Séminaire « Développement de l'internat scolaire public »

Internat : vie scolaire, équipe éducative

Les débats sont animés par : Philippe Joutard, recteur, président du groupe d'experts pour l'école primaire, chargé d'une mission sur le collège

Philippe Joutard

Nous allons tout d'abord recueillir cinq ou six questions de la part des participants ici réunis, questions auxquelles les invités répondront selon leur spécialité. Les sujets suivants seront abordés : les métiers de l'internat, la vie des élèves et les questions médico-sociales, la vie scolaire et pédagogique et les questions relatives aux déplacements, transports, activités culturelles, sportives, études, aide aux devoirs.

Roger Pelletier, principal du collège Alfred Sisley à Moret sur Loing, internat des bateliers

Les maîtres d'internat, qui habituellement commencent leurs études universitaires au mois d'octobre, ne pourraient-ils pas, durant la période de rentrée scolaire du 7 septembre au 30 septembre, bénéficier d'une formation spécifique. Dans de nombreux mouvements laïques, les compétences existent pour proposer des formations sur l'aide au travail personnel par exemple.

Sylvain Cuzent, directeur de l'Association nationale des communautés éducatives

La question des écoles régionales d'enseignement adapté (EREA) n'a pas été évoquée ce matin. Ne croyez-vous pas que, comme dans les EREA, la professionnalisation de l'encadrement et l'embauche d'éducateurs spécialisés sont nécessaires dans les internats ?

Guy Leclerc, principal du collège de Soc, académie de Clermont-Ferrand

Dans la majorité des internats de l'académie de Clermont-Ferrand, nous regrettons l'absence de personnel d'écoute et de personnel médico-social. En particulier, nous n'avons ni conseillers principaux d'éducation, ni infirmières. Ce sont par conséquent les principaux qui assument les tâches habituellement dévolues à ces personnels, ce qui est préjudiciable à l'image de l'internat auprès des familles.

Intervention de Jean-François Jamet, direction de l'Enseignement scolaire

Les établissements régionaux d'enseignement adapté sont des établissements publics locaux d'enseignement (EPLE), établissements d'éducation spéciale. Leur mission est de prendre en charge des enfants et des adolescents en grande difficulté scolaire et/ou sociale, ou présentant un handicap. Anciennement écoles nationales de perfectionnement (ENP), ces établissements ont aujourd'hui un demi siècle d'existence. 80 écoles régionales d'enseignement adapté (EREA) sont installés en France métropolitaine. Ils accueillent et scolarisent 11 183 élèves. Parmi eux, 5 accueillent des élèves présentant un handicap moteur et 3 des élèves présentant un handicap visuel. Les orientations et les affectations des élèves sont effectuées par les commissions de l'éducation spéciale. La formation dispensée dans ces établissements est organisée par référence aux enseignements du collège, du lycée professionnel ou du lycée général et technologique. Ces formations permettent d'acquérir une qualification au moins de niveau V.

La particularité de la prise en charge des élèves d'EREA est liée à la présence d'un internat éducatif dans 75 d'entre eux. Actuellement, 6029 élèves sont internes soit 53, 9% de l'ensemble (56% en 1995). 75, 4% des internes sont des garçons et 56, 9% des garçons d'EREA sont internes. C'est une circulaire du 17 mai 1995 qui assigne aux EREA les missions et les tâches de l'internat éducatif : développement des activités socio-éducatives, éducation à la citoyenneté, éducation aux loisirs et développement des activités sportives, accompagnement du processus d'insertion sociale et professionnelle, gestion du projet individuel de formation des adolescents dont un éducateur référent sera le garant, résolution des difficultés d'apprentissage par la pratique des études dirigées et du soutien scolaire, développement des relations avec l'environnement de l'institution, en particulier les collaborations avec les associations, les collectivités territoriales et les entreprises pour compléter l'éducation et la formation des jeunes accueillis en EREA. Ces missions et ces tâches sont assurées par des " instituteurs ou professeurs des écoles spécialisés éducateurs en internat ". Ces enseignants ont la possibilité d'acquérir lors de leur formation spécialisée CAPSAIS (certificat d'aptitude pédagogique spécialisé pour l'adaptation et l'intégration scolaire) des compétences complémentaires spécifiques pour exercer les fonctions d'éducateur en EREA.

Aujourd'hui, les EREA sont susceptibles de proposer dans notre système scolaire une offre spécifique, grâce à la prise en charge éducative proposée par l'internat, pour élargir l'offre de formation professionnelle qualifiante et diplômante dans le cadre des mises en réseaux et des schémas régionaux, dans le cadre de la politique de scolarisation des jeunes handicapés, par le potentiel ajusté de l'offre d'accueil et de scolarisation pour ces élèves, handicapés sensoriels ou moteurs (présence d'un centre de soins annexe et de plateaux techniques). Indépendamment, des difficultés de fonctionnement que peuvent rencontrer certains établissements, les EREA disposent au regard de l'expérience accumulée depuis plusieurs décennies d'un réel potentiel éducatif qu'il conviendrait, à la lumière du plan de relance de l'internat scolaire public, de faire évoluer.

