Psyché, l’âme-papillon (2) : Psyché et Éros/Cupidon, un couple modèle Un motif artistique, littéraire et culturel dans le monde antique

Sic ignara Psyche sponte in Amoris incidit amorem.
"Ainsi, sans le savoir, Psyché tomba d'elle-même dans l’amour de l’Amour."

 

Apulée, Métamorphoses, livre V, 23, 3

 

Comme on l’a vu, un langage érotique et symbolique s’est mis en place par l’image et par le texte, selon des codes qui deviennent vite des stéréotypes, faciles à reproduire, dans tout le monde culturel gréco-romain, à partir de la période hellénistique (IVe siècle av. J.-C.). Ils tissent un réseau de correspondances subtiles entre l’art et la poésie, la doctrine philosophique, la croyance religieuse et la pratique magique.
Voir "Psyché, l’âme-papillon (1) : une histoire d’ailes".

N. B. Toutes les références iconographiques avec leurs copyrights sont citées à la fin de l’article.

Variations sur un duo : embrassements et baisers

Dans le domaine iconographique, le couple formé par Psyché avec Éros / Cupidon connaît un grand succès populaire qui se traduit par un schéma stéréotypé apparu aux IVe-IIIe siècles avant J.-C., comme en témoigne une statuette conservée au Metropolitan Museum of Art (voir ci-dessous) : un jeune garçon, pourvu d’ailes d’oiseau, enlace une figure féminine, jeune et belle, plus ou moins dénudée, qui la plupart du temps porte des ailes de papillon.

L’embrassement - et l’embrasement ! - se conclut par un baiser plus ou moins chaste comme on pourra en juger par un choix de quelques représentations (dont l'une conservée dans le fameux "Cabinet des secrets" du musée archéologique de Naples).

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De l’image au mot : le motif du baiser inspire aussi les novi poetae ("nouveaux poètes") romains, nourris de poésie alexandrine (idylles et épigrammes), délicate et précieuse, tel Catulle (env. 87 - 54 av. J.-C.).

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Vivamus, mea Lesbia, atque amemus
[...]
Da mi basia mille, deinde centum,
dein mille altera, dein secunda centum,
deinde usque altera mille, deinde centum.

Vivons, ma Lesbie, et aimons-nous,
[...]
donne-moi mille baisers, puis cent,
puis mille autres, puis cent une deuxième fois,
puis jusqu’à mille autres, puis encore cent.
(Catulle, Poèmes, V, vers 1 et 7-9, traduction A.C.)

L’élan proprement "érotique" est aussi mis en scène par les mosaïques. On sait que Socrate le comptait au nombre des "délires divins" (tout en précisant que l’Amour est chargé de la garde des "beaux garçons", καλῶν παίδων) :
« Or, le délire divin, nous l’avons divisé en quatre sections, qui dépendent de quatre divinités, attribuant l’inspiration divinatoire à Apollon, l’inspiration mystique à Dionysos, l’inspiration poétique, de son côté, aux Muses, la quatrième enfin à Aphrodite et à Amour ; déclarant aussi que le délire d’amour est, de tous, le plus beau (ἐρωτικὴν μανίαν ἐφήσαμέν τε ἀρίστην εἶναι). Puis (comment est-ce arrivé ? je ne sais), en faisant du mal d’amour (τὸ ἐρωτικὸν πάθος) une peinture, où sans doute, nous atteignions quelque vérité. » (Socrate à Phèdre, in Platon, Phèdre, 265b, traduction Léon Robin, 1940)

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Selon le principe du croisement des motifs iconographiques, le couple Éros / Psyché devient un modèle récurrent pour d’autres couples d’amants célèbres de la mythologie, tels Dionysos et Ariane.
Sur la coupe en argent ci-dessous, les amants enlacés sont aisément reconnaissables ; la présence d’un silène (le vieillard assis), du thyrse (le bâton surmonté d’un pin, attribut spécifique de Dionysos-Bacchus) et des grappes de raisin qui entourent la scène ne laisse aucun doute sur l’identification du couple : il s’agit bien de Dionysos et Ariane. L’analogie s’explique aussi par la proximité des thèmes : un dieu (Éros / Dionysos) séduit une mortelle (Psyché / Ariane), ce qui conduit à une hiérogamie (mariage sacré) et une apothéose.

