Séminaire « L'internat : Pour qui ? Pour quoi ? »

L'accompagnement psychologique


Animateurs : Angélique Le Gua-Faucon et Marie-Joseph Digne
Rapporteurs : Claire Calderon, académie d'Aix-Marseille, et Eric Baldoureaux, académie de Nice
Témoins : Béatrice Eon, Christian Nicolas et Jean-Yves le Fourn

Les débats du groupe 1

On peut regrouper les différentes types d'aide et d'accompagnement en trois grands domaines :

l'accompagnement psychologique collectif

Il se situe dans le domaine de la prévention et de la continuité dans le temps. Il s'agit du travail avec les jeunes qui ne manifestent pas de problèmes particuliers. Il se déroule autour des modes suivants :

  • accueil des parents ;
  • relaxation ;
  • échanges et écoutes avec des adultes divers ;
  • convivialité des lieux ;
  • prise en compte des évolutions des groupes.

l'accompagnement psychologique individuel, de veille ou de relais avec la vie scolaire

C'est plutôt un soutien qu'un accompagnement, car chaque adulte doit bien maîtriser la limite de sa compétence psychologique ou médicale. Dans toute situation, l'avis du domaine " santé " prévaut. Trois questions sont posées par rapport à ce soutien :

  • quel est le rôle du jeune dans le dispositif : acteur, en attente ?
  • il n'y a jamais substitution à la famille ou au responsable légal ;
  • si le jeune est trop déstructuré dans son comportement, le suivi n'est pas
    possible à l'intérieur de la seule structure.

La réaction à l'urgence et la vigilance permanente.

Cela se situe dans le cadre de l'équipe de direction et des responsabilités collectives

Manques et Besoins

À partir des trois points précédents, le groupe a réfléchi en développant des orientations liées à des pratiques ou des situations rencontrées :

Vigilance :

  • l'internat lui-même peut être maltraitant ;
  • le quotidien est très prégnant ;
  • les situations d'urgence et de suivi psychologique ;
  • les ruptures familiales ne sont pas maîtrisables ;
  • l'isolement géographique et/ou moral.

Principes :

  • c'est une prise en charge globale au niveau de l'établissement : l'établissement est porteur de l'internat ;
  • c'est un travail transversal entre les différents personnels, avec un rôle de dynamisation du chef d'établissement ;
  • il y a une différence entre collège et lycée.

Quelques éléments à développer :

  • Prendre en compte la jeunesse des personnels d'encadrement (MI-SE, aides éducateurs) -›formation ad hoc indispensable
  • Développer une prise en charge dans le temps -›problème de la permanence des équipes et de leur carrière, des profils
  • Organiser les conditions de travail des personnels -›régulation des équipes d'adultes
  • prendre de la distance par rapport au quotidien -›formation à l'analyse de pratique dans la multicatégorialité
  • aider à la prise parole, rompre l'isolement -›lieux, temps de vie
  • développer la responsabilité des jeunes, la convivialité -›CESC, CVL, FSE, locaux
  • situer l'Internat et l'établissement dans leur contexte -›travail en partenariat
  • maintenir des liens avec la famille -›accueil, suivi, échanges dans le temps.

Les débats du groupe 2

Le travail du groupe a été orienté principalement autour de l'expérience relatée par Jean-Yves Le Fourn, pédopsychiatre, spécialiste de l'adolescence.

Avec son équipe médico-psychologique et sociale hospitalière, au sein d'une structure originale (à cheval sur les publics enfants et adultes, tranche 16/25 ans), ce médecin a développé en dix ans, un travail de partenariat avec une cité scolaire de Tours, particulièrement en direction de l'internat de l'un des lycée qui accueille les élèves de plusieurs établissements. Ce partenariat a été officialisé par la signature, en 1999, d'une convention entre l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH), le rectorat de l'académie d'Orléans-Tours et l'inspection académique d'Indre-et-Loire.

Ce travail de partenariat est organisé autour de deux pôles et sept axes :

premier pôle : les personnels de l'établissement

  • un travail de régulation et d'échanges spécifique à l'équipe médico-sociale (assistante sociale, infirmière et médecin scolaires) et aux conseillers principaux d'éducation ;
  • une permanence "sas" hebdomadaire du médecin et de l'assistante sociale scolaires destinée exclusivement aux élèves internes pour évaluer les situations avant de proposer une éventuelle orientation vers la consultation spécialisée en pédopsychiatrie ;

second pôle : l'équipe de pédopsychiatrie

  • l'équipe émet un avis technique ("clinique") sur l'admission à l'internat des élèves connaissant des problèmes ou des difficultés ;
  • l'équipe apporte son expertise lors des réunions de synthèse organisées tous les quinze jours pour évoquer l'ensemble des situations particulières relevées dans l'établissement et plus particulièrement à l'internat, par les personnels médico-sociaux, éducatifs et de surveillance ;
  • l'équipe anime des groupes d'analyse de pratique et des groupes "Balint" à destination de tous les personnels de l'établissement ;
  • l'équipe soutient les personnels et particulièrement les maîtres d'internat par le biais de groupes de parole et participe à leur formation (plan de formation spécifique porté par l'IUFM) ;
  • enfin, les élèves ont un accès libre et direct à la consultation spécialisée dont les locaux sont situés face au portail d'entrée du lycée.

