Le numérique dans le premier degré

Réflexions sur les supports mobiles et tactiles en contexte d'apprentissage

TICE

L'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) organise en collaboration avec le département du développement et de la diffusion des ressources pédagogiques de la Direction du numérique pour l'Éducation, des journées d'étude destinées à mieux comprendre l'incidence des objets communicants dans le quotidien des enfants.

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Extraits vidéo des interventions

Moments de rencontre privilégiés entre chercheurs et enseignants du 1er degré, ces temps d'échanges invitent à mutualiser les réflexions et à enrichir l'expertise de chacun. Ainsi, pour les professeurs des écoles, il s'agit d'exposer leurs démarches pédagogiques intégrant des supports numériques et de préciser les effets constatés. De manière réciproque, les études conduites par les chercheurs universitaires viennent éclairer les modifications comportementales, induites par ces nouveaux objets dans l'environnement de l'enfant. Cette confrontation des idées et la pluralité des approches concourent à la formation des enseignants.

Journée d'étude du 8 avril 2014

Consacrée aux supports mobiles et tactiles, des usages en contexte d'apprentissage y ont été présentés. Ils ont permis d'explorer plus particulièrement les interactions induites par ces supports tant à l'école qu'en dehors. Dépassant les considérations techniques, c'est bien l'incidence des tablettes et tables tactiles dans l'éducation qui a été au cœur des débats.

Supports mobiles en contexte d'apprentissage

En introduisant les échanges, Blandine Brill, Directrice d'études à l'EHESS, a rappelé la complexité d'appréhender le rôle des objets communicants dans l'apprentissage. Apprendre, c'est évoluer dans un espace d'actions encouragées, où les expériences contribuent à l'acquisition de connaissances et de compétences.

À partir d'une étude qu'elle a conduite en milieu préscolaire, Lydia Plowman, professeur d'éducation et de technologie à l'université d'Édimbourg, estime nécessaire de prendre en compte l'expérience numérique acquise par l'enfant à la maison, et ce dès son plus jeune âge.

Pour Adeline Collin, conseillère pédagogique, les tablettes sont à la fois des outils ressource et des outils de création de contenu. Elles sont particulièrement intéressantes dans l'exploitation de rétroactions. En permettant de mémoriser des situations vécues, elles offrent l'opportunité d'une analyse différée. Cette démarche favorise la mise à distance de l'action par l'élève. Elle lui permet de se focaliser sur les concepts d'apprentissage, en dehors de toute surcharge émotionnelle. À propos de la continuité école-maison par les supports mobiles, Adeline Collin s'est également intéressée à la thématique de l'espace numérique de travail (ENT). Avant tout, outil de classe permettant de personnaliser les apprentissages, ce support trouve naturellement son prolongement à la maison ; il s'inscrit dans une continuité spatiale. Il permet à l'élève de retrouver « la classe hors les murs de l'école ». Si l'ENT engage à l'éducation au numérique, il encourage la coéducation. Enseignants et parents, par le biais d'un outil commun, assurent la continuité des apprentissages, dans le respect d'approches différenciées. L'ENT favorise « la lecture de l'école » à l'extérieur : il renforce la cohérence éducative.

Point de vue de la recherche

Côté recherche, force est de constater des modifications tant pour l'élève que pour l'enseignant.

À partir d'une même situation exercée avec et sans support numérique, Denis Pasco (Professeur associé en sciences de l'éducation) et Sébastien Kubicki (Docteur en informatique) de l'université de Brest relèvent des variations sensibles au niveau des interactions. Ils mesurent une activité plus soutenue, dès lors qu'elle s'exerce sur table tactile. À la différence des travaux « traditionnels » qui tendent à développer des interactions asynchrones, les supports mobiles semblent davantage vecteurs d'interactions synchrones. Parallèlement, s'ils mesurent l'augmentation globale du temps de manipulation sur support numérique, les élèves n'en profitent pas équitablement. Les nouvelles technologies leur apparaissent comme des éléments d'affordance de l'environnement : elles invitent les élèves à l'action. Néanmoins, si elles favorisent la coopération, le degré de compétences qu'elles participent à développer reste à évaluer.

Dans le prolongement, Laetitia Boulc'h et François-Xavier Bernard chercheurs à l'université de Paris V notent l'évolution du rôle de l'enseignant, dès lors que des supports tactiles sont mobilisés. Son action se porte davantage sur la régulation et le maintien de l'activité, à la différence des activités non instrumentées où il intervient essentiellement pour soutenir et guider les élèves. L'acquisition rapide d'une autonomie fonctionnelle par les élèves induit cette mutation. Les élèves accèdent volontiers aux fonctionnalités proposées par les tablettes, ce qui peut les amener à se détourner de l'intention pédagogique. Prenant appui sur ses constats d'observateur, l'enseignant est alors conduit à redéfinir le cadre de l'activité de l'élève.

Retour réflexif sur des pratiques en classe

François Lamoureux, professeur des écoles, est proche de partager ce changement de posture. De son point de vue, ces supports mobiles, motivants pour les élèves tendent à dépasser les contraintes techniques pour concentrer l'activité pédagogique au service des apprentissages. Reste à exploiter les tablettes comme des outils de création et de structuration des connaissances. De la conduite des activités que François Lamoureux propose à ses élèves, il retient avant tout la simplification des interactions entre les élèves. Les fonctionnalités que proposent les tablettes (apport de l'image fixe ou animée lors des échanges, « simplicité » du partage et de la publication de données) sont davantage des ressources au service de l'apprentissage que des sources de distraction. De son point de vue, l'autonomie fonctionnelle des élèves doit surtout encourager l'enseignant dans la voie d'apprentissages collaboratifs, où les élèves apprennent entre pairs.

En grande section de maternelle, l'autonomie des élèves est favorisée par l'intuitivité des supports mobiles. Françoise Queille, directrice d'école, et Patrice Labèque constatent les capacités de leurs élèves à identifier rapidement les repères spatiaux (position et fonctionnalités des outils proposés par la ressource) affichés par l'écran d'une table tactile. S'ils reconnaissent que toutes les fonctions proposées sont loin d'être accessibles aux jeunes élèves, cette difficulté leur semble être au contraire un facteur favorable à l'apprentissage. Le numérique impose des situations-problèmes : leur résolution est propice au développement de compétences collaboratives.

Intervention d'Adeline Collin
Durée : 00:12:43    Date : 22/09/14
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Mis à jour le 26 septembre 2014
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