Lettre d'information Édu_Num Philosophie

La lettre Édu_Num Philosophie

La lettre Édu_Num Philosophie est une lettre d’information sur les actualités, les ressources et les usages numériques liés à la philosophie.
Rédigée en collaboration avec l’inspection générale, elle a pour fonction de vous proposer régulièrement des pistes de travail et de réflexion.

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Édu_Num Philo N°7
08/06/2017

Lettre Édu_Num Philosophie N°7

8 Juin 2017

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Sommaire


OUTILS DE PHILOLOGIE NUMÉRIQUE

Pour autant que la philosophie s’accomplit dans des textes et non pas seulement dans l’oralité d’une parole vivante, elle se trouve concernée par la lecture. Non pas seulement la lecture de textes philosophiques, mais la lecture philosophique de tout ce qui se présente comme un texte, ce qui l’oblige à questionner aussi la textualité performative propre au numérique (et, par exemple, à se demander ce qui se joue dans un texte exécutable par une machine vouée à traiter de l’information). Cependant, le numérique et ses productions textuelles ne font pas que s’offrir à la lecture philosophique : ils devraient permettre aussi de renouveler notre pratique de cette dernière en proposant à la communauté des lecteurs de nouveaux outils d’édition, de fouille, de visualisation et même de mémorisation de textes.

Les outils qui seront présentés dans cette lettre Edu_Num sont actuellement développés, le plus souvent, par les facultés de lettres, mais il ne fait aucun doute qu’ils constituent aussi des moyens susceptibles d’étendre et de renouveler les pratiques de la philologie philosophique, ainsi que la pratique de la lecture philosophique en classe.

On notera avec intérêt que ces outils numériques de lecture sont eux-mêmes des textes : il faut pouvoir les écrire en manipulant des langages informatiques avant et afin qu’ils nous permettent de lire autrement. Il faut pouvoir les lire et en questionner philosophiquement la nature et la nécessité. Leur existence appelle en effet à reconsidérer le travail philosophique lui-même: le philosophe peut-il déléguer à d’autres, et notamment aux spécialistes du numérique, la conception de ses outils de lecture ? Le numérique ne met-il pas en évidence que la singularité de la lecture philosophique s’adosse nécessairement à des dispositifs techniques d’« engrammage » de la pensée ? Le philosophe ne doit-il pas apprendre aussi à lire et, pourquoi pas ?, à écrire la textualité numérique ?

1. OUTILS NUMÉRIQUES D'ÉDITION

 

7ancien-num.jpgLe numérique permet tout d’abord le stockage numérisé de données en grand nombre et leur diffusion : le Big Data permet ainsi la constitution de bases de données agrégeant des corpus de centaines de milliers de textes rendus accessibles parfois en ligne par les bibliothèques universitaires (voir la BIS, Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne : http://www.biu.sorbonne.fr/sid/spip.php?rubrique26 répertoriant les corpus philosophiques numérisés ; voir également http://www.biu.sorbonne.fr/sid/spip.php?rubrique7 pour un répertoire des corpus littéraires).

Le numérique permet aussi l’établissement d’éditions numériques savantes. Ces dernières offrent toujours la possibilité de mener une recherche simple sur le lexique du corpus (voir le projet HyperNietzsche (en allemand) : http://www.nietzschesource.org ; en français, le site Rousseau : http://www.rousseauonline.ch/home.php ou le corpus littéraire Apollinaire édité par le Labex OBVIL – Observatoire de la vie littéraire : http://obvil.paris- sorbonne.fr/corpus/apollinaire/ ). L’édition numérique de bonne qualité pour tablette se limite en général à proposer cette fonctionnalité de recherche simple sur le lexique du corpus édité, à laquelle s’ajoute souvent une possibilité de souligner, surligner et annoter le texte et, pour certaines applications permettant de lire des textes au format pdf, d’y superposer toutes formes d’annotations manuscrites. Malheureusement, l’offre éditoriale philosophique numérique de bonne qualité est encore très pauvre en français ou bien encore aussi onéreuse que dans sa version papier.

Les éditions numériques savantes s’efforcent aujourd’hui de devenir des éditions intermédiales, c’est-à-dire qu’elles visent à rendre possible, outre une recherche simple sur le texte, des recherches sur ses hypertextes les plus divers. (Pour des précisions sur la notion d’intermédialité : https://fr.wikipedia.org/wiki/Intermédialité ; l’article « Prolégomènes pour une définition de l’intermédialité » de Rémy Besson sur Cinémadoc précise que l’intermédialité fait apparaître l’œuvre lue comme un foyer de relations et non plus comme un objet fermé : https://cinemadoc.hypotheses.org/2855). Les éditions intermédiales rendent possibles et accessibles une lecture interdisciplinaire des textes. Elles sont malheureusement encore rares en ligne en version non protégée. Le projet EBalzac (https://phoebus.lip6.fr/presentation) en donne un aperçu. Il permet aussi de mener une lecture génétique du texte balzacien en donnant accès aux divers moments de son élaboration (https://phoebus.lip6.fr/genetique/66-melmoth-reconcilie/furne/furne-corrige ). Certaines éditions présentent aussi une présélection pédagogique de textes, de notions et de thèmes : c’est le cas de l’édition universitaire en ligne des Pensées de Pascal (http://www.penseesdepascal.fr/index.php - une coproduction de l’Université de Clermont-Ferrand, du CNRS et de la BNF).

