Séminaire « Enseigner le chinois »

Des compétences acquises au lycée aux études de chinois à l'université


Olivier Salvan, professeur de chinois, lycée Malherbe, académie de Caen
Roger Billion, maître de conférences, université Bordeaux III
Grégory Lee, professeur, université Lyon III
Alain Labat, chargé de mission d'inspection pédagogique régionale pour le chinois
Isabelle Pillet, professeur de chinois, lycée Emile Zola, académie de Rennes

Olivier SALVAN : Ces journées de formation nous ont donné l'occasion de beaucoup apprendre, et il s'agit maintenant de nous interroger sur ce qui vous préoccupe certainement : le devenir de nos élèves. Comment prendre appui sur les compétences acquises dans le secondaire pour poursuivre le chinois dans l'enseignement supérieur comme spécialiste ou non-spécialiste ? Nous vous proposons dans un premier temps de dresser un état des lieux avec nos invités. Ensuite, nous pourrons débattre avec vous de vos idées et propositions. C'est la première fois que nous avons la possibilité d'échanger tous ensemble sur ce sujet. Notre objectif est à la fois de cerner la demande du secondaire et de dégager les pistes pédagogiques que l'enseignement supérieur pourrait suivre.

Alain LABAT : La première question pourrait être : "Le chinois, combien de divisions ? " Dans les classes de terminale de l'académie de Paris, nous accueillons chaque année environ 300 élèves sinisants. 29, 6 % d'entre eux étudient le chinois dans le cadre de ce que nous appelons la langue "inter-établissement" (il s'agit d'une spécificité parisienne) : leurs cours de chinois ont lieu hors programme et hors établissement. 11, 7 % des élèves sinisants étudient le chinois en LV3,32, 29 % en LV2 et 23, 6 % en LV1 (le reste est en BTS ou CPGE). L'académie de Créteil accueille environ 180 élèves en terminale dont 79 % en LV3 et 21 % en LV2. L'académie de Versailles compte environ 160 élèves sinisants en terminale : 83, 5 % d'entre eux étudient le chinois en LV3,14, 5 % en LV2. Dans l'académie de Lyon, nous comptons chaque année environ 120 élèves sinisants en terminale : tous étudient le chinois en LV3. L'académie de Bordeaux accueille chaque année environ 90 élèves, dont 79 % en LV3 et 21 % en LV2. Dans les classes de terminale de l'académie de Lille, ces élèves sont, chaque année, au nombre de 40 environ et comme à Lyon, tous étudient le chinois en LV3.

Les relations entre le secondaire et le supérieur ne sont pas une question nouvelle, même si notre rencontre est historique car les enseignants de ces deux niveaux d'enseignement se rencontrent rarement. Notre premier problème porte sur l'information de nos élèves de terminale. Cette information répond au souci d'orientation qui fait partie des missions des professeurs de l'enseignement secondaire. Nous devons avouer honnêtement que nous ne sommes pas, en France, les plus performants en la matière. L'information en terminale doit porter sur le HSK, sur les formations locales spécialistes comme non-spécialistes, mais aussi sur les formations nationales. En effet, un certain nombre d'élèves ne poursuivent pas toujours leurs études supérieures dans leur académie d'origine. À cela doit s'ajouter une information sur les possibilités d'études et de stages linguistiques dans différents pays. Nous devons donc avant tout nous interroger sur ce que nous faisons et sur ce que nous pourrions faire en la matière. Le souci d'enseigner le chinois le mieux possible doit s'accompagner de celui d'aider nos élèves à intégrer cet apprentissage dans leur parcours universitaire ou professionnel. La demande de poursuite du chinois après le baccalauréat est forte parmi eux. Cette forte demande traduit la réussite de notre enseignement.

