Séminaire « Prévention de la violence en milieu scolaire »

Incivilités, violences et situations de crise à l'École


Des incivilités au sentiment d'insécurité en milieu scolaire (1)

Si la violence est une atteinte à l'intégrité physique, morale ou matérielle de la personne, l'incivilité peut-être qualifiée comme une rupture du pacte culturel. Toutes deux génèrent un sentiment d'insécurité. L'incivilité se traite sur le long terme. C'est une réponse individuelle, un contrat moral. Quel que soit le type de violence ou d'incivilité, ce qui est en jeu c'est le mal-être des jeunes. Il n'y a donc pas de différence fondamentale de méthode. Ce qui est essentiel, c'est de travailler sur le relationnel.

Une question importante est celle du degré de tolérance. En effet, le sentiment d'insécurité est subjectif, il dépend lui-même du degré de tolérance. D'où l'importance de considérer le groupe, la classe. Il s'agit de donner une réponse collective, de construire un travail sur la règle et sur les rituels. La règle doit être le fruit d'un accord collectif qui fonde sa légitimité.

Quels sont les moyens dont on dispose actuellement ?
les actions au niveau du passage École-collège ;
les comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) ;
les ateliers-relais ;
l'École ouverte ;
les activités péri-scolaires.

Ces outils ne sauraient faire négliger des dimensions essentielles dans le traitement des incivilités et de la violence :
les difficultés proprement psychologiques des élèves. Un effort d'écoute et de communication est indispensable en vue de la réduction du mal-être des jeunes. C'est une compétence transversale à travailler dans toutes les disciplines. Un travail sur les représentations, en rapport notamment avec les flux d'images que reçoivent au quotidien les élèves, s'avère nécessaire ;
les relations entre les maîtres et les élèves sont un aspect suffisamment important pour qu'on y consacre de la réflexion et du temps en classe. Ce temps peut être l'occasion de fixer les règles en commun ;
le travail concernant la nécessité du respect de l'autre et des différences, notamment en ce qui concerne les incivilités et les violences sexistes ;
la question de l'orientation : sentiment d'échec, regroupement en "ghettos" sont également des causes de désespérance, d'incivilités et de violences.


L'autorité : les seuils de tolérance dans l'institution scolaire (2)

La tolérance relève d'un équilibre entre loi/règlement intérieur et intérêt de l'institution. L'autorité est l'attitude qui permet le maintien de cet équilibre.

Dans ce cadre, les intérêts de l'institution étant différents d'un établissement, d'une école à l'autre, les enjeux éducatifs étant également différents d'un élève à l'autre, le seuil de tolérance varie aussi d'un établissement, d'une école à l'autre, d'une fonction exercée à l'autre, d'un individu à l'autre, d'un moment de vie à l'autre. Dès lors qu'au sein de l'établissement la question d'un seuil de tolérance dépassé se pose, il est urgent de réfléchir ensemble aux moyens de la résoudre.

Il peut ainsi s'avérer nécessaire :
de construire ensemble un cadre cohérent de références fondé d'une part, sur les valeurs républicaines - qu'il ne suffit pas d'énoncer comme des évidences mais qu'il faut définir ensemble et sur lesquelles chacun doit s'exprimer - et, d'autre part, sur les règles de vie collectives ;
de définir et affirmer l'"autorité". Il existe différents types d'autorité : une autorité de type fonctionnel qui relève de la didactique, tel que par exemple les rituels pour rentrer dans la classe (fonction structurante), l'accueil par l'enseignant, la visibilité des limites du "lieu École" ; une autorité de type culturel, qui se dégage du "prescrit" pour prendre en compte des évolutions sociales, et enfin une autorité de type juridique qui renvoie aux interdits ;
de mettre en place des commissions de médiation avant le conseil de discipline. En cas d'échec, le conseil de discipline est réuni. Sa décision n'est ni négociable ni critiquable. La sanction est nécessairement expliquée ;
de mettre en place des dispositifs de veille chargés de repérer les premiers signes d'alerte (élèves décrocheurs) et d'agir ainsi de façon cohérente.

La question reste posée du seuil de tolérance des élèves au regard de la violence institutionnelle.


Climat de l'établissement, veille et anticipation des crises (3)

Il existe des "signes" pragmatiques d'une montée de la violence : tags et graffitis, alarmes ferroviaires ou alarmes à l'incendie déclenchées de manière intempestive, insultes et projectiles. Ces désordres sont ressentis par les professeurs comme des agressions, et il revient aux équipes de direction d'évaluer et de contrôler la situation. Dans d'autres cas, il n'y a pas de signe avant-coureur. Il peut s'agir d'un événement fortuit (élève renversé par un bus, résultat d'une rencontre sportive, jugement d'un délit…), ou encore d'incidents peu graves qui n'ont pas fait l'objet d'un signalement.

Parmi les indicateurs qui peuvent être utiles, on note l'absentéisme des professeurs et les événements signalés par l'intermédiaire du logiciel SIGNA. La difficulté à construire des indicateurs sur la capacité de réaction d'un établissement face à une crise prévue ou fortuite est soulignée. On évoque alors la nécessité de s'appuyer sur les inspecteurs pédagogiques régionaux.

Un accord assez large sur les constats se dégage, mais il existe une plus grande variété de points de vue quant à l'interprétation des indicateurs. Deux questions émergent : que peut-on faire quand on constate un climat difficile ? Qu'est-ce qui pose problème dans la régulation à long terme ?