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Décors pompéiens : parvi Amores

À Pompéi, l’amour et les Amours sont partout : scènes figurant de célèbres amants de la mythologie, ribambelles de Cupidons saisis dans les postures les plus variées, selon le goût alexandrin, dans un style précieux et délicatement travaillé. Ces Cupidons espiègles peuvent aussi avoir des compagnes de jeux : de petites Psychés, aisément reconnaissables à leurs ailes de papillons. L’exemple le plus connu est celui de la fresque qui décore le triclinium de la maison des Vettii : on y voit une frise de Cupidons et de Psychés qui miment toutes sortes d’activités artisanales (parfumeurs, orfèvres, lavandiers, etc.).
Comme on le voit, ici, l’association de Psyché avec Cupidon est un simple motif artistique : une "mignardise" décorative.

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La mode de ces parvi amores ("petits amours") se retrouve dans la poésie élégiaque ; le poète Properce (env. 47-16 av. J.-C.) imagine ainsi avec humour la troupe des Amours en action :
« L’autre nuit, au sortir d’une orgie, j’errais à l’aventure, sans être accompagné d'aucun esclave, lorsque je fus environné par une foule d’enfants, dont je ne dirais pas le nombre ; car la frayeur m’empêcha de les compter. Les uns portaient de petites torches ; les autres tenaient des flèches ; quelques-uns paraissaient vouloir me charger de chaînes ; tous étaient nus. "Saisissez-le, s’écrie le plus hardi de la bande." » (Élégies, livre II, 29, vers 1-8, traduction J. Genouille, 1834)

Une charmante scène de genre, dont Apulée reprend le principe poétique lorsqu’il imagine "l’essaim des Amours" accompagnant Vénus dans la pantomime du jugement de Pâris :
« Vénus avance à son tour, accueillie par les murmures flatteurs de l'assemblée, et s'arrête au milieu de la scène, entourée d'une foule de jolis enfants. Son sourire est charmant ; sa pose est enchanteresse. À la vue de tous ces petits corps si ronds et si blancs, on croirait que l'essaim des Amours, oui, des Amours, a déserté les cieux, ou vient de s'envoler du sein des mers. Petites ailes, petites flèches, tout en eux prête à l'illusion. Des torches brillaient dans leurs mains, comme s'ils eussent éclairé leur souveraine, prête à se rendre à quelque banquet nuptial. »
(Métamorphoses, livre X, 32, 1, traduction Nisard, 1860)

On sait que la mode des parvi amores réapparaîtra à la Renaissance (voir la fresque des Amours dans les Loges de Raphaël achevées en 1519, au Vatican) : on nomme putti (un mot italien) ces enfants joufflus et moqueurs qui deviennent des anges ou chérubins dans les scènes à caractère religieux.

Éros et Psyché : gemmes et magie

Les gemmes sont des pierres précieuses ou semi-précieuses gravées, à la fois bijoux, cachets et amulettes, très répandues dans le monde hellénistique gréco-romain. On y retrouve tout le répertoire iconographique symbolique mis à la mode par les artistes alexandrins : Psyché et le papillon, Éros brûlant Psyché, Éros et Psyché s’enlaçant,...

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La relation amoureuse entre Éros et Psyché apparaît comme un support très fréquent dans les pratiques magiques. On la trouve abondamment représentée dans la production des gemmes gravées avec des incantations magiques, fabriquées à Alexandrie ou selon des modèles issus de ce milieu mêlant cultures grecque, égyptienne et sémitique. Ces intailles, qui datent en majorité de l’époque romaine impériale (IIe et IIIe siècles ap. J.-C.), relèvent d’un rituel élaboré dont rendent compte la collection des papyri grecs magiques.
La gemme présentée ci-dessous est une amulette correspondant exactement à celle qui est décrite dans le rituel appelé "Épée de Dardanos" (Papyri grecs magiques, IV. 1716–1870).
Voir l’article « Éros et Psyché : le pouvoir magique de la pierre et du mot ».

