Séminaire « L'architecture comme fait culturel aujourd'hui »

L'architecture et l'édition

Frédéric Lenne, directeur du groupe Le Moniteur

Je suis entré au groupe Le Moniteur en 1982 et j'y ai eu des activités variées. Mes fonctions actuelles sont relativement larges : directeur du groupe au niveau du comité de direction, je dirige également les éditions, l'organisme de formation du Moniteur ainsi que la revue AMC (Architecture Mouvement Continuité) qui est la revue française leader en matière d'architecture. C'est cette revue qui édite le numéro annuel retraçant les événements architecturaux d'une année.

Les activités du groupe Le Moniteur

Le prix de "l'Équerre d'argent"

Cette parution annuelle est liée aux prix d'architecture que nous organisons depuis 23 ans : "L'Équerre d'argent". Le prix est décerné non pas à un architecte mais à un bâtiment, construit sur le territoire français ou relevant de la France à l'étranger (l'ambassade de France à Beyrouth a été récompensée en 2003). Deux acteurs sont célébrés avec ce prix : le maître d'ouvrage et l'architecte.

Le Moniteur appelle à candidature dans les colonnes de ses revues. Les candidats envoient un dossier de présentation de leur bâtiment. Nous recevons en moyenne chaque année 450 dossiers. Nous procédons d'abord à une sélection interne de 15 à 20 bâtiments grâce à notre équipe de spécialistes. Parmi eux, certains sillonnent la France pour repérer des bâtiments. Il nous arrive d'ajouter à notre sélection des bâtiments pour lesquels il n'y avait pas eu de dossier de candidature au départ, comme cela a été le cas pour une station d'épuration qui manifestait un traitement architectural judicieux.

Les dossiers sélectionnés sont ensuite soumis à un jury international d'une douzaine de membres, renouvelés chaque année. Ce jury comprend les architectes lauréats de l'année précédente, trois membres du groupe Le Moniteur - le président, un journaliste spécialisé et moi-même -, ainsi que des critiques et des architectes reconnus. Il statue en toute indépendance en discutant ardemment pendant une journée du bâtiment à sélectionner et des mentions éventuelles qui accompagnent le prix. Le Moniteur organise en parallèle un "Prix de la première Heure".

Des domaines de compétences variés

Le groupe Le Moniteur a de nombreux domaines de compétence. Il est spécialisé en premier lieu dans l'information professionnelle au service du monde de la construction et des collectivités locales. Créé en 1903, le Groupe Le Moniteur est une institution ancienne, dont le fondement originel était l'activité de presse. Le journal hebdomadaire Le Moniteur qui, à ma connaissance, n'a pas d'équivalent dans le monde, a pour vocation première de diffuser les appels d'offre des marchés de travaux. Il est tiré à 60 000 exemplaires et touche 450 000 lecteurs chaque semaine. Le Groupe publie aujourd'hui des revues diverses : Le Bulletin européen de la construction, qui s'adresse aux dirigeants d'entreprise et dont la diffusion est relativement confidentielle ; La Gazette des Communes, très connue dans le milieu des collectivités locales ; des revues spécialisées telles que Les Cahiers techniques des bâtiments ; AMC…À partir des activités de presse se sont développées des activités d'édition ainsi que, plus récemment, des activités de base de données sur Internet.

L'édition d'architecture représente une part limitée (10 %) de l'activité globale du Groupe, les éditions juridiques et techniques constituant quant à elles respectivement 60 % et 30 % de cette activité. Celle de l'édition est soumise à des impératifs économiques. C'est en fait la rentabilité relativement bonne des autres secteurs de l'édition qui permet de poursuivre notre action en matière d'architecture.

J'avais prévu d'utiliser une présentation plus formelle des activités du Moniteur. Finalement, je pense que ce n'est pas la meilleure façon de répondre à vos questions. J'ai assisté au "Rendez-vous de l'Architecture" ces deux derniers jours. Si j'ai le moindre reproche à adresser à ces journées très réussies, je dirais que les intervenants, pour la plupart paysagistes ou architectes, n'ont pas toujours traité le thème qui leur était proposé et ont utilisé des présentations de base de leurs œuvres. Je tenterai donc, pour ma part, d'élargir la problématique à la question de l'édition en général.

Les enjeux culturels de l'édition d'architecture

Les contraintes économiques : le coût d'un livre

Les enjeux culturels sont fortement soumis aux contraintes économiques. En tant qu'éditeurs, nous devons justifier de la rentabilité de nos activités. L'édition pose des problèmes de coût et de diffusion. Un équilibre est à trouver entre ces deux pôles.

