Séminaire « Enseigner le chinois »

L'introduction des langues vivantes et leur enseignement en Chine

Marianne Bastid-Bruguière, directeur de recherches, École des hautes études en sciences sociales

Ce n'est pas des guerres de l'Opium, ni même des contacts réguliers avec les Européens depuis le xvie siècle que date l'enseignement des langues vivantes en Chine. Son introduction est beaucoup plus ancienne. À quelle époque faut-il la faire remonter exactement ?

On observera que pour pouvoir identifier un apprentissage de langues étrangères distinct de l'étude de la langue maternelle, il faut encore qu'il existe une langue nationale ou locale reconnue. Or les fouilles archéologiques récentes nous révèlent une antiquité chinoise si polycentrique, polymorphe, multiculturelle que, pour les époques anciennes, la notion même d'une langue chinoise unique est tout à fait problématique. Les classiques font allusion à des interprètes qui facilitaient les échanges avec les tribus du Nord. Mais sous les Zhou, les différentes principautés utilisaient des parlers différents. Comment les habitants communiquaient-ils entre eux ? Apprenaient-ils empiriquement les différents langages au gré de leurs déplacements et de leurs besoins, comme aujourd'hui un Pékinois ou un travailleur du Subei s'initie au shanghaien ? On n'en a aucun indice.

Au temps des Royaumes combattants, les divergences entre les langues étaient suffisamment accusées pour qu'aussitôt après l'achèvement de la conquête et la fondation de l'empire unifié par l'État de Qin, dès 221 avant notre ère, soit décrétée une réforme linguistique. Cette réforme de Li Si vise à unifier non seulement les formes de l'écriture, mais l'usage de la langue, au moins celui de la langue écrite. Elle définit, en quelque sorte, ce qui constitue la langue de l'empire, du huaxia ou du tianxia, par rapport au reste du monde habité. C'est à partir de ce moment-là qu'on peut observer plus clairement l'usage de langues vivantes étrangères par rapport à une langue chinoise bien identifiée.

Les langues étrangères dont on avait alors besoin étaient celles qui permettaient de communiquer avec les peuples en dehors des frontières de l'empire et avec les populations allogènes incluses dans l'empire. Mais, malgré leurs nombreuses relations avec des peuples allogènes, il ne semble pas que ni l'empire Qin ni l'empire Han n'aient prévu un dispositif particulier pour se procurer des intermédiaires linguistiques. Apparemment, c'étaient surtout des étrangers qui faisaient office d'interprètes ou traducteurs : marchands des oasis d'Asie centrale, membres d'une aristocratie partiellement sinisée dans certaines tribus, otages princiers ou nobles éduqués et retenus à la cour impériale, simples combattants et auxiliaires incorporés au service de l'empereur, dont on voit les figures pittoresques dans l'armée enterrée découverte près du tombeau du premier empereur.

L'apprentissage d'autres langues n'était pas du tout incorporé à l'éducation de l'ethnie Han, sauf à titre purement personnel. Un exemple illustre est le général Zhang Qian, dix ans prisonnier en Asie centrale depuis 139 avant notre ère, qui rejoint les Yuezhi - les Indo-Scythes - en Bactriane, au sud de l'Amu-Darya, épouse une femme Xiongnu, en a un fils, et rentre à Chang'an en 126, puis persuade le souverain de pousser l'offensive vers l'Ouest, en profitant de ses intelligences dans la région. La classe instruite Han s'intéresse passionnément à sa propre langue, y compris à son vocabulaire (le Shuowen jiezi date de l'an 100), pas du tout à celle des autres. Il est bien possible qu'à cette époque, dans la classe cultivée, les femmes aient été plus nombreuses que les hommes à apprendre des idiomes étrangers, en raison du nombre des épouses chinoises que l'on envoyait aux barbares pour calmer leurs velléités d'attaquer l'empire. En revanche, on possède des manuels et glossaires de chinois composés par des Vietnamiens, des Coréens, plus tard des Japonais et des habitants des Ryukyu, pour s'aider à apprendre le chinois. Du côté de la Chine, on ne conserve l'équivalent que pour le xiie siècle : des glossaires bilingues tangut-chinois pour les contacts avec la dynastie étrangère des Xixia dans le Nord (1038-1227).

