Des pratiques numériques au service de la classe : les Travaux académiques mutualisés (TraAM)
Pour encourager les usages pédagogiques du numérique dans la classe, la direction du numérique pour l’éducation (DNE) conduit les Travaux Académiques Mutualisés (TraAM), un dispositif qui réunit les académies autour de pratiques innovantes du numérique éducatif.
Mis à jour : janvier 2026
Actualités de janvier
Chaque année, les Travaux académiques mutualisés (TraAM) offrent aux équipes d’enseignants l’occasion d’expérimenter, en conditions réelles, des pratiques pédagogiques numériques innovantes. En 2025, une thématique s’est naturellement imposée : l’intégration de l’intelligence artificielle dans les apprentissages.
Au sein de cet ensemble particulièrement riche, les experts disciplinaires de la DNE ont retenu dix scénarios emblématiques : usage critique de l’IA générative, agents conversationnels pour soutenir l’investigation scientifique, robotique et modèles prédictifs, différenciation pédagogique, développement de l’esprit critique, créativité augmentée… Cette diversité illustre pleinement la vitalité du numérique éducatif et le professionnalisme des académies engagées.
- Consulter les descriptifs de ces scénarios dans notre Zoom pratique du numérique en classe
La première lettre thématique hors-série - janvier 2026 - consacrée aux Travaux académiques mutualisés (TraAM) propose un parcours guidé à travers des scénarios concrets travaillés avec les élèves en académies. Elle met en valeur Capytale, plateforme collaborative des STIAM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques), de partage d’activités de codage, et entend illustrer la diversité des usages pédagogiques.
Présentation
Les Travaux Académiques Mutualisés (TraAM) sont un dispositif national co-piloté par la Direction du numérique pour l’Éducation (DNE) et l’Inspection générale (IGESR). Ils visent à encourager les usages pédagogiques du numérique grâce à des expérimentations menées directement dans les classes, avec les enseignants et leurs élèves.
Chaque année, près de 700 enseignants répartis dans toutes les académies et à tous les niveaux (école, collège, lycée, BTS) s’impliquent dans plus de 100 projets couvrant 19 disciplines. Leurs productions alimentent Édubase sous forme de ressources pédagogiques innovantes, et donnent aussi lieu à des parcours d’autoformation dans le catalogue de l’offre en libre sur les plateformes Magistère et réseaux des concepteurs.
Le dispositif suit un calendrier annuel : appel à candidature en début d’année (février), sélection des projets en juin, travaux de septembre à mai. Le pilotage est assuré au niveau national par la DNE et l’IGESR, et en académie par un inspecteur (IA-IPR, IEN-ET, IEN-EG) accompagné de l’Interlocuteur Académique au Numérique (IAN).
Pour participer, il est conseillé de se rapprocher de sa délégation académique au numérique, de son inspecteur ou de son interlocuteur académique pour le numérique.
Zoom pratique du numérique en classe
Physique - chimie
Dans ce scénario original en physique-chimie, les élèves mènent une enquête fictive à partir d’indices chimiques relevés sur une scène de crime. Accompagnés par IonBot, un agent conversationnel intégré à Chat-MD, ils formulent des hypothèses, choisissent les tests et interprètent les résultats, tout en étant guidés dans leur raisonnement.
L’activité articule manipulation réelle, démarche d’investigation et évaluation formative, et montre comment l’IA peut devenir un partenaire structurant des apprentissages.
Lettres
Dessiner avec ou contre l’IA ? Un usage critique du storyboard généré par l'IA
Dans cette séquence de 1ʳᵉ générale consacrée au Menteur de Corneille (académie de Strasbourg), l’IA surgit de façon inattendue : une élève propose d’utiliser une IAG pour illustrer la scène du faux mariage. Les images produites, séduisantes par leur esthétique mais erronées (confusion des personnages, tonalité inadaptée), deviennent un support d’analyse critique.
Les élèves exploitent alors ces écarts pour corriger, produire leurs propres dessins et transformer les limites de l’IA en leviers d’apprentissage critique, dans l’esprit de l’Éloge du bug de Marcello Vitali-Rosati.
Éducation musicale
L’IA est-elle l’artiste de demain ou l’avenir de l’artiste ?
Le scénario amène les élèves à interroger la création musicale assistée par l’IA : que produit la machine lorsqu’on lui confie une idée sonore ? À partir de transformations ou de générations musicales, notamment autour d’un extrait de chanson de Gaël Faye, ils identifient ce que l’IA imite efficacement et ce qui lui échappe encore : intention, geste, sensibilité.
La séquence devient ainsi un espace de comparaison entre expression humaine et production algorithmique, favorisant créativité, écoute attentive de l’élève et réflexion éthique sur la création artistique à l’ère numérique.
Technologie
Comment l'IA améliore-t-elle la sécurité routière ?
