Prévenir la radicalisation en milieu scolaire

La prévention de la radicalisation en milieu scolaire

En France, la lutte contre la radicalisation s'appuie sur un dispositif de repérage, de signalement et d'accompagnement par des cellules préfectorales. Au niveau de l'Éducation nationale, le ministère propose des ressources pour mettre en œuvre la prévention et l'identification des signes de ce processus, ainsi que des éléments de recherche pour mieux le comprendre. Des ressources documentaires sont également mises à la disposition des enseignants.

Enjeux du plan de prévention

Contexte et acteurs du plan d'actions de prévention

Depuis la mise en place de la politique de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes, sous l'égide du ministère de l'intérieur, le 23 avril 2014 (circulaire aux préfets en date du 29 avril 2014), le secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPD-R) est chargé de l'appui méthodologique et cordonne le plan d'actions de la prévention, avec les ministères concernés dont le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche (MENESR).

La circulaire du Premier ministre du 13 mai 2016 a renforcé l'ensemble du dispositif à l'échelon territorial afin de développer la politique de prévention mise en place depuis 2014. Cette circulaire qui définit la stratégie nationale en la matière s'articule de façon opérationnelle à travers le PART (plan d'action contre le terrorisme et la radicalisation) et le guide interministériel de prévention de la radicalisation .

Le dispositif mis en place par le ministère de l'intérieur s'appuie sur :

  • un numéro vert national d'assistance, d'orientation et de signalement  (0 800 005 696) ;
  • un site internet STOP-DJIHADISME
  • des cellules de suivi préfectorales (composées de représentants de plusieurs ministères, collectivités territoriales, réseaux associatifs).

Définition de la radicalisation

Le travail interministériel en France a permis un consensus autour de la définition suivante : "Par radicalisation, on désigne le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d'action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux, qui conteste l'ordre établi". (Fahrad Khosrokhavar).

La radicalisation n'est pas ainsi exclusive au terrorisme islamiste mais intègre tout type d'idéologie, religieuse ou non, qui conduit l'individu à choisir l'action violente, au nom des croyances auxquelles il adhère sans compromission possible, engagement terroriste contre les autres membres de la société dont il rejette, inconditionnellement, les valeurs et le mode de vie. On parle ainsi de processus de radicalisation, par paliers avec adhésion et rupture avec l'environnement habituel.

La radicalisation apparaît comme un phénomène profondément lié à l'exploitation de conflits d'identité, fragilités renforcées par des ruptures (scolaire, familiale, histoire personnelle...).

Les actions du plan

Dans ce contexte, la politique du ministère de l'Education nationale repose sur 5 axes : la prévention, le repérage et le signalement, le suivi des jeunes en voie de radicalisation scolarisés, la formation et la recherche.

  • Le pilotage de cette politique est assuré par l'administration centrale (direction générale de l'enseignement scolaire - DGESCO) en lien avec le cabinet de la ministre.
  • Dans les territoires, chaque académie dispose d'un référent radicalisation. Chaque département dispose d'un référent radicalisation présent dans les cellules de suivi préfectorales. Le référent "prévention de la radicalisation" est joignable, par tous les personnels, en passant par la voie hiérarchique et en s'adressant au rectorat.

Prévention

Après les attentats de janvier 2015, le ministère a mis en place un vaste plan d'ensemble de mobilisation pour les valeurs de la République à l'école. Parmi les onze mesures de ce plan, le parcours citoyen prend en compte l'enseignement aux médias et à l'information (EMI) et l'enseignement moral et civique (EMC) comme composante essentielle de la construction de la citoyenneté de l'élève, mais vise également à valoriser l'engagement des jeunes afin de permettre de favoriser un sentiment d'appartenance à une société.

L'importance de l'EMI se justifie par le fait que si on ne se radicalise par sur Internet, comment le montrent les universitaires et experts du domaine, le web constitue néanmoins un « incubateur de la pensée extrême » sur un terrain favorable quand il existe un isolement renforcé, une violence virtuelle banalisée (jeux vidéos), voire une dissimulation (multiples comptes Facebook).

