Colloque « De la mixité à l'égalité dans le système éducatif »

Améliorer l'orientation scolaire et professionnelle des filles et des garçons

Table ronde

animée par Suzanne Srodogora, inspectrice générale de l'administration de l'Éducation nationale

avec la participation de :
Noël Margerit, chef des services académiques d'information et d'orientation, académie de Grenoble
Joëlle Weils, chargée de mission, ministère de l'Éducation nationale de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Marie-Françoise Gonin, déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité des Pays de la Loire
Françoise Holbrook, chef de la division emploi, direction des ressources humaines de la SNCF
Frédérique Patureau, chargée de mission, ministère de la Culture

La parité dans l'orientation scolaire et professionnelle

Noël Margetit

Je souhaite dans un premier temps repérer quelques faits significatifs de ces vingt années d'égalité des chances. Signalons en premier lieu la loi Haby de 1975 qui a introduit la mixité des formations et des établissements. On trouve une lettre d'un directeur des lycées et collèges en date du 5 juillet 1979 adressée aux recteurs et relative à "l'orientation des jeunes filles vers les métiers traditionnellement considérés comme masculins". Cette circulaire évoquait déjà la désaffection des filles pour les métiers scientifiques et techniques, en invoquant les raisons de cette désaffection (obstacles de type matériel, difficultés d'insertion…). Le directeur des lycées et collèges terminait en disant : "c'est pourquoi je vous demande d'accorder une attention toute particulière à ce problème et de renforcer toutes actions visant à faciliter l'orientation des jeunes filles vers les métiers dit masculins".

L'année suivante, en 1980, une circulaire adressée aux préfets et aux recteurs prévoyait la mise en place d'un groupe de travail spécialisé sur la diversification de l'emploi féminin. Vous me permettrez une anecdote révélatrice. J'étais inspecteur de l'orientation, on se trouvait en préfecture et le préfet avait mis en place ce groupe de travail. Naturellement, le premier interpellé fut le représentant du ministère de l'Éducation nationale "responsable de la mauvaise orientation" des jeunes filles. J'ai alors proposé aux organisations professionnelles présentes, de signer avec le ministère de l'Éducation nationale une convention prévoyant de donner des garanties, en terme d'insertion dans l'emploi, aux jeunes filles qui choisiraient un BEP dans le domaine de l'électricité. Ma proposition fut accueillie dans un lourd silence. On m'a expliqué que les industriels ne pouvaient pas prévoir leurs besoins en emplois à deux ans, à trois ans.

La convention du 20 décembre 1984, dont on a déjà parlé ce matin a été complétée par une circulaire du ministère de l'Éducation nationale, de mars 1985 qui insistait sur la nécessité de mettre en place une "politique académique de développement des formations scientifiques et techniques, conduisant à une meilleure orientation vers l'enseignement scientifique et technique et à l'égalité des chances entre les filles et les garçons". Cette circulaire prévoyait la nomination de chargés de mission à temps plein auprès des CSAIO pour "élaborer, animer et suivre l'ensemble de la politique académique devant concourir à l'égalité des chances des filles et garçons". Malheureusement, par lettre du 24 juin 1986, le directeur des lycées et collèges a informé les recteurs que ce poste aurait une autre destination. La convention de 1989, signée par Michèle André et Robert Chapuis, a permis de relancer une dynamique avec l'appui d'une cellule nationale de pilotage qui a su fédérer les forces vives des différents ministères concernés.

À Grenoble, nous avons mis en place, le comité académique pour la diversification de l'orientation des jeunes filles, en juin 1990, comme dans beaucoup d'autres académies. En 1991, je me souviens avoir été invité par le recteur Blanchet dans l'académie de Montpellier, pour participer à une journée d'études organisée avec la déléguée régionale aux droits des femmes. Il y avait donc une dynamique forte et qui existait dans la majeure partie des académies. J'ai retrouvé dans mes dossiers un petit mot du recteur, à la suite d'une note qui avait été envoyée par le ministère, pour insister sur la nécessité de travailler sur ce thème. Cette note manuscrite me demandait de décliner cette volonté dans le projet académique. De tels exemples montrent l'importance que peut avoir une impulsion nationale lorsqu'elle est bien relayée.

La convention de 2000 dont on a suffisamment explicité les objectifs, est d'une grande importance. Elle a affiché une volonté politique, une impulsion gouvernementale qui a eu un effet de levier sur les politiques académiques. L'existence d'une convention n'est certes pas suffisante, mais son absence constitue un frein. L'action des académies dépend d'orientations nationales clairement affichées. Elle est naturellement liée à l'engagement du recteur ou de la rectrice. Permettez-moi de saluer la présence dans la salle de Josette Travert dont je tiens à dire que son action a été déterminante dans l'académie de Grenoble pour promouvoir une réelle égalité des chances entre les filles et les garçons. Elle me pardonnera de citer cet épisode très personnel. Quand elle a quitté l'académie, elle m'a indiqué qu'une de ses plus grandes joies était d'avoir, huit jours auparavant, participé à la remise des prix de la vocation scientifique et technique. Toutes les jeunes filles présentes avaient reçu de ses mains, le signe d'une reconnaissance. Ce sont des événements qui mobilisent les acteurs de terrain.

