Lutte contre le décrochage scolaire

Prévention du décrochage scolaire

La prévention du décrochage scolaire est mise en œuvre de manière concrète depuis 2015 à travers plusieurs mesures qui se déploient dans l'ensemble des académies et concernent toute la communauté éducative.

Le décrochage scolaire est un phénomène multifactoriel, comme le montrent les travaux de la recherche en France et à l'étranger. À la grande diversité de situations de jeunes en risque de décrochage doit répondre une grande diversité de solutions possibles. Ces solutions font l'objet d'une co-construction par les différents acteurs concernés au plan local.

Depuis 2014, la lutte contre le décrochage s'est enrichie d'un volet portant sur la prévention. Le coût social et humain que représente le décrochage pour la société nécessite de concentrer les efforts en priorité sur la prévention, tout en poursuivant l'action déjà engagée dans le champ de la remédiation.

Les dispositifs de prévention du décrochage

La semaine de la persévérance scolaire

La semaine de la persévérance scolaire valorise le travail réalisé tout au long de l'année dans les établissements scolaires en matière de prévention du décrochage et permet de mobiliser l'ensemble des acteurs et des partenaires concernés. Elle a vocation à être le point d'orgue de toutes les actions et de tous les efforts des équipes conduits durant l'année.

Cette semaine permet des échanges renforcés entre toutes les personnes qui sont en lien avec les jeunes et qui peuvent avoir un impact sur leur motivation et leur intérêt pour l'école. C'est une occasion de valoriser les jeunes, de les encourager, de les féliciter pour leurs efforts et d'écouter leurs motivations et leurs aspirations.

La semaine de la persévérance scolaire rassemble tous les membres de la communauté pédagogique et éducative, ainsi que les parents, les partenaires externes (collectivités, associations, etc.) et les jeunes.

Elle se tient dans les académies de novembre à mars, période pendant laquelle le décrochage des élèves est le plus élevé. Toutes les académies la mettent en œuvre depuis l'année scolaire 2015-2016.

Les outils de repérage des signes de décrochage

Des outils de repérage des signes précoces de décrochage existent, issus des travaux d'équipes de recherche québécoises. Leur usage se développe aujourd'hui dans certaines académies, au sein des établissements comme au sein de la classe.

Motiv'action

Motiv'action est l'adaptation française du programme québécois Check and Connect, dans le cadre d'une recherche-action menée en partenariat avec l'équipe de Michel Janosz, professeur et directeur du GRES (Groupe de recherche sur les environnements scolaires) à l'université de Montréal. Le programme vise à repérer les signaux faibles de décrochage auprès des collégiens et à leur offrir une prise en charge ajustée, scientifiquement outillée. Il est en cours d'expérimentation dans l'académie de Rouen.

LYCAM

Le LYCAM (pour « le LYCée ÇA M'intéresse ») est un dispositif né au Canada dans les années 1990 ; il a fait son apparition en France au début des années 2000. Il prend appui sur un questionnaire à objectif préventif. Il permet un recensement précoce des élèves susceptibles d'abandonner l'école et une mise en place d'actions en fonction du besoin de soutien repéré. Plusieurs académies s'en sont emparées, et de nombreuses équipes d'établissements et de conseillers d'orientation psychologues l'utilisent comme outil de prévention du décrochage.

Le projet TITA : une initiative européenne en faveur de la prévention du décrochage et de la professionnalisation des GPDS

Le projet européen TITA (Team Cooperation to Fight Early School Leaving : Training, Innovation, Tools and Action) soutenu par la Commission européenne s'adresse aux équipes éducatives pluri-professionnelles qui travaillent au sein des établissements du second degré et à leur formateurs. Il implique plusieurs pays (France, Luxembourg Suisse, Espagne, Slovénie) ainsi que l'IFÉ et le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq).

Le projet a été initié en 2014, suite aux résultats des travaux de la recherche internationale montrant les effets positifs du travail collaboratif au sein de l'équipe éducative. Sa finalité est de donner aux équipes de terrain pluri-catégorielles et à leurs formateurs des outils pour impulser et conduire leurs actions.