Le coût d'un livre dépend de différents éléments. Certains ne sont pas difficiles à cerner, comme les droits d'auteur. Rares sont aujourd'hui les auteurs qui peuvent vivre de leurs livres. Dans le domaine de l'architecture, les droits d'auteurs sont très limités. Les ouvrages d'architecture sont abondamment illustrés. Le coût des images n'est pas facile à évaluer. Il existe en la matière plusieurs types de droits : les droits des photographes, bien sûr, mais aussi ceux des architectes. Depuis quelques années, les demandes de droit à l'image sur les bâtiments émanant de certains architectes se sont multipliées. Dans ce domaine, Le Moniteur a adopté une position relativement ferme : à partir du moment où ses revues se montrent rarement critiques par rapport aux bâtiments et ne visent pas non plus à faire la promotion commerciale d'objets de luxe, il n'existe pas de raison de verser des droits d'auteurs aux architectes, tout du moins à ceux qui sont vivants. Concernant les architectes décédés, la question se pose différemment ; certaines Fondations sont intraitables dans les négociations sur ce sujet. Le paiement des droits d'auteurs peut alourdir considérablement le coût d'un livre et, dans certains cas, peut conduire à l'abandon du projet de publication. Ce type de coût est difficile à évaluer car au démarrage du projet, nous ne savons pas si nous allons trouver des images libres de droit. Quant au coût de fabrication, il est facilement estimable. Des progrès importants ont été réalisés en termes de qualité et de réduction des coûts en matière d'impression. Nous travaillons en outre avec des maquettistes performants, dont nous connaissons les tarifs.

La diffusion : une capacité et un coût

La diffusion constitue le point sensible de l'édition. Elle correspond à la fois à une capacité et à un coût.

La capacité de diffusion est en partie liée à la marque. La marque du Moniteur, qui est connue, est un atout. Toutefois, elle est mieux connue des professionnels que du grand public. Se pose également la question du réseau de diffusion, cruciale pour les éditeurs. Le groupe Le Moniteur s'appuie sur trois réseaux de diffusion. Le premier est la vente par correspondance, qui correspond à notre réseau historique. Grâce à notre presse, nous pouvons faire la promotion de nos ouvrages, ce qui facilite leur vente directe auprès des populations concernées.

Nous disposons également de quatre librairies. Deux d'entre elles, situées au rez-de-chaussée de nos immeubles de bureaux, à Lyon et dans le IIème arrondissement parisien, s'apparentent plus à des comptoirs de vente qu'à de réelles librairies. La librairie que le Groupe possède place de l'Odéon à Paris constitue une librairie de référence en matière d'architecture. Elle dispose d'un fonds remarquable. Elle est la fierté du Groupe et véhicule son image. Certains ne connaissent Le Moniteur que par cette librairie. Par ailleurs, nous avons ouvert récemment une petite antenne, située Porte Dorée à Paris, dans l'ancien Musée des arts africains et océaniques ; c'est là que se trouve pour l'instant la Cité de l'architecture et du patrimoine, qui s'installera à Chaillot dans un an, un an et demi. Nous espérons nous implanter ensuite à Chaillot.

La VPC et les librairies du Moniteur représentent 50 % de l'activité de diffusion. Le reste est assuré par les librairies généralistes, qui vont de la Fnac aux librairies de quartier. Nous sous-traitons à un réseau de représentants multi-cartes (UP Diffusion) la diffusion de nos livres auprès de ces librairies. Ce troisième réseau de diffusion soulève des enjeux de négociation et d'approvisionnement complexes. Certains ouvrages à parution sont mis d'office en librairie, avec des facultés de retour ; c'est ce que l'on nomme "l'office". Le libraire peut également demander au représentant de "noter" un livre dont il escompte de bons résultats de vente, ce qui permet de prévoir des quantités supplémentaires avec certains délais ; c'est ce que l'on appelle le "noté". Si vous parcourez l'hebdomadaire Livres Hebdo, vous pourrez mesurer tous les enjeux et les difficultés de ce réseau de diffusion.

La diffusion en librairie a connu un grand développement : elle constitue aujourd'hui la moitié de notre activité de diffusion, contre 20 % auparavant. Pour l'éditeur, ce mode de diffusion est très coûteux. Moins de la moitié du prix de vente du livre revient à l'éditeur : outre la marge des libraires, il faut prendre en compte le paiement des intermédiaires (représentants, entreprises de stockage des livres, etc.).