La situation change après la chute des Han de l'Est en 220. En effet, désormais, pendant plusieurs siècles, les grandes familles et les dynasties qui se disputent la domination sont fortement métissées de toutes sortes d'ethnies ou entièrement de souche étrangère, parlant des langues altaïques (turques, mongoles, toungouses) ou tibéto-birmanes. Dans cette période des Six Dynasties (220-589), on ne sait rien de l'usage de la langue du conquérant dans la pratique gouvernementale. Les Wei du Nord, qui étaient des Turcs Toba (Tabgatch) ont essayé de préserver leur identité culturelle. L'effort est maintenu par les Wei de l'Ouest, devenus Zhou du Nord en 557, qui réunifient l'empire en 577. Cependant ces allogènes n'ont pas d'écriture, si bien que la langue savante reste le chinois et cette langue savante gagne les élites des peuples nomades. Il n'en reste pas moins que l'aristocratie du Nord continue à parler turc jusque sous les Tang dans toute la zone à l'ouest de la chaîne des Taihang (dite Shanxi). À l'est de cette chaîne (Shandong), l'aristocratie Han s'attache au contraire à maintenir sa pureté et refuse toute concession culturelle aux nomades. Ce sont pourtant les groupes aristocratiques de l'Ouest qui dominent encore la société sous les Sui et les Tang.

Le multilinguisme devient un problème pour l'élite Han à partir du Xe siècle. De 907 (chute des Tang) à 1368 (chute des Yuan), le chinois n'est pas la seule langue officielle de la Chine. Les conquérants étrangers se créent une écriture (les Mongols utilisent l'alphabet ouighour, puis Khubilai impose une nouvelle écriture inventée par un lama tibétain en 1269 ; on revient plus tard à l'alphabet ouighour) et utilisent leur propre langue comme le guoyu (langue officielle). Sous les Liao (916-1125) et les Jin (1115-1234), on sait qu'on faisait des traductions écrites en langue khitan et jurchen.

Parmi l'élite Han, une évolution avait commencé à se dessiner dans l'intérêt pour les langues étrangères à la faveur des traductions des textes bouddhistes, bien que le sanskrit, le praskrit et le pali ne puissent guère être considérés comme des langues vivantes. Les premières traductions de textes bouddhiques ont été effectuées au iie siècle par des moines indiens, des Parthes, des Sogdiens, des Indo-Scythes (Yuezhi) venus à Luoyang, qui avaient appris le chinois. À la fin du IIe siècle, ce sont des Chinois qui indiquent à ces étrangers les textes à traduire, indice que les premiers sont capables de comprendre à peu près les textes originaux. À la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle, les grandes traductions sont encore dues à des étrangers, notamment le Koutchéen Kumârajîva (Luo Shi). À cette époque, le moine chinois Faxian, qui est allé en Inde, sait mal le sanskrit. Au VIIe siècle, les moines chinois envoient leurs jeunes disciples (par exemple Xuanzang) au Kashmir et au Népal. Ceux-ci reviennent avec des textes et des traducteurs indiens. Ils collaborent ensuite avec ces derniers pour établir des traductions par la méthode de la traduction orale, lue par un étranger puis réécrite par un Chinois, méthode qui sera reprise au xixe siècle pour traduire des œuvres européennes.

Les manuscrits découverts à Dunhuang et Turpan montrent bien la variété des langues en usage dans l'empire durant cette période : sogdien, tangout, tibétain, turc, ouighour. Les lexiques bilingues qu'on voit apparaître au xiie siècle témoignent que des Han apprennent et manient ces langues. Les Song n'éprouvent pas le besoin d'instaurer un enseignement de langues étrangères, mais dans les écoles spéciales qu'ils créent pour les étrangers (fanxue et xinminxue), ils recrutent des professeurs Han qui parlent et écrivent les langues étrangères.

L'enseignement officiel des langues vivantes étrangères est une innovation de la dynastie des Yuan. Il est resté depuis lors une institution d'État. Sous les Yuan, le mongol était langue officielle et les conquérants avaient introduit une séparation ethnique rigoureuse. Parallèlement aux examens et écoles destinées aux Han fut créé un système d'enseignement pour les Mongols. Dès 1271 fut ouvert à Pékin le Menggu guozi xue ("École mongole des fils de l'État") à l'intention des fils de la noblesse et des fonctionnaires mongols, de quelques Semu (gens d'Asie centrale), et plus tard des fils de fonctionnaires Han. Les élèves étaient payés, étudiaient deux ou trois ans des traductions mongoles des Classiques et des Histoires, puis passaient un examen et recevaient des postes administratifs pour la traduction et l'enseignement. Un Collège musulman (Huihui guozi xue) du même type fut créé en 1289, où l'on enseignait le turc et le persan. On n'enseignait pas d'autre langue que le chinois dans les écoles réservées aux Han, mais à travers tout l'empire, une hiérarchie d'autres écoles, où les Chinois étaient admis dans les établissements de niveau provincial, offrait un enseignement dans d'autres langues, et l'apprentissage du mongol (mengguzixue). À tous les échelons de l'administration existaient des postes de secrétaires traducteurs chargés de rédiger ou traduire en mongol les actes administratifs. D'un multilinguisme de fait, les Yuan sont donc passés à un multilinguisme officiel.