Une plateforme en ligne appelée « TITAction » propose depuis l'automne 2017 des ressources réalisées à partir de l'observation filmée du travail des équipes pluri-professionnelles pour prévenir le décrochage. Par ailleurs, le site web du projet TITA donne accès à des articles scientifiques sur le décrochage scolaire à travers une base de données thématique produite par l'institut de recherche européen (ERI) en Slovénie, ainsi qu'à une cartographie des chercheurs travaillant sur la lutte contre le décrochage produite par l'IFÉ.

Les alliances éducatives

Les « alliances éducatives » expérimentées dans les académies de Nancy-Metz et Amiens en 2015-2016 sont étendues depuis la rentrée scolaire 2016 à toutes les académies.

Elles visent à coordonner les interventions des différents professionnels de la sphère éducative et des partenaires extérieurs autour d'un jeune en risque de décrochage. Les activités des alliances éducatives sont encadrées par une charte de déontologie qui contribue à fluidifier les échanges d'informations sur la situation du jeune entre les différents membres d'une alliance. Les alliances peuvent proposer des parcours aménagés ou personnalisés à ces jeunes, intégrant la possibilité de stages en entreprise ou de service civique.

Energie Jeunes

Association Reconnue d'Utilité Publique, agréée par le Ministère de l'Éducation nationale, Energie Jeunes intervient dans les collèges d'éducation prioritaire. L'association regroupe des enseignants, des bénévoles, des salariés d'entreprises citoyennes partenaires et des jeunes volontaires en mission de Service Civique.

Avec des programmes pédagogiques élaborés par des experts de la pédagogie et spécialiste du comportement, Energie Jeunes apporte un appui efficace pour motiver et remotiver les élèves.

Que propose Energie Jeunes ?

Energie Jeunes propose deux programmes pédagogiques pour développer la persévérance scolaire :

  • Ma réussite au Collège: douze « épisodes » de 55 minutes, animés en classe par les volontaires d'Energie Jeunes avec la participation active d'un Professeur et autour de nombreux supports audiovisuels. Il inclut des outils remis à l'élève - « passeport » et stickers à coller dans le carnet de liaison -, des vidéos pédagogiques additionnelles, dont certaines ne sont accessibles qu'aux enseignants, ainsi qu'un « Support pédagogique Enseignant », réservé au Professeur et qui est complété par une série de tutoriels téléchargeables. Ce programme particulièrement innovant s'appuie sur de nombreux travaux de recherche.
  • Boules d'énergie : une comédie musicale éducative à préparer pendant toute l'année scolaire. Chants, chorégraphies, saynètes, costumes et décors donnent lieu à un intense travail individuel et collectif. De plus et surtout, l'histoire de « Boules d'énergie » inspire les élèves et provoque, chez beaucoup d'entre eux, un véritable déclic qui modifie leurs comportements au Collège et au-delà.

Les messages délivrés et les protocoles pédagogiques employés sont directement déclinés des conclusions de travaux académiques récents, publiés dans différentes revues internationales de premier plan. Les programmes sont développés avec l'aide de spécialistes du comportement effectuant des recherches sur la persévérance scolaire, et supervisé par Yann Algan, Doyen de l'Ecole d'Affaires Publiques de Sciences Po et spécialiste de l'évaluation de l'efficacité des politiques d'éducation.


Télécharger le guide enseignants pour suivre pendant les sessions :

Télécharger le guide d'animation enseignants pour réaliser une session après les interventions :

L'efficacité du programme démontrée par une vaste étude scientifique

Cette étude, menée sur cinq ans, porte sur le suivi de 24 000 élèves répartis en échantillons aléatoires au sein de 97 collèges. Elle a été confiée à une équipe scientifique indépendante sous la supervision de Elise Huillery à la DGESCO. Elle est toujours en cours.

