.

Premièrement, les questions de développement durable et d'environnement appartiennent simultanément à deux univers : celui de la recherche et celui de la société civile, c'est-à-dire celui de l'action. Elles touchent donc à la fois l'ordre des faits et celui des valeurs. J'insisterai d'abord sur le partenariat scientifique : les questions de développement durable interrogent la recherche dans ses objets mais aussi dans ses procédures. Et le citoyen s'invite de plus en plus sur les questions de légitimité sociale des choix de la recherche (exemple : les recherches sur les OGM). J'en tire deux conséquences pour l'enseignement du second degré :
il est très important que les enseignants entretiennent des liens avec des laboratoires de recherche (Inra, CNRS, Ifremer, Inserm) et soient confrontés ainsi que leurs élèves à "la science en train de se faire". Le développement durable pose en effet des questions aux scientifiques et nous sommes loin sur ces domaines de disposer d'une matière enseignable et de concepts stabilisés ;
il m'apparaît aussi essentiel de préparer les élèves, futurs citoyens, à participer eux-mêmes au débat scientifique et au dialogue avec les experts. L'organisation de tables rondes et de débats scientifiques au sein des lycées agricoles participe de cette préparation. Les chercheurs ont d'ailleurs de plus en plus le souci de présenter leurs recherches et d'expliciter leur travail. J'ajoute que si l'analyse du risque inhérent aux questions de développement durable est du domaine des experts, la gestion du risque appartient au domaine du politique donc aux représentants de la société civile et aux citoyens. Les questions d'environnement et de développement durable appartiennent aussi à l'univers de l'action et correspondent à des enjeux de société. Elles mettent en jeu des valeurs de l'éthique, de solidarité intra et intergénérationnelle. Elles offrent sur le plan pédagogique des questions intéressantes à traiter dans les établissements. Il appartient aux équipes enseignantes de transformer les interrogations de la société civile en questions pédagogiques. Il est donc important d'envisager des partenariats "sociétaux" avec des acteurs territoriaux.

Deuxièmement, les questions d'environnement et de développement durable font intervenir des acteurs multiples aux intérêts spécifiques souvent divergents. Ceci implique des négociations afin d'aboutir à des consensus qui vont permettre de prendre des décisions. Les établissements doivent faire en sorte que les élèves soient confrontés à cette diversité d'acteurs (entreprises, associations, élus, experts, …), afin qu'ils construisent leur propre représentation des enjeux : la diversité des acteurs est à la mesure de ces enjeux. Ce partenariat "multi-acteurs" est un objet de formation en soi et il convient de préparer les élèves, comme nous le faisons, à la négociation et à la recherche de solution collective, car ils seront eux-mêmes impliqués plus tard dans de tels dispositifs.

Troisièmement, les questions d'environnement et de développement durable mettent en scène des objets complexes, pluridimensionnels, aux frontières parfois floues, mettant en jeu risques et incertitudes, temps long et espace. Il n'est pas certain que nous disposions de toutes les disciplines nécessaires pour traiter de ces questions, ce qui implique la mobilisation d'intervenants éventuels sur des disciplines manquantes. Il convient aussi de préciser qu'il n'y a pas de mise en œuvre d'activités pluridisciplinaires sans questions de départ et c'est aux acteurs externes d'exprimer ces questions et aux enseignants de les transformer en questions pouvant être abordées dans le champ pédagogique.

Quatrièmement, les questions d'environnement et de développement durable font intervenir le global (à l'échelle du monde souvent) et le local. Les établissements doivent donc développer non seulement des partenariats locaux mais aussi des partenariats internationaux. On peut ainsi relativiser lorsqu'une même question peut se poser chez nous d'une manière différente dans un autre pays ou adopter une vision "grand angle" lorsqu' une question locale est la manifestation d'un problème plus global. C'est pourquoi j'insiste beaucoup sur la mission de coopération internationale des établissements, autre type de partenariats.

