Séminaire « L'internat : Pour qui ? Pour quoi ? »

L'accompagnement pédagogique

1 er exemple : lycée professionnel, domaine d'Eguilles, 84270 Vedene

2ème exemple : Etablissement public local d'enseignement Delphine -Gray (Creuse)

Animateurs : Annick Arnaldi et Vincent Valour
Témoins : Christine Werkoff, Claude Michel, Bernadette Chomier et Jean-Pierre Jouhaud
Rapporteurs : Jeanine Raimond, Pierre Rivano

Nous avons réfléchi sur l'accompagnement pédagogique avec une question récurrente : qu'est-ce que l'accompagnement pédagogique ? Les réflexions et propositions sont répertoriées en fonction du niveau où elles se situent.

Au niveau de l'espace :

Il nous paraît important pour l'enfant ou l'adolescent de bien repérer les lieux et d'identifier les activités qui s'y exercent : travail, étude, repos, loisir mais aussi écoute.

Au niveau du temps :

Tout comme pour les lieux, l'enfant doit pouvoir identifier les activités en fonction du temps. Il faut un temps pour les loisirs, un autre pour le repos, un troisième pour le travail.

Il nous faut garder en mémoire que l'autonomie passe par un apprentissage qui nécessite un encadrement et un accompagnement du jeune.

Ces réflexions et propositions concernant le lieu et le temps sont modulables en fonction de l'âge des élèves, de leur niveau d'étude… donc du contexte.

Au niveau des locaux :

S'il y a des locaux propres à l'internat, il existe aussi des locaux qui peuvent et doivent être utilisables par les internes. L'espace multimédia et le centre de documentation et d'information (CDI) sont de ceux-là. Se pose alors le problème de l'encadrement ou plus précisément de l'accompagnement.

S'il s'agit d'un CDI virtuel, on peut tout à fait imaginer, et cela existe dans certains établissements, des postes d'accès dans les locaux de l'internat mis en réseau (intranet par exemple). En ce qui concerne l'utilisation du CDI, sans vouloir remettre en cause l'importance du professeur documentaliste ni son temps de travail, on peut toutefois admettre la possibilité de le maintenir ouvert pour les internes avec d'autres adultes présents : aides éducateurs, maître d'internat… Certains établissements ont mis en place des expériences d'utilisation en autonomie du CDI.

Avec quels personnels ?

  • les maîtres d'internat (MI) bien sûr, mais ne pourrait-on penser à des postes à profil (il y a un exemple dans une académie) ?
  • des étudiants : des expériences dans le cadre du projet d'internat existent avec des étudiants intervenant dans le cadre de l'aide aux élèves ;
  • des enseignants, certes sur la base du volontariat, interviennent déjà. Mais il est noté que des personnes non enseignantes ont un autre regard au niveau de l'accompagnement. L'interaction avec le jeune a alors un caractère " moins scolaire " ;
  • d'autres adultes peuvent et doivent intervenir dans cet accompagnement, en particulier au niveau de l'écoute qui peut parfois constituer l'élément déclencheur et dynamiseur pour l'élève. Ce sont les personnels de santé, les personnels Atoss… ;
  • des personnes extérieures, à travers l'accompagnement scolaire par exemple, organisé dans plusieurs communes, et dont les élèves internes peuvent bénéficier.

Quelle formation ?

Il semble que la formation d'établissement soit la plus appropriée. Elle permet à une équipe pluricatégorielle de réfléchir ensemble et d'affiner son projet commun.

1er exemple d'accompagnement pédagogique : lycée professionnel, domaine d'Eguilles, 84270 Vedene

Le lycée professionnel, lieu d'accueil d'élèves issus de collèges dont les résultats scolaires, les motivations, "les choix", le potentiel et les aptitudes à évoluer dans ce contexte ont permis l'affectation dans ce type d'établissement.

