Séminaire « Prévention de la violence et accompagnement des établissements »

Atelier n°5 : Les attitudes d'élèves :violence réelle, violence ressentie par l'enseignant

Animateur : Mme Lacépède, académie de Paris
Rapporteur : Mme Laurence, académie de Versailles

La problématique

  • Qu'est-ce qui est perçu dans le comportement des élèves comme faisant violence ?
  • Qu'en est-il du jeu symbolique entre élèves et enseignants ?
  • Comment prendre en compte le décalage entre les attitudes des élèves et les représentations qu'en a l'enseignant pour faciliter la relation pédagogique ?

Le champ travaillé ne doit pas laisser sous silence d'autres " ressentis " de violence :

  • les violences d'élèves à élèves, exercées devant le professeur qui ne réagit pas, des devoirs faits sous la pression par d'autres camarades, ceux qui sont traités de " bouffons ", de " fayots " ;
  • la communauté éducative ;
  • la violence ressentie par les familles lors des conseils de discipline (exprimée auprès du médiateur de l'une des académies) ;
  • la violence institutionnelle.

L'enseignant reçoit les attitudes agressives d'élèves comme une remise en cause de sa fonction, de son rôle pédagogique. Il ne veut pas perdre la face. Il y a souvent une incompréhension liée à la de prise de pouvoir, du côté du professeur ou du côté des élèves. Les enseignants évoquent davantage la violence dans les couloirs ou dans la cour. Les attitudes des élèves ne seraient-elles pas le reflet des attitudes des enseignants ?

Le repérage des difficultés

Les seuils de tolérance sont différents selon les individus, suivant les lieux (ce qui est acceptable en relation individuelle ne l'est pas forcément en classe, lieu collectif). On peut noter des effets induits sur l'ensemble de la communauté éducative ainsi que des effets cumulatifs au développement du sentiment d'insécurité.

Il existe une grande différence d'appréciation de ce qui est violent suivant que l'on est élève, enseignant ou chef d'établissement.

Du côté des enseignants

Il y a souvent conflit entre singularité de l'élève et gestion de la classe et de la collectivité. À quel compromis sommes-nous prêts ? Des situations pourraient être évitées si les questions des élèves étaient écoutées.

Il y a difficulté à prendre en compte les différences culturelles dans la relation pédagogique.

Les professeurs tendent à fuir l'analyse ultérieure des motifs de conflit avec les élèves. Ils relèvent souvent comme insupportables, les incivilités et les insultes. Il y a souvent méconnaissance des élèves, par exemple de leurs conditions de vie le week-end.

Une grande demande de formation des enseignants porte sur le thème " comment différencier le jeu du non jeu chez les adolescents, comment faire face aux jeux violents dans les cours de récréation ".

Du côté des élèves

L'éducation et l'instruction sont à terme génératrices de violence pour les élèves qui n'ont pas tous les mêmes possibilités d'évolution. Ce qui est violent, c'est la valorisation systématique des élèves qui ont les plus grandes facilités. Il existe par exemple des sections d'excellence en lycée professionnel et des sections où se cumulent toutes les difficultés.

Le besoin de reconnaissance des élèves n'est pas perçu.

On peut constater une grande réactivité des élèves qui se sentent aussi agressés par les professeurs.

Du côté des chefs d'établissement

Ils constatent, et regrettent, d'avoir de plus en plus à faire la preuve de la culpabilité, ce qui induit une tension supplémentaire sur la victime comme sur l'Institution.

Ils relèvent un degré de désespoir qui augmente de façon très importante chez les enseignants.

Du côté des familles

L'augmentation des passages à l'acte violents de la part de parents à l'encontre d'adultes de l'école, dans le premier degré, est perçue comme un fait récent, mais de plus en plus important.

Du côté de l'institution

La violence institutionnelle peut être induite par :

  • la possibilité de redoublements : des élèves ont souvent, dans une même classe, plusieurs années de décalage, avec des aspirations très différentes ;
  • l'absence de réponse à une situation violente.

La nature de la réponse donnée est variée :

  • une grande disparité est relevée dans les motifs de conseils de discipline et d'exclusion : du coup de couteau, au jet d'œuf dans la classe, l'absentéisme, le décrochage scolaire ;
  • une étude dans l'une des académies a montré que les conseils de discipline pour absentéisme ou décrochage scolaire aboutissaient en grande majorité à une exclusion définitive, sans sursis, alors que les conseils de discipline pour faits d'extrême violence étaient souvent assortis de sursis à l'exclusion.