2. OUTILS DE LEXICOMÉTRIE ET DE FOUILLE DE TEXTES

7tablet-num.jpgLe numérique permet d’analyser en profondeur le lexique d’une langue et ses usages. Le site de lexicométrie numérique CNTRL (http://www.cnrtl.fr) peut ainsi être utilisé en classe avec les élèves pour travailler sur la définition, l’étymologie, la synonymie, l’antonymie et la proxémie des substantifs exprimant les notions du programme de philosophie (par exemple et respectivement, pour le substantif « liberté » : http://www.cnrtl.fr/definition/libertéhttp://www.cnrtl.fr/etymologie/libertéhttp://www.cnrtl.fr/synonymie/libertéhttp://www.cnrtl.fr/antonymie/liberté , http://www.cnrtl.fr/proxemie/liberté ) Le IAN de l’Académie de Nantes travaille ainsi avec ses élèves à partir de la carte sémantique de proxémie (manipulable en 3D) pour dégager les différents concepts et problèmes attachés à une notion.

Il s’agit aussi d’utiliser la puissance de calcul du numérique pour développer des outils logiciels de textométrie numérique permettant de procéder à une fouille très précise, à la fois fine et globale des textes. Le Laboratoire de textométrie de l’ENS-Lyon développe ainsi le logiciel TXM dont la présentation est l’occasion d’une définition et d’une mise en évidence de la nouveauté de la textométrie numérique au service de l’analyse statistiquement informée de l’expressivité des textes (Cf. http://textometrie.ens-lyon.fr/spip.php?rubrique80 ). Les laboratoires de traitement automatique de la langue (on aura un aperçu de la variété de leur recherche sur le traitement automatisé du français ici : http://www.atala.org/taln_archives/TALN/TALN-2009/ ) construisent des outils de traitement sémantique de textes qui pourraient permettre, à terme et adaptés aux textes philosophiques et scientifiques, de repérer automatiquement définitions, distinctions, présence de démonstrations (par analyse des connecteurs logiques), expositions de problèmes (dilemmes, paradoxes, cercles, régressions, etc.). La textométrie peut aussi permettre de localiser des co-occurrences de termes (ou collocationshttps://fr.wikipedia.org/wiki/Cooccurrence ) significatives et propres à un auteur. Elle permet de bâtir l’ontologie d’une œuvre, d’un auteur ou d’une notion (c’est à dire ici un vocabulaire commun aux chercheurs leur permettant de s’entendre sur la caractérisation de l’œuvre, de l’auteur ou de la notion ; cf. les précisions apportées par la BNF : http://www.bnf.fr/fr/professionnels/modelisation_ontologies/a.elaboration_ontologies .html ; on découvrira avec stupeur le projet InPho de l’Université de l’Indiana, qui veut réaliser une ontologie de toutes les ontologies philosophiques : https://inpho.cogs.indiana.edu ).

Enfin, le numérique permet de réaliser des logiciels d’alignement de textes facilitant leur comparaison automatique, ce qui facilite notamment la lecture génétique (Cf. le logiciel Medite du Labex ObViL : http://obvil.paris- sorbonne.fr/developpements/medite ).

3. OUTILS DE VISUALISATION ET DE MÉMORISATION DE TEXTES

7lecture-num1.jpgLe numérique s’essaie de plus en plus, à partir d’une analyse sémantique de leurs contenus, à la typologie automatique de textes (classification automatique d’un texte dans un genre textuel) ainsi qu’à la représentation arborescente ou à la représentation cartographiée de leurs contenus. La visualisation spatialisée et hiérarchisée de contenus sémantiques peut en faciliter en effet l’assimilation et la mémorisation.

Les laboratoires de recherche littéraires développent aussi des solutions automatiques de visualisation en 3D de scènes de théâtre (transposables à tout texte présentant des dialogues, et par exemple aux dialogues de Platon).

D’autres travaillent sur les « îles de mémoire » : sur le principe des loci de la rhétorique antique (cf. les « vastes palais de la mémoire » d’Augustin), il s’agit de générer automatiquement une représentation spatialisée et visualisée d’un contenu textuel qui permettra de mieux le mémoriser (https://www.lip6.fr/actualite/personnes- fiche.php?ident=D1237 ).


 Lettre proposée par la Direction du numérique pour l'éducation, sous le haut patronage du groupe de philosophie de l'inspection générale de l'éducation nationale 

Rédaction : Isabelle Patriarche,
chargée du dossier numérique et philosophie

Contact : dgesco.philo.numerique@education.gouv.fr
Site : http://eduscol.education.fr/philosophie

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