Orientations pour l'accompagnement psychologique

intéresse les adultes comme les élèves mais pas tous les adultes ni tous les élèves, seulement ceux qui le souhaitent.

Le premier des accompagnements psychologiques à mettre en place consiste à favoriser l'interconnaissance des personnes, des missions et des compétences respectives, au sein même de l'établissement. Il convient de commencer par l'équipe médico-sociale à travers une régulation éthique (l'équipe de pédopsychiatrie servant de tiers médiateur). Ainsi, chacun dit et sait jusqu'où accompagner les adolescents. Cela permet d'éviter autant les phénomènes de rétention d'information que ceux de psychologisation ou de psychiatrisation outrancières.

des élèves internes dans l'établissement doit dépasser deux seuils avant une orientation vers l'équipe de pédopsychiatrie : repérer les élèves qui n'expriment pas leur mal-être, leur malaise (les "trop sages", les "silencieux", les "inhibés" par opposition à ceux qui posent des problèmes de comportement et sont repérés immédiatement) et ceux qui présentent des troubles de la conduite alimentaire (boulimie, anorexie notamment). L'un des indicateur fort pour aider à ce repérage est de répondre à la question : ces élèves sont-ils aptes à développer des liens à l'internat ?

Autre difficulté liée à l'accompagnement psychologique des adolescents internes, particulièrement lorsque l'internat accueille des élèves de différents établissements scolaires : repérer les trajectoires individuelles, trouver trace des éléments biographiques et historiques des élèves afin de gagner du temps et de l'efficacité dans les prises en charge - difficulté majorée lorsque les élèves viennent d'un établissement privé ou réclament le secret sur leur vie privée.

Enfin, l'internat ne doit pas être inscrit dans une problématique personnelle d'échec pour l'élève (notamment en rapport avec une "pathologie du lien") sinon ce sera un nouvel échec.

Quelques écueils à éviter

Il convient de différencier les publics d'internes, de séparer les collégiens des lycéens. La pire des cohabitation / confrontation est celle des 13/15 ans avec les 17/19 ans. Il existe un tel écart de maturation (notamment dans le champ de la sexualité et de l'affectivité) et d'intérêts entre ces deux groupes, qu'il convient de ne pas les mêler dans les mêmes locaux sous peine d'incidents.

En internat de collège

Pas de mixité dans les mêmes locaux (si l'internat est mixte, il ne doit pas y avoir de possibilité de rencontres nocturnes)
Pas de chambre seule mais des chambres de deux à quatre lits avec possibilité de s'isoler (problématique particulière de la nuit pour les 11/13 ans)

En internat de lycée

Premier problème à réguler : les élèves majeurs et les droits auxquels ils ont accès (mouvements, relations, absences, etc.)
Chambre seule ou de deux à quatre élèves avec possibilité de s'isoler.

Regard et place des familles différents dans les relations avec l'établissement et dans le quotidien de l'élève (maintien du lien, type de rupture)

 

Propositions de formation

Le concept directeur de la formation à l'accompagnement psychologique pour les personnels intervenant dans un établissement avec internat est que l'on parle d'adolescents et non d'élèves ; cet inversement de la dialectique modifie le regard, l'approche et la dynamique de la formation.

Préalables

Trois préalables sont nécessaires à toute formation de cette nature :

  • il doit s'agir d'une formation d'établissement ;
  • le chef d'établissement doit être partie prenante (ou "neutre" à minima) ;
  • ce doit être une formation intercatégorielle ("transversale").

Contenu

Le contenu de la formation pourrait se décliner en trois étapes :

première étape : interconnaissance

  • connaître les dispositifs et les ressources internes de l'établissement ;
  • connaître les missions et les fonctions de chacun ;
  • mise en réseau et "régulation éthique" (limites de chacun).

deuxième étape : connaissance des problématiques adolescentes en trois axes :

  • axe psychanalytique
  • axe sociologique
  • axe anthropologique (problèmes posés par "la modernité" : rapports et signification du port des marques, postures et comportements individuels et collectifs, rapport et incidence du téléphone portable, etc.).

troisième étape : continuité de la formation sur une longue durée avec

  • des groupes d'analyse de pratique ;
  • un groupe Balint.