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Ici le couple Éros / Psyché, gravé sur une gemme de jaspe vert, est accompagné de la mystérieuse formule εcεccαωθ ΝιχαροπληΞ : le second mot serait une anagramme approximative du grec πλῆξον χάριν ("aiguillonne la faveur") que les spécialistes interprètent comme un nom de vox magica ("voix magique") inconnue, une puissance connectée au soleil (on retrouve plusieurs fois cette "voix magique" inconnue gravée sur d'autres intailles).

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Symboles et mystères

Alors que le couple Éros / Psyché offre une lecture érotique forte avec les pierres gravées, les fresques et les sculptures de la période hellénistique, la figure de Psyché, prise comme un symbole et une allégorie, se charge d’une dimension spirituelle et initiatique complexe, au-delà de son rôle décoratif, en particulier dans le domaine funéraire à la période romaine impériale.

Le motif de l’attelage ailé
Popularisé par Platon (voir l’extrait du Phèdre supra), il se retrouve, avant même le mythe platonicien, sur une plaque en terre cuite trouvée à Locres, une cité de Grande Grèce (aujourd’hui en Calabre, Italie), où fut créée une célèbre école pythagoricienne qui, selon Cicéron, a accueilli Platon (Des vrais biens et des vrais maux, V, 29, 87 et République, I, X, 16). On y voit Hermès (reconnaissable à ses ailes sur son pétase et ses chaussures) s’apprêtant à monter sur un char où se tient une femme (Aphrodite ?). Le char est tiré par deux personnages ailés, dont l’un est manifestement Éros tenant une colombe (l’oiseau d’Aphrodite) et l’autre un personnage féminin, dont on devine la silhouette derrière lui. Vêtue d’une longue robe, cette femme tient un vase de type lécythe funéraire : vue comme la "parèdre" (figure complémentaire) d’Éros, elle est très vraisemblablement la représentation de Psyché, même si on ne voit pas ses ailes de papillon, cachées par celles d’Éros.
Sur la mosaïque d’Antioche, ce sont deux femmes aux ailes de papillon qui sont guidées par Éros avec des sortes de rênes : le dieu est debout sur les ailes des deux femmes qu’il conduit comme un bige. Celles-ci représentent Psyché et Hédoné, incarnation du Plaisir, elle-même fille de Psyché et d’Éros selon la tradition mythologique.

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Le voyage de l’âme, le secret à préserver
La figure de Psyché est symboliquement attachée au voyage de l’âme, se rapprochant ainsi d’une certaine manière, dans les représentations iconographiques, du rôle de psychopompe ("conducteur des âmes") traditionnellement exercé par Hermès / Mercure.
Un relief votif provenant d’Asie Mineure montre la jeune fille aux ailes de papillon voyageant sur une monture inattendue pour le monde gréco-romain, mais qui n’a rien de surprenant pour le monde oriental : elle est juchée sur un dromadaire.

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Sur le relief votif ci-dessus, on remarque le geste de Psyché : elle porte sa main droite à sa bouche. Un type de geste bien connu dans la tradition égyptienne dite "harpocratique". On le retrouve de manière très explicite sur un sarcophage conservé au musée d’Arles.
À gauche du panneau se tiennent deux Amours, dont l’un porte son index droit à sa bouche et l’autre tient un flambeau, flamme dirigée vers le bas (symbole de mort). Psyché, drapée, aisément reconnaissable à ses ailes de papillon, pointe aussi son index droit vers sa bouche : elle représente l’âme du défunt ou de la défunte saisie au moment du passage dans l’au-delà, symbolisé par l’arcade qu’elle vient de franchir ; elle est accompagnée par un homme nu tenant une corbeille de roses (Mercure psychopompe ?), promesse du bonheur éternel.