  • L'internat lieu de vie des élèves qui ne retournent pas au domicile familial le soir ;
  • la pédagogie : moyen utilisé par les pédagogues, le plus souvent les enseignants, pour transmettre les savoirs nécessaires à la réussite scolaire de l'élève ;
  • l'accompagnement pédagogique en internat de lycée professionnel, c'est l'énergie dispensée à l'élève interne par la structure d'accueil de l'internat dans le but d'accroître son autonomie scolaire.

Á partir d'un diagnostic fait dans l'internat d'un établissement, il appartient à une équipe éducative de proposer une stratégie d'accompagnement pédagogique à l'internat, c'est-à-dire après la journée de travail des élèves.

Cela suppose une réflexion et la réponse à certaines questions :

  • Peut-on imaginer de confier un accompagnement pédagogique à une équipe éducative ?
  • Peut-on faire de l'accompagnement pédagogique au-delà d'une journée de cours en lycée professionnel ?
  • Peut-on convaincre et motiver des élèves en situation d'éloignement voire de rupture avec la famille, de participer activement à cette action d'accompagnement ?

 

De quel accompagnement pédagogique parle-t-on en internat ?

Au milieu d'une panoplie comprenant notamment les études surveillées, les études dirigées, l'aide aux devoirs, le soutien scolaire, l'aide personnalisée, la remise à niveau, les modules, les projets pluridisciplinaires à caractère professionnel…, il parait utile de situer l'accompagnement pédagogique en internat de lycée professionnel. Celui-ci pourrait se concrétiser par :

  • une aide aux devoirs avec recherche documentaire, et renvoi aux révisions nécessaires ;
  • l'apprentissage de méthodes de travail ;
  • l'organisation, la gestion du temps et du calendrier (Réviser pour le lendemain et préparer l'au-delà) ;
  • la recherche d'informations pour son orientation, son devenir professionnel ;
  • la motivation, la réflexion, l'auto évaluation ;
  • la valorisation des acquis (faire prendre conscience des progrès effectués) ;
  • la sécurisation - l'encouragement ;
  • l'écoute, l'expression orale, l'échange… ;
  • le travail en groupe ;
  • l'encouragement à l'entraide et à la pratique du tutorat entre jeunes qui permet au "donneur comme au receveur" d'évoluer ;
  • la prise de notes et la consultation des informations pratiques (dates et natures des évaluations…) ;
  • créer des ponts entre les disciplines et montrer qu'une expérience acquise dans une discipline est transférable et utilisable dans d'autres disciplines et dans la vie sociale ;
  • favoriser l'enrichissement personnel au contact des autres dans un vivier hétérogène ;
  • aide à la connaissance de soi, à sa propre évaluation scolaire ;
  • apprendre à repérer les meilleures conditions d'apprentissage (le soir, le matin, en faisant appel aux différentes mémoires visuelles auditives ou tactiles) ;
  • mesurer les effets possibles du travail en groupe : évaluation.

Cet ensemble d'actions possibles devrait conduire au développement de l'autonomie de l'élève et à son intégration dans le groupe classe.

L'intervenant devrait faire porter sa réflexion moins sur le savoir ou le savoir-faire lui-même (il ne sera que rarement aussi compétent que le professeur de la discipline) que sur les situations à mettre en place qui facilitent l'accès à ce savoir ou à ce savoir-faire. L'intervenant n'est plus le dispensateur d'un savoir, mais un organisateur, un médiateur, un stimulateur de l'apprentissage.

Les acteurs de l'accompagnement pédagogique

Entre l'accompagnateur et l'élève, une relation de confiance mettant en scène deux personnes l'une à coté de l'autre plutôt que l'une devant l'autre doit s'installer, une relation horizontale plus fraternelle que parentale.

Le public : les internes

Ces élèves, garçons et/ou filles majeurs ou mineurs, sont en internat pour motif social ou géographique (lié à l'éloignement et aux difficultés de transport). Ils sont "disponibles" et volontaires après leur travail, à l'exclusion de tout autre moment de la journée et surtout pas le mercredi après-midi.