Un équilibre doit être trouvé entre le coût de production du livre et sa diffusion. Le prix du livre est déterminé en tenant compte de l'ensemble des paramètres afin d'assurer la rentabilité de l'opération d'édition. Sur ce sujet, j'ai une position particulière, qui n'est pas toujours bien comprise. Il est souvent reproché aux éditeurs d'architecture de vendre des ouvrages trop onéreux. En réalité, leur prix a beaucoup baissé ces dernières années. Leur coût relatif est peu élevé comparé aux romans, qui ont un coût de production bien plus faible et une diffusion bien plus large. En effet, les romans ne sont pas illustrés. Les écrivains apportent un texte tapé, à partir duquel est conduit un travail de correction relativement limité. Les livres d'architecture sont, au contraire, tant des livres d'éditeurs que des livres d'auteurs. Nous travaillons principalement sur commande. En outre, dans le cas d'un roman, les coûts d'impression peuvent être mieux négociés car le tirage est beaucoup plus important. Certains livres d'architecture, bien qu'onéreux, se diffusent très largement, notamment parce que leur zone de diffusion est mondiale. C'est le cas de l'Atlas Phaidon de l'architecture contemporaine mondiale, qui a été publié à la fin de l'année dernière et qui coûte 150 euros. Le premier tirage français a été épuisé en deux ou trois mois. En ce qui concerne le Moniteur, les zones géographiques de diffusion sont limitées : il s'agit essentiellement des territoires francophones et, dans une moindre mesure, du Maghreb. Des livres en anglais peuvent certes être publiés, mais il faut dans ce cas disposer de relais internationaux très larges.

L'aide à l'édition

L'aide à l'édition peut prendre deux formes. Elle peut d'abord reposer sur des commandes d'ouvrages d'architecture par de grandes entreprises industrielles. Ce type de commandes favorise largement la réalisation d'une opération d'édition en la sécurisant. Cela a permis, par exemple, de publier un ouvrage sur Perret. La diffusion gratuite par des industriels peut cependant perturber les ventes du livre. Il est donc nécessaire de s'assurer qu'elle ne concerne pas le même niveau que celui des acheteurs potentiels.

L'aide de l'État constitue le second type de soutien à l'édition d'architecture. François Barré avait lancé il y a quelques années une opération intitulée "Librairie de l'architecture et de la ville". Celle-ci continue plus ou moins aujourd'hui. Elle consiste à aider les éditeurs à publier des textes et des ouvrages d'architecture, qui ne pourraient être publiés autrement. Je n'ai toutefois pas été totalement satisfait de la façon dont s'est déroulée la procédure. Les commissions chargées d'examiner les projets d'ouvrages sont traversées par des courants, ce qui explique l'étonnement que peuvent parfois susciter certaines de leurs décisions. Certains des projets proposés par Le Moniteur ont été acceptés alors que je ne m'y attendais pas ; inversement, d'autres ont été refusés sans que j'en comprenne les raisons. Par ailleurs, les éléments économiques que nous avions apportés n'ont pas été vérifiés alors qu'il était facile de le faire ; sur ce point, on nous a fait totalement confiance. En revanche, le contrôle des commissions s'est avéré beaucoup trop tatillon sur ce qui concernait pourtant notre propre travail d'éditeur.

Je souhaitais publier les mémoires de l'ingénieur britannique Peter Ryes, véritable innovateur en matière d'architecture. Celui-ci a écrit un texte intitulé "Un ingénieur imagine". Pour des raisons de temps, je n'ai fait parvenir à la Commission qu'une première version de la traduction du texte en français, en précisant évidemment qu'il ne s'agissait pas de la mouture définitive. Le texte a été refusé lors du premier examen du projet en raison des lacunes de la traduction. Je considère que la commission aurait pu nous faire confiance, en tant qu'éditeurs spécialisés, sur la qualité de l'ouvrage final. Elle a en outre réalisé un travail inutile, qui n'était pas de son ressort, en établissant une liste entière de suggestions de corrections. Il a fallu qu'une nouvelle version du texte soit examinée en commission. À mon sens, la procédure n'est pas adaptée aux contraintes connues par les éditeurs. En effet, si nous devons conduire un travail complet sur un ouvrage, nous finissons par l'éditer, qu'il soit accepté ou non par les commissions.

Les différents types de livres d'architecture

Qu'est-ce qu'un livre d'architecture ? En réalité, il en existe plusieurs sortes. Certains sont des livres de textes, comme ceux que nous publions dans la collection "Architextes". Ces ouvrages intéressent principalement les étudiants, très peu le milieu professionnel et le grand public, ce qui explique le caractère très limité de leur tirage.