Dans l'académie de Lyon, par exemple, nos 120 élèves sont issus d'une zone géographique peu étendue. Nous essayons depuis quelques années de savoir quels sont parmi eux ceux qui ont véritablement l'intention de continuer le chinois en spécialistes ou en non-spécialistes. Parmi ces élèves, nous ne compterons pas ceux qui suivront des cursus sélectifs divers (IUT), ou quitteront la région de Lyon et ceux qui, pour des raisons diverses, ne souhaitent pas poursuivre leurs études de chinois, soit environ 50 % des effectifs. Ainsi, sur nos 120 bacheliers sinisants, la moitié environ est tout à fait motivée pour poursuivre des études de chinois dans l'académie.

Le département de chinois de l'université de Lyon a été créé en 1900, mais l'enseignement du chinois dans le secondaire n'est apparu qu'en 1977. Il a fallu attendre encore vingt-cinq ans pour que les enseignants du secondaire et du supérieur se rencontrent, ce qui ne signifie pas qu'ils n'avaient pas essayé de le faire, mais que leur demande avait rencontré au mieux une indifférence polie, au pire un certain dédain de la part de leurs collègues du supérieur. Mais certaines évidences se sont imposées. Avant cette première rencontre, les enseignants du supérieur s'étaient aperçus que certains de leurs étudiants de première année n'étaient plus forcément des débutants. Ils ont soit accordé des dispenses pour le premier trimestre, soit enseigné, dès la première année de Deug, des caractères traditionnels, certes plus difficiles pour les vrais débutants. Mais cet enseignement permettait tout de même aux non débutants de ne pas perdre complètement leur temps.

Devant cette situation, mes collègues du secondaire et moi-même avons essayé de contourner l'obstacle. Il existait à l'université de Lyon un brevet d'université pour les langues, proposant, sur trois ans, un enseignement de deux heures par semaine et nous avions imaginé que ce brevet pourrait répondre à la situation des étudiants de chinois non-spécialistes. Ces brevets qui ont maintenant disparu étaient destinés à un public universitaire et proposaient une initiation au chinois sur trois ans, hors horaires universitaires. Nous avions donc imaginé, pour le chinois, la création d'un "quatrième niveau" qui permettrait une suite pédagogique à l'apprentissage du secondaire. Malgré la simplicité apparente de mise en œuvre de ce quatrième niveau de brevet, cette création s'est heurtée à un certain nombre de difficultés, notamment de coût et de nombre d'élèves minimum. En outre, ces cours étaient assurés par des enseignants aux motivations assez diverses et les difficultés administratives ont eu raison de cette innovation. Nous recevions des coups de téléphone de nos élèves assez amers d'avoir été refoulés par le secrétariat de la formation continue qui leur répondait que cette formation n'existait pas. À propos des effectifs de ce quatrième niveau, on nous répondait à nous enseignants qu'il n'y avait pas eu d'inscrits. En outre, ces étudiants suivant souvent des doubles formations, la mise en place d'un créneau horaire commun à tous s'est avérée très complexe.

Sans solution satisfaisante à ce problème, nous faisons en sorte qu'en terminale, tous les lycéens concernés reçoivent, de façon régulière, une information mise à jour sur toutes les possibilités offertes dans l'académie aux spécialistes ou non-spécialistes : la filière LCE, les cours associatifs, etc. Nous recensons également les établissements supérieurs qui offrent, à différents niveaux, des cours de chinois : l'Institut national des sciences appliquées qui offre des cours débutants, mais aussi une filière nationale tournée vers l'Asie avec des stages et un approfondissement ; l'université de Lyon II ; l'École supérieure de commerce de Lyon qui possède un véritable département d'enseignement du chinois proposant des stages en entreprise et des échanges : l'Institut d'études politiques de Lyon qui propose un diplôme universitaire du monde extrême-oriental contemporain comprenant un total annuel de 120 heures de chinois et des accords de stages ; l'École centrale de Lyon qui a engagé une importante coopération avec la Chine dans le domaine de la recherche scientifique.

Afin de répondre à la demande de nos élèves qui ne restent pas à Lyon, nous indiquons sur nos documents diffusés chaque année les coordonnées de l'Association française des professeurs de chinois (AFPC), le site de notre association, seul endroit leur permettant de consulter un listing de tous les centres universitaires offrant des formations de chinois. Nous leur fournissons également les adresses électroniques des établissements auprès desquels ils peuvent se renseigner directement.