Marie-Claire Gachet : Une éducation à l'environnement vers un développement durable se doit de tisser les acquis développés dans les programmes disciplinaires, avec les actions conduites dans les dispositifs transversaux (IDD, TPE, PPCP, classes à PAC). Ces derniers en effet sont autant de temps forts, par la durée nécessaire pour les mener à bien, comme par la rencontre, sur le terrain de l'enseignant et de sa classe avec des partenaires et des acteurs divers impliqués dans des opérations concrètes touchant à l'environnement. La nécessité de solliciter et de développer les partenariats peut s'expliquer par trois raisons :

aucun enseignant ne saurait maîtriser toutes les connaissances spécifiques concernant ce champ immense de l'environnement, dans la déclinaison de toutes ses spécialités. À titre d'exemple, un professeur de SVT n'est pas un rudologue un enseignant de physiques ou de STI n'est ni un spécialiste des énergies renouvelables, ni un architecte. Aucun enseignant n'a fait de longues études sur le droit de l'environnement. L'appel à des spécialistes est donc impératif pour conduire un projet solide, qui apporte des connaissances rigoureuses. Se méfier de ces projets aimables qui malgré la bonne volonté de leurs auteurs restent superficiels par manque de contacts et d'apport scientifique et ne peuvent donc aboutir à de véritables changements comportementaux des élèves ;

un projet qui s'inscrit dans la durée, s'inscrit aussi dans un territoire donné. On n'aborde pas l'environnement en chambre ! Les élèves ont besoin de sentir, de toucher, d'éprouver, pour apprécier, voire aimer (osons le mot), le territoire sur lequel ils travaillent. S'ils comprennent, et ce quel que soit leur niveau ou leur âge, la manière dont fonctionne ce dernier, ils comprendront l'urgence qu'il y a à le respecter. De grands discours ne seront pas nécessaires. Mais là encore la simple promenade organisée par l'enseignant ne suffit pas. D'autres personnes doivent être mobilisées pour apporter à la fois explications et expertise, même contradictoires. Ces rencontres avec des "acteurs" du terrain doivent permettre aux élèves d'approcher la diversité du questionnement : questions scientifiques, mais aussi questions politiques posées aux acteurs de la société civile, militants, juristes, professionnels, etc, comme aux élus. Sans cette diversité de partenaires ou de témoins, comment faire comprendre aux élèves la complexité des enjeux environnementaux, qui reposent sur ces quatre piliers que sont l'écologie, l'économie, le social et le culturel ?

les collectivités territoriales ont besoin des institutions éducatives et de construire, elles aussi, un pilotage pédagogique. Nous avons là, à répondre à des attentes. Dans la Convention que nous venons de signer avec le parc du Vercors, ce dernier re-affirme son objectif d'une "mission partagée et complémentaire avec l'Éducation nationale". Nous avons donc une réponse à apporter à nos partenaires, dans un dialogue pédagogique fécond.

Dans la petite école de Pont en Royans, en Vercors, les élèves de CM1 nous ont récemment présenté le bilan du travail d'une année qui les a conduit à aborder les problèmes locaux qui touchent l'eau, de la cascade, du torrent jusqu'à son utilisation et son épuration. Ils nous ont parlé des méthodes acquises, des indicateurs utilisés, des visites rendues aux différentes stations d'épuration et, ce faisant, ils interpellaient les maires présents sur le fonctionnement ou les dysfonctionnements constatés. Présentation et lecture également des haïkus qu'ils ont écrits lors de visites - renouvelées à chaque saison - sur un site naturel remarquable. Travail d'écriture exigeant au résultat remarquable. Le professeur de la classe, pour clore cette présentation a tenu à souligner combien "ce qui compte à mes yeux, c'est que sans avoir convoqué les parents, ceux-ci sont venus me parler des répercussions du projet dans leur propre vie familiale". Et à travers cette expérience singulière, on a pu constater que les retombées de cette action pilotée grâce à ce partenariat fort et bien construit, ont touché non seulement les élèves mais aussi leurs parents.

Ce professeur des écoles a également expliqué qu'elle ne se serait jamais lancée dans un projet d'une telle envergure sans un partenaire solide, ici, le CPIE du Vercors. Dans la convention qui lie le Parc régional, le CPIE et l'institution éducative, le rôle de chacun des acteurs est bien précisé. Les partenaires ont pour mission d'accompagner et de faciliter l'action de l'enseignant. Pour cela, ils doivent comprendre le projet de la classe et mettre à la disposition des enseignants des outils adéquats, favoriser les démarches et les contacts de terrain et proposer des intervenants pour accompagner le projet. De son côté, l'enseignant reste responsable des élèves et du projet pédagogique, il est le garant de l'adéquation de l'action avec les programmes scolaires et doit réaliser un bilan du projet en liaison avec le partenaire.