Il faut prendre en compte la diversité des niveaux, des filières, des disciplines et des attentes des élèves.

Le public attend une aide et non une assistance, des stratégies d'association, de méthode, de réflexion et non des solutions immédiates à des problèmes ponctuels.

Est-ce que les élèves les plus en difficulté sont ceux qui participent le plus et en profitent le mieux ?

"Les accompagnateurs" pédagogiques

Si l'action d'accompagnement en internat s'effectue dans le créneau horaire 20h-21h, comme le souhaitent les élèves interrogés (Annexe 1), cette mission s'ajoute à celle de surveillance des élèves au dortoir et devrait donc être confiée à une autre personne.

Le maître d'internat surveille, assure l'ordre, le calme, la sécurité et veille au respect des règles de vie de l'internat.

L'accompagnateur pédagogique assure sous forme individualisée ou en groupe l'action d'accompagnement des élèves volontaires.

Cela suppose une connaissance du lycée professionnel, de ses formations, de ses élèves, des disciplines enseignées, des niveaux et des exigences scolaires ainsi qu'une pratique de la relation pédagogique, une capacité de transmission des messages, bref des qualités solidement installées.

Le vivier

C'est probablement parmi les personnels de l'établissement (les professeurs, les maîtres d'internat, les surveillants d'externat, les personnels retraités de l'Éducation nationale, les intervenants extérieurs actifs ou retraités, les parents d'élèves, les associations) que se situent les acteurs potentiels.

Le volontariat, le bénévolat : on assiste probablement dans ce domaine à de grandes disparités entre le milieu urbain et le milieu rural où la difficulté paraît très grande. Le dévouement et la vocation ne suffisent pas toujours. Le dévouement entraîne la mobilisation mais n'induit pas nécessairement l'efficacité.

La gestion et les difficultés possibles :

  • la méconnaissance des élèves pour les uns, de la vie à l'internat pour d'autres, l'interdisciplinarité ;
  • la disponibilité horaire : le créneau 20h-21h (voire au-delà), impose un retour à l'établissement ainsi qu'une coupure de la vie familiale pour les enseignants et intervenants extérieurs ;
  • l'absence de formation des maîtres d'internat-surveillants d'externat (MI-SE). Certains ignorent tout du lycée professionnel, de sa mission et de ses objectifs ;
  • la grande volatilité des MI-SE.

Les MI-SE exercent aujourd'hui un métier difficile, lourd de responsabilités. Ils n'ont reçu pour cela aucune formation. Ils n'ont pas l'expérience d'une vie professionnelle. C'est souvent leur premier contact avec l'emploi dans lequel ils ne pénètrent que partiellement parce qu'ils sont aussi, et avant tout, étudiants et ont tendance à confondre salaire et bourse d'études.

Ils ont un rôle éducatif mais ne sont pas tous prêts à assurer une mission d'accompagnement pédagogique. Ceux qui se destinent à une carrière dans l'Éducation nationale sont mieux sensibilisés, plus disponibles et plus volontaires. Cela peut être pour eux une expérience enrichissante.

Les moyens humains et matériels nécessaires

  • moyens humains : Quantitativement un intervenant semble nécessaire pour environ une quarantaine d'internes, (soit une HSE pour 40 élèves par soirée) ;
  • moyens matériels :

locaux : une salle de travail équipée de matériels informatiques et de mobilier scolaire pour un groupe de douze élèves maximum prélevé sur l'équivalent d'un dortoir de quarante. Cette salle doit être située à proximité du dortoir pour faciliter les échanges, le suivi et la gestion.

bibliothèque, vidéothèque: sans aller jusqu'à équiper un CDI à l'internat, ce qui poserait des problèmes de coût et gestion, il paraît nécessaire de disposer d'un minimum de supports documentaires sur le lieu de pratique de l'accompagnement pédagogique. Cela peut se limiter à une armoire située dans la salle de travail contenant les documents usuels spécifiques aux filières considérées.

