Séminaire « Enseigner le chinois »

Explicitation et lecture avec de nouveaux concepts : nouvelles explorations théoriques de l'enseignement de la lecture des journaux chinois à l'étranger

Wang Hailong, université de Columbia, New York

Lire les journaux chinois a toujours été perçu par les étudiants étrangers comme une entreprise périlleuse. Les difficultés de lecture de la presse chinoise sont bien connues des enseignants de chinois langue étrangère. Pourtant, les causes de ces difficultés n'ont pas suffisamment été expliquées et étudiées.

Dans le cursus des étudiants étrangers en Chine, la lecture des journaux est un cours spécifique. Il doit être suivi pendant plusieurs années, du niveau du débutant à celui des études avancées, par des étudiants à plein temps. En Chine, ils bénéficient d'un bain linguistique. À force de patience, ils peuvent venir à bout de cette épreuve. Mais, hors de Chine, les étudiants n'ont pas cette chance. À l'étranger, nous rencontrons souvent de nombreux étudiants, parfois même des doctorants, dont le niveau de chinois est très correct, avec plusieurs années d'études derrière eux, qui peuvent lire des romans chinois, du théâtre, des essais, voire des poèmes classiques, mais qui sont dans le brouillard pour lire des journaux.

Pourquoi ? Parce que l'écriture de la presse chinoise est un système d'expression unique possédant ses propres habitudes d'expression et ses formes. Elle mêle le chinois classique et la langue moderne, le langage soutenu et le populaire, sans mentionner le jargon administratif, les expressions à la mode ou dialectales, les mots étrangers ou techniques, les mots nouveaux, voire les créations de toute pièce. Sans parler du goût des journaux chinois pour l'usage de modes d'expression en langue classique dans un style concis, ou encore des procédés rhétoriques utilisés dans les titres des articles tels que les parallélismes, les rimes, les expressions composées, les plaisanteries voilées, les expressions à double sens, les jeux de mots autour des homophonies, etc. Vouloir comprendre les journaux chinois pour un étranger qui ne maîtrise pas ces procédés liés les uns aux autres lors du décodage des textes, n'est pas chose facile.

Mais, pourquoi les Chinois n'ont-ils pas besoin d'un cours spécifique pour lire les journaux ? Tout d'abord ils ont grandi dans un bain linguistique qui leur facilite les choses. Les lecteurs qui maîtrisent le chinois comme langue maternelle possèdent généralement un vocabulaire approprié et des connaissances simples en chinois classique. En même temps, le bain linguistique leur permet de passer du stade de la devinette à celui de la connaissance familière face à de nouveaux concepts. Par ailleurs, les articles des journaux correspondent souvent à des événements présents. Les lecteurs chinois sont témoins visuels ou auditifs des faits qui font l'objet de reportages dans la presse. Ils ne prennent pas seulement connaissance des nouvelles par son intermédiaire, mais aussi grâce à la radio, la télévision, et autres médias. À force, ils comprennent rapidement ce qu'ils lisent. Les expressions telles que "Cinq paroles, quatre beautés et trois amours", "les trois représentativités", "se débarrasser de la pornographie et des activités illégales", "la pneumonie atypique (SRAS)" ne font leur entrée dans le dictionnaire qu'après plusieurs années. Par ailleurs, ce n'est qu'après avoir subi l'épreuve du réel prouvant qu'elles sont effectivement viables, qu'elles auront la chance d'entrer dans le dictionnaire. Voilà pourquoi, sauf s'ils se livrent à des recherches spécifiques, même les sinologues les plus éminents qui vivent hors de Chine peuvent sécher lamentablement devant des expressions bien connues du tout venant en Chine.