C'est par une inter-action école/partenaire extérieur bien comprise et bien verbalisée que se construit un véritable projet.

Guy Ménant : Nous allons voir maintenant comment d'autres partenaires conçoivent leur engagement. Pourquoi ceux-ci s'engagent-ils dans le partenariat éducatif ? Quelles sont les richesses qu'ils apportent ?

Les collectivités territoriales et le partenariat éducatif

Henri Dupassieux : En ce qui concerne les collectivités locales, il est indispensable de nouer des partenariats dans le domaine de l'éducation à l'environnement. Les jeunes de nos villes sont les futurs adultes et acteurs de l'éco-citoyenneté locale. Ce préfixe "éco" permet d'insister sur un enjeu que l'on veut souligner. Les collectivités locales ont des défis importants à relever au quotidien dans le domaine de la protection de l'environnement (maîtrise des déplacements, de la pollution urbaine, de la consommation d'énergie, protection des espaces naturels, des rivages, des cours d'eau, des lacs, etc). Ces sujets, très intéressants, sont mis en débat avec la population et dans le cadre d'actions pour la protection de l'environnement.

L'éducation à l'environnement doit permettre l'évolution des consciences et des comportements vers une responsabilité accrue afin de protéger notre environnement, qu'il soit proche ou lointain. Les postulats idéologiques sont absents de cette préoccupation : tous les élus, quelle que soit leur sensibilité politique, sont confrontés à ces enjeux. Nous avons tous besoin d'un partenariat avec ceux qui sont en charge de l'éducation des citoyens de demain. Il s'agit là d'une question de prise de conscience et de volonté politique.

Je voudrais ici saluer l'intervention de Marie-Claire Gachet, qui a intégré la notion d'éducation à l'environnement avec le territoire dans lequel les enfants vivent. Les clés de la compréhension de l'éducation à l'environnement s'appuient d'abord sur un cadre de vie, sur un environnement et certains propos tenus pourraient constituer la base d'une charte de partenariat entre les collectivités locales et l'Éducation nationale. La collectivité peut agir de différentes façons, soit par des actions propres, soit par la mise à disposition d'outils ou de mesures d'accompagnement des acteurs locaux. Le soutien à ces derniers constitue la pierre angulaire de l'action d'une collectivité. D'après moi, le partenariat avec l'Éducation nationale est incontournable. Il en est question en Savoie depuis vingt-cinq ans. À cette date, un inspecteur a fait confiance à des conseillers pédagogiques, qui ont noué par la suite des partenariats avec les collectivités et les associations. L'appui d'une hiérarchie était indispensable pour que ces actions voient le jour.