L'engagement des collectivités et notamment de la région est un élément également déterminant. La volonté de partenariats renforcés s'exprimant dans une convention signée en Rhône-Alpes par le préfet de région, les deux recteurs et la présidente du conseil régional a facilité l'action de tous au niveau des établissements. Un comité de pilotage régional, des commissions thématiques ont permis d'identifier, de recenser, d'analyser et de diffuser les bonnes pratiques. C'est également un levier essentiel pour des coopérations avec les branches professionnelles. Précisons également que, conformément aux objectifs de la convention de 2000, nous avons fait porter l'accent sur l'action en direction des garçons et des filles, les outils permettant d'agir sur les représentations des deux sexes ont été privilégiés. On peut citer la pièce de théâtre interactif Double mixte écrite en collaboration avec les Services académiques d'information et d'orientation de Grenoble et de Lyon. Cette pièce qui a tourné dans 28 établissements de l'académie est un modèle de reconsidération des rôles dans la sphère professionnelle et dans la sphère personnelle. Je citerais également le travail de l'équipe de la délégation régionale de l'ONISEP de Grenoble qui a réalisé un outil multimédia (audiovisuel et CD-rom), qui permet de travailler sur les représentations des jeunes, accompagnés par leurs enseignants. La formation, le travail en collaboration avec l'IUFM, sont également des éléments dont l'importance mérite d'être soulignée.

En guise de conclusion, je souhaite reprendre ce que disait tout à l'heure la rectrice de l'académie de Toulouse. L'école ne peut pas tout, et ce qu'elle peut réaliser, elle ne peut le faire seule. Elle travaille dans un environnement où le politique doit jouer son rôle, au niveau national, comme au niveau régional. On sait en effet l'importance de cette collectivité puisque le conseil régional vote le Plan régional de formation (PRDF) élaboré en collaboration avec l'État et les partenaires sociaux. Et on sait aussi que le PRDF définit les priorités relatives à l'information et à l'orientation. On doit également souligner l'importance du travail conduit avec l'environnement économique et social, où d'autres acteurs ont une partition essentielle à jouer, en particulier les partenaires sociaux (et pas seulement les représentants des entreprises ou des organisations professionnelles) qui ont une réelle place dans l'élaboration du PRDF.

Quant à l'école, si elle ne peut tout assurer, elle doit remplir sa mission éducative pour construire l'égalité des chances entre filles et garçons et participer activement à la remise en cause du consensus social qui tend à nous faire penser qu'il existe une dualité fondamentale des sexes impliquant une complémentarité des rôles sociaux. Il faut commencer tôt, dès l'enseignement primaire. J'avais pensé vous parler d'une expérimentation que nous conduisons dans l'académie de Grenoble, avec la délégation départementale aux droits des femmes de Haute-Savoie. La déléguée qui est dans la salle nous en parlera cet après-midi. Il faut également agir sur les contenus d'enseignement. Enfin, c'est à travers la mise en place d'une véritable démarche éducative en orientation, que nous pourrons espérer œuvrer collectivement et efficacement dans cette direction. Pensons à intégrer la thématique de l'égalité des chances dans tous les programmes d'éducation à l'orientation. Que tous les acteurs "de terrain" à l'intérieur de l'école comme à l'extérieur se saisissent de cette problématique et mettent en œuvre des actions communes et concertées.

La problématique dépasse le champ de l'orientation scolaire et professionnelle. Ce n'est qu'en fédérant des initiatives multiples que nous pourrons promouvoir des évolutions durables des représentations sociales, des rôles parentaux, des structures familiales, des pratiques institutionnelles, des formes d'organisation du travail et du temps libre. Ne faisons pas de l'égalité des chances entre les filles et les garçons un sujet à part ou en plus, mais faisons en sorte que la question du genre irrigue toutes nos politiques éducatives et publiques. Pour toutes les actions conduites "chaussons les lunettes de l'égalité", introduisons dans leur conception, de façon active et visible, une attention particulière à leurs effets possibles sur les situations respectives des filles et des garçons, des femmes et des hommes. J'invite chacun et chacune à un devoir de vigilance sur le sujet et à méditer cette phrase de Marguerite Yourcenar : "Ne pas exiger inutilement l'impossible mais demander tout le possible. Ne pas s'enfermer dans ses choix. Et tout cela, les yeux ouverts".

Inciter les filles à faire des sciences

Joëlle Wiels

La Mission pour la parité dans la recherche et l'enseignement supérieur a été créée en septembre 2001 au sein du ministère chargé de la Recherche. Ses objectifs principaux sont de fournir des données statistiques et des analyses permettant de mieux apprécier la place et les responsabilités respectives des femmes et des hommes dans les domaines de la recherche et de l'Enseignement supérieur. Ils consistent aussi à proposer des mesures tendant à remédier aux déséquilibres constatés, notamment dans le déroulement des carrières et l'accès aux fonctions de responsabilité. Par ailleurs, la Mission soutien ou impulse des actions incitant les filles à s'orienter vers les études et les carrières scientifiques ou technologiques. Enfin, elle veille à ce que la dimension du genre soit prise en compte dans les institutions, les programmes et les politiques de la recherche en France. La présentation faite dans le cadre de cette table ronde concernera principalement les actions menées par la Mission Parité pour encourager les filles à faire des sciences et plus particulièrement de la Recherche en sciences.