Repérage et signalement des jeunes

Un livret pour aider à « repérer la radicalisation » a été diffusé aux professionnels : diffusé en janvier 2015 et en novembre 2015 à tous les chefs d'établissement, cet outil appelle les personnels à une attention particulière envers des élèves en risque dont on peut repérer des signes de basculement dans la radicalisation (diagnostic en commun pour aboutir à un faisceau d'indices probants qui peut justifier un signalement) et rappelle la procédure de signalement (numéro vert national d'assistance, d'orientation et de signalement).

Suivi des jeunes

Le ministère a choisi une approche socio-éducative qui prenne en charge le jeune dans sa globalité ainsi que sa famille ou ses proches. Des cellules de suivi dans les établissements scolaires sont mises en place au besoin. Pilotées par le chef d'établissement, elles travaillent en lien avec le référent académique "radicalisation" et les cellules de suivi préfectorales pour assurer une continuité scolaire et une réinsertion par l'école.

Formation

Le ministère assure une formation nationale pour les référents « radicalisation » de manière régulière et soutenue (mars 2015/novembre 2015/janvier 2016) afin d'aider les équipes académiques à identifier les signaux de risque de radicalisation, le phénomène d'embrigadement, et à construire une politique de prévention, de repérage et d'accompagnement des situations et des établissements en lien avec les préfets, les procureurs et les autres partenaires, notamment associatifs.

La politique de prévention de la radicalisation en milieu scolaire se situe en amont et mobilise tous les personnels de l'éducation nationale.

Voir la vidéo de la conférence en date du 5 mars 2015 de Pierre N'GAHANE, préfet, secrétaire général du comité interministériel de la prévention de la délinquance. (site ESENESR).

Une journée d'études « Réagir face au complot », réunissant chercheurs, enseignants, journalistes, a marqué, le 9 février 2016, le lancement d'une réflexion plus globale du ministère sur la prévention du complotisme à l'école. En effet, la radicalisation remet en question les pouvoirs en place et refuse tout compromis ; cette attitude de rejet extrême de toute parole institutionnelle est une des caractéristiques du complotisme.

L'Education nationale a participé à la réalisation des supports de formation en ligne qui vont être diffusés par le SG-CIPD-R. Un parcours de formation en ligne va être décliné sur la base de ce travail interministériel.

Recherche

Le rapport commandé par le secrétaire d'Etat à la Recherche et à l'Enseignement supérieur à Alain Fuchs, président de l'alliance ATHENA (alliance nationale des sciences humaines et sociales) et président du centre national de la recherche scientifique (CNRS), rendu en mars 2016, a permis de faire un état des lieux de la recherche (cartographie des travaux scientifiques et les différentes sources de financement existantes) afin de renforcer des actions en matière de recherche dans une optique interdisciplinaire.

Un programme d'ensemble, sur appel à projets aux universités (650 000 euros pour 2016-2017), est mis en place pour appréhender le phénomène de la radicalisation islamiste de façon la plus exhaustive : sociologie, sciences cognitives, histoire, histoire des doctrines et une approche critique des textes (avec un focus sur ce qui fonde l'imaginaire de Daech, l'Islam médiéval).

Ressources documentaires

La lutte contre la radicalisation s'appuie sur un dispositif de repérage, de signalement et d'accompagnement par des cellules préfectorales.Le repérage et le signalement de jeunes, éventuellement en voie de radicalisation, s'inscrit dans le cadre de la protection de l'enfant, définie par la loi du 14 mars 2016. En effet, le code de l'action sociale et des familles (article L. 226-2) précise la mission d'information des personnes concernées par des situations de « mineurs en danger ou qui risquent de l'être ».
Le site internet «stop-djihadisme» propose différentes ressources expliquant les ressorts du processus de radicalisation. Depuis novembre 2016, deux vidéos sont disponibles pour montrer qu'il suffit parfois de peu pour faire basculer toute une vie, celles d'Emma et de Mehdi par exemple.