Un ouvrage d'architecture est en moyenne tiré à 2 500 exemplaires pour quelques années, ce qui est très faible. Ces exemplaires ne sont tous vendus : certains sont offerts en hommage à certaines personnes, d'autres sont envoyés gratuitement à la presse, d'autres encore sont en démonstration dans les librairies. Certains sont parfois diffusés plus largement. C'est le cas de ceux qui jouent sur un registre à la fois "professionnel" et "grand public". Nous avons publié récemment une collection d'ouvrages - la "Collection des 25" -, qui contiennent un texte d'ouverture sur un programme et 25 exemples de réalisations dans le monde. Des livres de cette collection se sont très bien vendus parce qu'ils ont aussi attiré le grand public : le premier portait sur les maisons individuelles et le deuxième sur les maisons en bois. Le troisième, sur le thème des "halles de marché", s'est beaucoup moins bien vendu. Nous venons de publier un autre ouvrage sur les musées, qui pourra séduire également le grand public.

Un regain d'intérêt au niveau mondial et une culture de l'espace à développer

L'édition d'architecture relève encore aujourd'hui d'une forme de confidentialité. C'est pour cette raison que le terme "d'explosion" m'a d'abord surpris. Il est vrai cependant que l'on assiste aujourd'hui à un regain d'intérêt pour l'architecture au niveau mondial. Certains architectes sont devenus de véritables stars mondiales.

En France, nous n'avons pas toutefois de culture de l'espace. L'Éducation nationale a un rôle fondamental à jouer pour sensibiliser à l'importance de l'espace. Au Japon, j'ai constaté une culture très différente de la nôtre sur ce point. Certes, les notions de pérennité et de conservation du patrimoine semblent très peu présentes là-bas, les constructions y étant généralement renouvelées tous les trente ans. Les Japonais ont cependant un réel sens de la qualité de l'espace ; ils ont un grand respect pour leurs bâtiments. Nous devons développer cette culture de l'espace dans notre pays, ce qui multipliera les demandes en faveur d'une qualité architecturale dans tous les domaines, public comme privé. Si nous ne le faisons pas, nous continuerons à créer des espaces remplis de boîtes posées les unes à côté des autres. Nous avons beaucoup nui à nos paysages. Il serait temps de réagir.

Le regain d'intérêt pour l'architecture au niveau mondial ainsi que le développement d'une culture de l'espace pourront renforcer la diffusion de livres d'architectures et de DVD. Je n'ai pas eu l'occasion de parler du DVD ; en matière d'architecture, celui-ci représente un outil exceptionnel. Je tiens également à saluer le travail de qualité réalisé par Arte. Deux films remarquables ont été projetés lors des "Rendez-vous de l'architecture" et seront diffusés sur cette chaîne ce week-end : le premier porte sur Jean Prouvé, l'autre sur la médiathèque construite par Toyo Ito à Sendai. La diffusion relative à l'architecture devrait se renforcer et permettre ainsi à l'édition française de se développer. Il reste toutefois un long chemin à parcourir pour en arriver là.

Débat avec la salle

Jean-Louis Langrognet
Les possibilités offertes par les co-éditions n'ont pas été évoquées, mais nous pouvons espérer qu'avec la future Cité de Chaillot des développements seront envisageables et qu'un lectorat plus nombreux se constituera progressivement. Il est vrai que notre système scolaire porte une part de responsabilité : le rayon "architecture" dans les Centres de documentation et d'information (CDI) de nos établissements demeure souvent l'un des moins bien fournis, effet d'une présence trop souvent modeste de l'architecture dans les différents programmes et d'une sensibilisation d'une grande partie des enseignants encore très inégale ou faible. Mais les initiatives se multiplient et ces deux journées s'inscrivent bien dans une volonté d'aller au-delà d'un panorama patrimonial codifié pour se préoccuper du fait architectural dans la pluralité de ses manifestations. L'apparition d'un conseil pédagogique dans les collèges et lycées permettra sans doute de rééquilibrer des politiques documentaires et de promouvoir des actions encore plus nombreuses dans le domaine du cadre bâti.

De la salle
Dans l'enseignement de l'histoire des arts, nous avons à traiter de questions relativement précises, et qui se renouvellent. Nous sommes confrontés au problème des ouvrages épuisés : que faire dans ce cas ?

Frédéric Lenne
Dans le cadre de l'opération "Librairie de l'architecture et de la ville" évoquées tout à l'heure, des subventions avaient été apportées pour la réédition d'ouvrages épuisés. Des listes de livres avaient été proposées aux éditeurs. Comme les montants des aides étaient insuffisants, tous les livres n'ont pas pu être réédités. Vous pouvez contacter l'éditeur, qui est tenu de conserver un certain nombre d'exemplaires des ouvrages épuisés. Celui-ci peut accepter de vous faire les photocopies des pages qui vous intéressent. Il ne faudrait pas que cette information se répande trop et que nous soyons assaillis de demandes…Mais, nous pouvons être amenés à rendre ce type de service. Vous pouvez enfin recourir aux bibliothèques, si elles possèdent un exemplaire de l'ouvrage épuisé.