Les écueils possibles

  • La consigne doit se limiter à l'accompagnement pédagogique et ne pas dériver vers l'assistance, créatrice de dépendance et non d'autonomie ;
  • les accompagnateurs doivent être vigilants et veiller à ne pas se laisser entraîner dans le paternalisme, le copinage et autres déviations possibles ;
  • veiller également à ne pas accentuer la fracture familiale en amplifiant le vide créé par l'absence de la famille, son manque d'intérêt manifesté en faveur de la scolarité de l'élève et en marginalisant ainsi son rôle ;
  • ne pas tomber dans un système d'école parallèle commençant après les cours qui diviserait et éloignerait les internes de leurs camarades ;
  • ne pas créer l'élitisme de l'internat ou le protectionnisme des internes.

Les pistes de la réussite

Entre faire et ne rien faire, c'est bien évidemment la première option que nous retiendrons. Car entreprendre est un vecteur d'évolution, de progrès et de satisfaction quelquefois, il est vrai, relativisé par le sentiment de ne pas avoir entièrement atteint l'objectif fixé ou imaginé. Il faut prendre en compte également :

  • la diversité des publics accueillis pour des raisons sociales, familiales ou simplement pour motif d'éloignement géographique du domicile par rapport à l'établissement ;
  • la complexité et l'ampleur de la tâche à accomplir, la prudence, la délicatesse, la vigilance, l'attention et les savoirs faire qu'elle nécessite ;
  • la disparité des niveaux d'équipement des structures d'accueil, leurs sous-équipements et leur inadaptation ;
  • les difficultés possibles de recrutement de volontaires bénévoles, de rémunération des personnels ou tout simplement de mobilisation pendant les créneaux horaires souhaités par les élèves ;
  • les difficultés de motivation et de mobilisation des élèves au delà de la journée de travail ;
  • la spécificité de l'établissement, sa situation en milieu rural ou urbain, la nature du public accueilli (garçons, filles, mixte), la structure pédagogique tertiaire hôtelier ou industriel, doivent être pris en compte et guider une réflexion préalable à la mise en place de toute action d'accompagnement pédagogique en internat.

Les difficultés sont évidentes. Certaines fragilités apparaissent mais elles ne doivent pas masquer l'intérêt de cette action pour les élèves internes, leurs familles, les accompagnateurs et l'institution.

L'accompagnement pédagogique en internat de lycée professionnel relève davantage d'un projet spécifique élaboré par l'équipe de direction avec la participation active des conseillers principaux d'éducation de chaque établissement basé sur le volontariat et le dynamisme d'une structure dans un contexte donné que d'une directive généralisée et uniformisée.

C'est donc bien d'une information, d'une initiation, d'une facilitation, d'une aide s'inscrivant dans le cadre de l'autonomie des établissements que germeront ici ou là sur des terrains bien préparés, les graines de la réussite et non d'une généralisation et d'une standardisation imposées à tous.

 

2 ème exemple d'accompagnement pédagogique : Établissement public local d'enseignement " Delphine Gray " (Creuse)

L'établissement

L'EPLE "Delphine Gay" est un site de formation comprenant un lycée professionnel et un centre de formation d'apprentis (380 jeunes, hors formation continue). Il est en milieu rural mais avec une population mixte, à la fois citadine et rurale. Cet établissement est en zone d'éducation prioritaire (ZEP) avec des communautés turque et maghrébine. 15 % de jeunes sont en grandes difficultés sociales, familiales, personnelles.

Les sections sont "rares" dans l'académie (coiffure, esthétique, mode) ou dans le département de la Creuse (hôtellerie, carrières sanitaires et sociales...). Les élèves viennent donc de loin et sont en majorité internes (220 pensionnaires). On compte plus de 50 % de boursiers.