Nous pouvons mesurer, à travers ce simple exemple, la complexité du sujet qui a trois dimensions :
- une dimension démographique : quelle est la masse critique minimale pour envisager la mise en place de formations non-spécialistes susceptibles d'assurer une continuité entre le secondaire et le supérieur ? De même, comment prendre en compte les étudiants non débutants qui arrivent dans les filières spécialistes, compte tenu de leur hétérogénéité linguistique (LV1, LV2 ou LV3, sans parler des étudiants d'origine chinoise, notamment en Île-de-France) ?
- une dimension pédagogique : comment tenir compte de l'hétérogénéité des étudiants ? Comment prendre en compte les programmes officiels de langue comme de civilisation de l'enseignement secondaire ?
- une dimension administrative : quelle va être l'architecture des formations linguistiques, spécialistes et non-spécialistes, à l'université dans le cadre de la mise en place du LMD ?

Roger BILLION : Je me contenterai de vous présenter un état des lieux (non exhaustif) des académies en matière d'enseignement du chinois. Nous pouvons selon moi dégager trois cas de figure :
- les académies où existe un enseignement secondaire, sans possibilité de poursuivre un enseignement diplômant dans une université proche, comme c'est le cas dans l'académie de Rennes ;
- les académies où l'enseignement de chinois est souvent bien implanté (LEA), mais où il n'y a pratiquement pas d'enseignement du chinois dans le secondaire (c'est le cas des académies de Montpellier ou de Picardie : il n'y a pas de vivier d'élèves arrivant du secondaire vers les universités) ;
- le dernier cas de figure est heureusement le plus important : ces académies bénéficient d'un pôle d'enseignement dans le secondaire et d'un pôle universitaire souvent assez ancien.

Dans ce dernier cas, les bacheliers rencontrent d'importantes difficultés, non pas en raison d'une indifférence de la part des enseignants du supérieur (même si, à une certaine époque, un certain mépris à l'égard du secondaire a pu être constaté), mais en raison de la diversité et de l'hétérogénéité des situations.

J'évoquerai tout d'abord des différences de volumes horaires. Dans la filière Langues étrangères appliquées de Paris X, un étudiant bénéficie, en première année, de 4 heures 30 de langue chinoise par semaine. À l'université Paris III, les cours de langue ont une durée hebdomadaire de 5 heures. À l'Institut national des langues et civilisations orientales (Langues O'), ils sont plutôt de 6 heures. À Montpellier, les cours de langue durent 6 heures 30 hebdomadaires ; à l'université d'Aix-Marseille, 7 heures ; à Bordeaux, 10 heures 30 et à Lyon, dans la nouvelle configuration LMD, les cours sont d'une durée de 11 heures hebdomadaires. Nous passons donc quasiment du simple au triple, ce qui pose une question de fond sur la valeur de nos diplômes. Il faudrait en outre comparer le nombre d'heures consacrées à l'étude de la civilisation : en général, dans les universités où les heures de langue ne sont pas nombreuses, les heures de civilisation sont également réduites. Or ces diplômes sont nationaux, et devraient donc être similaires, sauf aux Langues O' où le diplôme n'est pas un Deug, mais un Dulco.

Les bacheliers qui entrent dans ces universités ont déjà étudié le chinois en première, deuxième ou troisième langue. La complexité est grande pour nous, car leurs niveaux sont extrêmement divers, même au sein des LV1, des LV2 ou des LV3. Un de mes étudiants, après cinq ans de chinois, ne maîtrisait que 40 caractères. Un autre à ses côtés qui avait étudié le chinois en LV3 en maîtrisait 350. Que faire ? On pourrait répondre par la mise en place de groupes de niveau, mais nous nous heurtons alors à des questions budgétaires. En effet, pour ces étudiants minoritaires, le Conseil d'administration n'a pas les moyens de mettre en place un cursus spécifique.