Intervention d'Alain Warzee, direction de l'Enseignement scolaire

A la question de la nécessité ou non d'embaucher des éducateurs spécialisés dans les internats, la réponse ne peut être univoque. En effet, dans la majorité des cas, l'intervention d'éducateurs spécialisés n'apparaît pas véritablement indispensable même si la dimension " éducative " de l'internat mérite souvent d'être confortée.

Les internats relais sont un cas particulier. En effet, ils se situent dans l'ensemble des dispositifs relais structuré au sein des schémas départementaux, mais ils ne constituent en rien des unités propres de recherche ou des structures à vocation purement sécuritaire. Conformément aux principes qui fondent le dispositif des classes relais, la majorité des internats relais qui se mettront en place progressivement ne seront pas des entités closes : ils accueilleront un nombre d'élèves limité à douze environ dans un internat ordinaire.

Les cartes des dispositifs relais montrent qu'un certain nombre de refus, de la part de l'élève ou de sa famille, de scolarisation dans une classe relais a pour cause l'éloignement. La création d' internats relais résout en partie ce type d'obstacle car ils correspondent à une classe relais avec hébergement. Cependant, ces internats n'ont pas le même statut que les classes relais. En accord avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dans le cadre de notre partenariat, nous pensons qu'il peut être utile, dans un souci d'encadrement renforcé, d'avoir recours partiellement à un éducateur spécialisé afin d'établir le lien entre les jeunes accueillis dans l'internat et le dispositif relais.

La préoccupation majeure des internats relais est d'ordre pédagogique : les efforts des équipes ne visent pas à construire un environnement de nature sécuritaire, mais portent plutôt sur l'intégration de ces jeunes dans l'internat, qui ne peut se faire que par la participation au projet global d'accompagnement scolaire. C'est pourquoi il faut mettre en place une articulation, une cohérence éducative et pédagogique entre la classe relais, le collège d'accueil et la petite section des élèves accueillis dans l'internat. A cette seule condition, le recours à des éducateurs spécialisés est utile. Le projet pédagogique et le projet éducatif doivent suffire à assurer et à concilier l'intérêt général (la loi commune de l'internat), la liberté de chacun et le respect d'autrui, dans le cadre global de "l'éducation à la citoyenneté".

Intervention de Nadine Neulat, direction de l'Enseignement scolaire

La demande d'écoute et de relation que réclament les élèves est valable non seulement pour les internats, mais pour l'ensemble des établissements. Des créations de postes importantes dans le domaine médico-social ont eu lieu ces dernières années mais ont essentiellement concerné les zones où le problème de la violence est sensible. Or il est essentiel d'assurer que les postes d'infirmière concernent en premier lieu les internats.

Par ailleurs, il faut réfléchir, avec l'ensemble de l'équipe éducative et pas seulement avec les personnels spécialisés (infirmières, assistantes sociales et médecins de l'Éducation nationale), à l'organisation particulière que requiert la vie en internat, en particulier sur deux points. D'une part l'organisation des soins et des urgences dans l'établissement. Elle a fait l'objet du protocole paru dans le Bulletin officielen janvier 2000. Elle concerne le personnel infirmier et l'ensemble du personnel qui est en relation permanente avec les élèves : par exemple, les surveillants doivent connaître les gestes de premiers secours ou les consignes à adopter en cas d'urgence. D'autre part, l'écoute est particulièrement importante pour les pré-adolescents. En effet, la rupture avec la famille peut être douloureuse, car il faut un certain temps pour s'adapter à une vie communautaire continuelle.

Intervention de Dominique Brossier, direction de la Protection judiciaire de la jeunesse au ministère de la Justice

La vie en groupe au quotidien nécessite de la part du personnel encadrant une formation et une certaine distance. Par exemple, il faut savoir gérer une situation où des élèves consommeraient des produits illicites. Cette professionnalisation est nécessaire même dans des internats où les élèves ne sont pas particulièrement difficiles.

De la salle

Pour relancer l'internat, il faut réfléchir aux fonctions qu'il devra remplir et à la professionnalisation des personnels. Je ne sais pas s'il est nécessaire de recruter des éducateurs spécialisés. Cependant, on ne peut construire les internats uniquement avec des maîtres d'internat et des aides-éducateurs.

Selon moi, des métiers sont à inventer. Il paraîtrait intéressant de tenir compte de l'expérience du ministère de l'Agriculture qui depuis vingt ans a travaillé à une nouvelle conception de l'internat. Il faut proposer aux élèves, en plus du travail scolaire, au-delà de l'achat de la traditionnelle table de ping-pong des activités à visée éducative. Pour cet encadrement-la une nouvelle profession est à inventer.

Philippe Joutard

Pour conclure, il ne faut pas se limiter à la notion d'internat éducatif. L'internat peut permettre des réalisations d'excellence. En outre, l'internat ne doit pas être un ghetto : l'effort d'intégration est important. Cela suppose une formation et des postes à exigences particulières à tous les niveaux. L'internat n'a de sens que s'il est analysé dans son contexte d'ensemble.

Actes du séminaire national - Développement de l'internat scolaire public

Mis à jour le 15 avril 2011
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