Dans ce partenariat, il est nécessaire de faire confiance au réseau d'acteurs. Un professeur ne peut être compétent en tout ; il a parfois besoin de s'appuyer sur des experts (je pense davantage aux experts de terrain). Nous avons sur le terrain de très nombreux moyens et forces vives pour accompagner cette démarche. À Chambéry, nous avons apporté un soutien, il y a deux ans à l'action d'éducation à l'environnement en rassemblant toute l'offre relative à ces thèmes dans un petit livret intitulé À l'école de l'éco-citoyenneté, répertoire des interventions élaboré en collaboration avec l'inspection académique. Nous avons constaté que trente-cinq acteurs et plus de cinquante offres pédagogiques étaient disponibles sur le terrain. Le rôle de l'Éducation nationale consiste ici à valider, à labelliser l'offre pédagogique : on n'improvise pas un discours pédagogique sur l'environnement devant une classe. Je citerai brièvement quelques actions que nous avons menées sur notre territoire (ville de Chambéry et département de la Savoie) :
création d'un Centre culturel scientifique, technique et industriel (CCSTI) fondé sur la thématique de la montagne, qui organise des expositions itinérantes autour de la thématique de l'environnement. Ce centre est volontairement orienté vers les jeunes : il accueille plus de dix mille élèves par an, qui travaillent au préalable sur un dossier pédagogique afin d'éviter le tourisme scolaire ;
création de la Maison des parcs et de la montagne, autre outil de médiation, pour nouer des solidarités entre la ville et ses deux parcs naturels régionaux (Chartreuse et Bauges) qui sont à ses portes ;
création de la Maison des énergies, destinée à l'accueil du grand public et qui pourra aussi accueillir et sensibiliser les élèves aux enjeux de la maîtrise énergétique ;
mise en place d'une centrale photovoltaïque pédagogique dans une école, équipée d'une centrale d'acquisition des données qui permet de réaliser des travaux pédagogiques diversifiés ;
établissement d'un partenariat avec l'Association savoyarde pour le développement des énergies renouvelables qui intervient dans les classes et sensibilise de nombreux élèves à ces questions ;
travail sur la question des déplacements (en partenariat avec l'agence Éco-mobilité qui intervient sur les plans de déplacement scolaires, et l'association Roue libre, qui proposent des modules pédagogiques sur la pratique du vélo) ; organisation d'un forum "Planète Junior" qui a rassemblé une quinzaine de classes autour de thématiques précises liées à l'environnement. Devant le succès de cette journée, l'action sera renouvelée et donnera lieu à un travail tout au long de l'année scolaire dans les écoles.Cette action a été proposée dans le cadre de la concertation pour la rédaction d'un Agenda 21 local.

En conclusion, je voudrais rappeler la nécessaire indépendance et l'objectivité qui doivent être maintenues dans les partenariats. Ceux-ci doivent s'appuyer sur le tissu local, afin d'éviter qu'ils ne soient dévoyés. Cette éducation à l'environnement doit s'appuyer sur un enjeu philosophique : il faut donner du sens à toutes ses actions. Science et conscience sont liées tout comme l'éducation et l'écocitoyenneté.

Les entreprises, partenaires possibles d'une éducation à l'environnement

Éric Carenco : Je représente l'industrie des granulats et souhaite parler d'un exemple très concret de partenariat avec un lycée de Savoie. Se constituer en partenaire est un élément important pour la pérennité des entreprises. En 1994, une enseignante des sciences de la vie et de la terre à Chambéry a voulu faire participer des classes de seconde à un projet dans le cadre de l'action ministérielle "Mille défis pour ma planète". L'entreprise Granulats Rhône Alpes du groupe Vicat voulait alors faire connaître son métier, valoriser son image de marque et contribuer à l'amélioration de l'un de ses sites de carrière en eau, proche de Chambéry, en particulier des berges de la gravière.

Nous avons conduit, sur dix ans, différents types d'actions au travers desquelles les élèves ont été confrontés à une véritable problématique d'environnement : le réaménagement d'une gravière. Cette action s'est déroulée en quatre temps :

première étape : plantation sur la carrière. Les élèves participent à une action consistant à chercher des plantes aquatiques et subaquatiques dans une zone humide et les réimplantent sur le périmètre de la carrière Ils découvrent les sables, les graviers, la végétation et la nappe phréatique ; le carrier leur parle de son métier, les enseignants mettent en relief la pluridisciplinarité dans les études d'impact et dans les travaux de réaménagement. Cette action a été récompensée par le prix Ushuaïa ;

seconde étape : découverte des métiers de l'environnement. Le partenaire montre qu'il maîtrise bien son métier et en fait découvrir les multiples facettes. Les enseignants se regroupent et font le lien avec les matières enseignées (SVT, chimie, mathématiques, etc). Les élèves, répartis dans des petits groupes participent, pendant une journée, à cinq ateliers montrant les différentes disciplines de l'aménagement et de l'environnement utiles au projet : géologie, hydrogéologie, faune et flore, topographie, exploitation de carrière, géotechnique. Les ateliers rassemblent des professionnels (géographes, géologues, géomètres, guide de pêche, directeur de la carrière, conducteur d'engin, etc), des enseignants et des étudiants. Il s'agissait d'insister sur la pluridisciplinarité des activités, de susciter des vocations et de faciliter des orientations. Les élèves ont pu y trouver des motivations à suivre des études plus longues et à travailler en équipe ;