Questionnement et perspectives

Le groupe de travail s'est posé un certain nombre de questions relatives au champ de la formation et au statut des personnels.

Faut-il envisager une formation spécifique, à l'Iufm, pour les enseignants d'établissement avec internat compte-tenu de la particularité des internes (l'établissement comme lieu de vie et de travail) et du peu d'implication des enseignants dans les groupes de régulation ?

Faut-il professionnaliser les maîtres d'internat ? Si la différence d'âge - quelquefois réduite - entre les élèves et les maîtres d'internat ne semble pas poser problème (à partir du moment où ils possèdent un statut et sont investis d'une responsabilité par l'autorité de l'établissement, ils sont respectés), ce qui pose problème est qu'ils partagent avec les élèves les mêmes préoccupations, la même dynamique, le même but : réussir leur examen. D'où confusion et difficulté de positionnement.

Un métier est sans doute à inventer. Peut-être faudrait s'inspirer de ce qui existe par ailleurs, comme au Québec par exemple, où la formation des enseignants est double : elle est disciplinaire et éducative. Ils sont enseignants et éducateurs au sens des sciences de l'éducation et du travail social. Ce type de profil conviendrait tout à fait à l'internat.

Chez nous, un statut et une formation approchants sont ceux des instituteurs et des professeurs des écoles titulaires du certificat d'aptitude pédagogique spécialisé pour l'adaptation et l'intégration scolaire (CAPSAIS) qui interviennent dans les écoles régionales d'enseignement adapté (EREA) et les établissements régionaux du premier degré (ERPD), en internat donc.

 

Exemple d'accompagnement psychologique : Le cas du lycée professionnel Renaudeau

Présentation

Situation géographique : Cholet (60 kilomètres de Nantes et 60 kms d'Angers)
Ville de 55 000 habitants dans une zone rurale
Formations de la cité scolaire : de la 4 ème technologique au BTS
Lycée professionnel dans une cité scolaire de 1500 élèves
Lycée professionnel industriel de 450 élèves
230 élèves internes dont 74 élèves du LP (21 filles/53 garçons)

Le contexte de l'internat

Il est situé dans un des deux bâtiments principaux de la cité, au 3 ème étage pour les filles, et au 4 ème étage pour les garçons.

Les dortoirs sont au nombre de sept, les chambres sont de six lits. Le public des dortoirs est mixé, à savoir il n'y a pas de dortoir lycée professionnel et de dortoir lycée d'enseignement général et technique.

Trois conseillers principaux d'éducation, une infirmière, six surveillants d'internat, quatre maîtres au pair, gèrent au quotidien l'internat.

L'internat est ouvert du lundi matin au dimanche soir ; toutefois quelques internes rentrent dès le dimanche soir.

L'internat a principalement un club, celui du foyer des internes.

Deux sorties par trimestre sont organisées.

Il existe un règlement intérieur de l'internat.

Le choix de l' internat

L'élève est interne parce que :

  • la formation choisie est trop éloignée du lieu d'habitation (90% des cas) ;
  • l'internat supplée à des difficultés familiales et sociales, il est alors fortement conseillé voire il s'impose de lui même… (5%) ;
  • il s'agit d'un choix délibéré de l'élève, notamment, il pense qu'il travaillera mieux. C'est un choix qui correspond plus aux internes de lycée d'enseignement général et technique (5%).

Il existe deux formes d'accompagnement psychologique :

L'accompagnement psychologique individuel

Le cas de Jessica, 19 ans. Elle est en 1 ère année de bac pro EIE. Elle vit chez ses parents avec une sœur. En 1999, un enseignant détecte qu'elle souffre de troubles alimentaires. Elle est vue par le médecin scolaire et les infirmières qui lui proposent une hospitalisation en psychiatrie. Elle refuse. Le médecin contacte un psychiatre et lui donne un rendez vous sur temps scolaire.

Jessica souffre de difficultés familiales : elle est la bonne de la maison (dès cinq heures le matin et jusqu'à minuit) et vit avec un beau père violent. Elle veut quitter sa famille.

Plusieurs rencontres sont engagées : avec le médecin traitant, avec l'assistant social scolaire, avec un psychiatre. Elle quitte sa famille en mai 2000 et entame une psychothérapie (rendez vous tous les mercredis après midi).

Elle loge à l'internat jusqu'à l'obtention de son bac (les vendredi et samedi soirs, elle loge dans la famille de son petit ami). Par l'assistant social, on lui obtient une couverture sociale et des aides financières par le fonds social lycéen pour sa scolarité, ses vêtements, son argent personnel…) En juin 2001, Jessica obtient son Bac et quitte le lycée.