Ces bacheliers sinisants sont donc intégrés dans des cursus pour grands débutants aux côtés d'étudiants qui n'ont jamais étudié le chinois, à l'exception des Langues O' où il existe une procédure particulière donnant la possibilité d'entrer directement en deuxième année de Dulco. Mais cet accès direct n'est possible qu'aux Langues O' où il n'y a pas de Deug. Or il est obligatoire de rester au moins deux ans à l'université pour obtenir un Deug. À Paris VII, certains étudiants, suite à un petit test, peuvent être autorisés à suivre les cours de deuxième année, mais sont obligés de présenter, à la fin de l'année, les examens de première année. Nous n'avons sur ce plan aucune solution à vous proposer. L'université Paris X a connu des tentatives de mise en place d'un cursus spécifique pour les étudiants déjà sinisants, dans la filière LEA. Mais ce cursus a disparu, tout comme à Bordeaux où il a dû être supprimé, car sur un effectif de 70-80 étudiants, 75 à 80 % étaient des grands débutants. Le vivier de bacheliers déjà sinisants était insuffisant.

On peut se demander si le LMD, qui est amené à bouleverser le paysage universitaire, va offrir de nouvelles possibilités aux étudiants sinisants.

Isabelle PILLET : L'académie de Rennes couvre toute la Bretagne. Plusieurs lycées offrent des cours de chinois : les lycées de Quimper, Pontivy, Saint-Brieuc et deux lycées de Rennes (un privé et un public). Ces cinq lycées scolarisent environ 530 élèves, qui débutent dans certains établissements l'apprentissage du chinois en cinquième ou quatrième, tandis que d'autres n'offrent des cours de chinois qu'en LV3. Parmi ces 530 élèves, environ une centaine présente le chinois à l'oral du baccalauréat, soit en LV3, soit lors de l'épreuve facultative orale 1 . Ce type d'épreuve est évidemment moins exigeant.

Je ne sais combien d'élèves poursuivent leurs études de chinois après le baccalauréat. Les trois quarts viennent nous exprimer leur envie de poursuivre les études de chinois. Certes quelques établissements supérieurs dispensent des cours de chinois, mais pas pour les étudiants spécialistes. Depuis deux ans, un groupe s'est toutefois constitué à Rennes-II (faculté de lettres) pour les bacheliers sinisants : cette année, quinze étudiants se sont inscrits à ce groupe, pour une dizaine présents en cours. Cependant, les étudiants des Facultés de sciences et de droit ne peuvent suivre ce cours à cause d'incompatibilité d'horaires la plupart du temps. Je ne sais d'ailleurs même pas dans quelles conditions ce groupe constitué rejoint ensuite les autres élèves en vue de l'obtention d'un diplôme.

Le problème de l'orientation représente donc une question essentielle. Nous devrions tous distribuer le document évoqué par Alain Labat. En effet, je passe du temps à évoquer ces problèmes d'orientation avec mes élèves de terminale et à leur présenter tous les enseignements de chinois existants en post-baccalauréat, en spécialiste ou non-spécialiste. D'anciens élèves viennent témoigner de ce qu'ils ont fait après le baccalauréat. Plusieurs cas de figure existent chez les non-spécialistes : certains ont arrêté puis se sont remis au chinois, d'autres ont trouvé moyen de continuer. Je reste d'ailleurs tout à fait à l'écoute des informations supplémentaires que vous pourriez me communiquer. En effet, le Centre d'orientation et d'information n'est pas, selon moi, tout à fait à la hauteur. C'est à nous, professeurs du secondaire, de faire ce travail d'information.

La continuité pédagogique est également problématique. Elle pourrait consister, pour les élèves non-spécialistes, en une poursuite de la pédagogie du lycée afin de permettre une certaine continuité. Il s'agirait alors de cours de terminale +1, terminale +2, etc. En mai 2001, nous nous sommes réunis dans l'académie afin d'évoquer ces questions, mais nos propositions n'ont toujours pas retenu l'attention des universitaires rennais. Il me semble que nous pourrions, déjà au niveau régional, nous mettre d'accord sur une continuité pédagogique entre la terminale et le supérieur.