troisième étape : réalisation de multipartenariats (entre enseignants, entreprises, administrations et associations). Le partenariat évolue avec l'entrée d'une association (Les Amis de Circée) qui promeut l'éducation à l'environnement. À cette étape, le carrier réduit volontairement sa participation dans le partenariat mais il apporte l'aide indispensable de l'entreprise, le terrain (base du projet) ainsi que le corpus documentaire (photos aériennes, plans, études d'impact, etc.). La nouvelle problématique, autour de la notion de paysage, incite à la réflexion. Elle concerne les conflits d'intérêts qui surgissent lors de l'aménagement d'un territoire. Les élèves réalisent un film, des photographies et un CD-Rom. L'entreprise apporte son expérience ; la Drire joue son rôle de contrôle. Les élèves se placent dans la situation des futurs voisins de la carrière, donc des futurs administrés. Ils sont préparés par cette action à participer au débat et à prendre des responsabilités comme citoyens et acteurs du développement durable ;

quatrième étape : un projet d'établissement : l'eau, une question du XXIe siècle. Au cours de ce dernier temps, la classe est amenée à réfléchir à la problématique de la ressource en eau, enjeu pour les générations futures. Les élèves tracent leur propre projet et réalisent, à leur initiative, une maquette. Ils présentent leur projet d'aménagement à l'entreprise, et organisent une exposition dans leur lycée.

Guy Ménant : Je vous remercie. Cet exemple montre combien le partenariat avec les entreprises et avec les collectivités peut être concret. Comment le BRGM, une structure nationale qui affiche ouvertement son engagement dans le développement durable, envisage son implication aux côtés des services éducatifs ?

L'implication d'un établissement public à caractère industriel et commercial aux côtés des services éducatifs

Jacques Varet : Le BRGM est un établissement public à caractère industriel et commercial, fondé dans les années 1950. Il est donc tout à fait caractéristique de cette époque où l'on pensait que les établissements publics avaient pour mission de promouvoir le développement industriel de la France. En 1996, à la demande de l'État, le BRGM a réduit son activité minière. Des filiales de services ont également été créées.

À cette époque, j'ai été recruté au BRGM pour prendre la direction du service géologique national. Après dix ans de recherche fondamentale à Orsay, j'ai monté un cours de géothermie à l'époque du choc pétrolier. J'ai développé cette discipline pendant dix ans au BRGM, puis, à mon retour de Chine, j'ai pris la tête du service qui s'occupait des ressources minérales et de l'environnement. J'ai proposé la création de l'Institut français de l'environnement, avant de revenir au BRGM pour recentrer cet établissement au fort passé minier vers le développement durable. C'est sur cette base que nous avons signé un nouveau contrat d'objectifs avec l'État pour la période 2001-2004. Une brochure plus récente intitulée "Pour une terre durable", diffusée gratuitement, résume le travail de fond que nous avons mené : elle présente les relations que l'homme entretient avec la terre, puis la contribution des géosciences au développement durable, enfin en quoi le BRGM sert ces problématiques. Nous montrons que l'eau, les déplacements ou les produits trouvent leur origine dans la Terre. La prise en compte de ces cycles constitue un aspect tout à fait important. Nous sommes ainsi parvenus à placer les sciences de la terre dans la problématique du développement durable. Ce travail conceptuel peut maintenant être utilisé par vous pour l'enseignement.

Nous diffusons, comme par le passé, les informations géologiques de base (sur notre site Internet www.infoterre.fr). Nous numérisons toutes les cartes, qui fournissent un outil intéressant car des extraits des cartes géologiques et d'autres informations géographiques sur les ressources, les pollutions ou les risques, peuvent être réutilisés dans des schémas et des modèles.Nous souhaitons aujourd'hui mettre les sciences de la Terre au service du développement durable, à travers des systèmes d'information multicouches. Nous travaillons notamment sur le 3D, en créant des outils permettant d'incorporer des données issues d'autres partenaires, notamment des sciences humaines et sociales (données économiques, sociales et autres données écologiques).