Cependant, avant d'entrer dans le détail des actions que nous menons pour tenter de remédier au faible pourcentage de filles qui s'engagent dans les sciences dites "dures" ou dans les disciplines technologiques, je voudrais énoncer quelques propos plus généraux sur l'orientation scolaire. Il nous semble en effet que la réflexion sur les orientations différentielles des filles et des garçons ne peut pas s'inscrire aujourd'hui hors de ce que l'on appelle la réflexion sur la "problématique du genre" ou, comme elle est souvent appelée en France, "problématique des rapports sociaux de sexes". Les études menées dans ce domaine ont en effet pour but d'assurer une meilleure compréhension des mécanismes qui produisent, reproduisent ou remodèlent l'inégalité. Aborder le problème "femmes et sciences" en ne perdant pas de vue cette optique, c'est notamment se rappeler que l'insertion différentielle des deux sexes dans les études scientifiques n'a rien de naturel mais qu'elle s'inscrit dans une longue histoire de mise à l'écart des femmes des différents savoirs débouchant sur des métiers prestigieux. Comprendre ces mécanismes est donc tout à fait essentiel et c'est pourquoi la Mission Parité s'efforce de soutenir les recherches sur le genre, domaine qui souffre en France d'un manque de reconnaissance institutionnelle.

Venons en donc maintenant à la présentation des actions que mène la Mission pour la parité dans la recherche et l'enseignement supérieur. Quelques chiffres 1 tout d'abord pour situer la place des femmes dans les domaines scientifiques et techniques. Au niveau du baccalauréat les filles constituent 46 % des bacheliers de la série S mais elles ne sont que 27 % en Sciences et techniques agricoles et environnementales (STAE) ou 8 % en Sciences et technologies industrielles (STI). À l'université, les différences d'orientation entre filles et garçons sont également marquées dans les sciences dures puisque les filles ne constituent que 32 % des inscrits en premier cycle de sciences et structure de la matière mais elles sont à parité avec les garçons dans les sciences de la vie ou en médecine et pharmacie. Si l'on considère les choses sous un angle un peu plus général, par exemple en prenant les premières inscriptions en DEUG, on note que 29 % des garçons qui entrent en DEUG s'inscrivent en sciences alors que seulement 14 % des filles choisissent cette voie. Un différentiel d'orientation important existe donc dès la première année d'inscription à l'université alors même que le chiffre de 46 % de bachelières de la série S aurait pu laisser espérer une répartition plus équilibrée.

Si l'on considère maintenant les filières d'excellence que sont les classes préparatoires aux grandes écoles, on constate que les écarts entre filles et garçons sont encore plus grands puisqu'on ne trouve que 28 % de filles dans les classes scientifiques alors qu'elles constituent 56% des effectifs des classes économiques et commerciales et 76% des classes littéraires. Enfin, et pour en terminer avec les statistiques, notons qu'on ne compte aujourd'hui que 23% de filles en moyenne dans les écoles d'ingénieurs, chiffre qui constitue un progrès par rapport aux années 70 où elles n'étaient que 5 % mais qui n'a quasiment pas augmenté depuis 1995. Ainsi, et même si dans l'ensemble ces chiffres sont en progression depuis deux ou trois décennies, force est de constater qu'il existe aujourd'hui une réelle désaffection des filles pour les études - et donc pour les métiers - scientifiques et technologiques. Un certain nombre d'actions ayant pour but d'encourager les filles à faire des sciences ont donc été mises en place par le ministère chargé de la Recherche.

Tout d'abord, le ministère via sa Mission Parité soutient des manifestations et initiatives médiatiques qui sont destinées à mettre en valeur la participation des femmes à la recherche scientifique, et ceci afin de créer des modèles pour les filles qui voudraient entreprendre une carrière dans ce domaine. Ainsi, en 2002, nous avons activement participé à la mise en place de l'exposition intitulée D comme découvreuses dont l'objectif est de montrer que les femmes ont joué et jouent encore un rôle important dans de nombreuses découvertes scientifiques. Cette exposition après s'être tenue au Panthéon (Paris) du 8 mars au 12 mai 2002, est maintenant présentée dans différents établissements scolaires ou lieux publics. Dans le même ordre d'esprit, nous avons participé et soutenu la manifestation organisée par le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à l'occasion de la journée des femmes du 8 mars 2004. Cette manifestation comprenait notamment une exposition intitulée "portraits d'inventives" qui présente des parcours de femmes, actives et imaginatives, ayant mis leur énergie inventive au service du progrès et de l'amélioration de la vie.

Outre des expositions, nous participons également à des projets d'édition de matériels audiovisuels qui sont destinés à être diffusés dans les établissements scolaires. Ainsi, le dernier en date de ces projets, est un DVD intitulé "filles-garçons : des métiers scientifiques pour tous", produits par les éditions Lunes. Ce DVD propose des interviews, réalisées par deux élèves de troisième (un garçon et une fille), de six jeunes femmes scientifiques passionnées par leur métier et qui témoignent que les femmes peuvent réussir avec bonheur dans des domaines où on ne les attend pas forcément tels que la photonique quantique et moléculaire, l'informatique ou la recherche spatiale.

Le ministère chargé de la Recherche soutient également des associations oeuvrant dans le domaine "femmes et sciences", telles que Femmes et mathématiques, Femmes et sciences ou Femmes-ingénieurs. Il s'agit notamment pour ces associations de produire des documents pédagogiques, mais également pour les militantes d'aller dans les lycées ou collèges, ou encore dans des "carrefours des métiers", pour témoigner de leur engagement et de leur satisfaction à exercer un métier scientifique. Le soutien à ces associations passe notamment par le biais d'une convention pluriannuelle.

En dehors d'une participation à des actions initiées par nos partenaires, la Mission Parité organise également un certain nombre de manifestations, récurrentes ou non, qui sont destinées à valoriser les femmes faisant des sciences. Ainsi, en 2003, à l'initiative du CNRS, un accord cadre de coopération sur la parité dans les sciences a été signé entre le ministère chargé de la Recherche, le ministère chargé de la Parité et de l'égalité professionnelle et le CNRS. La première manifestation, organisée dans le cadre de cet accord, a eu lieu lors de la Fête de la Science 2003 2 . À cette occasion, la Mission Parité et ses deux autres partenaires ont invité des jeunes lauréates du prix de la Vocation Scientifique et Technique 3 à participer à des tables rondes ou à intervenir dans le cadre de Villages des Sciences afin de témoigner devant un large public de leur passion pour la science et de leurs ambitions en ce domaine.