A l'issue du programme de 6e, il apparait déjà que les collégiens qui ont bénéficié du programme « Ma réussite au collège » obtiennent des notes sensiblement plus élevées en mathématiques et en français que ceux qui n'y ont pas participé. Ainsi, alors que les résultats des deux échantillons étaient identiques au premier trimestre, un écart apparaît au 2e trimestre puis se creuse au 3e trimestre. Cet écart atteint en moyenne 0.34/20 en mathématiques, et ce dès la première année d'un programme bâti sur quatre ans. Selon les auteurs de cette étude d'impact, « qu'un programme aussi peu coûteux en termes de temps pour les élèves puisse produire des effets significatifs dès la première année est un résultat tout à fait remarquable. » D'autre part, les résultats de la deuxième année d'étude ont révélé « une réduction de l'absentéisme, un meilleur comportement en classe et une baisse du fatalisme social, ce qui se traduit in fine par des résultats scolaires significativement plus élevés. »

Comment se déroule une intervention dans votre classe ?

Après établissement d'un partenariat avec un collège, chaque intervention d'Energie Jeunes se déroule sous la forme de trois séances d'une heure chacune, pendant les heures de service et dans la salle de classe. Chaque séance donne lieu à la rédaction, par chaque élève, de son plan d'action puis, dans les semaines qui suivent, à la mise en œuvre des plans d'action et à l'animation de séances d'approfondissement par les enseignants.

Un nouveau « Support pédagogique Enseignant » a été conçu avec des professeurs de collèges, pour permettre aux enseignants de suivre les sessions puis de réaliser d'autres sessions après les interventions.

Prévention du décrochage scolaire : le rôle des personnels et des établissements scolaires

La formation continue des personnels

La formation de tous les personnels à la prévention du décrochage apparaît comme une condition du développement d'une culture de la prévention dans les écoles et dans les établissements. Elle participe de la nécessaire mobilisation de tous les personnels en faveur de la prévention et de la lutte contre le décrochage.

À cette fin, un plan de formation est déployé depuis 2015-2016 auprès des personnels d'enseignement, d'éducation et d'encadrement (enseignants, corps d'inspection, chefs d'établissement, responsables des réseaux « Formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement).

La formation destinée plus spécifiquement aux enseignants vise à les sensibiliser à l'impact des pratiques pédagogiques sur l'engagement des élèves dans les apprentissages, aux signes précurseurs du décrochage, ainsi qu'à l'importance du travail collaboratif au sein de l'équipe éducative pluri-professionnelle et de la relation avec les parents.

Un parcours Magistère « Prévention du décrochage scolaire dans le second degré » a été réalisé et mis à la disposition des formateurs début 2017. Il vient compléter le parcours déjà existant sur la prévention du décrochage dans le premier degré, réalisé par l'Institut français de l'éducation (IFÉ).

L'établissement scolaire : un rôle capital dans la prévention

L'ensemble de l'équipe éducative est concerné par la lutte contre le décrochage scolaire, qui est intégrée dans le projet d'établissement à travers un volet « prévention du décrochage ».

La prévention du décrochage est par ailleurs inscrite dans les missions des enseignants et s'accompagne d'une mobilisation renforcée des corps d'inspection.

Les référents « décrochage scolaire »

Les référents « décrochage scolaire » sont nommés dans les établissements du second degré à fort taux d'absentéisme et de décrochage. Leur activité se situe au cœur du dispositif de décrochage scolaire.

Dès les premiers signes annonciateurs d'un risque de décrochage, ils se mobilisent avec l'équipe éducative et coordonnent l'action de prévention menée au sein de l'établissement. Celle-ci se structure au sein du GPDS ou groupe de prévention du décrochage scolaire qui, sous l'impulsion du chef d'établissement, réunit l'ensemble des acteurs susceptibles de contribuer à la compréhension et à la prise en charge de la problématique de l'élève dans sa globalité. Parmi ces acteurs, on peut trouver le professeur principal, le conseiller principal d'éducation, le conseiller d'orientation-psychologue, le médecin scolaire, l'assistance sociale.

L'outil « SIECLE décrochage scolaire»

L'outil « SIECLE décrochage scolaire» (module « suivi des élèves ») peut être utilisé par les équipes des GPDS afin de partager les données du suivi de l'élève en prévention.