Ainsi, vous voyez que la recherche que nous menons et les outils que nous mettons à disposition des usagers et du public contribuent au développement durable, c'est-à-dire à la prise en compte des dimensions environnementales, économiques et sociales. On décrit souvent celui-ci appuyé sur trois piliers, mais le développement durable n'est nullement statique : il s'agit d'un processus de construction au niveau social, politique et scientifique. C'est cette dynamique sociale qui est intéressante, et il est essentiel d'apprendre aux jeunes à y participer, en leur montrant de manière vivante les réponses que les sciences peuvent apporter aux questions de la société.

Guy Ménant : Je vous remercie de votre précision et de votre concision. Comment s'établit la cohérence des partenariats dans le foisonnement du milieu associatif ?

Le partenariat entre les associations et l'Éducation nationale

Roland Gérard : Le collectif français pour l'éducation à l'environnement est très heureux de pouvoir participer à cette table ronde. L'éducation à l'environnement se généralise, ce qui nous réjouit vivement.

Le rapport Bonhoure-Hagnerelle insiste sur l'importance de s'appuyer sur "l'existant" pour aller plus loin. Nous savons qu'il n'est pas toujours facile pour les partenaires d'accueillir les associations. De nombreuses actions ont déjà été réalisées en matière d'éducation à l'environnement dans des territoires. Les rencontres sont une composante essentielle de cet existant : les acteurs de l'éducation à l'environnement se connaissent en France et dans le monde francophone (grâce aux rencontres planétaires de 1997 et de 2001). L'échange sur nos pratiques conduit à la généralisation d'un concept de co-formation. Des acteurs de toutes les orientations (associations de protection de la nature, des parcs régionaux etc) participent depuis plus de vingt ans aux rencontres des associations de promotion de l'éducation à l'environnement. Des enseignants sont souvent à l'origine de la création de ces groupes. Dans cette culture de la connaissance mutuelle, de l'ouverture et de l'échange, des actions plus larges ont été menées. Depuis 1997, les Québécois ont pris l'initiative de rencontres avec des acteurs francophones des pays du Sud. Je crois que la dimension d'échange avec le Sud est extrêmement importante dans la perspective de développement durable.

Afin de donner à notre mouvement une visibilité, nous avons voulu établir une plate-forme solide pour concentrer non seulement des motivations et des désirs, mais aussi des compétences, des savoirs, des capacités d'organisation et de l'énergie. L'apport de chacun contribue à l'avancement du projet. Le collectif français pour l'éducation à l'environnement s'est ainsi constitué progressivement après 1997 pour relever le défi d'accueillir la communauté francophone des acteurs de l'éducation à l'environnement (partenaires publics, des collectivités territoriales, de l'entreprise, de la société civile). Le collectif réunit aujourd'hui environ quarante organisations nationales, regroupant différentes facettes de la société française. Il s'agit, comme l'exprime la stratégie nationale de développement durable, de poser les bases d'une politique nationale d'éducation à l'environnement. Dans ce travail, la société civile organisée au niveau local, régional et national joue un rôle capital. La création d'une ONG internationale francophone pour l'éducation à l'environnement en 2004 constituera une étape importante de notre travail.

Le CFEE regroupe plusieurs organisations d'éducation populaire, des syndicats d'enseignants, des associations et réseaux d'éducation populaire, les parcs et réserves, les parents d'élèves, des mouvements de protection de la nature ainsi que le mouvement sportif. Nous tentons de réunir la majorité des acteurs qui souhaitent s'engager dans le développement de l'éducation à l'environnement. Il s'agit là d'un projet collectif. La première table ronde a montré que les territoires ont besoin que les personnes se concertent, débattent, écoutent les autres sans les diaboliser et travaillent ensemble. Les exemples de New York et de la Picardie présentés hier étaient assez éloquents.

Notre projet pour l'environnement a pour mot-clé le terme de "participation". Je suis heureux de rencontrer ici de nombreuses personnes que j'ai déjà croisées à de multiples occasions. Elles sont parties prenantes de l'éducation à l'environnement, nous finissons par nous connaître, par nous donner des objectifs communs. Le partenariat est au cœur de ces nouvelles attitudes. Le mot "décloisonnement" résume à lui seul mon expérience au sein du Conseil national du développement durable, où je représente le CFEE. Souvent, nous avons été empêchés d'agir pour l'environnement car nous sommes trop restés enfermés dans des cloisonnements. Le pendant positif de ce décloisonnement est le partenariat, dont nous avons beaucoup parlé ici. Il va dans le sens de l'ouverture, du partage, de l'écoute, de responsabilité partagée, de l'accueil, de la durée : les territoires étaient là avant que nous ne naissions, ils nous survivront aussi.