Enfin, je voudrais terminer ce rapide tour d'horizon de nos actions en vous présentant le "prix Irène Joliot-Curie" 4 . Ce prix, qui est remis chaque année depuis 2001, par le Ministre chargé de la recherche, a été créé afin de récompenser les actions entreprises pour favoriser la présence des filles dans les études scientifiques et techniques et pour faire avancer la parité femmes/hommes dans le milieu de la recherche. Il comporte trois catégories : la catégorie "Incitation" qui concerne les actions menées pour faire mieux connaître les métiers scientifiques aux jeunes filles et les encourager à entreprendre une carrière dans ce domaine ; la catégorie "Soutien" qui est destinée aux actions menées pour former, soutenir ou promouvoir les femmes dans la recherche ; et, enfin, la catégorie "Reconnaissance" qui distingue une femme ayant apporté une contribution personnelle remarquable dans le domaine de la recherche publique ou privée ou en tant que créatrice d'entreprise innovante. Chaque catégorie est dotée de 10 000 €. En 2004, pour toucher un public le plus large possible tant dans le domaine de la recherche publique que privée, le ministère chargé de la Recherche a établi un partenariat avec le consortium européen de l'aéronautique, EADS.

Au travers de ses trois catégories, la vocation de ce prix est d'élargir le choix des possibles pour les filles, tout d'abord en terme de formation initiale et, par la suite, en terme d'orientation professionnelle. Diversifier les choix professionnels passe, on le sait aujourd'hui, par l'existence de modèles de réussite féminine dans des métiers dont l'image est traditionnellement masculine. C'est la création de tels modèles que vise la catégorie "Reconnaissance" du prix Irène Joliot-Curie

Pour conclure, je voudrais dire que la Mission Parité propose aussi des mesures destinées à améliorer les perspectives de carrières des chercheuses et à leur permettre d'atteindre des postes de responsabilité. Revaloriser la place des femmes dans la recherche constitue aussi, à n'en pas douter, un levier puissant pour attirer les filles vers ce domaine.

L'action en faveur de la parité dans les Pays de la Loire

Marie-France Gonin

Pour améliorer l'orientation scolaire et professionnelle des filles et des garçons, il est nécessaire de développer le rôle de l'école, celui de l'entreprise et par ailleurs, de conduire des actions inter-partenariales.

Dans la région des Pays de la Loire, nous facilitons et soutenons les actions d'orientation scolaire pour l'élargissement des choix professionnels (ECP), dès lors :
qu'elles sont globales pour les collégiens et lycéens (mieux se connaître, appréhender l'environnement économique, découvrir les filières de formations, travailler sur son projet) ;
qu'elles impliquent l'ensemble de l'équipe pédagogique et la Conseillère d'orientation psychologue, les parents et des partenaires économiques ;
qu'elles contribuent à sensibiliser parents et personnels.

Outre un soutien financier à l'action, nous proposons des outils de communication sur ECP :
que tous peuvent utiliser : collèges, lycées et centres de formation initiale ou continue publics ou privés (GRETA, AFPA, centres des branches professionnelles…) ;
qui s'adressent tant aux jeunes qu'aux professionnels de l'orientation et aux enseignants eux-mêmes, mais également aux chefs d'entreprises, aux directeurs de Ressources Humaines (DRH) et à leur personnel d'encadrement.

Pour développer ces actions, nous partons de trois idées :
convaincre que tous les métiers sont mixtes, aussi bien les jeunes, que les parents, l'équipe pédagogique et les conseillers d'orientation. En espérant faire évoluer les représentations de ce que peuvent faire garçons et filles et faire prendre conscience de l'évolution des métiers et des conditions de travail (pénibilité) ;
se fonder sur des exemples concrets ;
convaincre les chefs d'entreprise et les DRH de l'utilité d'embaucher des filles et de prévoir leur insertion dans un métier masculin pour des raisons qui répondent à des nécessités économiques et des atouts de management. La mixité est un facteur d'amélioration de l'ambiance, des relations humaines et des conditions de travail.

Nous avons réalisé deux campagnes de communication proposant des outils et mettant en évidence les axes évoqués ci-dessus, à partir d'exemples concrets :

1) la campagne "des métiers à portée de mains" concerne les métiers de l'industrie, du transport, du bâtiment. Nous avons édité trois affiches pour chaque secteur. Les affiches font apparaître la formation scolaire, la reconversion en formation continue. Une petite phrase résume la motivation pour le métier choisi. Nous avons édité une plaquette avec témoignages de jeunes filles et de chefs d'entreprise ayant embauché des filles. Une cassette vidéo sur la complexité des personnalités et des parcours. Cette cassette propose des portraits de femmes dans leurs moments de vie (vie familiale, enfants …), vie professionnelle (métiers dits masculins), loisirs, (être soudeuse et aimer faire de la couture pour soi), ainsi que leurs témoignages sur l'intérêt de ces métiers, le bon accueil des collègues, mais aussi les difficultés de reconversion, quel que soit le niveau de formation initial (CAP ou BAC, parfois études supérieures). Nous avons voulu témoigner de l'intérêt des métiers en milieu masculin (intérêt technique et travail en milieu mixte), évoquer les difficultés de parcours, la réorientation possible, les problèmes d'orientation scolaire. Enfin, nous avons publié le journal Actives, journal interprofessionnel réalisé avec les branches professionnelles, en direction des personnels de recrutement et d'encadrement des entreprises. Il dit les acquis et difficultés pour l'entreprise. Il informe et donne les lieux ressources, d'aide et de conseil, ainsi que les outils de la Loi sur l'égalité professionnelle de mai 2001 dite "Loi Genisson".