Gregory LEE : Pour ma part, je ne me plaindrai pas. Certes, l'hétérogénéité des étudiants est réelle. Cependant, il est possible, selon moi, de contourner cette difficulté. Il nous faut être imaginatifs. En première année à l'université de Lyon 3, où le nouveau système LMD a été mis en place, une soixantaine d'étudiants se sont inscrits en cours de chinois et en LCE, une quarantaine. Dans le nouveau système, les étudiants s'inscrivent dans la majeure chinois dans les deux filières et souvent également dans la mineure chinois. Les étudiants non-spécialistes qui sont dans une mineure chinois suivent également des cours de majeure en droit, en lettres, en histoire, etc. Ils bénéficient de quatre heures de cours par semaine et d'un allègement de travail personnel qui est facturé dans le système de crédits. Pour les non-spécialistes, nous avons un Diplôme universitaire (DU) qui a reçu cette année 130 inscrits, ce qui représente une véritable explosion. Au niveau doctoral, nous avons douze étudiants, pour la plupart issus de la région. Ce doctorat de chinois existe depuis trois ans. À Lyon, le chinois n'est pas encore enseigné en LV2. Nous y travaillons donc. L'École normale supérieure comprend toutefois un département de chinois préparant à l'agrégation : cette année, une étudiante y est inscrite. Toutes les conditions me paraissent donc réunies pour permettre l'essor du chinois.

L'université remplit, à mon avis, deux missions : fournir un enseignement de la langue chinoise pour les spécialistes et les non-spécialistes, et encourager l'épanouissement des études de chinois et une réflexion sur la culture et l'actualité de la Chine. Pour cela, une meilleure lisibilité de l'offre me semble nécessaire. Notre page Internet doit être améliorée. Il est ainsi devenu indispensable d'entamer, entre collègues du secondaire et de l'université, une réflexion sur l'articulation entre le baccalauréat et la première année d'université. Une réflexion s'impose dans les académies où le chinois est enseigné à ces deux niveaux.

Les effectifs en non-spécialistes seront toujours plus importants. Pourtant, nous avons besoin de spécialistes : la demande actuelle en cette matière dans les collèges et les lycées va continuer à augmenter et elle exige une réponse en termes d'enseignants, qui soient des spécialistes.

Le système LMD n'est pas si complexe. Certes, demeurent des problèmes de moyens, d'espace dans les universités et de manque d'enseignants. Le système LMD (3-5-8) consiste en une licence en trois ans qui englobe l'ancien Deug, un master en deux ans et un doctorat en trois ans, avec un système de crédits. Pour avoir une licence, il faut 180 crédits. Il est possible d'obtenir les crédits nécessaires en deux ans et donc d'obtenir sa licence en deux ans, même si ce n'est pas pédagogiquement souhaitable selon moi. Le master dure deux ans et nécessite l'obtention de 120 crédits. Finalement, les 300 crédits obtenus représentent une opportunité : après cinq ans d'études du chinois à l'université, un étudiant est censé maîtriser la langue.

En licence, l'étudiant va devoir acquérir 30 crédits par semestre, dont 22 pour sa majeure (qui peut être une seconde langue ou une autre matière) et 8 pour sa mineure. En première année, 4 heures de chinois lui seront dispensées par semaine chaque mardi et jeudi, et 4 heures en deuxième année, chaque lundi et mercredi. Il est également possible pour un étudiant de s'inscrire en double majeure chinois : il doit alors acquérir une quarantaine de crédits. Ainsi, l'étudiant qui a déjà des acquis en chinois et souhaite aller plus loin a le choix entre une mineure et une majeure ou une double majeure. Cette année, un ou deux étudiants sont dans ce cas. Pour les étudiants qui n'ont pas étudié le chinois au lycée, nous exigeons une majeure de chinois et une mineure de renforcement du chinois.

