Séminaire « Prévention de la violence en milieu scolaire »

Les relations Familles-École


Violence familiale, violence à l'École (1)

La réflexion sur les relations que peuvent entretenir la violence dans la famille et la violence à l'École a été centrée plus particulièrement sur deux points : d'une part, le sens de l'intitulé de l'atelier, d'autre part la définition de la notion de violence, et, en particulier, la nature même des phénomènes qui peuvent relever de cette notion.

Le sens de l'intitulé

De l'avis de tous, la violence familiale ne peut être considérée comme la cause exclusive des faits de violence divers qui se manifestent dans le cadre de l'institution scolaire. En effet, la violence dans les familles, avant d'être une cause, est très souvent elle-même liée à des facteurs relevant du tissu social et de son mode d'organisation.

Deux questions plus précises ont émergé :

de quelle manière et sur quels modes la violence familiale pénètre-t-elle à l'École ?
Si la violence familiale n'est pas indépendante des problèmes économiques, sociaux, culturels, aucun milieu social n'est réellement exempt de violences. La question est alors de savoir si ces manifestations de violence à l'École prennent la forme d'une simple reproduction de ce qui se passe dans les familles, ou si elles engendrent, en milieu scolaire, des formes nouvelles et spécifiques, qu'il s'agirait alors d'être capables de reconnaître comme telles, si l'on veut pouvoir les prévenir.

Comment et pourquoi l'École est-elle ressentie elle-même comme une violence par un certain nombre de familles ? Ce point a semblé particulièrement complexe, révélant sans doute le cœur du problème, car conduisant à deux constats :
la nécessité pour l'École républicaine, de faire comprendre son sens et ses missions. Il s'agit en effet pour l'École, d'instituer un espace public du "vivre ensemble" qui transcende par définition les règles familiales particulières et tente de reposer sur des principes universellement admis, comme le respect de l'égale dignité des personnes ;
l'écart qui existe entre les principes même de l'École et la réalité violente de certaines de ses pratiques, semble autoriser à parler d'une violence illégitime de l'École elle-même : confusion pouvoir/autorité, orientation aveugle ou contrainte, rétrécissement abusif du champ des compétences des élèves et de leur valorisation...

Que faut-il entendre par violence ?

Le concept de violence est apparu recouvrir des phénomènes aux causes et aux formes diverses, relevant des différences de degrés dont il faut savoir tenir compte, si on veut mettre en place, dans les établissements, des réponses réellement adaptées et contextualisées. Il faut impérativement lutter, au nom même de l'institution, contre la violence négative, irrespect de soi comme des autres, abus de pouvoirs qui n'épargnent personne. L'École doit donc être la première à respecter et faire respecter ses propres principes si elle veut être en pleine mesure de faire comprendre la force, et non la violence, de ses règles.

Il a été judicieusement observé que, si l'École parvient plutôt bien à s'acquitter de sa tâche de signalement des violences faites à l'enfance, elle souffre pourtant encore assez gravement d'un manque de culture de la concertation, faite de regards croisés avec des professionnels de divers champs. Or, ceci est indispensable, si on veut ne pas répondre ponctuellement et tardivement, mais coopérer en vue d'une véritable prévention. C'est précisément parce qu'ici l'imprévisible est toujours présent, qu'il faut qu'une École vigilante et lucide, y compris sur elle-même, puisse, à défaut de prévoir, se tenir prête à prévenir.


Familles-École : quelle complémentarité dans la responsabilité éducative ? (2)

Dans les établissements

mettre en place, parallèlement aux réunions institutionnelles, un accueil plus individualisé des parents et prévoir des lieux spécifiques pour les accueillir ;
mieux utiliser les ressources internes en tant que relais : assistantes sociales, infirmières…;
impliquer davantage les parents dans les comités d'éducation à la citoyenneté et à la santé ;
hercher à rendre toujours bien lisibles les missions de l'École, son fonctionnement…
élaborer des projets pour mettre en place des parents relais, des lieux d'écoute ;
s'interroger sur des formes de communication qui peuvent engendrer de la violence (par exemple, les mots qui s'accumulent dans le carnet de correspondance sans que l'on cherche à rencontrer les parents).

Avec les partenaires locaux

De nombreuses initiatives existent, en particulier dans les réseaux d'éducation prioritaire, en collaboration ou parallèlement par les travailleurs sociaux et les associations : groupes de parents sur les questions d'éducation, réseaux d'écoute, d'aide et d'accompagnement des parents (REAAP)...