Les ressources CANOPÉ

Le rôle de l'École dans la prévention de la radicalisation est réaffirmé par le plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) interministériel présenté par le 1er ministre en mai 2016.

L'action de l'éducation nationale se décline autour de 5 axes socio-éducatifs : la prévention, le repérage et le signalement, le suivi, la formation et la recherche. Cette stratégie de prévention concerne l'ensemble de la communauté éducative.

Les personnels enseignants et d'éducation sont concernés au premier chef. Dans cette optique, le réseau CANOPÉ met des ressources à disposition à leur attention sur le site Prévenir la radicalisation.

Ces outils pédagogiques sont construits autour de deux axes : comprendre et agir.

  • L'axe comprendre est organisé autour de trois rubriques qui donnent des clefs de compréhension du phénomène de radicalisation.
  • L'axe agir est organisé autour d'une rubrique qui donne des pistes pour aider à développer l'esprit critique et la résilience des jeunes face aux tentatives d'embrigadement.

Utiliser les vidéos #toujourslechoix

Ces vidéos interactives peuvent servir de support avec les élèves en fin de collège ou au lycée.toujourslechoix.fr

Tournées en caméra subjective et sous la forme d'un jeu de rôle qui impose au spectateur de prendre une décision à des moments cruciaux, ces vidéos présentent le processus d'embrigadement d'une jeune fille (Emma) et d'un jeune homme (Mehdi) que des recruteurs djihadistes tentent de convaincre pour commettre l'irréparable : partir sur zone de conflit, exécuter un attentat sur le territoire national.

De véritables témoignages de parents, de proches de jeunes qui ont vécu un tel embrigadement sont proposés. Latifa IBN ZIATEN, mère d'une des victimes de Mohamed MERAH, un père, un djihadiste repenti... apportent leur parole, ressenti et réflexions afin de faire comprendre comment c'est arrivé et alerter les familles sur les ruptures comportementales pouvant révéler un processus de radicalisation.

Pour une utilisation au niveau de l'EPLE

Avant d'entreprendre toute démarche d'utilisation en EPLE, le chef d'établissement doit préalablement informer les parents en les conviant à des séances de présentation et d'explicitation de ces ressources. Il est en effet important de replacer l'utilisation de ces supports dans les orientations et les actions de la politique publique de prévention de la radicalisation et de protection de la jeunesse. Il pourra s'appuyer sur le référent radicalisation de son académie.

L'essentiel est de permettre le croisement de regards pour, de façon pluridisciplinaire, utiliser ces vidéos comme un support d'échanges. Il est pertinent d'inscrire ces séquences dans une démarche pédagogique en associant la communauté éducative de l'établissement. À ce titre, les parents, ainsi que des intervenants extérieurs, peuvent être associés à la réflexion sur les modalités de diffusion dans l'établissement (par exemple conférence débat, ateliers...).

Le comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) paraît être l'instance idoine pour ce type d'échanges à visée opérationnelle. Une présentation au conseil pédagogique de l'outil, par le chef d'établissement, pourra aussi faciliter l'appropriation de la démarche et de l'objectif par les équipes.

Pour une utilisation en classe

Les enseignants, les équipes de vie scolaire et les personnels sociaux et de santé ont vocation à se servir de cette ressource en classe dans un objectif pédagogique et éducatif.

Afin d'associer les élèves, à travers leurs représentants, le conseil de la vie collégienne (CVC), le conseil de la vie lycéenne (CVL) sont des instances qui permettent aussi d'élaborer une volonté commune d'utilisation du support en classe.

Il convient de garder à l'esprit que ces images nécessitent un accompagnement pédagogique prenant en compte la résonnance émotionnelle qu'elles peuvent déclencher et plus particulièrement les témoignages.