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En lien avec la trame narrative de la fable telle qu’elle est racontée par Apulée (voir ci-après), on pourrait voir dans le geste de Psyché un rappel de la discrétion que la jeune fille n’a pas su observer vis-à-vis de ses sœurs - ce qui lui a coûté bien des tourments - mais c’est ici le signe de ce silence sacré proprement "hermétique" que doivent respecter les initiés, les dévots d’Isis, et que reproduisent aussi bien Éros que Psyché sur le sarcophage.
À la période hellénistique et romaine, en effet, un important processus de syncrétisme s’est développé avec les cultes orientaux : ainsi l’Isis égyptienne s’est hellénisée avec les Grecs d’Alexandrie ; son époux Osiris est désormais honoré sous le nom de Sérapis, son fils Horus sous celui d’Harpocrate.
Dieu enfant, toujours représenté avec l’index droit posé sur sa bouche - qui premit vocem digitoque silentia suadet, « qui retient la voix et impose le silence de son doigt », comme le dit Ovide (Métamorphoses, IX, vers 692) - , Harpocrate appelle à garder le secret des mystères ; il est aussi souvent assimilé à Éros, comme on le voit avec la terre cuite de Myrina (voir ci-dessus).

Un autre bas-relief développe le même thème du voyage de l’âme vers l’au-delà, cette fois dans le contexte d’un autre culte, venu de Perse, qui a connu un grand succès dans le monde romain, en particulier auprès des soldats, à partir du Ier siècle après J.-C. : le culte de Mithra. Réservé aux hommes - ce qui pourrait expliquer l’allure quelque peu virile de Psyché sur le bas-relief ci-dessous - , il comporte sept degrés d’initiation, rattachés chacun à une planète. Il promet la victoire des forces du bien contre celles du mal et une vie heureuse après la mort pour ses fidèles.
Sur le bas-relief (un ex-voto ?), Psyché, aidée d’Éros, est saisie dans un mouvement ascensionnel qui doit la conduire à la béatitude éternelle.

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La béatitude éternelle, l’union divine

Au bout du voyage, la destinée de l’âme "pure" est donc de "passer véritablement avec les dieux le reste de son existence", comme l’explique Socrate :
« Supposons qu’elle soit pure, l’âme qui se sépare de son corps : de lui elle n’entraîne rien avec elle [...]. Si donc elle est en cet état, l’âme s’en va vers ce qui est semblable à elle, vers ce qui est invisible, divin, immortel et sage, et quand elle y est arrivée, elle est heureuse, délivrée de l’erreur, de la folie, des craintes, des amours sauvages et de tous les autres maux de l’humanité, et, comme on le dit des initiés, elle passe véritablement avec les dieux le reste de son existence. » (Platon, Phédon, 80e-81a, traduction Émile Chambry, 1951)
Dans la tradition poétique et iconographique, c’est l’union divine avec Éros qui ouvre à Psyché l’accès à sa nouvelle vie auprès des dieux. Elle peut se voir comme une hiérogamie (un mariage sacré, tel celui de Dionysos et Ariane) et comme un rite d’initiation mystique où les deux époux sont menés vers le dévoilement du mystère ultime, ainsi que le montre un célèbre camée, souvent reproduit par les amateurs d’antiquités.

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« Le récit d’Amour et de Psyché entre dans la tradition allégorique du "voyage de l’âme" comme un véritable mythe. Il représente une étape d’un long chemin qui commence avec Homère, passe par Platon, les néo-platoniciens, les gnostiques, et finalement parvient au christianisme. »
(Mariangela Scarsi Garbugino, « Nostalgie et déclin du mythe dans la "fable" d’Amour et Psyché », in Les hommes et les Dieux dans l’ancien roman, Actes du colloque de Tours, 22-24 octobre 2009)
Dans l’empire romain multiculturel des IIe-IIIe siècles, les chrétiens peuvent en effet trouver dans l’union entre Éros et Psyché un symbole "païen" capable de répondre à leurs propres aspirations mystiques. De nombreux sarcophages montrent à cette époque-là l’importance du thème, sans qu’on puisse dire avec certitude si le destinataire (le défunt ou la défunte) adhérait à la nouvelle foi prêchée par les apôtres.