Ne serait-il pas possible de rédiger une méthode pédagogique de lecture des journaux chinois, rapide, simple et facile pour les étudiants étrangers dont la spécialité n'est pas le chinois ou pour les autres étudiants ? Ou bien de trouver de nouvelles solutions pour résoudre les problèmes concrets auxquels les étudiants étrangers doivent faire face ? Ne pouvons-nous emprunter un raccourci qui leur permette de lire au plus vite la presse chinoise ? Ces dernières années, je n'ai cessé de réfléchir à cette question. Mon envie d'approfondir une exploration de ce type de cours a été renforcée par le premier succès qui a suivi la publication de deux manuels de chinois avancé par les éditions de l'université de Pékin, manuels pour lesquels j'avais sélectionné des articles de journaux.

Je ne suis pas issu du monde journalistique, et je n'ai pas non plus acquis une expérience de l'écriture journalistique grâce à un travail de rédaction dans les journaux chinois. Mais je suis un lettré qui a reçu une éducation relativement complète en méthodologie et en linguistique. Ce qui est particulièrement important, c'est que je suis moi-même un ancien étudiant en langue étrangère, qui en a expérimenté l'apprentissage. Je sais ce qu'un étudiant dans ce cas désire, ce qu' il a besoin de savoir et quelles sont les méthodes les plus efficaces. En recherchant cette méthode, je me suis d'abord mis dans la peau d'un étudiant, prenant pour point de départ ses besoins lorsqu'il lit le journal. Depuis cette position, j'ai cherché les matériaux qu'un étudiant peut désirer connaître, et exploré les domaines qui l'intéressent. Ainsi ma méthode et mes documents sont familiers, efficaces et pratiques. Heureusement, mon travail de professeur me donne l'occasion d'échapper aux rêveries et aux inventions de l'esprit. Je peux à tout moment mettre ma méthode et mes matériaux en pratique et à l'épreuve. Outre cette mise en situation pour résoudre les problèmes, je peux aussi examiner ma pensée à l'aune de l'expérience de professeur et la renouveler, afin de la rendre encore plus pratique, efficace et facile à maîtriser.

Confronté à la pratique de l'enseignement, je ne cesse d'essayer de trouver une issue et un raccourci pour que les étudiants étrangers comprennent la presse chinoise. Trouver un raccourci, d'accord, mais sans tricher, telle est la difficulté de ma tâche. Dans mon parcours de chercheur, et dans ma position simulée d'étudiant en langue, mon expérience de lecteur des journaux américains en anglais, alors que je venais juste d'arriver aux États-Unis, a été particulièrement éclairante. Même si l'anglais et le chinois sont des langues très éloignées, les différences ne sont pas grandes dans les domaines suivants : l'obtention d'informations à la lecture de la presse, l'intérêt porté à la société par l'intermédiaire des journaux, le b.a.-ba de la lecture, les concepts fondamentaux du journalisme, les descriptions de la vie sociale et le bon sens. Celui qui est à la recherche d'une telle méthode et qui écrit un tel manuel doit faire attention : c'est dans la lecture familière des journaux et dans cette fonction que réside la supériorité des étudiants étrangers qui lisent la presse chinoise.

Ces dernières années, au prix d'efforts sans relâche, j'ai publié quelques résultats de recherche et quelques documents. Pour les matériaux que j'ai conçus, à part souligner quelques particularités de la lecture des journaux chinois, voici quelques spécificités que je peux présenter ici brièvement et simplement :

Tout d'abord mes documents pédagogiques ne se contentent pas d'être une de ces "anthologies des journaux" qu'on trouve sur le marché, rassemblant des matériaux d'enseignement de la lecture des journaux chinois, mais présentent de manière générale et approfondie différentes connaissances relatives aux journaux chinois comme la mise en page, les particularités des rubriques, du style, des articles, voire du vocabulaire. On ne peut décoder la langue journalistique que si l'on part d'un plan construit, et si l'on a bien intégré des éléments de chaque code. La pratique montre que la présentation de ces connaissances est utile aux étudiants et devient une technique et un raccourci indispensables pour une maîtrise et une compréhension rapide des journaux chinois.