Avant toute utilisation lors d'une séance pédagogique il y a lieu de s'assurer de conditions favorables et d'un accompagnement pour la diffusion pour se prémunir de tout impact négatif, contraire à l'objectif visé, et qui pourrait déboucher sur du mal-être pour les élèves. Il est bon de créer une atmosphère de coopération dans la classe facilitant la verbalisation et permettant la prévention et la résilience face au risque de basculement dans la radicalisation et l'extrémisme violent.

Pour le bon déroulement de séances, être attentif à :

  • ne pas conduire seul la ou les séances,
  • organiser des groupes à effectif réduit,
  •  poser et respecter des règles de fonctionnement avec le groupe (neutralité idéologique),
  •  instaurer et assurer un climat de confiance dans le groupe,
  • respecter la parole ou le silence de chacun,
  • prendre de la distance par rapport aux expériences vécues et à leurs représentations,
  • amener le groupe à élaborer ses points de vue en développant la culture du débat, l'esprit critique,
  • apporter des informations précises et objectives pour susciter le questionnement et contrer la propagande djihadiste.

Les équipes peuvent également s'appuyer sur les ressources produites suite aux différents attentats qui ont eu lieu en France, pour répondre aux interrogations des élèves.

La pièce de théâtre"Djihad"

Entre tragédie et comédie, la pièce "Djihad" permet d'aborder, au travers des angoisses et des interrogations personnelles de trois jeunes Bruxellois en route pour les zones de combat syriennes, la découverte de la réalité violente et sordide qu'ils n'avaient pas envisagée au départ.

Ce cheminement peut constituer un point de départ pour une réflexion nourrie sur le phénomène de la radicalisation, à destination des grands collégiens comme des lycéens, par exemple lors de séances de sensibilisation menées dans le cadre des projets des comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) ou comme support d'un débat dans le cadre de pratiques pédagogiques.

Le film "Le ciel attendra"  de Marie-Castille Mention-Schaar

Le film " Le ciel attendra", réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar (avec Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau, Yvon Attal) permet d'aborder le sujet de la radicalisation des jeunes filles et de leur embrigadement dans des filières djihadistes pour rejoindre la Syrie.

La détresse des familles, le rôle des mères pour sauver leur enfant, l'action de Dounia Bouzar pour prendre en charge les jeunes qui ont basculé dans la radicalisation sont présentés avec réalisme. Une jeune fille qui a connu ce processus d'embrigadement et cet aller-retour sur zone de conflit a participé à l'élaboration du  scénario. Le film est sorti en salle le 5 octobre 2016.

Le document d'accompagnement complet est accessible sur le site Le ciel attendra 

Le dossier pédagogique Canopé sur le téléfilm "Ne m'abandonne pas"

  • La journée d'étude "Réagir face aux théories du complot" du 9 février 2016 au Muséum national d'histoire naturelle a réuni collégiens, lycéens, étudiants, enseignants, universitaires et chercheurs, membres d'associations, journalistes, psychiatres, juristes pour présenter leurs démarches, échanger sur leurs expériences et participer à des tables rondes, conférences et ateliers. Cette journée s'inscrit dans le cadre de l'Enseignement moral et civique et de l'éducation aux médias et à l'information, et dans la continuité de la mobilisation pour les valeurs de la République. Page Déconstruire la désinformation et les théories conspirationnistes

Les ressources internationales : le guide de l'UNESCO

La politique de prévention de la radicalisation en milieu scolaire, menée en France depuis 2014 (plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme- PART annoncé le 9 mai 2016), entre dans les différentes stratégies mises en place par l'Union européenne, le Conseil de l'Europe ainsi que l'UNESCO, politique d'ensemble qui vise à lutter de façon globale contre toutes les formes d'extrémisme violent. Ce guide, réalisé par l'UNESCO à destination des décideurs politiques, propose des pistes de réflexion et d'action autour des principales problématiques et s'appuie sur les approches différenciées des pays participants.

Mis à jour le 08 juin 2017
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