Séminaire « Prévention de la violence et accompagnement des établissements »

Comment agir efficacement contre la violence scolaire ?

Martine Le Guen, sous-directrice des actions éducatives et de la formation des enseignants, direction de l'Enseignement scolaire (DESCO)

Je vous remercie, monsieur le proviseur, de cet accueil dans votre établissement, qui nous permet d'organiser ce séminaire sur le thème de la violence. Je vous souhaite, au nom du directeur de l'Enseignement scolaire que je représente, la bienvenue à ce séminaire, consacré à l'accompagnement de l'établissement dans le renforcement des dispositifs contre la violence à l'école.

Une question devenue centrale

La violence occupe aujourd'hui le devant de la scène et il est vrai que les médias la dramatisent chaque jour un peu plus, qu'il s'agisse des événements internationaux, des questions de sécurité routière, des problèmes économiques ou encore des incivilités quotidiennes. La violence est donc là et frappe les esprits. Mais elle existe aussi à l'école. Il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, même si la violence tend à s'accroître au fil des années. De surcroît, elle ne règne pas uniquement dans les zones urbaines et trouve aussi d'autres formes dans la France rurale.

La violence se manifeste par des actions qui opposent les jeunes entre eux, mais aussi les jeunes aux adultes. Les établissements sont confrontés à des tensions plus ou moins graves, qui concernent plusieurs dimensions du métier d'enseignant et plusieurs métiers de la communauté éducative. Ils ne peuvent pas toujours trouver seuls une réponse adaptée et ont souvent besoin d'une aide extérieure pour gérer la crise et rétablir un climat propice aux apprentissages. C'est pourquoi, plusieurs dispositifs se mettent en place dans les académies. Ils offrent des ressources d'intervention qui accompagnent les établissements dans le renforcement de leur organisation interne, afin de prévenir les crises ou de les gérer.

La volonté politique de prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre les différentes formes de violence a été fortement affirmée dans le discours du premier ministre et du ministre de l'Éducation nationale, en particulier lors du colloque " Violences à l'école et politiques publiques "(1), qui s'est tenu à l'UNESCO en mars 2001. De même, les travaux du Comité national de lutte contre les violences témoignent de l'engagement de notre ministère sur cette préoccupante question. Ceci a conduit la direction de l'Enseignement scolaire à inscrire, dans le cadre du programme national de pilotage et d'actions de formation continue, un séminaire à vocation nationale, mais en collaboration étroite avec les trois académies d'Ile-de-France.

Les objectifs du séminaire

Les objectifs du présent séminaire sont clairs. Ils visent à une réflexion globale sur la question de la violence, et non à une simple présentation des dispositifs qui ont été élaborés dans le cadre des trois académies d'Ile-de-France. Je crois en effet que ce séminaire doit favoriser la mutualisation et susciter des dynamiques nouvelles, afin de faire émerger de nouvelles ressources pour aborder la place de la violence dans l'école, y compris la violence que l'institution scolaire peut elle-même engendrer. Ce séminaire s'adresse plus particulièrement à des personnels susceptibles de constituer des personnes-ressources. Ces personnes sont ainsi appelées à faire connaître le dispositif et à en faciliter l'adaptation aux situations locales. Sont donc ici rassemblées des délégations académiques, composées de personnes relais, tant au niveau académique, que départemental ou local. Durant deux jours, vous allez conduire en commun des travaux qui sont certes complexes, mais aussi ambitieux. Je souhaiterais à cet égard souligner que vos travaux feront l'objet d'actes qui seront largement diffusés, de façon à ce qu'il puisse y avoir une mutualisation des savoirs et des savoir-faire, en réponse aux situations de violence scolaire.

La violence à l'école revêt différentes formes : l'agressivité, l'incivilité, la violence verbale, la violence physique, la violence sexuelle et le conflit. Elle traduit la difficulté, pour certains jeunes, de vivre ensemble et elle révèle parfois, à travers le passage à l'acte, un appel de détresse.