Conditions préalables à "l'action pédagogique" en internat

Les trois conditions exposées ci-dessous sont des conditions minimum, nécessaires, et pas forcément suffisantes, pour mener une action pédagogique :

  • saisir l'élève dans sa globalité de personne et pas seulement dans son statut (projet, projets) ;
  • mettre en œuvre préalablement, et progressivement, les conditions matérielles indispensables (temps, espace, outils, ressources). La région du Limousin investit 35 millions de francs ;
  • mettre en œuvre de manière permanente, c'est-à-dire constamment renouvelées, les conditions "psychologiques".

Approche systémique et projet

La réflexion de l'établissement s'appuie en grande partie, par souci de clarification et d'objectivation, sur les travaux de Maslow en ce qui concerne la hiérarchisation des besoins (pyramide). La "saisie" est donc "globale", les réponses aux besoins aussi. Nous avons pensé qu'il était vain de vouloir répondre à des besoins pédagogiques sans avoir répondu aux autres besoins.

Le projet d'établissement tient compte de cette réflexion et propose une "saisie globale" du jeune tant dans le cadre général qu'au niveau des sous-projets pédagogique, éducatif, culturel.

Les déclinaisons des projets cadres se font de la même manière et les projets de classe en cours d'élaboration (par exemple) procèdent du même principe.

Il ne s'agit pas de complexifier un raisonnement sur le projet par une déclinaison théorique supplémentaire mais bien plutôt de mettre en pratique par des actions concertées : travail en équipe éducative (du point de vue de la méthode), mise en oeuvre du projet cadre et adaptation plus précise à chaque classe des besoins des élèves repérés au plus près (du point de vue des contenus).

Concrètement le projet d'une classe comprend l'ensemble des actions (que la préoccupation soit pédagogique, éducative, culturelle), sous forme de cadre général et peu à peu de fiche-action : voilà où nous voulons aller (dans le respect du projet d'établissement), voilà comment sont les élèves, donc voilà comment nous allons faire pour atteindre nos objectifs.

Les conditions matérielles

  • gestion du temps avec des moments identifiés : le temps des cours, de la détente, du repas, de l'étude, du repos, de la fête ;
  • gestion de l'espace avec des lieux identifiés et des activités spécifiques à chacun d'eux : les salles de cours, les foyers, les salles de travail personnel (équipées), les chambres, études équipées et connectées au centre de ressources (travail personnel) ;
  • mise en place et en œuvre d'un foyer complet avec cybercafé ;
  • mise en place et en œuvre d'un centre de ressources, documentaires, technique, pédagogique, connectable et consultable à distance (tours vidéo, démonstrations et exercices interactifs) ;
  • installation des élèves en chambres (3, 4, 5 élèves) entièrement équipées (câblage, accès réseau, ordinateur).

Pour permettre le fonctionnement de parcours individualisés dans un enseignement de masse, on ne peut "continuer comme d'habitude". Outre un projet pédagogique adapté dans lequel l'enseignant se charge plus de l'orchestration des découvertes et des apprentissages que dans la transmission simple des savoirs, des conditions matérielles spécifiques sont indispensables : aménagement du temps, de l'espace, création d'outils adaptés.

Le centre de ressources est l'un de ces outils. Mais il ne saurait être conçu comme un simple CDI. Il s'agit bien plutôt de le concevoir comme un outil fédérateur des possibilités de réponse : CDI local certes, mais aussi relié à d'autres lieux de recherches culturelles (bibliothèque, artothèque et autres médiathèques, musées, universités...) tant en France qu'à l'étranger. Cela est possible par les technologies de l'information et de la communication (TIC) via tous les "Nets" existants qui multiplient tous les potentiels d'information avec en plus des supports dans lesquels l'image, fixe ou mobile, mais aussi le son rejoignent l'écrit pour multiplier les effets d'apprentissage. On évite ainsi d'oublier des jeunes dont les moyens d'acquisition des connaissances ne seraient pas du domaine de l'abstraction.

Les conditions "psychologiques" et éducatives

Outre la gestion explicitée de l'espace-temps (voir plus haut)... l'apprentissage de la citoyenneté et l'accession à l'autonomie la plus large possible sont nécessaires à la mise en oeuvre de la discipline indispensable à la gestion des matériels confiés et des espaces mis à disposition.