Comment " objectiver " et choisir un " traitement approprié " ? Le moment choisi est par exemple un conseil de discipline, début juillet, décidant d'une exclusion.

L'absentéisme supérieur à 10% du temps scolaire est statistiquement porteur de risque de dérive ultérieure vers la délinquance. Il y a souvent peu d'échanges au sein de l'établissement scolaire sur ce sujet. Les responsabilités sont toujours recherchées ailleurs, surtout par la victime.

L'anticipation des tensions ou des crises

Divers procédés sont mis en avant :

  • Prendre en compte la parole des élèves. Par le règlement intérieur : s'il est préparé avec les élèves, le plus possible en termes positifs, moins en terme d'interdictions, avec clarté et transparence, c'est un élément très important d'anticipation. L'heure de vie de classe est dangereuse pour un enseignant qui se laisse aller à insulter parfois ou qui a des difficultés à faire face aux comportements des élèves. Il faut savoir la canaliser et ne pas s'attendre à ce que les élèves aient d'emblée une présentation orale maîtrisée de leurs remarques. Si elle n'a pas lieu, les violences s'expriment ailleurs. Dès le début de l'année, l'enseignant doit expliquer et faire prendre conscience de la nécessité de règles de prise de parole claires et explicites.
  • Mettre en place des " espaces de parole " (et non " libérer la parole " qui fait très peur) pour les élèves comme pour les enseignants Un exemple est donné d'un établissement où il existe un lieu de parole tous les midis avec des éducateurs de quartier et un professeur de yoga, le chef d'établissement n'étant informé que des situations très graves.
  • Traiter systématiquement les faits de violence L'absence de traitement ajoute à la violence. Un élève doit être entendu par la police pour chaque fait grave. Développer des outils Pour caractériser, objectiver, traiter les situations de tensions, il est suggéré l'élaboration de fiches. Systématiser l'analyse de pratiques entre enseignants mais aussi avec tous les acteurs de l'établissement. Mettre en place une commission de médiation.
  • Développer la médiation entre pairs.
  • Identifier les personnes ressources de l'établissement.
  • Repenser la formation initiale en référence au cadre didactique (BO mars 1997), comme la formation continue (instructions du BO de mars 1997 parfois en contradiction avec le vécu et les attentes des plus anciens). Veiller à ce que les professionnels, enseignants ou éducateurs, se sentent toujours en position d'assurer leur mission, au risque sinon d'un arrêt de travail, qui là, met en difficulté l'Institution.

Tous les faits de violence ne peuvent faire l'objet d'anticipation, par exemple ceux qui se situent au niveau des valeurs.

Construire une réponse adaptée

Quelques éléments sont proposés à la réflexion.

  • Développer une culture d'échanges, d'appel aux tiers, aux personnes ressources de l'établissement et de l'institution ; - d éfinir ce qui relève de l'institutionnel, l'expliquer (ce faisant, il n'y aura pas de place à la contestation), le distinguer de ce qui relève du contractuel ; dans le contrat, distinguer le négociable du non négociable et expliciter les sanctions si transgression ;
  • donner à voir, avec clarté et transparence, le contenu et les objectifs du cours, ses règles de fonctionnement, ses règles d'évaluation et ce, dès le début de l'année ;
  • développer la connaissance du service d'enseignement, appuyer sur ce qu'est le service public, sur la déontologie, en particulier lors des journées de prérentrée,
  • soutenir et renforcer le chef d'établissement dans son rôle ;
  • mettre des mots sur ce qui s'est passé, rechercher l'objectivité, par la parole, libérer un peu de la souffrance de la victime chercher à systématiser le passage à l'écrit de la part de la victime, mais aussi de l'agresseur ;
  • repenser la formation, initiale (systématiser les règles de base : installation de la classe, sa gestion, le contrat didactique, dont l'évaluation avec barème explicite pour les élèves)et continue (dont la formation à l'écoute des élèves) ; - être à l'écoute de tous, chacun restant à sa place.

 

Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements

Mis à jour le 15 avril 2011
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