De la salle
Une presse grand public se développe actuellement dans le domaine de l'architecture, notamment en relation avec d'autres thèmes : décoration, cuisine, bricolage, etc. Quel regard portez-vous sur cette presse en termes de qualité et d'impact culturel sur les lecteurs ?

Frédéric Lenne
Je ne vois que des avantages au développement de publications sur le sujet. Nos propres revues touchent avant tout un univers de professionnels. Si la presse grand public se fait l'écho de ce que nous faisons, nous considérons toujours cela d'un œil favorable. À ce sujet, je tiens à signaler l'existence d'une petite revue, "Architecture à vivre", qui a été lancée récemment par des architectes et qui est de très bonne qualité. Dans le domaine du grand public, il faut aussi évoquer la télévision. Certains de mes amis me disent que la meilleure émission d'architecture à la télévision est celle qui présente une maison chaque jour, sous le parrainage publicitaire de Leroy Merlin. Il paraît que cette émission est souvent de grande qualité. Je m'en félicite car je juge en général positivement tout ce qui peut contribuer à sensibiliser le public à l'architecture.

De la salle
Les lieux de tournage des spots publicitaires sont parfois de très beaux exemples d'architecture. Il arrive aussi qu'ils renouvellent les stéréotypes par un décalage avec ce qui est présenté dans les magazines de décoration.

Frédéric Lenne
Effectivement. Il en est de même des lieux de tournage de certains films.

De la salle
Oui. Les lieux de tournage, en général, représentent parfois des cadres de promotion de l'architecture.
Frédéric Lenne
Je souhaiterais également signaler le film sur Louis Kahn et qui a été réalisé par son fils, Nathaniel : My Architect. Ce film sort prochainement en DVD. Il a connu un grand succès. A mon sens, il s'agit d'un excellent film pédagogique.

De la salle
Que pensez-vous de la possibilité de publier sur Internet ? Dans quelles conditions cela peut-il se faire ? En tant qu'enseignant, le site "Archilibre" m'est très utile ; mais apparemment, il rencontre quelques difficultés.

Frédéric Lenne
Les réalisations du Moniteur sont pratiquement inexistantes aujourd'hui sur Internet en matière d'architecture. Je suis très attentif à ce qui existe dans ce domaine. Internet constitue un réel outil de diffusion. Actuellement, il existe des sites web intéressants. Certains d'entre eux commencent même à proposer des petits films. L'économie actuelle relative à Internet constitue cependant un obstacle : nous développons peu notre activité sur le web car pour l'instant rien n'y est payant. Cela pourrait aussi être une solution au problème des ouvrages épuisés.

De la salle
Professeure d'arts plastiques et histoire des arts, j'ai travaillé pendant quinze ans dans la formation des architectes paysagistes. Je suis donc très intéressée par cette question de la diffusion d'une culture architecturale. Je me suis appliquée à en transmettre des éléments dans mes activités. Pourquoi ne créeriez-vous pas une collection de documents pédagogiques sur l'architecture ? Ceux-ci présenteraient des informations - certes limitées car il ne s'agit pas d'un univers professionnel - sur des créateurs et des thèmes. Ils constitueraient un outil de travail pour les enseignants. Leur coût devrait être limité, afin que les élèves les plus motivés puissent également les lire.

Frédéric Lenne
Ce que vous proposez me paraît très intéressant, mais je serais incapable de le faire seul. Le Moniteur sait parfaitement éditer des ouvrages. Il a également des capacités de diffusion importantes. En revanche, une opération comme celle-ci, qui s'adresse à un public particulier, ne peut être réalisée sans un partenaire.

Jean-Louis Langrognet
En remerciant vivement Frédéric Lenne, j'invite tous ceux qui ne connaîtraient pas la librairie du Moniteur à la fréquenter périodiquement, ainsi que son site Internet. Il est aisé d'y repérer rapidement les titres susceptibles de répondre à nos centres d'intérêt ou à nos préoccupations, et de découvrir à travers la présentation des parutions récentes la vitalité effective et diversifiée de l'édition dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme.


Actes du séminaire - L'architecture comme fait culturel aujourd'hui 7 et 8 avril 2005

Mis à jour le 15 avril 2011
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