Guy Ménant : Pouvez-vous retenir deux mots qui résument le mieux votre intervention ?

Roland Gérard : Je pense que nous devons faire de grands pas pour le développement et l'éducation à l'environnement en multipliant les sentiers et les chemins et non en construisant des routes et autoroutes qui vont bien en général avec le mot "développement".

Éric Marshall : Il est difficile de résumer une table ronde aussi riche en deux mots. Je retiendrai pour ma part que l'éducation à l'environnement n'est pas un effet de mode mais qu'il correspond à un mouvement sociétal de fond. La difficulté consiste à ne pas réduire celle-ci à une simple addition de savoirs. L'interdisciplinarité implique que les établissements se laissent interroger par de vraies questions, issues des acteurs territoriaux, locaux, voire internationaux.

Je me pose une question fondamentale : doit-on rester à une "éducation à l'environnement" ? Celle-ci n'est-elle pas aussi une "formation à l'environnement" ? Comment passer de l'un à l'autre ? La réponse à cette question n'est pas simple.En ce qui concerne les partenariats, il est très important d'inscrire ceux-ci dans les projets d'établissement. Leurs mots clé sont "initiative, maîtrise et pérennité". Les établissements doivent s'engager, ce qui implique des conventions de partenariats. Il faut connaître le rôle de chacun pour que le partenariat soit maîtrisé et conduise à des bénéfices réciproques. Les questions de développement durable ont au moins un mérite : toutes les disciplines se sentent concernées par cette question.

Guy Ménant : Je retiens pour ma part les mots de "responsabilité partagée" et de "décloisonnement". Je crois que la table ronde a beaucoup insisté sur l'idée de convention et de charte. Je vous remercie.

Débat

De la salle : Il a été question de la nécessité de temps forts pour que les élèves puissent, avec les enseignants, établir une cohérence entre ce qu'ils ont appris dans les différentes disciplines. Les IDD et les TPE constituent des dispositifs qui ne peuvent généraliser l'éducation à l'environnement à tous les élèves. Pourrait-on imaginer d'introduire, comme pour les classes de seconde, des thèmes au choix pendant 4 à 6 semaines ? Cette méthode des petits pas permettrait de discuter de thèmes identiques au même moment dans toutes les disciplines d'un établissement, discussion qui s'apparenterait à un "temps fort".

Gérard Bonhoure : Nous devons imaginer de nouvelles façons d'introduire les thèmes liés au développement durable. Les IDD et les TPE constituent des repères. En troisième, le contenu partagé entre sciences physiques et SVT fonctionne bien : il constitue un moyen de réaliser un temps fort.

Ces temps peuvent être conçus à différents niveaux : un thème choisi dans un établissement, où l'on concrétise une action ; une inscription dans les programmes ; un moment de synthèse réservé. Il faudrait aussi définir le temps requis pour ce croisement ainsi que la forme qu'il adoptera.

De la salle : Un bon support a été proposé avec la notion de territoire. La nécessité du décloisonnement a été bien montrée, mais la difficulté à le mettre en place aussi. En seconde générale de l'enseignant agricole, un module optionnel "écologie, agronomie, territoire et citoyenneté" existe depuis trois ans. Chaque discipline a contribué à sa mise en place : il se déroule de septembre à juin et selon une dynamique de projet. Il s'agit d'un module de détermination, où la dimension d'orientation, de sensibilisation, d'ouverture sur la société civile et les partenariats est très présente. Pour les enseignants, l'option permet une reconnaissance formelle : elle donne un volume horaire suffisant pour une interaction avec d'autres professeurs. Cette piste fournit, à défaut de temps forts formalisés, une possibilité de travailler en partenariat.

Gérard Bonhoure : Je vous remercie pour ce témoignage qui montre bien les actions menées dans l'enseignement agricole où les questions se posent différemment de l'enseignement général.