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Le motif du mariage d’Éros et Psyché est aussi très présent dans les mosaïques de sol aux IIIe-IVe siècles, à l’Est comme à l’Ouest de l’Empire romain, ainsi qu’en témoignent les grands emblemata (scènes en tableaux) de Zeugma et de Saragosse.
On y reconnaît les époux ailés et les symboles traditionnels de la cérémonie du mariage : vase pour l’eau lustrale, couronne de myrte sur la tête de la mariée - voilée ou faisant le geste de se voiler - et de fleurs dans la main du marié, manteaux (drapés ou posés sur les épaules).

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Avant et après Apulée

Psyché n’apparaît en tant qu’héroïne d’un récit ni à l’époque classique ni à l’époque hellénistique. C’est Apulée (env. 125-170) qui lui forge l’histoire aujourd’hui très connue par la fable enchâssée dans ses Métamorphoses (livre IV, 28, 1 - livre VI, 24, 4).
Voir le résumé dans l'article En deux mots, Psyché, l’amante d’Éros et l’âme-papillon.
« Le conte tel qu’Apulée l’écrit mêle le style du conte populaire avec la noblesse du mythe platonicien. Apulée a embrassé à Athènes la philosophie de Platon empreinte, à cette époque hellénistique, de spiritualisme mystique. C’est ainsi que le conte d’allure traditionnelle qu’il met dans la bouche d’une vieille consolant par son histoire une jeune éplorée enlevée par des brigands le jour de ses noces, acquiert l’ampleur d’un mythe dont le christianisme s’emparera aisément pour traduire l’aspiration de l’âme vers l’amour divin et la douloureuse épuration qu’elle doit subir pour y parvenir. » (Marie-Françoise Bosquet, « La réécriture du mythe de Psyché dans Les Mille et Une Heures de Gueullette », Travaux & documents, Université de La Réunion, Faculté des lettres et des sciences humaines, 2007, Journées de l’Antiquité 2005-2006)

Apulée a composé son histoire dans la lignée de ce qu’on appelle "les romans grecs", mais il a aussi certainement puisé dans une tradition orale et populaire ancienne, dont témoigne l’iconographie. On pourra ainsi confronter un "avant" et un "après" Apulée mettant en scène le moment où Psyché surprend l’Amour endormi : d’un côté une charmante terre cuite provenant d’Égypte et datée du Ier siècle après J.-C. (donc avant Apulée) ; de l’autre, une mosaïque du IIIe siècle, de la région d’Antioche, visiblement inspirée du conte apuléen dont on retrouve certains détails narratifs (voir l’extrait cité ci-après).

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Voici un extrait du récit d’Apulée :
Psyché, que ses parents ont dû marier à une créature réputée monstrueuse, a été transportée dans le mystérieux palais de son nouvel époux. Une nuit, elle tente de savoir qui est vraiment celui dont elle ignore encore l’identité.
« Psyché voit alors le plus aimable des monstres, Cupidon lui-même, endormi dans la plus charmante attitude. […] Elle admire sa tête auréolée d’une blonde chevelure délicatement parfumée, son cou blanc comme le lait, ses joues purpurines encadrées de boucles dorées. À ses épaules brillent des plumes blanches, comme une fleur mouillée de rosée. […] À ses pieds gisaient l'arc, le carquois et les flèches, insignes du dieu puissant. Psyché, curieuse, ne se lasse pas de voir, de toucher, d'admirer les redoutables armes de son époux. Elle tire une flèche du carquois, et, pour en essayer la pointe, elle l’appuie sur son pouce ; mais sa main tremble et Psyché se pique : quelques gouttelettes d'un sang rosé perlent sur sa peau. Ainsi, sans le savoir, Psyché tomba par elle-même dans l’amour de l’Amour (Sic ignara Psyche sponte in Amoris incidit amorem ). » (Métamorphoses, livre V, 22, 2 à 23, 3, traduction A. C.)