Le multilinguisme est supprimé par les Ming, mais une formation officielle d'interprètes et traducteurs est maintenue au Bureau des quatre barbares, organisé en 1407 (Siyiguan), qui dépend de l'académie Hanlin, puis du Taichangsi (Office des sacrifices impériaux). On y forme à de nombreuses langues (tartare, jurchen, mongol, turc, tangout, ouighour, persan, birman, thai) les fonctionnaires affectés aux relations avec les pays tributaires. Une partie des professeurs sont des étrangers originaires des régions concernées. C'est aussi un office d'information où sont traduits des ouvrages et documents relatifs aux pays tributaires. C'est là que se constitue la bianxue (l'étude des frontières), qui devient une branche spéciale et très développée de la géopolitique (fangzhixue), surtout sous les Qing, et sur laquelle se greffe la xixue (l'étude de l'Occident) dans la première moitié du xixe siècle.

L'avènement des Qing réactive un multilinguisme officiel. Mais l'élite mandchoue est déjà beaucoup plus sinisée que ne l'était l'élite des conquérants mongols. Le mandchou devient langue officielle à côté du chinois, cependant une petite partie seulement des actes publics exige une version mandchoue (proclamations et édits impériaux, gestion de la population mandchoue et des régions frontières). Un système d'écoles et d'examens spéciaux est institué pour les enfants des Bannières mandchoues, mongoles, chinoises et quelques musulmans. L'enseignement est en mandchou ou mongol, avec apprentissage du chinois et de l'art militaire. Les Han qui n'appartiennent pas aux Bannières en sont totalement exclus, ils doivent rester dans leurs propres écoles. Outre l'accès aux emplois officiels ordinaires, la formation des enfants des Bannières leur donne accès à des emplois ethniquement réservés dans l'administration.

À côté de cette discrimination positive en faveur de leur propre minorité ethnique et de leurs alliés mongols, qui procurait déjà un très large contingent de personnel bilingue ou multilingue, les Mandchous ont développé assez volontiers des filières spéciales de formation d'interprètes et de traducteurs, qui étaient ouvertes à tous, sans distinction ethnique, en fonction des besoins gouvernementaux. Le Bureau des quatre barbares (Corée, Siam, Tonkin, Birmanie) a été maintenu, sous la tutelle de l'académie Hanlin. Puis, en 1748, comme il faisait double emploi avec un Bureau dit de traduction mongole sous le Grand secrétariat et avec de nombreux offices de traducteurs en province, il fut réuni à un service chargé de l'accueil des envoyés étrangers (Huitongguan), sous la tutelle du ministère des Rites. En 1758, la Maison impériale (Neiwufu) crée une école d'interprètes de persan, et y ajoute une section de birman en 1768. En 1708, le Grand secrétariat avait commencé à faire apprendre le russe à des enfants des Bannières avec le concours de marchands et d'officiers russes. En 1756, une véritable école d'interprètes de russe (Eluosi xue) fut fondée, où enseignaient des résidents russes de la capitale. Les étudiants étaient envoyés en Russie se perfectionner. Le Collège impérial recevait d'ailleurs en permanence des étudiants étrangers (Japonais, Coréens, Vietnamiens, des Russes à partir de 1728, et beaucoup d'habitants des Ryukyu), qui venaient étudier le chinois.