2) la campagne "Bâtisseuses d'avenir" a été effectuée pour motiver les jeunes filles en direction des métiers du bâtiment. Les outils édités ont été très demandés dans les lycées, collèges et en formation continue lors des périodes d'orientation, des forums, des journées portes ouvertes.

Cependant, il faut rester attentifs à placer cette diversification dans une perspective de qualification et de carrière professionnelle et ne pas se satisfaire seulement de la mixité des métiers à bas niveau de qualification. Il faut conforter des partenariats et travailler selon les politiques interministérielles (Éducation nationale, collectivités territoriales). Il est nécessaire de remettre de la cohérence dans les politiques publiques, de la lisibilité, même avec le rectorat et les inspection d'académie, même dans les académies où il y avait des chargés de mission Égalité, trop souvent à temps partiel. Il faut aussi développer le réseau de correspondants : élèves des lycées, collèges, CIO et parmi les enseignants, il est également nécessaire de former à l'égalité, à la mixité des métiers et des carrières pour cela il est utile d'impliquer les IUFM. Il faut aussi convaincre les jeunes filles de se qualifier dans la polyvalence et avec ambition. L'objectif doit être d'aller vers une mixité des carrières et de donner accès à la promotion professionnelle aux femmes comme aux hommes.

L'emploi des femmes à la SNCF

Françoise Holbrook

Je suis chef de la Division Emploi à la direction des ressources humaines de la SNCF. Je suis chargée de la définition de la politique de l'emploi sous ses différents aspects : recrutement, mobilité, intégration des jeunes embauchés, politique en faveur des travailleurs handicapés, égalité professionnelle et non discrimination. C'est dans ce cadre que la SNCF développe une politique en faveur de la place des femmes dans l'entreprise.

Les femmes à la SNCF

La SNCF s'est engagée dans une politique volontariste de féminisation de ses métiers depuis 1999. Au delà de la non discrimination, c'est un véritable enjeu des ressources humaines qui vient en appui des orientations stratégiques de l'entreprise. Cette démarche repose sur des motivations opérationnelles de meilleurs fonctionnements et de meilleurs services rendus à nos clients, auxquels la féminisation de notre entreprise peut contribuer. Un point essentiel de la féminisation du personnel de la SNCF réside dans le recrutement d'un nombre plus important de femmes dans les métiers ferroviaires où leur nombre est le plus faible.

La féminisation de l'emploi fait partie intégrante de la politique de recrutement de la SNCF :
elle s'inscrit dans une démarche de changement de l'entreprise qui s'oriente de plus en plus vers une entreprise de service. Elle intègre pleinement l'objectif d'ouverture de l'entreprise de renouveau culturel. Elle peut faire évoluer les pratiques de management, notamment là où les femmes étaient peu présentes ;
l'emploi des femmes est un facteur de dynamisme social et de croissance économique. La féminisation prend en compte l'évolution de la structure du marché de l'emploi puisque aujourd'hui le nombre de femmes actives est de 12 millions pour 14 millions d'hommes. Elles constituent un vivier de compétence, aussi, face aux tensions du marché de l'emploi, il est pragmatique de mettre en œuvre une politique volontariste de recrutement féminin ;
les métiers de la SNCF évoluent, même si elle reste une entreprise qui propose de nombreux métiers techniques, vers moins de travaux physiques (apport des automatismes dans la gestion des itinéraires de circulation par exemple) et globalement de meilleures conditions de travail.

La place des femmes à la SNCF s'établit de la manière suivante. Au 31décembre 2003, la SNCF emploie 28.633 femmes, soit 16, 4 % de l'effectif total. On observe une augmentation constante de ce pourcentage qui se situait à 12, 1% en 1992. L'effectif féminin du personnel statutaire représente 14, 7 % et 59, 3 % des agents contractuels. La proportion dans les différents collèges est la suivante :
agents d'exécution : 12, 9 %
agents de maîtrise : 16, 6 %
cadres : 19, 3 %
cadres supérieurs : 10, 4 %.

À titre de comparaison, la place des femmes dans la structure de la population active française est la suivante :
ouvrières : 20, 9 %
employées : 76, 2 %
professions intermédiaires : 46, 6 %
cadres et professions intellectuelles : 34, 7 %.

Les femmes à la SNCF sont essentiellement présentes dans les filières :
paramédicale : 98 %
sociale : 94, 9 %
administrative : 54, 4%
commerciale : 37, 3%.

Elles sont très sous-représentées dans les filières techniques qui emploient plus de 70 % de l'effectif total :
transport : 4, 8 %
maintenance de l'infrastructure : 2, 5 %
maintenance du matériel roulant : 2, 1 %
conducteurs de trains : 1, 5 %.

La principale source de féminisation est le recrutement. La SNCF a recruté globalement en 2003,23 % de femmes. Ce chiffre est en augmentation par rapport à 2002 (18, 6 %). L'évolution est très positive pour le recrutement des agents d'exécution qui se situe à 23 % en augmentation de 6 points par rapport à 2002.

Le taux de recrutement des femmes cadres est de 34, 4 %. Toutefois, l'ouverture sur les métiers traditionnellement masculins est sensible :
ingénierie : 33 %
transport : 25 %
maintenance du matériel roulant : 19 %
maintenance de l'infrastructure : 16 %.