Le lecteur d’Apulée sait que les (més)aventures du couple Cupidon-Psyché sont une façon d’interroger par la fable les rapports de l’âme et du corps ainsi que celles de l’humain et du divin, tels qu’ils ont été posés par la philosophie platonicienne.
Qu’il soit oral ou écrit, le conte d’Eros et Psyché est l’histoire d’une initiation qui traite du mariage, de la mort et de la survie de l’âme. « Défiant la convention du genre, il commence par un mariage, dont il suit les aléas. Il relate l’histoire d’un couple qui s’unit, se sépare et se retrouve à nouveau. Lors de leur séparation, le mari disparaît dans un autre monde, que l’héroïne, désolée, doit parcourir pour le retrouver. Seule la traversée de ce deuil peut redonner à l’âme l’élan de ses ailes, espace de reconstitution narcissique culminant au retour de l’amour perdu. Et cette fois-ci l’union du couple est éternelle. » (Anna Angélopoulos, « Le conte d'Eros et Psyché dans la littérature orale », Topique 2001/2, n°75)

L’union mystique d’Éros et Psyché est le couronnement du conte d’Apulée : un modèle pour la postérité, comme en témoigne à la Renaissance la célèbre loggia de Psyché à Rome.

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Références iconographiques et copyrights

 

1. Psyché et Éros, mosaïque provenant de la maison dite du Concours de boisson à Samandağı près d’Antioche, IIIe siècle après J.-C., Musée d’Antakya (Antioche, Turquie).
© Wikimedia Commons.

2. Statuette grecque en terre cuite (H. 11,5 cm), IVe-IIIe siècles av. J.-C., Metropolitan Museum of Art, New York.
© Metropolitan Museum.
Statuette en terre cuite provenant d’Anatolie (H. 15 cm), Ier s. av.– Ier s. ap. J.-C., J. Paul Getty Museum, Los Angeles.
© Getty’s Open Content Program.
http://www.getty.edu/art/collection/objects/6596/unknown-maker-statuette-of-eros-and-psyche-east-greek-1st-century-bc-1st-century-ad/
Statuette en terre cuite provenant de Pompéi (H. 13,7 cm), Ier s. av.– Ier s. ap. J.-C., Musée archéologique national (Cabinet des secrets), Naples.
© Wikimedia Commons.

3. Terre cuite de Smyrne, Ier siècle av. J.-C. (?), Altes Museum, Berlin.
© Wikimedia Commons.
Terre cuite, Ier siècle ap. J.-C.  Musée d’Éphèse (Selçuk, Turquie).
© Wikimedia Commons.
Terre cuite de Myrina (Turquie), fin du Ier siècle av. J.-C. - Ier siècle ap. J.-C., British Museum, Londres.
© The Trustees of the British Museum.

4. Copie romaine (150 ap. J.-C. ?) en marbre d’un modèle hellénistique du Ier siècle av. J.-C., Altes Museum, Berlin.
© Wikimedia Commons.
Copie romaine en marbre d’un original grec (310 av. J.-C. ?), Galerie des Offices, Florence.
© Wikimedia Commons.

5. Maison de Cupidon et Psyché (regio I, insula XIV), Ostia Antica, IIe siècle ap. J.-C.
© Wikimedia Commons.
Bague à chaton, or, période hellénistique, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France, Paris.
© BnF, Médailles et antiques.
Épingle romaine en argent (L. 9,8 cm), IIe ou IIIe siècle, Museum of Fine Arts, Boston.
© Museum of Fine Arts, Boston.

6. Fresque provenant de la maison de Terentius Neo (VII, 2, 6) à Pompéi, IVe style (45-79 ap. J.-C.), Musée archéologique national, Naples.
© Wikimedia Commons.

7. Mosaïque provenant de la Villa romaine du Casale, IIIe-IVe siècles, Piazza Armerina (Sicile).
© Wikimedia Commons.
Mosaïque provenant de Cordoue, IIIe-IVe siècles, Alcazar de Cordoue (Espagne).
© Wikimedia Commons.

8. Éros et Psyché, vase en terre cuite de la période hellénistique, The UCL Institute of Archaeology, Londres.
© Wikimedia Commons.
Dionysos et Ariane, coupe en argent avec dorures, provenant d’Asie Mineure, env. 100 av. J.-C., J. Paul Getty Museum, Los Angeles.
© Getty’s Open Content Program.