Cela suppose un apprentissage progressif s'appuyant sur la "vie des instances" (conseil d'administration, conseil de la vie lycéenne, commissions d'établissement...), sur une scansion marquée par différentes phases du temps d'apprentissage éducatif :

  • déconstruction du non-citoyen,
  • construction de soi, s'accepter
  • ouverture aux autres (les accepter).

Un investissement des personnels (directement liés à l'internat : vie scolaire, direction...) est nécessaire dans un "corps à corps" permanent et individualisé avec le jeune, en tant que personne individuelle, "corps à corps" chronophage et peu reposant.

1er principe : développement de "l'autonomie/adaptabilité/créativité" par la prise en charge de soi dans le respect des autres et de soi-même, des valeurs de l'école de la république garantes de la place de chacun : liberté, égalité, fraternité. La cité, outre ce qu'elle apporte à l'individu, améliore aussi le professionnel, d'où l'importance de l'apprentissage de la citoyenneté.

2ème principe : la prise en charge de soi par soi, la capacité à l'assumer, à conquérir et conserver sa santé au sens de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) c'est-à-dire le bien être "physique, mental et social" va dans le même sens que le premier d'où l'importance de l'éducation à la santé pour les jeunes et pour nous du repérage le plus précoce possible des "qui ne sont pas bien". Cela ne peut se faire qu'ensemble (sinon notre vue à chacun est trop parcellaire) et ne peut être seulement l'affaire des personnels de santé.

La citoyenneté ne se décrète pas, elle se construit. "On ne naît pas citoyen, on le devient" (Condorcet). Le rôle de l'École est à cet égard essentiel (même si dans la société actuelle, fortement médiatisée et dans laquelle le rôle des parents s'est modifié considérablement l'École ne peut tout faire), car, comme le souligne Claude Nicolet : " deux siècles d'apprentissage de la morale civique d'État confirment la nécessité d'accéder aujourd'hui à une souveraineté citoyenne par l'École, qui doit rester, face aux menaces du marché et des revendications communautaires, le but et le moyen de la république ".

Action pédagogique en internat

Une fois ces conditions respectées au mieux (il ne s'agit pas d'atteindre la perfection mais d'aller vers), le travail pédagogique peut véritablement commencer avec quelques chances de succès. Très grossièrement, on peut classer ces actions suivant trois niveaux :

  • niveau 1 : "aide" aux devoirs, aide personnalisée, travaux complémentaires personnalisés
  • niveau 2 : apprentissage et maîtrise des outils avec mise en oeuvre d'un centre de ressources documentaires permanent - TIC
  • niveau 3 : l'internat, outil de réussite.

Le projet pédagogique et l'organisation qu'il préconise, prévoit la mise en œuvre, après analyse des acquis, de parcours de formation individualisés. Dans le cadre d'un enseignement par groupes-classe, cela n'est pas toujours facile. Avec les TIC, des relais s'établissent si l'on dispose d'un centre de ressources adapté. Une banque de données interactive est en construction pour permettre les rappels, des soutiens spécifiques, des aides diverses et révision. Le multimédia fournira son, image et écrit pour une approche individuelle vivante.

Dans le cadre de l'accession à l'autonomie, une part des savoirs et savoir faire sera à découvrir en auto formation.

Outre le montage de la banque de données, sont nécessaires :

  • l'apprentissage systématique des outils documentaires et d'information ;
  • l'accès facilité à une salle équipée de postes individualisés.

À noter : la banque peut être construite en équipes et partagée entre enseignants d'une discipline y compris bien sûr sur plusieurs établissements.

Niveau 1 : "aide" aux devoirs, aide personnalisée, travaux complémentaires personnalisés

Ces aides sont conduites par l'équipe de surveillants. La liaison avec les enseignants est indispensable. Elles comprennent la gestion des travaux personnels (cahier de texte, gestion du temps, métier de l'élève...), des apprentissages complémentaires (exercices similaires et/ou visant à l'acquisition des mêmes compétences...). Ce type d'action est optimisé par le travail en projet et la pédagogie par objectifs.

