Séminaire «Mise en œuvre pédagogique du nouveau programme d'enseignement des langues vivantes dans la voie professionnelle»

"Approche actionnelle" et enseignement des langues vivantes dans la voie professionnelle

François Monnanteuil, doyen du groupe des langues vivantes de l'Inspection générale

Chères collègues et chers collègues,

Daniel Charbonnier aurait fort bien pu représenter seul notre groupe des langues à cette tribune, puisqu'il a présidé le groupe d'experts chargé de la rénovation des programmes de la voie professionnelle et qu'avec Jean-Luc Maître, il suit tout particulièrement ce secteur de notre système éducatif pour l'anglais. Ma présence ici est donc avant tout une façon de montrer que cette rénovation engage l'ensemble de l'Inspection générale des langues vivantes.

Comme c'est maintenant le cas pour tout notre enseignement scolaire, ces nouveaux programmes sont les mêmes pour chacune des langues concernées, l'allemand, l'anglais, l'arabe, l'espagnol, l'italien et le portugais. Ils s'inscrivent dans la continuité des programmes de collège et sont en totale cohérence avec ceux des lycées généraux et technologiques, puisqu'ils fixent pour objectifs du baccalauréat professionnel les mêmes niveaux du Cadre européen commun de référence (CECRL) que pour les autres baccalauréats, et qu'ils associent étroitement l'apprentissage des langues et l'exploration des cultures. Les élèves des lycées professionnels doivent être entraînés à comprendre un bulletin d'information, un roman, une poésie. Les catégories culturelles mentionnées pour les lycées professionnels sont donc bien les mêmes que dans les lycées généraux et technologiques.

Depuis le décret du 22 août 2005 qui adosse, comme on dit, notre enseignement des langues au CECRL, chaque nouvelle rédaction de programme est l'occasion de préciser certains points. Il me semble qu'à cet égard, la rénovation de la voie professionnelle fait apparaître deux nouveautés. D'abord, le seuil minimal exigé est clairement distingué du niveau visé. C'est une distinction essentielle pour intégrer le pilotage par objectifs à notre système d'évaluation qui fait reposer le succès sur le 10 sur 20. Il est légitime de considérer que la note de l'élève qui atteint les objectifs fixés doit être 20 sur 20. Encore faut-il préciser à quel niveau correspond le 10 sur 20 et c'est bien le seuil minimal exigé. La seconde nouveauté de ces programmes est l'insistance sur les tâches élémentaires, qui sont à articuler entre elles pour construire des projets reflétant la complexité des situations de la vie réelle. Ainsi se dessine une nécessaire progression des tâches qui structure les apprentissages, au-delà des habituelles progressions grammaticales et lexicales.

Ces programmes prennent évidemment en compte la spécificité de la voie professionnelle et c'est, à mon sens, leur composante la plus novatrice. Les apprentissages doivent être ancrés dans la réalité des différents environnements professionnels, mais ces divers contextes ne sont plus décrits avant tout en termes de lexique, comme ce fut souvent le cas. Ainsi les programmes mentionnent-ils, pour ne prendre que cet exemple, "le compte rendu du dysfonctionnement d'une machine". Chacun voit bien que cette situation concerne de très nombreux métiers, dans le secteur industriel comme dans le tertiaire. Sans doute nécessitera-t-elle la maîtrise d'un lexique spécifique, mais ce lexique ne servira pas à une simple description de l'environnement professionnel considéré de l'extérieur, qui ne serait d'ailleurs pas exempte d'un vague sentiment de supériorité, dans la mesure où le locuteur décrirait un monde où il ne se situerait pas.

Les programmes prévoient aussi "le compte rendu de l'avancement d'une activité". Il est intéressant d'observer que chacun peut être amené à accomplir cette tâche dans sa vie professionnelle, quelle que soit sa position hiérarchique. Le titulaire d'un CAP qui rend compte à son chef d'équipe ne mobilisera pas tous les moyens linguistiques nécessaires au bachelier professionnel, au technicien supérieur, ou à l'ingénieur, mais il s'agit bien de la même situation. Au fond, l'ancrage des situations de communication dans l'environnement professionnel concerne chacun d'entre nous. Certains d'entre vous ne seront-ils pas amenés cet après-midi, à la fin des ateliers, à " rendre compte d'un travail de groupe ", autre activité mentionnée dans les programmes ?

Cette orientation des nouveaux programmes de langues dans la voie professionnelle dépasse largement l'adaptation de l'enseignement au CECRL. Elle contribue à définir ce que peut être l'usage d'une langue dans un contexte professionnel, sans être totalement dépendant du domaine d'activités, du niveau de qualification ou de la nature des responsabilités exercées. Il est permis de penser que c'est une belle manière de donner tout son sens à la notion même d'enseignement professionnel. C'est dire l'importance des travaux que vous allez conduire pour trouver les meilleurs moyens d'aider les professeurs à s'approprier ces nouveaux programmes.

Actes du séminaire - Mise en œuvre pédagogique du nouveau programme d'enseignement des langues vivantes dans la voie professionnelle

Mis à jour le 15 avril 2011
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