9. Fragment de fresque pompéienne avec trois Amours et une Psyché, env. 75 ap. J.-C., J. Paul Getty Museum, Los Angeles.
© Getty’s Open Content Program.

10. Fragment de fresque pompéienne avec trois Amours et une Psyché, env. 75 ap. J.-C., J. Paul Getty Museum, Los Angeles.
© Wikimedia Commons.
Sept Amours et deux Psychés sur la fresque des amours artisans dans le triclinium de la maison des Vettii, Pompéi, Ier siècle.
© RMN-Grand Palais.

11. Gemmes en verre, Ier – IIIe siècle, British Museum, Londres.
© The Trustees of the British Museum.
Bague avec pâte de verre verte, Ier siècle av. J.-C., British Museum, Londres.
© The Trustees of the British Museum.

12. Gemme en magnétite, Musée archéologique national de l’Ombrie, Pérouse (Italie).
© Creative Commons, Paolo Vitellozzi, Museo Archeologico Nazionale dell'Umbria.

13. Gemme gravée (jaspe vert), Ier – IVe siècles, et son impression, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles (USA).
© J. Paul Getty Museum Open Content Program.

14. Tablette votive en terre cuite trouvée dans le sanctuaire de Perséphone à Locres (Italie), env. 470 av. J.-C., Musée archéologique national de Tarente (Italie).
© Wikimedia commons.
Mosaïque provenant de la maison dite du Bateau des Psychés, Harbiye (Daphné près d’Antioche), début du IIIe siècle, Musée archéologique d’Antakya (Antioche) en Turquie.
© Wikimedia commons.

15. Plaque en marbre provenant d’Alexandrie de Troade (Turquie), relief votif, env. 300 av. J.-C., Musée du Louvre, Paris.
© Wikimedia commons.

16. Sarcophage de Psyché, cuve en marbre blanc, provenant de la nécropole des Alyscamps à Arles, fin du IIe siècle - début du IIIe siècle, Musée départemental de l’Arles antique.
© Wikimedia commons.
Éros harpocratique, terre cuite de Myrina (Turquie), env. 100 - 50 av. J.-C., Musée du Louvre, Paris.
© Wikimedia Commons.

17. Bas-relief en marbre dans le mithraeum de Capoue (Italie), IIe – IIIe siècles.
© Wikimedia Commons.

18. Camée (onyx) signé par le graveur Tryphon, 50-25 av. J.-C. (peut-être un faux du XVIe siècle), Museum of Fine Arts, Boston.
© Museum of Fine Arts, Boston.

19. Jacob Spon, Recueil de dessins d’après l’antique, 1675 (vue 95), Bibliothèque nationale de France, Paris.
© BnF, Gallica.
Porcelaine Wedgwood, env. 1773, Brooklyn Museum, New York.
© Wikimedia commons.

20. Sarcophage en marbre pour un enfant, provenant de Rome, IIIe siècle, British Museum, Londres.
© The Trustees of the British Museum.

21. Mosaïque provenant de la maison de Poséidon à Zeugma, IIIe-IVe siècles, Musée de Gaziantep (Turquie).
© Wikimedia Commons.
Mosaïque provenant de Caesar Augusta (l’antique Saragosse), IIIe-IVe siècles, Musée de Saragosse (Espagne).
© Wikimedia Commons.

22. Fragment de terre cuite (H. 7 cm), provenant d’Égypte, Ier siècle ap. J.-C., British Museum, Londres.
© The Trustees of the British Museum.

23. Psyché et Éros, mosaïque provenant de la maison dite du Concours de boisson à Samandağı près d’Antioche, IIIe siècle après J.-C., Musée d’Antakya (Antioche, Turquie). Voir n° 1.

24. Giulio Romano (d’après les dessins de Raphaël), fresque de la Loggia de Psyché, 1517-1518, Villa Farnesina, Rome.
© Wikimedia Commons.
 

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