C'est dans la ligne de ces pratiques qu'est introduit officiellement l'enseignement de l'anglais et du français en 1862, après la deuxième guerre de l'Opium. À l'initiative du prince Gong est créé alors à Pékin le Collège des langues (Tongwenguan), qui dépend du Bureau des affaires étrangères (Zongli yamen). On y intègre aussi l'enseignement du russe, en supprimant l'ancienne École de russe. Le recrutement est d'abord limité aux enfants des Bannières de moins de 13 ans, puis il est étendu aux Han. Les élèves sont payés. On fait appel à des étrangers pour l'enseignement. L'institution est conçue comme un centre d'information : elle collecte des livres et journaux, elle se lance, à partir de 1867, dans un programme de traductions auquel participent les élèves. Elle enseigne les sciences occidentales, le droit, l'histoire, la géographie. On introduit aussi l'allemand (1871) et le japonais (1897). Des établissements du même type sont ouverts à Shanghai et Canton en 1863. À Canton, on enseigne l'anglais et les sciences ; en 1897, on ajoute le japonais, le russe et le français. Dans toutes les écoles militaires et techniques modernes créées par la suite par le gouvernement impérial, l'apprentissage d'une langue étrangère est obligatoire.

Quelles méthodes et quels manuels utilise-t-on pour cet enseignement linguistique ? Il nous reste un manuel de mongol datant de 1260 (Menggu ziyun, prononciation du mongol). Il présente les lettres de l'alphabet, la composition des syllabes, puis des mots avec leur prononciation en caractères chinois. D'autres manuels regroupent les mots par thèmes et donnent une traduction chinoise. Sous les Ming et les Qing, beaucoup de glossaires de ce type ont été rédigés. L'un d'eux, de la fin du XVIIe siècle, combine cinq langues (mandchou, tibétain, mongol, ouighour et chinois). On commençait avec ces glossaires, puis on apprenait par cœur des textes. Pour les langues européennes, on a utilisé les manuels d'enseignement primaire des pays d'origine. C'est ce que pratiquaient déjà les missionnaires étrangers dans les écoles religieuses où ils enseignaient leur langue. En 1863, le missionnaire hollandais qui enseignait le français au Tongwenguan a rédigé en chinois deux manuels de français, un de vocabulaire et un de grammaire (Faguohua liao et Faguohua gui). En 1890, un censeur observait que les élèves du Collège étaient incapables de converser avec des étrangers et qu'il faudrait les envoyer en stage linguistique dans les légations chinoises à l'étranger. Ce fut mis à exécution en 1896. Pour l'anglais, au Fangyanguan de Shanghai, Young Allen utilise les dictionnaires et manuels de Webster. Dans les années 1880, les missions protestantes anglosaxonnes entreprennent la rédaction de manuels en chinois qui se répandent assez vite dans leurs propres écoles, puis dans certaines écoles chinoises modernes.

Jusqu'à la guerre sino-japonaise de 1894-1895, les langues européennes ne sont étudiées que par des jeunes Mandchous ou Mongols et quelques jeunes Han de familles lettrées besogneuses, contents de toucher une pension, ou encore par des gens occupés au commerce. Mais ce type d'étude n'entre pas du tout dans l'horizon ordinaire et principal de la culture lettrée. Il en va de même pour les langues asiatiques. Après la défaite face au Japon, la jeunesse dorée se tourne avec ardeur vers cette étude. L'empereur Guangxu lui-même commence à apprendre l'anglais. De nombreuses écoles fondées entre 1895 et 1900 proposent un enseignement de langues étrangères. Il devient la règle dans le cursus de l'élite avec les règlements scolaires de 1902 qui instituent un système scolaire sur le type japonais, dérivé lui-même de l'Allemagne. Les langues vivantes apparaissent dès l'enseignement primaire supérieur, comme une option, à raison de trois ou quatre heures par semaine. Dans l'enseignement secondaire, une langue vivante est obligatoire, à raison de huit heures par semaine. Dans l'enseignement supérieur, l'étude d'une langue étrangère était requise dans presque toutes les spécialités.

Ce régime a été maintenu, avec très peu de variations (deux langues dans l'enseignement supérieur en 1921), jusqu'en 1949. Son application a été très inégale, faute de professeurs. Mais un grand effort a été réalisé. Dans les années 1900, de nombreux manuels linguistiques, des collections de textes pédagogiques ont été publiés en chinois. Dans les années vingt et trente, il y avait dans chaque sous-préfecture au moins une école secondaire où un enseignement de langue vivante était pratiqué. Les langues qui en ont bénéficié ont été surtout le japonais et l'anglais. Mais les langues étrangères et la connaissance de l'étranger sont alors passées au centre de la culture savante.