Parallèlement les recrutements de cadres dans les métiers les plus féminisés demeurent élevés :
ressources humaines : 61%
gestion, finances 47%.

Les éléments explicatifs de la situation

Parmi les éléments internes qui freinent la parité dans l'entreprise, on peut citer en particulier la culture d'entreprise : les femmes ont fait leur entrée de façon "massive" dans l'entreprise depuis une vingtaine d'années seulement, les métiers proposés sont essentiellement techniques et les contraintes d'exploitation (travail en horaires décalés et le week-end) rendent la vie privée et l'exercice de la parentalité plus difficiles.

Toutefois, actuellement, l'élément externe le plus bloquant pour accroître de manière significative le nombre de femmes dans l'entreprise est le faible nombre de filles suivant des formations techniques, quel que soit le niveau de la formation. On trouve 12, 4 % de filles dans les formations de CAP/BEP techniques, 9, 4 % préparant un bac pro technique, 20, 6 % dans les IUT "production" et 24 % dans les écoles d'ingénieurs. Cette proportion est beaucoup trop faible pour pouvoir alimenter de façon conséquente les filières techniques dans lesquelles la SNCF effectue plus de 75 % de ses recrutements.

Les actions en faveur de l'emploi des femmes

Afin de favoriser le recrutement des femmes dans l'entreprise, la SNCF a mis en place un certain nombre d'actions, soit internes, soit externes, seule ou en partenariat, en particulier avec le ministère de l'Éducation nationale. En interne, les actions portent sur la sensibilisation des personnels sur la place des femmes dans l'entreprise et la nécessité d'accroître leur recrutement au sein de l'entreprise. En externe, la SNCF a développé une politique active de recherche de candidatures féminines qui revêt plusieurs aspects :
la présence dans de nombreux salons et forums sur l'orientation des jeunes ;
le développement des interventions en milieu scolaire dans les classes de 3ème et 2de générales, technologiques et professionnelles, un réseau d'intervenants est actif sur l'ensemble du territoire ;
le développement des formations en alternance dans les domaines techniques du BEP au BAC +5 (diplôme d'ingénieur) en essayant d'attirer les jeunes filles vers ces formations ;
le développement d'une image positive de la place de la femme dans les différents métiers de l'entreprise.

En conclusion, le rôle du ministère de l'Éducation nationale est donc fondamental pour les entreprises comme la SNCF à forte vocation technique, afin d'élargir le champ des choix de carrières possibles pour les femmes. Cela passe dès la petite enfance par l'image que l'école peut donner de la femme, en particulier par les représentations dans les manuels scolaires, et surtout, par les orientations proposées au niveau des collèges et lycées. Les structures scolaires doivent s'ouvrir aux entreprises dans le cadre de partenariats actifs. Enfin, je souhaite préciser que les actions en faveur de l'égalité professionnelle à la SNCF ne se limitent pas à ses actions spécifiques au recrutement. La politique de la SNCF s'inscrit dans le cadre plus global de la Parité et de l'Egalité telles que définies dans l'accord interprofessionnel signé en mars 2004 entre les organisations patronales et syndicales. Ainsi, nous développons également des actions afin de faciliter la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, l'exercice de la parentalité, la formation en cours de carrière et la promotion des femmes à tous les niveaux hiérarchiques.

Les femmes dans les métiers de la culture

Frédéric Patureau

Le ministère de la Culture a signé la Convention en 2002. Cette adhésion signifiait fortement, à la fois le désir de promouvoir l'égalité des chances filles et garçons dans le système éducatif placé sous le contrôle ou la tutelle pédagogique de notre ministère, et de promouvoir également l'égalité d'accès aux métiers spécifiques de la culture. Contrairement aux apparences, on pense souvent, en effet, que les métiers de la culture sont très féminisés. Or, les données collectées soulignent que tel n'est pas le cas, du moins dans certaines professions relevant de ce ministère.

Un état des lieux

Pour concrétiser ce double objectif, l'un des préalables indispensables, était d'établir un état des lieux sur la situation des filles et des garçons dans notre système éducatif, sur la place des hommes et des femmes dans les métiers. Cela n'avait jamais été vraiment réalisé à ce jour.

Pour ce premier travail, côté formation et côté métiers, nous avions par chance un certain nombre d'outils préexistants, des enquêtes statistiques récurrentes, depuis une vingtaine d'années, auprès des établissements d'enseignement supérieur. Ces derniers placés sous la tutelle de notre ministère sont au nombre de cent vingt. Il existe également tout le réseau d'établissements d'enseignements spécialisés, en musique, théâtre, danse, qui forme des amateurs mais également des professionnels. Ce sont des bons tremplins pour l'entrée dans les métiers. Nous avions donc, aux moyens d'enquêtes auprès de ce système de formation, la possibilité d'établir une première photographie de la répartition des effectifs d'élèves, par sexe, par établissement, par diplôme, par discipline. Du côté des métiers là aussi, nous menons des enquêtes depuis une dizaine d'années. Nous disposons de quelques études approfondies sur les comédiens, les musiciens et les danseurs. Elles apportent des éléments tout à fait intéressants en terme de formation des professionnels, d'insertion, de trajectoire professionnelle, de niveau de revenus et qui dessinent toutes les conditions d'exercice du métier dans une perspective sexuée.