L'accompagnement psychologique de Jessica a été quotidien pendant 2 ans. Elle a besoin de dire et de retrouver " une famille " ; elle vient tous les soirs à l'infirmerie. Elle a trouvé par le cadre scolaire un accompagnement psychologique, et matériel. Ceci lui a probablement permis de ne pas décrocher et de ne pas se retrouver à la rue. Ceci lui a permis également de renouer petit à petit avec sa mère.

Il existe un à deux cas tels que Jessica par an. Ils correspondent à une ou plusieurs ruptures familiales. Ce sont souvent des filles. Non pas que les garçons soient exempts de ruptures familiales mais ils les exprimeront différemment, par exemple par des conduites déviantes (actes violents , prise d'alcools).

Un système de veille

Le repérage de ces élèves est important. Il est effectué à travers l'observation de signes physiques (vomissements, non passage au dîner, passages réguliers à l'infirmerie….). Ces observations sont recoupées avec l'attitude de l'élève en cours.

L'accompagnement

Les solutions sont individuelles. Elles sont étudiées au cas par cas par l'équipe vie scolaire (proviseurs adjoints, conseillers pédagogiques d'éducation, conseillers d'orientation psychologique, infirmières, médecin scolaire, assistant social).

Les solutions sont de plusieurs types : entretien avec la famille, réponses médicales et/ou sanitaires, aide pour des démarches administratives ou financières.

Dans les cas lourds, il est fait appel à des ressources externes (service social, ou service psychologique). Dans ces cas là, on observe une association de plusieurs troubles (alimentaire, sommeil, délires…) qui met en péril leur scolarité voire leur vie.

Pour 70% des cas, des entretiens et une bonne écoute règlent le ou les problèmes.

En général, on remarque que sur ces cas exceptionnels, le système fonctionne. Toutefois il a ses limites. En effet, les élèves qui sont très déstabilisés et sans repère, ne peuvent supporter longtemps l'internat. L'internat représente un cadre trop rigide pour ces jeunes qui n'acceptent pas de contraintes. L'accompagnement psychologique devient alors impossible pour ces jeunes qui en fait s'excluent d'eux mêmes.

L'accompagnement psychologique collectif

La rentrée

L'accompagnement des internes commence par l'accompagnement des parents. L'accueil des premiers jours est important. Les familles sont rassurées lorsqu'elles peuvent visiter l'internat et poser des questions. Il est symbolique de remarquer que les parents font presque tous le lit de leur enfant le premier jour.

Les difficultés d'adaptation

Les filles expriment là encore plus facilement ces difficultés. Le passage à l'infirmerie le soir pour être écoutée en témoigne (une quinzaine de visites par soir ; ce sont des entretiens assez longs). Ce sont des difficultés d'adaptation à la cité scolaire, à la vie collective de l'internat et à la gestion du stress.

L'expérience de la relaxation

Mise en place de séances de relaxation en 2000/2001. Il y avait deux groupes pour vingt-sept élèves. Les séances sont répartis les jeudis soirs pendant l'année scolaire. Un intervenant extérieur entreprend un travail de relaxation par la pensée, par le corps. L'inscription est facultative.

Cette année, le médecin scolaire propose aux élèves anxieux, déprimés, de participer à ces séances.

Cette forme d'accompagnement psychologique est positive d'après les élèves car elle leur a permis de mieux se maîtriser dans des situations difficiles et de mieux se connaître soi même.

La reconstitution d'une atmosphère " familiale "

La convivialité est importante. Contacts humains, activités, lieux doivent recréer cette atmosphère (importance du foyer).

La plupart des internes vivent bien leur internat :

  • présence des copains
  • proximité de l'âge (surveillants)
  • bonne ambiance
  • vie collective enrichissante.

Cet accompagnement permet plusieurs apprentissages :

  • apprendre à vivre en collectivité. L'interne rencontre d'autres façons de penser, d'autres cultures
  • prendre confiance en soi
  • affirmer sa personnalité
  • devenir autonome, indépendant, responsable.

 

Conclusion

Un meilleur accompagnement psychologique s'obtient par :

  • une meilleure formation des MI-SE et une stabilité des équipes
  • la mise en place de clubs d'animation permettant des échanges plus nombreux
  • la mise en place d'un espace de paroles comparable au principe des heures vie de classe où des débats seront possibles
  • des locaux plus attractifs.


Actes du séminaire national "L'internat : Pour qui ? Pour quoi ? " - Paris 24 et 25 octobre 2001

Mis à jour le 15 avril 2011
Partager cet article
fermer suivant précédent