De plus, les adultes présents au sein des établissements sont aujourd'hui confrontés à la violence à tous les niveaux du cursus scolaire. Il faut donc comprendre le sens de cette extension de la violence, notamment vers les plus jeunes élèves. Or c'est bien souvent une multiplicité de facteurs qui se cumulent pour engendrer cette violence et l'on retrouve souvent des caractéristiques communes : absence du père, mère en difficulté sociale, échec scolaire dû très souvent à une non maîtrise du langage, prégnance d'images télévisuelles très violentes, absence de motivation, décalage entre les attentes et l'offre de l'institution scolaire. Ces divers éléments contribuent fortement au sentiment d'exaspération et au traumatisme, parfois générateurs d'insécurité à l'intérieur des établissements.

Quels moyens d'action ?

Comment faire alors pour agir efficacement ? L'approche nécessite plusieurs étapes. Il s'agit en premier lieu de prévenir en amont, en repérant les signes avant-coureurs. Chaque adulte doit ainsi observer et partager son observation avec des personnes compétentes. Il faut par ailleurs s'efforcer de lutter au quotidien contre les petits actes d'humiliation entre les élèves eux-mêmes ou entre élèves et enseignants, en recherchant la mise en synergie de plusieurs innovations pédagogiques désormais présentes au sein des établissements scolaires. C'est le cas de l'éducation civique, juridique et sociale ou encore du Conseil de vie lycéenne. Il importe ensuite de travailler sur les situations à risque, en particulier l'utilisation des espaces et les regroupements de gros effectifs. Enfin, il est indispensable d'aider les jeunes enseignants à s'intégrer plus facilement dans les établissements difficiles.

En second lieu, il s'agit de réagir très rapidement, dès lors qu'un acte de violence est perpétré. En l'espèce, il convient de ne rien laisser passer et de ne pas se laisser tenter par la politique de l'autruche. C'est pourquoi, nous devons procéder à une analyse fine des événements, afin de bâtir avec l'ensemble de l'équipe éducative, dans un cadre cohérent, des codes et des règles qui pourront être présentés aux élèves, aux familles et aux enseignants. Il y a notamment un travail à engager sur les situations d'apprentissage : promouvoir les concepts de maîtrise de soi, de coopération et de respect d'autrui, responsabiliser les élèves et les agents de l'établissement scolaire, faire appel aux familles, aux partenaires et aux experts.

Une fois la crise passée, il est ensuite essentiel de restaurer la crédibilité de l'école et de rétablir la confiance auprès des élèves, des familles et des enseignants. Un autre point me semble important. Il s'agit de favoriser le retour des victimes d'actes de violence, élèves ou enseignants. C'est une question qui n'est pas encore très bien traitée au sein de l'établissement scolaire. On imagine en effet l'angoisse d'un élève ou d'un enseignant qui a été victime d'un acte de violence et qui doit reprendre sa place. C'est pourquoi, il faut l'y aider. Nous devons aussi travailler en interne sur la représentation de la violence et débattre avec l'ensemble de la communauté éducative sur la discipline, l'autorité, les valeurs démocratiques de l'école et la question de l'échec scolaire.

Pour mettre en œuvre tout ce travail, un établissement isolé est démuni, même s'il a la volonté de faire travailler ensemble tous les personnels de l'établissement. Dans ces conditions, il a intérêt à faire appel à une aide extérieure de proximité, qui l'aidera notamment sur le plan méthodologique, même s'il n'existe pas de réponse " clés en main " pour enrayer la violence. De même, il nous semble que toutes les actions à conduire au sein de l'établissement ne peuvent pas venir exclusivement de l'Éducation nationale. Un travail en réseau multi-catégoriel devrait permettre de partager des expériences, de trouver des réponses complémentaires et de bénéficier de l'apport d'experts et de partenaires d'autres services ou du tissu associatif. Prévenir et gérer les situations de violence dans les établissements scolaires ou accompagner les personnels confrontés à des situations traumatisantes ne sont pas des tâches aisées. Vos réflexions vont contribuer à nous faire avancer dans cette voie.

(1) Observatoire européen de la violence scolaire

Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements

Mis à jour le 15 avril 2011
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