Après 1949, ces pratiques ont continué à Taiwan, tandis que sur le continent, on changeait de cap. L'enseignement des langues vivantes est pratiquement supprimé dans le premier cycle du secondaire. Il ne figure que dans le second cycle, sous la forme du russe, remplaçant l'anglais ; puis un certain retour à l'anglais s'esquisse après 1960. Mais souvent il n'y a aucun enseignement de ce type, et les langues vivantes ne figurent pas dans les épreuves du concours d'entrée à l'Université. Dans les lycées, les horaires de langue vivante ont été diminués de moitié dès 1950. En 1954, ils ne sont plus que de trois heures par semaine. Ils remontent à neuf heures en 1963, puis l'enseignement des langues vivantes est supprimé par la Révolution culturelle. Dans l'enseignement supérieur, le russe est poussé dans les années cinquante, puis les langues vivantes disparaissent aussi, sauf comme spécialité. Un emprunt soviétique a cependant été important. Entre la fin de l'année 1960 et 1965 ont été créées quatorze écoles secondaires de langues, comportant un apprentissage intensif de langue vivante depuis le premier cycle, à raison de sept à neuf heures par semaine, accompagné d'enseignements généraux en langue étrangère. Quelques-uns de ces établissements ont été pourvus aussi d'une école primaire où était donnée une initiation précoce à une langue. Très sélectifs, ils ont permis de former d'excellents linguistes.

Les langues étrangères reviennent en 1978 : quatre heures par semaine dans le second cycle du secondaire, portées à sept ou huit heures en 1981, actuellement quatre ou cinq heures, huit ou neuf heures dans les cinquante lycées de langues. Puis les langues vivantes sont réintroduites dans le premier cycle du secondaire (quatre ou cinq heures à présent) et comme matière obligatoire dans le concours d'entrée à l'université et dans diverses spécialités à l'université. On comptait 90 millions d'élèves du secondaire étudiant une langue vivante en 1999, dont 350 000 en russe, 120 000 en japonais, principalement dans le Nord-Est, le reste apprenant surtout l'anglais. Aujourd'hui, en ville, on enseigne l'anglais dans beaucoup d'écoles primaires (7 millions d'enfants en 1999,12 millions actuellement). Cette langue est obligatoire à l'université. Dans les cursus littéraires, les étudiants doivent s'initier aussi à une deuxième langue vivante.

Toute une réflexion sur la didactique des langues, une presse et une littérature spécialisées sur ce sujet se sont développées. Des évaluations très approfondies sont conduites régulièrement sur une vaste échelle : les enseignants chinois pratiquent volontiers l'évaluation, sans préjugés. Les méthodes d'enseignement utilisent largement les moyens audiovisuels et l'Internet (90 millions d'utilisateurs ont accès à des réseaux de langue, souvent construits en coopération avec l'étranger). Les pédagogues chinois ont largement recours aux acquis des institutions étrangères spécialisées dans la diffusion de leur langue nationale : British Council, Institut Goethe, Alliance française. Depuis un quart de siècle déjà, la radio et la télévision proposent des cours de langue pour le grand public. Récemment, l'enseignement privé s'est abondamment investi dans ce secteur. Un certain effort a été fait aussi pour inciter les Han à apprendre les langues étrangères intérieures (celles des minorités) surtout s'ils résident dans des régions de minorités.

La Chine a toujours été un pays de multilinguisme. Mais le soin d'être bilingue ou multilingue était laissé ou confié surtout aux allogènes et aux métis. L'intérêt pour les langues étrangères resta longtemps tout à fait marginal dans la culture lettrée des Han. C'est par l'étude des langues européennes que la connaissance des langues étrangères commença à prendre place au cœur de la culture savante, dans la deuxième moitié du xixe siècle. Encore, à ces débuts, l'initiative de ce mouvement doit-elle beaucoup plus à l'impulsion de l'aristocratie mandchoue qu'à la volonté de l'élite Han. C'est le prince Gong, un Mandchou, qui arrache aux hauts fonctionnaires Han la création du Tongwenguan. L'évolution s'est poursuivie et élargie au cours du xxe siècle, mais de manière inégale selon les temps et les terrains, avec des phases d'arrêt. La contestation n'est du reste pas terminée puisque, lors d'une récente session de l'Assemblée populaire nationale, des voix se sont élevées avec force pour protester contre la part excessive accordée aux langues vivantes dans la formation et l'évaluation des élèves et étudiants. Cependant, de cette longue histoire, il apparaît avec évidence que plus les Chinois ont pratiqué les langues étrangères, plus leur langue s'est répandue dans l'empire et au-delà de ses frontières. Cette tendance gagne rapidement du terrain actuellement.



Actes du séminaire national - Enseigner le chinois 26-27 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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