Une nouvelle géographie de l'École se dessine avec ces espaces intermédiaires. Cependant, il faut éviter toute confusion entre espace privé et espace public. À ce sujet, il est important de respecter les sphères de compétences, en particulier celle des parents dans leur rôle d'éducateur. Il s'agit de les reconnaître en tant que parent et ne pas faire à leur place. Certains participants notent qu'il vaut mieux parler de parent(s) plutôt que de famille(s), et qu'il faut tenir compte de leur diversité.

Enfin, en ce qui concerne la formation, il semble nécessaire de travailler avec les enseignants, notamment avec les plus jeunes d'entre eux, sur leur posture dans leurs rencontres avec les parents. Il s'agit en particulier d'élucider davantage leurs craintes en tant que professionnels, de réfléchir aux enjeux des uns et des autres, de mieux comprendre ce qui se joue dans l'agressivité de certains parents, de les former à l'entretien.


Les actions de médiation : élèves, parents … (3)

La réflexion a pris appui sur la présentation d'une expérience dans un collège 4 qui développe, dans le cadre de son projet d'établissement, une politique de médiation vers les élèves, les parents et les personnels sur deux niveaux, individuel et collectif.

En direction des élèves

Au niveau individuel sont prévues les médiations suivantes : d'une part, des entretiens entre élèves et personnels de l'établissement (infirmière, assistante de service social, conseiller d'orientation psychologue, médecin scolaire, conseiller principal d'éducation), des entretiens avec le "point écoute" et le club prévention, des réunions des équipes éducatives, le tutorat ; d'autre part, le dispositif relais interne qui accueille les élèves décrocheurs pour lesquels, durant une semaine, le projet personnel d'orientation est travaillé avec l'organisation de deux semaines de stage en entreprise. Ce dispositif permet d'éviter le conseil de discipline.

Collectivement, il s'agit d'actions de médiation entreprises dans le cadre, soit de l'heure hebdomadaire de vie de classe, moment privilégié pour "déminer" les situations conflictuelles de la classe, soit de la réunion du groupe de parole, composé du médecin scolaire, de l'infirmière, du conseiller d'orientation psychologue, de l'assistante sociale, qui permet d'accueillir les élèves exclus et d'établir un contrat clair et un suivi éducatif, soit encore lors de l'intervention d'une psycho-clinicienne, rémunérée par l'intermédiaire du CESC et les crédits de la politique de la ville, et qui assure le recadrage des classes difficiles - SEGPA, 6ème CLAD, 4ème AS et 3ème d'insertion.

En direction des parents d'élèves

La remise individuelle du bulletin trimestriel constitue un moment fort de médiation dans la vie du collège. La convocation de tous les parents, élèves et équipe éducative, lorsqu'une classe devient ingérable assure aussi la médiation pour rétablir un climat de confiance et de travail.

En direction des personnels

Le traitement collégial des problèmes de violence par l'équipe éducative et la possibilité de faire appel individuellement à la psychologue clinicienne favorise la cohésion des équipes ainsi que la "décompression" des personnels et la dédramatisation des situations.

Cette politique de médiation qui vise à prévenir la violence au sein de l'établissement constitue un axe fort du projet d'établissement. Les actions qui en découlent, conduisent le collège à travailler avec ses partenaires extérieurs tels que la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), la police, la justice, la maison de la justice et du droit (MJD), le club de prévention, le point écoute, la politique de la ville et les associations de quartier pour l'accompagnement à la scolarité.

La discussion qui a suivi cet exposé a conduit les participants à privilégier le développement des actions de médiation dans les établissements scolaires en direction :

des élèves : il faut prendre en compte "l'individuel" en faisant appel au "collectif" pour permettre à l'élève de devenir acteur de son projet ; des dispositifs existent : dispositifs relais, tutorat, alternance…;
des parents : il faut requalifier la place des parents en les impliquant individuellement grâce à des rituels comme la remise de bulletins scolaires ou les entretiens individuels ;
des partenaires : il faut promouvoir le travail en équipe dans l'institution avec les personnels de santé, sociaux, d'éducation, ATOS…en les impliquant dans les procédures de médiation en fonction de leur champ de compétence professionnel ; il faut également privilégier la mutualisation des moyens de médiation des partenaires extérieurs (associations, protection judiciaire de la jeunesse, Conseil général…) ;
du réseau : il faut privilégier la création de réseaux inter-établissements ou le travail en bassin afin de mutualiser les moyens de médiation.

 

  1. Rennes, 2004
  2. Lyon, 2003.
  3. Toulouse, 2003.
  4. Collège de La Reynerie, académie de Toulouse.

Prévention de la violence en milieu scolaire 2003-2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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