Une situation paradoxale formation/insertion

Ce premier état des lieux amène à certains constats, qui nous interrogent d'autant plus fortement que la plupart sont en forme de paradoxe. Le premier, le plus évident, c'est cette différence entre la forte féminisation des formations placées sous la tutelle ou le contrôle du ministère de la Culture et la place des femmes dans les professions. Nous avons donc essayé de comprendre ce qui se passe, notamment au niveau de l'insertion professionnelle, d'autant plus que, pour certains métiers ou certaines formations particulières, on aurait presque l'impression que cet écart, s'accuse avec le temps. Je cite l'exemple des architectes, où l'on a du côté de la formation, depuis 10 ans et même avant, un mouvement continu de féminisation de la formation, et côté insertion, une profession qui reste à plus de 80 % masculine. Les professions de la conservation et de la documentation sont, par contre, très féminisées. Lorsque l'on visite une bibliothèque, l'habitude est de rencontrer plus de femmes que d'hommes. Cette réalité est mesurée par toutes les enquêtes. Il en est de même pour l'enseignement artistique spécialisé. Nous retrouvons donc là, la part des femmes dans les écoles et les formations placées sous tutelle de notre ministère.

Par ailleurs, ce qui interpelle surtout, outre ce premier constat, un peu brut, du paradoxe entre la féminisation de la formation et la masculinisation des professions, c'est surtout que la part des femmes semble stagner ces vingt dernières années. C'est encore une fois, une analyse très globale, il y aurait des nuances à apporter d'une profession à l'autre, mais globalement les femmes représentent 38 à 40 % des effectifs des professions culturelles. Cette situation est d'autant plus surprenante que le mouvement de féminisation de la population active, durant ces mêmes vingt dernières années, a été continuel dans la majorité des secteurs. Les professions culturelles ont été en très forte expansion numérique. Entre le recensement de 1982 et celui de 1990 on a observé une croissance de 37 % d'actifs dans les professions culturelles, alors que pour la moyenne de la population active l'évolution est bien moindre. Entre les recensements de 1990 et 1999, on reste à 19 ou 20 % de croissance. Donc, un constat un peu sombre, qui semblerait signifier que les femmes, dans le domaine de la culture, n'ont pas profité du mouvement de féminisation globale de la population active et elles n'ont pas bénéficié des créations d'emplois dans notre secteur.

Tout cela nous invite à mener un travail en profondeur et de grande ampleur. Au département des études du ministère, cela c'est traduit concrètement par l'inscription à notre programme de travail, d'une étude spécifique sur la place des femmes dans les professions culturelles, ce qui nous permettra d'interroger cette dimension. Il est nécessaire de questionner le système des formations. Ainsi l'exemple des écoles territoriales d'Art en cours d'expertise. Elles suivent les élèves depuis l'entrée à l'école jusqu'à l'insertion. Elles nous donneront des éléments d'interprétation sur ce fossé entre l'école et l'insertion professionnelle. Dans les professions artistiques, on peut mesurer le "handicap" des femmes, en terme d'accès aux positions hiérarchiques. Par exemple, elles sont très peu nombreuses dans les métiers de metteur en scène ou de chefs d'orchestre ; c'est une observation qui ne surprend pas. Les revenus sont également très différents, les salaires féminins sont inférieures de 6 à 10 %, suivant les métiers.

Des trajectoires chaotiques pour les femmes

On voit également, dans les trois métiers étudiés, que les trajectoires du point de vue du cycle de vie sont différentes. Les femmes entrent plus jeunes sur le marché du travail artistique et elles en sortent aussi malheureusement plus jeunes. Elles ont toujours des carrières beaucoup plus vulnérables, les risques de discontinuité sont toujours plus importants, comme il a été possible de le mesurer dans une enquête éloquente sur les musiciens. Les femmes risquent à tout moment d'interrompre leur carrière beaucoup plus fréquemment que les hommes, elles risquent aussi de sortir définitivement du métier beaucoup plus souvent. Elles ont en général un volume de travail inférieur à celui des hommes, avec des possibilités de diversification moindre. Ces pistes de réflexion dressent un tableau un peu noir mais elles ont le mérite de nous indiquer clairement dans quel sens il faut travailler.

Débat avec la salle

Martine Brunswick (déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité en Auvergne).
Simplement une question à Joëlle Wiels par rapport à la convention signée en 2003 avec le CNRS ; serait-il possible d'avoir les référents de cette convention dans les régions pour que l'on puisse avancer sur le terrain ?

Joëlle Wiels
Je ne suis pas la personne indiquée pour vous répondre car cette action a été conduite par le CNRS. Il s'est engagé, dans un certain nombre de régions déjà, notamment en Normandie. Je crois que ça a été fait aussi dans le Sud-ouest de la France.

De la salle
Vous avez évoqué tout à l'heure la place et la représentation des femmes dans tous les manuels scolaires. Je suis dans un établissement agricole public et j'ai participé à un groupe de travail sur la place des femmes dans les manuels scolaires, dans les manuels de français notamment. Je pense qu'il y a toujours eu une volonté délibérée d'éliminer systématiquement les femmes des manuels scolaires. Nous avons fait un travail de recherche, dans un manuel de littérature, sur plus de 180 auteurs, il y avait 3 femmes. Or que je sache, il y a eu de tout temps des femmes qui ont écrit. Mais encore faut-il aller les chercher ! Et vous évoquiez tout à l'heure le cas de Marie Curie, je pense que nous pouvons trouver d'autres femmes. Mais c'est une volonté qu'il faut avoir, et là, il y a beaucoup de travail à faire. En Histoire, c'est pareil, ainsi que dans d'autres disciplines.