Niveau 2 : apprentissage et maîtrise des outils avec mise en oeuvre d'un centre de ressources documentaires permanent - TIC

Ces aides sont conduites par l'équipe d'enseignants et correspondent aux objectifs du projet. La maîtrise des outils TIC, l'utilisation des outils documentaires (classiques et TIC) mis à disposition des élèves leur offrent des possibilités que les familles, souvent modestes ne peuvent offrir.

Outre les activités de la journée, le centre de ressources restera à disposition en soirée, pendant le moment de travail personnel, par simple connexion. Ouvrages de références, dictionnaires et encyclopédies, sur cédéroms placés en tour vidéo, sont consultables via un réseau interne, de manière générale. Pour des besoins spécifiques et/ou des ouvrages plus technique, le chargement particulier se fera avec demande préalable.

Des exercices d'entraînement interactifs avec autocorrection, préparés par les enseignants sont également à disposition (fonctionnement sur Intranet).

Niveau 3 : L'internat, outil de réussite

Les jeunes utilisent les compétences acquises pour travailler par équipes avec d'autres équipes dans d'autres établissements : travaux proposés sur le Net par des enseignants et à résoudre par recherche collective, en autonomie (soit ensemble soit par petits concours, l'aspect ludique étant très important pour réveiller les compétences cachées des jeunes (exemple des jeux vidéos).

Les jeunes transmettent (pilotage et tutorat) leurs compétences aux plus jeunes, facilitant le travail des équipes et démystifiant le rapport pédagogique pour des jeunes parfois en rupture scolaire.

Les enseignants préparent une (des) banque de cours, de séquences d'apprentissages, de travaux conçus pour être interactifs avec supports multimédia.

Les élèves peuvent préparer et gèrent en autonomie, avec les outils mis à disposition, les projets qui sont les leurs : participation aux projets de classe, projets pluridisciplinaires à caractère professionnel, projets d'équipes, projets personnels.

En conclusion

Les nouvelles compétences acquises globalement par les élèves et les potentialités nouvelles offertes par le site ouvrent des voies nouvelles en terme d'efficacité pédagogique et provoquent, par leur pratique quotidienne, des modifications sensibles en termes de comportement collectif voire d'attitude citoyenne.

En effet, même s'il est un peu tôt encore pour faire une analyse détaillée, l'utilisation d' espaces collectifs et de matériels mis en commun, l'obligation de savoir et savoir faire partagés qui change le rapport enseignant-enseigné (l'adulte n'est plus le seul détenteur du savoir), les relations entre formateurs (mise en commun de recherches, travaux en équipe avec des intervenants nouveaux en formation, tant à l'interne par des interventions ponctuelles de personnes non répertoriées jusqu'alors comme apporteurs de savoir et savoir faire (personnels administratifs, agents...) qu'à l'externe par les interventions de nos partenaires de la "vraie vie" (chefs et cadres d'entreprises, élus, associations...). C'est une vision du monde scolaire, du monde et des phénomènes relationnels qui change, des rapports entre les êtres.

Cela ne se fera pas sans modification des savoir être et des savoir faire sociaux de chacun dans sa sphère d'activité, tant chez les jeunes que chez les adultes. Ces changements comportementaux devraient, à la condition qu'on s'y attache, provoquer par contrecoup une amélioration de l'efficacité dans la formation par le regard nouveau que chacun, adulte ou jeune, portera sur soi. Il y a là une piste de recherche majeure et les explorations techniques devront être accompagnées d'une réflexion sur l'humain.

Nous serons là en plein dans la mission qui à elle seule justifie notre existence professionnelle : éduquer et former.


Actes du séminaire national "L'internat : Pour qui ? Pour quoi ? " - Paris 24 et 25 octobre 2001

Mis à jour le 15 avril 2011
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