Les débouchés de ce nouveau système se trouvent dans l'enseignement et la traduction littéraire. En effet, nous organisons maintenant des masters de traduction littéraire en chinois. Nous envisageons en outre de nouer un partenariat avec l'Institut des langues de Pékin qui offre également un master de traduction. Pour l'anglais et l'italien, la préparation aux concours est englobée dans le master, même si l'étudiant échoue aux concours. Nous pourrions envisager de procéder de même avec le chinois si nous réussissons à avoir des étudiants l'ayant étudié en LV1 : sur les cinq ans d'études, l'étudiant bénéficiera de deux ans d'expérience dans un pays sinisant.

Il ne faut donc pas être pessimiste, malgré les questions d'emploi du temps. En principe, il n'y a pas de problème si les enseignants sont prêts à enseigner à 8 heures du matin le lundi ou à 8 heures du soir le vendredi. C'est difficile, surtout à l'extérieur de Paris. Nous devons donc être imaginatifs et suivre l'évolution de l'offre et de la demande en matière d'enseignement du chinois.

Débat avec la salle

Olivier SALVAN : Nous constatons donc que le sujet est vraiment complexe en raison de problèmes multiples. Nous sommes à l'écoute de toutes les solutions que vous pourrez nous proposer.

De la salle : Il a été dit que les étudiants arrivent du lycée avec des niveaux très différents. Selon moi, il est du ressort de l'université de définir le niveau exigé. En effet, au lycée, les élèves se présentent à des épreuves différentes, selon qu'ils sont en LV1, LV2 ou LV3. Il est donc normal que leurs niveaux soient différents. Dans les autres langues, il n'y a pas de débutants en première année universitaire. Nous devons donc répondre à cette situation spécifique du chinois à l'université.

Gregory LEE : Le problème ne vient pas de l'évaluation des niveaux, mais de la gestion des différents niveaux dans les universités non parisiennes.

Roger BILLION : Autrefois, nous privilégions les étudiants ayant étudié précédemment le chinois. Mais à cette époque, nous recevions 40 à 50 étudiants issus du secondaire et simplement 10 à 15 étudiants qui n'avaient jamais étudié le chinois. Notre Deug s'adressait à des étudiants maîtrisant déjà la langue. Les débutants pouvaient suivre une année d'initiation supplémentaire et obtenaient donc leur Deug en trois ans.

Aujourd'hui, nous devons voir à quels étudiants nous avons affaire : parmi les non-spécialistes, nous pouvons regretter de ne recruter que dans des Facultés de lettres où sont exclusivement implantés les départements d'études chinoises. Il serait souhaitable d'attirer les étudiants des Facultés de droit, de sciences, etc.

De la salle : Pour les élèves de terminale ES qui veulent poursuivre le chinois en classes préparatoires (aux grandes écoles de commerce, ou hypokhâgne), la seule possibilité est le lycée Janson de Sailly à Paris. Or la sélection y est très sévère, ce qui rend difficile l'accès à nos bons élèves de province, la réputation générale du lycée dont l'élève est originaire influençant la décision des sélectionneurs.

D'autre part, pourrions-nous réfléchir à l'articulation nécessaire entre la réflexion pédagogique du secondaire, qui est très avancée, et celle du supérieur ? Une harmonisation nationale des programmes est-elle envisageable ?

Joël BEL LASSEN : Avant d'envisager une harmonisation des programmes dans le supérieur, il faudrait d'abord établir des programmes. Peut-on concevoir une progression linguistique sans programme ni objectifs ? Il est clair qu'il revient à l'université d'accueillir et d'évaluer les non-débutants. Existe-t-il un outil d'évaluation du niveau correct ? Est-il homogène ? Je suis persuadé que ce n'est pas le cas. Dans telle université, certains tests attendent par exemple que l'étudiant sache dire libellule en chinois sous prétexte que ce terme est présent dans un texte de première année...