Quelques pistes sont proposées :
veiller, dans les périodes calmes, à la régulation des relations entre les différents acteurs : équipe de direction et corps enseignant, professeurs et élèves, équipe de direction et élèves, équipe de direction et parents d'élèves ;
améliorer l'accueil des parents d'élèves ;
organiser des lieux et un temps pour la participation de tous à la vie de l'établissement ;
développer la formation qui permet de prendre de la distance par rapport aux situations vécues ;
créer des structures de médiation.

Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que la violence est un phénomène social et pas seulement un phénomène scolaire. Les délits commis dans les établissements doivent être traités sur le registre disciplinaire, mais aussi dans le droit commun : ils relèvent alors du procureur de la République.


La communication externe et interne en cas de crise (4)

La situation de crise se présente comme un moment imprévisible, spectaculaire, saturé d'émotions qui engendre de la pression, de la déstabilisation chez les personnes. Par son caractère complexe, elle perturbe les instances de régulation des systèmes, des organisations ou des institutions. En termes de communication, elle crée un environnement qui est davantage propice à la rumeur qu'à l'information. Si le mot de crise renvoie à un état de perturbation, de chaos, de désordre, il signifie également une occasion de croissance et de développement.

Une première exigence pour l'étude de ces phénomènes consiste à distinguer les différentes situations de crise et les différences de niveaux d'intensité, en particulier pour ce qui relève de l'incident, de l'événement ou de la crise à proprement parler.

Dans notre société d'information et de communication, les situations de crise ont tendance à être portées sur le devant de la scène médiatique, articulant ainsi la scène interne, celle d'un établissement scolaire par exemple et la scène externe de l'espace public. Se pose alors la double question de la communication interne et externe.

Dans le cas d'un établissement scolaire confronté à une situation de crise suite à un acte de violence, la communication interne concerne la circulation de l'information au sein même de la communauté éducative en direction des membres de l'établissement, des élèves et de leurs familles. La communication externe concerne les relations avec les médias de masse et les partenaires du système éducatif.

L'issue favorable d'une situation de crise dépend souvent fortement de l'articulation qui est faite entre ces deux dimensions de la communication.

Les relations avec les médias

La communication avec les médias se présente aujourd'hui comme un incontournable qui nécessite le développement de compétences spécifiques pour le personnel de l'Éducation nationale. Le monde des médias et celui de l'éducation sont souvent perçus à travers leurs ruptures ; que ce soit au niveau des valeurs ou des méthodes : d'un côté règnerait l'événementiel, le spectaculaire, l'émotion, l'information, l'investigation, de l'autre, le savoir, la distanciation, la connaissance, la justification, l'argumentation.

La question de ces relations est souvent posée en termes de "qui contrôle qui ? ", avec les risques de réaction en retour quand on veut instrumentaliser les médias ou retenir l'information. Le journaliste est un citoyen, une personne à la recherche d'informations, l'information étant un droit civique fondamental quand il ne touche pas à la sphère privée.

Ainsi la communication en temps de crise avec les médias nous apprend-elle beaucoup sur la communication à mener avec eux par "temps calme". Elle pose cette question à tous les niveaux de l'institution. Elle nous invite également à différencier les interlocuteurs : presse, radio, télévision, médias locaux, régionaux ou nationaux. D'où l'importance de les identifier et de les connaître, d'établir avec eux des relations continues, durables, pérennes.


Organisation de la communication

Au plan stratégique, la communication externe et interne en cas de crise a avantage à s'organiser autour de trois dimensions. La première concerne les démarches de prévention en amont de la crise, la deuxième réfère à la situation de gestion de la crise, la troisième à l'accompagnement de la crise.

Les démarches de prévention

Certaines paraissent particulièrement adaptées :
mener une politique d'établissement en matière de communication interne et externe (activité de veille, plan de communication sur l'année…) qui n'attend pas l'arrivée d'une crise pour se mobiliser ;
établir des relations permanentes et régulières avec les médias et non pas uniquement en situation de crise ; citons en particulier l'intérêt d'avoir un même interlocuteur par média ;
gérer les incidents mineurs et les événements plus importants de manière rigoureuse pour ne pas générer et avoir à traiter des crises aiguës. On note à ce sujet l'importance de la communication interne dans un établissement et l'intérêt de l'existence d'instances de gestion des problèmes et des dysfonctionnements ;
organiser la formation des chefs d'établissement sur la communication avec les médias et créer un groupe de personnes ressources d'aide aux chefs d'établissement au niveau académique, voire des bassins ;
définir les différents interlocuteurs des médias dans l'académie aux différents niveaux (rectorat, inspection académique, bassins, établissements).

La gestion de crise

Elle s'appuie sur quelques principes et règles d'action essentiels :
mettre en place un groupe de gestion de crise autour du chef d'établissement qui, seul, est habilité à communiquer ;
préparer une stratégie d'intervention : définir les niveaux de mobilisation, la place respective de la communication interne et externe, penser à la sortie de crise, informer le rectorat en cas de contact avec un média national…;
établir de la transparence sur les faits ; préparer un dossier de presse contenant les éléments à communiquer ;
communiquer en priorité auprès des personnels, des élèves et de leurs familles ;
ne pas répondre à un article de presse, en proposer un autre.

L'accompagnement de la crise

Le temps de la crise dépasse le seul moment du pic de l'événement. Un travail d'accompagnement et de suivi après la crise favorise sa régulation. Il s'avère donc important après la crise, de communiquer en interne, auprès de la hiérarchie et de travailler le retour d'expérience pour tirer en tirer des enseignements.

 

 

 

 

  1. Toulouse, 2003.
  2. Rennes, 2004.
  3. Lyon, 2003.
  4. Lyon, 2003.

Prévention de la violence en milieu scolaire 2003-2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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