Georges Maillol, directeur adjoint de l'IUFM de Lorraine : Des consignes précises de travail à la formation initiale seraient souhaitables, car l'habitude de travailler ensemble se prend dès le début. Responsable de la formation des professeurs des écoles et des professeurs d'histoire et géographie, je pense que nous devons inciter les jeunes à travailler avec des partenaires extérieurs dès la formation initiale.

Michel Hagnerelle : La formation est une priorité absolue. Cela dit, nous savons que rajouter un module ne règle pas forcément les problèmes. Telle n'est pas notre intention. Nous voulons trouver tous les moyens de mettre en place notre projet de relance de l'éducation à l'environnement, aux différents niveaux (formation initiale et continue).

De la salle : Ne faut-il pas envisager de donner un minimum d'éducation au développement durable à l'ensemble des élèves par une démarche de projet ? Elle consisterait à inscrire dans les projets d'établissement l'éducation au développement durable, sous une forme qui ne se limite pas aux programmes. Si nous nous centrons sur les seuls programmes, nous ne changerons pas les comportements. Pourrait-on concevoir une façon d'aborder le développement durable, alliant l'acquisition des savoirs de base au développement de comportements concrets dans des actions de terrain et des mesures au sein de l'établissement ?

Gérard Bonhoure : Il existe en fait deux aspects, celui des disciplines et celui du projet. Il faut ensuite déterminer l'articulation entre les deux démarches et les modalités. L'idée de fédérer ces actions dans les établissements a été abordée. Quant à faire de ce principe une obligation, c'est une autre question.

L'acquisition de savoirs et de règles de comportement n'intervient pas successivement : c'est une affaire de cohérence. À cet égard, l'échelon de l'établissement est tout à fait intéressant. Cette mise en route dépendra de la maturité des établissements. Nous n'avons jamais refusé l'idée de projet, au contraire : nous nous situons bien sur cet équilibre entre les savoirs, les contenus (issus d'une investigation) et les guides d'action. Le projet permet de s'approprier des démarches et d'entrer dans l'action. Il balaie un champ de culture, de connaissance moins vaste. Or il convient également de fournir un panorama des connaissances scientifiques sur le sujet.

Michel Hagnerelle : J'ajouterai un mot. Nous touchons là au cœur du problème. En matière d'éducation à l'environnement, il est impossible d'opposer d'un côté les enseignements, de l'autre les projets. Nous mettons en place des projets depuis trente ans ! Ils sont à la base de toutes les dynamiques, mais ne suffisent pas à fournir aux jeunes générations une formation générale au développement durable. Nous voulons maintenant trouver toutes les voies pour aboutir à une formation plus complète, qui concerne tous les élèves et l'ensemble du cursus scolaire. Les programmes constituent le premier lieu pour aborder ces questions. Mais nous devons chercher ailleurs pour compléter l'enseignement scolaire. À mon sens, les deux démarches ne peuvent être opposées. La démarche de projet est incluse dans la démarche d'enseignement et celle-ci doit être développée dans les enseignements quotidiens. Votre proposition de prendre le territoire de l'établissement comme objet de réflexion sur le développement durable est très intéressante. La dimension de l'établissement peut en effet constituer une dimension concrète et il est possible d'impliquer les équipes sur ce cas.

Pas d'exclusives : un travail de fond est à réaliser ; la notion d'environnement dans les programmes doit être construite avec le reste, avec l'existant et non contre lui.

De la salle : Nous avons beaucoup entendu parler de local, de projets locaux, mais j'ai l'impression que nous avons un peu oublié la dimension globale du développement durable. Il est indispensable de montrer à nos élèves que leurs actions ont des répercussions planétaires. Notre éducation au développement durable ne doit pas se cantonner à protéger l'environnement au Nord.

Gérard Bonhoure : Cette dimension était présente dans les propos d'un de nos intervenants qui disait à juste titre : "think globally, act locally". Il convient de segmenter les questions et de réaliser des analyses progressives. L'aspect global n'est pas accessible immédiatement, il doit être concrétisé au travers d'actions précises. Cela implique de regarder ailleurs, avec tous les outils des technologies de l'information dont nous disposons actuellement.

 






Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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