Roger BILLION : Il n'existe en effet aucune harmonisation des programmes : on ne peut pas apprendre en quatre heures trente ce que l'on apprend ailleurs en onze heures. Il faut par ailleurs reconnaître que la pédagogie a peu de place à l'université, même à Bordeaux malgré la motivation de notre équipe d'enseignants. En effet, nous nous heurtons là encore à un certain nombre de réalités. L'enseignant du supérieur est recruté sur sa thèse qu'il a présentée pour ensuite enseigner autre chose qu'une langue de niveau débutant. Il en est de même pour nos collègues sinisants. En outre, toute la carrière des enseignants est en cause : vous ne pouvez progresser dans le supérieur qu'en poursuivant vos recherches. La pédagogie n'apporte donc aucune reconnaissance professionnelle. Le problème des non-spécialistes est grave car, certes, ces étudiants pourront suivre un enseignement de chinois en mineure, mais qui va leur dispenser les cours ? Quel sera le contenu de ces cours ? Leur demande porte surtout sur la communication en langue étrangère. Or actuellement, dans la plupart des universités, l'enseignement dévoué aux non-spécialistes est quasiment le même que celui dispensé aux spécialistes, soit des exercices écrits de version et de thème. Cela ne peut plus durer.

Gregory LEE : Chaque université va avoir, grâce au LMD, la possibilité d'adapter son fonctionnement. À Lyon, j'exige par exemple que les enseignants de civilisation, de culture et de littérature intègrent dans leurs cours des notions de linguistique. La division entre langue et civilisation fait dorénavant partie du passé. Par ailleurs, il n'est aujourd'hui plus envisageable de sélectionner un candidat sur sa thèse. Il faut sélectionner les enseignants sur leur capacité à enseigner la langue chinoise, à assurer un cours de langue.

Roger BILLION : Au moment de leur recrutement, les enseignants veulent bien faire les efforts nécessaires pour remplir les fonctions pédagogiques qu'implique l'enseignement d'une langue, mais ils ne seront pas reconnus dans le cadre de leur progression de carrière.

De la salle : Il faut distinguer la question des spécialistes de celles des non-spécialistes. À propos des spécialistes, est-il envisageable d'imaginer qu'une ou deux universités soient spécialisées dans l'accueil de ces étudiants peu nombreux ayant déjà étudié le chinois au lycée et voulant devenir spécialistes ? Ou bien pensez-vous qu'il soit possible de créer une double filière dans chaque université ?

Gregory LEE : Certes ces élèves ne sont pas nombreux actuellement, mais dans cinq ans, il faudra mettre en place de tels cours dans toutes les universités. Le problème actuel porte sur le manque d'enseignants dans les universités situées à l'extérieur de Paris et sur les contraintes d'embauche : il est en effet indispensable pour l'enseignant de chinois vacataire en université d'avoir un autre poste, en plus de ses cours.

Roger BILLION : Je ne suis pas du tout d'accord. Le problème porte sur la création de postes et non sur la possibilité de trouver des vacataires.

De la salle : Lorsque les élèves viennent nous faire part de leur souhait de poursuivre l'étude du chinois dans l'enseignement supérieur, ils nous demandent quelles possibilités professionnelles leur seront offertes. Cette question est au cœur de leurs préoccupations. Existe-t-il des études sur le devenir des étudiants de chinois, même si par ailleurs ils ont arrêté leurs études de chinois ? Les élèves de terminale qui le souhaitent pourront-il poursuivre le chinois en IUT ? L'enseignement du chinois à l'université répond-il bien aux exigences du marché du travail ?

Alain LABAT : Les motivations pour le chinois sont très variées. Le suivi des étudiants ne peut qu'être personnel. Il est presque impossible de connaître les orientations des étudiants après leurs études.

Gregory LEE : Beaucoup d'étudiants ont trouvé des postes en Chine. Mais il s'agissait d'étudiants qui ne faisaient qu'entretenir leur niveau, tout en poursuivant d'autres études par ailleurs. Aujourd'hui, il est tout à fait possible de suivre une double majeure de lettres modernes et de chinois et de se présenter aux concours.

Roger BILLION : Il existe, dans les universités, des observatoires qui ont pour mission de suivre les étudiants, mais ils manquent de personnel. Au sujet des IUT, il n'existe pas encore de possibilités officielles, mais une certaine souplesse. Il suffit de s'entendre avec une université qui propose des enseignements de chinois, mais il n'existe pas d'enseignement du chinois à l'intérieur des IUT.