Deuxièmement, ma méthode et mes documents essaient de présenter un horizon mondial relativement global, contrairement aux anthologies de lecture de journaux chinois disponibles sur le marché qui se cantonnent à des préoccupations locales, se bornent à certains sujets ou se limitent à certaines formes. Notre horizon est large. Le domaine de l'anthologie comprend la Chine populaire, Hong-Kong, Taiwan et les journaux chinois d'outre-mer. Elle rassemble pratiquement toutes les particularités de la presse chinoise d'endroits différents, analyse et compare leurs contextes politique et social, leur style et leur mode d'expression. Il s'agit donc d'un matériau relativement complet et faisant autorité, qui permet au lecteur de se familiariser avec la physionomie des journaux chinois du monde entier et donc de progresser encore dans son apprentissage.

Troisièmement, dans la conception de ces documents pédagogiques, j'ai puisé dans des théories européennes et américaines relativement nouvelles de l'enseignement et de la lecture. En tant que personne qui a étudié et analysé des quantités importantes de journaux dans une autre langue et de documents pédagogiques de niveau avancé pour l'étude des genres littéraires, je me suis efforcé d'en tirer de nouvelles méthodes efficaces, d'utiliser au maximum toutes sortes de moyens actifs pour améliorer les connaissances des étudiants et la compréhension du contenu des textes. Je me suis servi des nouvelles théories de lecture analytique, raisonnée, rapide, "floue" et intuitive ; grâce aux rubriques "compréhension générale", "compréhension détaillée" et "lecture rapide", les étudiants pourront accroître leur vocabulaire, apprendre des connaissances grammaticales et travailler avec des mots et des expressions sélectionnés qui les aideront dans leur compréhension.

Quatrièmement, en me basant sur mon expérience efficace d'enseignement traditionnel de la lecture de la littérature à un niveau avancé, mes documents pédagogiques présentent et analysent des connaissances contextuelles précises, utilisent la méthode d'explication et de commentaire d'œuvres littéraires. Le contenu et le style des œuvres sélectionnées dans mes matériaux, qu'elles soient lues en détail ou en diagonale, sont analysés et élucidés. En même temps, mettre en évidence la particularité des textes permet aux professeurs et aux étudiants de comprendre et de maîtriser rapidement le contenu des textes et de choisir les activités de cours dans un but précis. Par ailleurs, ces documents pédagogiques fournissent également des outils comme les "Mots d'usage dans les journaux et analyse des modes d'expression", le "Petit dictionnaire" et une présentation du contexte des articles. Ce matériau est pratique non seulement hors des cours, mais aussi pour les autodidactes. Je pense que cet ouvrage sera très facile d'utilisation pour la plupart des autodidactes du fait de la clarté de son organisation interne, et de la palette complète d'exercices.

Ces dernières années, je n'ai cessé de réfléchir à la manière de transformer des matériaux de lecture de journaux en un écrit d'enseignement riche et non en une anthologie de toutes sortes d'articles. Si un manuel, qui rassemble toutes sortes d'articles de journaux, contient le vocabulaire commun et donne quelques explications, peut être qualifié de matériau d'enseignement de la lecture des journaux, alors la spécificité des documents pédagogiques pour la lecture des journaux ne diffère guère de n'importe quelle anthologie ordinaire. Mes matériaux sont le fruit de mes essais et de mes recherches durant ces dernières années. Bien sûr, selon ma propre expérience, je sais que la route est longue.

Je sais cependant que les étrangers qui étudient le chinois ont pour objectif précis de pouvoir se servir de ce qu'ils apprennent. Et la lecture des journaux chinois, qui est l'une des fenêtres les plus rapides pour connaître la Chine, ne doit pas être une entreprise périlleuse. Notre but ultime est de donner un moyen aux étudiants étrangers de lire et déchiffrer rapidement la presse, afin qu'ils puissent vite consulter et admirer directement les journaux chinois dans leur langue originelle, et qu'ils partagent avec nous le plaisir de les lire.

Bibliographie (266,88 ko)

Actes du séminaire national - Enseigner le chinois 26-27 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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