Séminaire « Enseigner le chinois »

Conclusions


Joël Bel Lassen, chargé de mission d'Inspection générale pour le Chinois

L'organisation d'un séminaire pose bien sûr la question de sa réussite. Je peux dire, à partir des discussions de couloirs, lors des repas, que le séminaire d'aujourd'hui a apporté un certain nombre de réponses. J'ai ressenti une certaine satisfaction parmi vous. En outre, l'importance de l'assistance lors de ce dernier après-midi, tout comme l'atmosphère animée de la table ronde nous rassurent également sur l'intérêt de nos discussions.

Je souhaite remonter brièvement au 5 décembre 2002. La difficulté pour l'être humain est selon moi de penser le mouvement. Il m'était apparu qu'un des grands problèmes émergents était l'information. Nous sommes reconnaissants envers la direction de l'Enseignement scolaire d'avoir répondu positivement à notre demande de tenue d'un tel séminaire. Il a fallu le dessiner, le construire. Spontanément, il m'est venu à l'idée d'ouvrir les fenêtres et les portes, afin de faire entrer un certain nombre de courants d'air bénéfiques, d'où la présence parmi nous de certains intervenants du monde du français langue étrangère. En effet, de par la nature même de la langue et de l'écriture que nous enseignons, voire peut-être sous l'emprise d'une tradition pédagogique de l'Empire du Milieu, nous sommes peut-être trop concentrés sur des contenus dont on sait qu'ils sont spécifiques. Sans assez de manuels et de matériaux d'accompagnement, apparaît cet effet page blanche à la fois pénalisant, mais aussi encourageant.

Ouvrir les fenêtres et les portes nous fait prendre la mesure de la spécificité de notre discipline. J'ai toujours pensé que celle-ci est une, avec bien entendu les problèmes spécifiques que l'on sait à chaque niveau, avec des questions spécifiques au sujet du statut du chinois dans le secondaire (LV1, LV2, LV3, langue section orientale). En effet, le chinois est d'ores et déjà la première langue en nombre de sections européennes langues orientales.

La route sera encore longue, notamment en matière de dialogue, d'échanges et de réflexion didactique commune avec le supérieur. Les enseignants sont des passeurs, avons-nous dit, des médiateurs en termes d'information, médiateurs culturels, médiateurs de tout ce qui concerne la Chine de près ou de loin. Nous savons ainsi qu'il existe, ici et là, des cours sauvages de chinois à l'intention de collègues des autres disciplines.

Pour conclure, je dirai qu'il faut continuer d'ouvrir les fenêtres et les portes à une culture qui n'a pas toujours été la nôtre, tout en gardant les distances nécessaires au respect de la spécificité du chinois. Il faut peut-être garder ses distances avec la tradition des approches communicatives, notamment en termes de compréhension écrite lorsque tout ne peut s'appliquer mécaniquement, et reprendre ce qui doit être repris dans la tradition pédagogique chinoise.

Je crois que nous sommes au début d'une nouvelle ère. Je suis persuadé que nous entrons au moins déjà dans l'ère de la formation continue. L'Association des spécialistes en chinois a eu son rôle, mais il convient aujourd'hui d'entrer dans des formes plus standard. Heureusement, la dimension du chinois commence à le permettre : il y a ainsi eu des petites sessions de formation dans les lycées français de Pékin, Shanghai et Hong-kong où d'importantes équipes pédagogiques font un travail de pionniers afin de mettre en place les premières bribes de supports adaptés à l'enseignement du chinois en France : sections orientales, sections internationales, etc. La difficulté et l'avantage de la progression actuelle du chinois résident dans son essor quantitatif, mais aussi dans le fait que nous vivons une appréciation du statut de la langue : en témoignent la montée en puissance de la LV2, l'augmentation du nombre de sections de langues orientales, de sections en primaire et les premières tentatives pédagogiques d'application en primaire d'activités communicatives de chinois en cours d'éducation physique et sportive.

Nous sommes depuis 1958, au début d'une longue marche, mais à la différence de la Longue Marche, nous sommes apparemment de plus en plus nombreux !

 

François Monnanteuil, doyen du groupe des langues vivantes de l'Inspection générale

Je voudrais souligner l'intérêt de votre démarche pour l'ensemble des langues vivantes. Les questions posées lors de la table ronde sur le poids de la pédagogie dans l'enseignement supérieur ou sur la spécificité d'un enseignement pour non-spécialistes sont autant de questions que j'aimerais que nous nous posions pour toutes les langues vivantes. Je crains que tel ne soit hélas pas le cas. Vous êtes donc des pionniers parce que, d'emblée, vous ne pensez pas que les élèves qui étudient le chinois sont spécialistes du domaine littéraire. Or trop souvent dans notre système scolaire, intérêt pour les langues et domaine littéraire sont associés, ce qui obère beaucoup les choix d'orientation. Si vous pouviez être pionniers dans cette longue marche visant à déconnecter les langues vivantes des études strictement littéraires et à reconnaître que chacun peut s'intéresser aux langues vivantes, nous vous en serions très reconnaissants.



Actes du séminaire national - Enseigner le chinois 26-27 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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