Joël BEL LASSEN : Nous savons, à partir de données empiriques, que le taux d'échec en Deug des non-débutants est extrêmement faible. Les possibilités d'insertion professionnelle nous sont connues par des témoignages réguliers qui montrent qu'elles ne cessent d'augmenter.

De la salle : Nous recevrons, chaque année, des élèves issus du secondaire dont le niveau en chinois sera de plus en plus élevé puisque la création de sections orientales est actuellement en expansion. Il existe donc un décalage entre le secondaire et l'université.

Gregory LEE : Cette situation me semble provisoire : si le chinois est dorénavant considéré comme l'anglais, l'espagnol ou le russe à une époque, il faut se demander ce que sont devenus les étudiants qui ont appris le russe par exemple. Nous allons nous retrouver dans une situation analogue à celle des autres langues. Ces étudiants seront absorbés dans d'autres cursus. Les inquiétudes apparaissent pour le russe, parce qu'il est actuellement en perte de vitesse. Pour ma part, je n'en ai pas et je le dis régulièrement. Les débouchés apparaissent avec l'offre. La possibilité de double majeure ou de mineure offre une importante palette de choix pour poursuivre son apprentissage en chinois.

De la salle : Si nous faisons l'hypothèse que l'enseignement du chinois se développe, n'est-il pas temps de lancer des cours de chinois sur des thèmes spécifiques, comme le tourisme, les affaires, la médecine etc ? Lors de son cursus dans le supérieur, un étudiant peut se déplacer en Chine. Qu'en est-il des aides financières ?

En outre, comment s'intègrent ces années en Chine dans le cursus ? Les diplômes chinois sont-ils reconnus en France ?

Roger BILLION : La filière LEA répond à cet objectif. Elle existe depuis des dizaines années, mais dans la région parisienne, il est difficile de s'inscrire en LEA. Pour la reconnaissance des diplômes chinois, tout dépend du contrat pédagogique dans le cadre duquel l'étudiant est parti en Chine 2 .

Gregory LEE : Nous proposons, à Lyon, un DESS Langues et Affaires avec le chinois. Dans la filière littéraire, nous proposons la traduction littéraire qui correspond tout de même à un métier. En effet, multiplier ce type d'enseignements est envisageable. Les diplômes chinois ? Le nouveau système LMD permet une simplification des procédures de reconnaissance des diplômes obtenus à l'étranger. Quant aux aides financières au séjour en Chine, elles dépendent de la volonté des régions.

De la salle : Serait-il possible de créer une banque de données sur les possibilités d'apprentissage du chinois dans le secondaire, à l'université et ailleurs ? Et pourquoi ne pas proposer à toutes les personnes présentes aujourd'hui d'envoyer à l'Association française des professeurs de chinois (AFPC) 3 toutes les informations dont elles disposent ?

Alain LABAT : Nous pourrions effectivement faire évoluer le site de l'AFPC qui est actuellement plus précis pour le secondaire que pour le supérieur. Il s'agirait d'une première réponse.

Olivier SALVAN : Un recensement des informations devient en effet nécessaire, ainsi qu'une remise à jour de la situation actuelle de l'enseignement du chinois.





  1. Le Bulletin officiel n°30 du 24 juillet 2003 rappelle la réglementation des épreuves de langues vivantes des baccalauréats général et technologique et donne la liste des langues pouvant être évaluées (disponible sur http://www.education.gouv.fr/bo/2003/30/MENE0301542N.htm).
    Pour accéder à la définition du contenu des épreuves, consulter les liens établis à partir de la page du site ÉduSCOL http://eduscol.education.fr/D0056/r_bacg.htm.
  2. L'encart du BO n°41 du 6 novembre 2003 précise le cadre de l'arrangement administratif entre les ministères français et chinois sur la reconnaissance réciproque des études et des diplômes.
  3. http://www.afpc.asso.fr


Actes du séminaire national - Enseigner le chinois 26-27 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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