Joëlle Wiels
Je ne sais pas si cet après-midi, il en sera question. C'est pour ça que j'ai fait ce plaidoyer un petit peu court peut-être pour les études de genre au début de mon intervention. Je pense que changer les mentalités, c'est aussi essayer de réfléchir les questions qui sont transversales à toutes les disciplines. La réflexion vient forcément des sciences humaines et sociales. Je suis évidemment persuadée qu'il faut des femmes impliquées dans les études littéraires, que les écrivaines et les historiennes soient étudiées ; les femmes dans l'histoire ont eu des rôles extrêmement importants et ont été gommées, y compris donc dans les manuels scolaires. Il y a eu de nombreux de travaux sur ce sujet, des associations y travaillent également.

Armelle Le Bras-Chopard
Pour répondre, et compléter ce que vient de dire Joëlle Wiels, le Conseil national des programmes (CNP) a récemment organisé un colloque sur la mixité. Cette question commence à être prise en compte. Cependant, il demeure des aspects qui ne sont pas interrogés. On oublie souvent de préciser que le suffrage universel de 1848 ne concernait que les hommes. Par ailleurs, on célèbre l'anniversaire du Code Civil et le soixantième anniversaire du droit de vote des femmes est oublié.

Michelle Baron (ministère de la Recherche)
Le travail effectué en Pays de Loire me paraît à la fois, très intéressant et très important. Y a-t-il une concertation entre les différentes délégations sur toute la France ? Cette expérience riche d'enseignement sert-elles aux autres ? Est-ce que vous en discutez, est ce que vous échangez ces informations ?

Marie-Françoise Gonin
Nous envoyons systématiquement nos documents aux autres délégués. Nous avons des réunions nationales trimestrielles et nous échangeons sur des thèmes d'actualité. La plupart de mes collègues ont fait des campagnes de communication, plus ou moins centrées sur telle ou telle branche. L'originalité de la campagne des Pays de la Loire vient semble-t-il du journal. Nous avons rencontré des difficultés en raison de son statut interprofessionnel dans des métiers où est la presse corporative est privilégiée. Il faut donc que les professionnels profitent des expérimentations des autres branches. Le fait d'intégrer des femmes au sein de l'entreprise constitue un outil de management. C'est une occasion de remettre à plat un certain nombre de choses qui sont difficiles pour les hommes aussi. Si l'on veut l'égalité professionnelle, il faut aussi accepter le partage des tâches familiales.

Joëlle Wiels
Je voudrais juste reprendre ce qui a été dit à propos de la politique menée à la SNCF. Il est extrêmement important de mentionner les freins internes, le temps de travail, etc. Je voudrais tout de même rappeler que les infirmières sont à 98 % des femmes et que l'on ne leur demande pas si elles veulent travailler la nuit ou 7 jours sur 7. C'est un métier féminin considéré comme tel. Je ne crois pas que l'on puisse dire vraiment que les conditions de travail et le temps de travail sont des freins. C'est un frein quand on veut bien que ça en soit un.

Danielle Pourteau (sénatrice, adjointe au maire de Paris, chargée de l'enseignement supérieur)
Je voudrais faire référence à deux des thèmes que nous avons traités dans nos rapports annuels au Sénat et qui vont dans le sens des propos tenus lors des communications. Il s'agit d'une évaluation du programme "Trace", sur l'insertion des jeunes en échec scolaire. Je me souviens très bien de ce qui en ressortait. Malgré le volontarisme qui avait présidé à la mise en place du programme "Trace", qui demandait la parité et un effort particulier, en direction des jeunes filles, nous avions constaté que les filles avaient plus de mal que les garçons à obtenir une insertion professionnelle. Pour quelles raisons ? Les métiers les plus facilement accessibles, après un parcours "Trace", sont effectivement les métiers manuels ou des métiers peu qualifiés. Il y a bien sûr les stéréotypes de genre, mais je vous assure que notre analyse des résultats des programmes "Trace" nous avait permis de constater que, souvent les entreprises, au-delà d'une volonté affichée, ne prenaient pas en compte des choses toutes simples. Ainsi, quand on est sur un chantier et qu'on a besoin de se changer après le travail, s'il n'y a pas de vestiaires pour les femmes, ça devient compliqué.

En tant qu'adjointe au maire de Paris, chargée de l'enseignement supérieur je me suis intéressée à la place des femmes dans l'enseignement scientifique puisque j'ai la tutelle d'une grande école scientifique, et qu'avec l'association "Femmes et sciences" nous avions organisé un colloque en 2003 pendant la Fête de la science. Je voudrais simplement signaler que dans le cadre de la Fête de la science, à Paris, j'ai décidé depuis trois ans, de mobiliser les étudiants, ainsi que les professeurs en "sciences dures", pour qu'ils aillent dans l'ensemble des écoles de la capitale pour parler effectivement de l'intérêt des études scientifiques. Cette année, nous allons leur demander, de s'intéresser particulièrement aux filles. Nous allons essayer de mobiliser particulièrement les filles pour qu'elles aillent témoigner de leurs études scientifiques.



  1. Les statistiques présentées ici proviennent des notes d'information produites par la direction de l'Évaluation et de la prospective ( www.education.gouv.fr/stateval/default.htm) et de l'enquête effectuée par l'association Femmes-ingénieurs ( www.femmes-ingenieurs.org).
  2. La Mission de la culture et de l'information scientifique et technique et des musées du ministère chargé de la Recherche et des nouvelles technologies a également été partie prenante de cette action.
  3. Décerné par le Service des droits des femmes et de l'égalité.
  4. http://www.recherche.gouv.fr/parite/action/index.htm

Mis à jour le 15 avril 2011
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