Dans cette séquence, les élèves programment un robot Maqueen (Micro:bit) pour simuler un système d’aide à la conduite : maintien dans la voie, détection d’obstacles et adaptation de la vitesse, à l’image d’un véhicule autonome. Ils conçoivent ensuite un modèle d’apprentissage automatique pour reconnaître des panneaux de signalisation et ajuster le comportement du robot.
Déployée sur la plateforme Éléa, environnement public national inscrit dans une logique de communs éducatifs, la séquence favorise l’autonomie et la différenciation, tout en offrant une introduction concrète à la robotique, à l’algorithmie et à l’IA embarquée, en lien avec les technologies actuelles.
Arts plastiques
Forêt artificielle
En première, spécialité arts plastiques (académie de Poitiers), ce projet TraAM place l’IA au cœur du processus créatif. Entre pratique du dessin et images générées, les élèves interrogent l’esthétique de la machine et cherchent à la dépasser. Le refus du prompt « arbre mort », bloqué par les filtres de l’IA, puis son contournement par « arbres desséchés », génèrent une image incohérente transformée en matériau plastique.
Ce dialogue entre intention humaine et propositions automatisées nourrit une réflexion sur la place de l’IA dans la création artistique et sur son influence esthétique, dans un scénario à la fois exigeant et visuellement marquant.
Sciences économiques et sociales
S'entraîner à élaborer des plans de dissertation avec l'IA
Cette séquence de SES propose un parcours progressif autour du plan de dissertation, articulé en trois exercices complémentaires. Après un premier temps sans IA, conçu avec H5P, outil open source de création de contenus interactifs, les élèves consolident les fondamentaux méthodologiques, avant d’analyser des plans erronés, puis d’élaborer et d’améliorer leurs propres propositions.
Scénarisé via Chat-MD, outil open source hébergé sur la Forge des communs – plateforme publique de mutualisation et de co-construction d’outils numériques éducatifs – le dispositif combine structuration méthodologique et rétroactions personnalisées, offrant un accompagnement précis du raisonnement et un feedback individualisé aux moments clés.
Sciences de la vie de la Terre
Défi botanique : entraîner une IA à reconnaître les plantes du collège !
Défi botanique mobilise une IA prédictive entraînée par les élèves à partir de photographies de la biodiversité du collège, à l’aide de Vittascience, plateforme pédagogique privée dédiée à la programmation et à l’intelligence artificielle. Les erreurs de classification – comme une feuille de lierre reconnue comme vigne – mettent en évidence l’influence des données (lumière, angle, détails) sur les résultats de l’algorithme.
Ces écarts deviennent un levier pédagogique : les collégiens affinent leurs observations, enrichissent leur jeu de données et développent à la fois des compétences en classification du vivant et un esprit critique face aux outils numériques.
Histoire-Géographie
Une intelligence artificielle peut-elle écrire un récit historique ?
En 4ᵉ, ce projet TraAM invite les élèves à interroger un récit historique généré par l’IA à partir du Serment du Jeu de Paume. Un premier prompt produit un texte plausible mais imprécis ; en affinant progressivement les consignes (acteurs, causes, précision), les élèves observent comment l’IA améliore le récit tout en introduisant parfois des éléments non pertinents.
La demande finale de sources révèle alors ses limites : références inventées ou hétérogènes, rappelant la nécessité de tout vérifier. Cette progression rend visibles les mécanismes de l’IA et montre que l’esprit critique et la précision des consignes restent au cœur de l’apprentissage de l’histoire.
Langue vivante
Espagnol : Générer une BD pour écrire, collaborer et mieux apprendre
Proposé par l’académie de Nancy-Metz, ce projet mobilise l’IA comme levier d’expression écrite à travers la création d’une bande dessinée servant de support à un récit autour de la découverte de Tulum, dans une simulation sur le trésor de Moctezuma. Les élèves découvrent rapidement l’importance du prompt, déterminant pour la qualité visuelle des planches et les possibilités narratives.
Le dispositif se distingue par une forte différenciation : selon les IA utilisées, les supports produits s’adaptent aux profils des élèves, des plus fragiles aux plus avancés. Les limites de la génération (erreurs visuelles, textes inventés, biais culturels) nourrissent une réflexion critique sur les consignes, avant la rédaction finale du récit, ciblant notamment, l’orientation dans l’espace et les prépositions de lieu en espagnol.
Histoire des arts
Dans cette séquence, les élèves apprennent à interroger l’IA en mobilisant la méthode ACTIF (Action, Contexte, Ton, Intention, Format) afin de formuler des prompts précis et efficaces. À partir de la question « En quoi le château de Versailles est-il une œuvre d’art ? », ils ajustent progressivement ces paramètres, testent les réponses générées, identifient biais, omissions ou contresens, puis débattent pour affiner la pertinence de leurs formulations.
Cette démarche structurée place les élèves au cœur du processus : expérimenter, comparer, réviser. Elle développe un regard critique sur l’information produite par l’IA et renforce conjointement la maîtrise de l’expression et des outils numériques.