Les PAFI : aménager le parcours des élèves en risque de décrochage scolaire

Les parcours aménagés de formation initiale (PAFI) sont proposés à des jeunes d'au moins 15 ans en risque de décrochage et scolarisés dans un établissement du second degré. Ils permettent de profiter d'un parcours aménagé constitué de temps scolaire et d'activités telles qu'un stage en entreprise ou une période en service civique. Les jeunes conservent le statut scolaire durant toute la durée du parcours, qui peut aller de quelques semaines à une année maximum.

Les PAFI ont été expérimentés dans quatre académies pendant l'année scolaire 2015-2016, puis généralisés à toutes les académies.

Téléchargez le guide du PAFI

Qualité du climat scolaire et dialogue avec les familles

Le climat scolaire

La qualité du climat scolaire contribue à la prévention de l'absentéisme et du décrochage scolaire. Il est favorable au bien-être et à la santé physique et psychologique des élèves. Un climat scolaire serein contribue également à donner aux élèves le goût de l'école, à les motiver en leur permettant notamment de s'impliquer dans la vie de l'établissement.

L'action en faveur d'un climat scolaire serein et du bien-être à l'école, en cours de déploiement dans les académies, a été renforcée à travers 4 axes :

  • la mise en œuvre du plan d'action « bien-être et santé des jeunes »;
  • le développement du sentiment d'appartenance des élèves;
  • le renforcement de la coopération avec les partenaires;
  • le renforcement des alternatives aux exclusions temporaires.

Des ressources sur le site Climat scolaire du réseau Canopé.

Des parents mieux associés à la scolarité de leurs enfants avec « La mallette des parents »

Instaurer et faire vivre la co-éducation, c'est mettre en place des échanges et un dialogue régulier et confiant entre les équipes éducatives et les parents d'élèves afin que ces derniers n'hésitent pas à franchir les portes de l'école.

La « mallette des parents » regroupe un ensemble de ressources visant à renforcer les liens avec les familles et à outiller les équipes éducatives en vue de l'instauration de moments d'échanges privilégiés avec les parents.

À l'origine destinée aux classes de 6e, puis étendue au CP, la mallette des parents, dans son format d'origine, propose aux écoles et aux établissements des outils pratiques et des supports pour aider les équipes dans l'organisation de débats avec les parents sur des thématiques liées à la scolarité de leur enfant (apprentissage de la lecture pour la mallette CP, par exemple).

Un site dédié propose en accès libre les ressources des deux premières mallettes ainsi que de nouvelles ressources concernant notamment le lycée et l'orientation.

La mise en œuvre du droit au maintien en formation

Afin d'agir sur la prévention du décrochage au lycée en sécurisant le parcours des élèves vers l'acquisition du diplôme, deux dispositifs complémentaires sont mis en œuvre.

  • Le premier, entré en vigueur dès la session 2016 de l'examen du baccalauréat, donne la possibilité aux candidats qui ont échoué à l'examen du baccalauréat, du brevet de technicien, du brevet de technicien supérieur (BTS) et du certificat d'aptitude professionnelle (CAP), de pouvoir demander à bénéficier de la conservation des notes égales ou supérieures à la moyenne, pendant les cinq sessions suivantes.
  • Le second, entré en vigueur depuis la rentrée scolaire2016, offre aux élèves ayant échoué à l'examen du baccalauréat ou aux examens du brevet de technicien, du brevet de technicien supérieur et du certificat d'aptitude professionnelle, le droit à une nouvelle préparation à l'examen dans l'établissement dont ils sont issus à la rentrée scolaire qui suit cet échec.

L'innovation pédagogique est un levier majeur pour proposer aux élèves des modalités de re-préparation de l'examen différentes de celles qu'ils ont déjà connues.

De manière générale, la prévention du décrochage interroge le fonctionnement de l'ensemble du système éducatif. Outre les mesures précédemment citées, les actions recherchant une plus grande souplesse des parcours, une meilleure orientation (comme le parcours Avenir), une plus grande fluidité dans le passage entre cycles (conseils premier-second degrés), et des passerelles facilitées entre les voies de formation contribuent à la prévention du décrochage scolaire.

Mis à jour le 14 décembre 2017
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