Zoom sur...

Utiliser le micro-blogging en classe, un exemple en lycée professionnel

Le site de micro-blogging Twitter tend à devenir moins confidentiel. Utilisé par le ministère de l'Éducation nationale (@EducationFrance), par plus d'un tiers des académies, il est cependant rarement utilisé par les établissements, les CDI, les CLEMI académiques, encore plus rarement par les enseignants. Il constitue pourtant un outil simple, gratuit et très puissant de communication, d'échange et de création de contenus.

Pour un établissement, comme le dit @lyceeJulesFil, « Twitter est un outil pratique de communication, d'échange, de veille et de constitution de réseau inter-établissements ». Il permet de communiquer rapidement avec l'ensemble de la communauté éducative et ses partenaires, les familles par exemple. Il permet une ouverture de l'école sur le monde extérieur (entreprises, médias, autres établissements). Les échanges entre les élèves de bac pro du LP Pierre Doriole de La Rochelle et les étudiants chinois en FLE à l'université de Lille6 en sont un exemple.

C'est un outil qui favorise l'autonomie de l'élève, l'incite à produire des écrits, améliore l'image qu'il a de lui et de sa place au sein du groupe, fait de lui un acteur et un créateur de savoirs.
C'est un outil dont les élèves n'ont pas à faire l'apprentissage technique puisqu'ils sont, pour la plupart d'entre eux, déjà familiers des sites de réseau sociaux. Ils adhèrent rapidement aux projets. Le micro-blogging favorise la communication verticale (prof-élève), horizontale (élève-élève), pendant le cours, mais aussi hors du temps scolaire et favorise la cohésion du groupe, donnant naissance à un véritable « réseau de classe ».

Twitter ouvre de nombreuses pistes pédagogiques, dans toutes les matières. Utilisé comme outil de prise de note, il facilite l'apprentissage et le travail collaboratif. Il permet également une éducation concrète aux médias sociaux sur Internet, une sensibilisation aux problématiques de l'identité numérique, des règles de communication.

Nous vous présentons ici le bilan de l'expérimentation en cours au lycée professionnel Pierre Doriole de La Rochelle, initié par Mme Laurence Juin, professeur de Lettres-Histoire.
NB : Les commentaires et messages des élèves sont publiés avec leur aimable autorisation.

Zoom sur une expérimentation de l'utilisation d'un site de micro-blogging en lycée professionnel

Nom et coordonnées de l'établissement :
Lycée Professionnel Pierre Doriole
221 avenue de Périgny
17000 La Rochelle
Proviseur: M. G. Jezequel

Professeur à l'origine de cette expérimentation : Mme Laurence Juin

Date de l'expérimentation : année 2009 - 2010

Public : une classe de terminale bac pro commerce en deux ans (17 garçons et 11 filles).
Élèves très motivés et impliqués dans les différents projets qui leur sont proposés.

État des lieux : Pour prolonger les cours, donner des informations sur la vie de classe, les élèves avaient pris l'habitude d'échanger avec leur enseignante de lettres-histoire comme ils le faisaient entre eux, par l'intermédiaire du réseau social Facebook, largement utilisé par les jeunes. Mais le caractère personnel de l'interface a été rapidement un frein à son utilisation dans un cadre scolaire. L'usage du site de micro-blogging Twitter offrait une alternative plus adaptée au public et à une utilisation en classe. L'interface est simple et ne nécessite pour l'inscription au site qu'une adresse électronique valide.

Objectif : favoriser l'écrit chez les élèves, en particulier concernant la prise de notes.
Favoriser l'interactivité dans le cours et hors du temps de classe.
Offrir un support de mutualisation de savoirs et d'ouverture culturelle.
Proposer une application communautaire, permettant de mettre en relation aussi bien l'enseignant et ses élèves que les élèves entre eux.
Éduquer aux médias numériques.

Modalités de mise en œuvre : chaque élève crée son compte Twitter puis s'abonne au flux généré par l'enseignante (compte @laderniereannee ).

Sur Twitter, un message est limité à 140 caractères, ce qui oblige à des productions écrites très synthétiques.
L'écriture des messages est encadrée de règles strictes concernant le respect de la syntaxe et de l'orthographe. Le langage « sms » est évidement prohibé.

Utilisation en classe

Alternant le cours « classique » et l'utilisation des outils informatique, l'élève devient acteur de son cours et pas seulement spectateur.

Ce type d'écriture permet l'apprentissage et la pratique de la prise de notes. Les élèves sont mis en situation de veille (recherches documentaires au CDI, présentation orale de camarades, visionnages de vidéos, conférences, stages, etc...) et « twittent » les informations qu'ils relèvent. Ils doivent donc se concentrer à la fois sur le support et sur leur production. Twitter permet et oblige tous les élèves à s'exprimer.

Leur attention, leur niveau de compréhension et d'implication est évaluée en temps réel puisque l'enseignante peut, en direct et à tout moment, demander à l'élève de préciser, de compléter, de corriger ou de se recentrer. Le travail est totalement individualisé.

Les écrits des élèves constituent une partie de la trace écrite et servent de base pour rédiger ensuite une synthèse. Les élèves auto-régulent leurs productions et sont davantage enclins à aller à l'essentiel.

Exemple d'utilisation en cours de géographie, dans une séquence consacrée aux États-Unis

Contexte: diffusion de reportages courts (5 min) sur la population américaine. Chaque élève est devant un poste informatique connecté sur son compte Twitter et le DVD est projeté via vidéoprojecteur.

Objectif : l'élève doit prendre des notes sur le reportage pour répondre à la problématique préalablement annoncée à l'oral.

Production attendue : Les messages publiés par les élèves et commentés par l'enseignante sur Twitter pendant le visionnage du DVD aboutissent à la production d'une synthèse écrite, rédigée par l'ensemble de la classe.

L'affichage des messages se fait de bas en haut.

Exemple d'utilisation lors d'une séance transdisciplinaire français / arts appliqués « Du haïku au tatouage »

 

Contexte : Les élèves, dans une classe sans ordinateur, reçoivent la consigne de produire des haïkus (ces brefs poèmes s'adaptent facilement à la contrainte des 140 caractères...).

Objectif : Produire un haïku et le « twitter » après validation par l'enseignante à partir d'un poste du CDI.

Compétences et attitudes attendues :  production d'écrit - autonomie -critique des productions émises - mutualisation des productions poétiques pour correction - amélioration - partage.

Remarque : L'avance de leur travail est visible et accessible en temps réel par leur professeur d'arts appliqués, qui peut interagir même si elle n'est pas en cours avec eux.

L'haïku est un court poème japonais répondant à des codes d'écriture stricts. Les garçons de la classe ont produit et diffusé via Twitter ces poèmes sur le thème "couleur de femme". Les filles de la classe les ont reçus anonymement et les ont tatoués sur leurs corps s'inspirant de la méthode de tatouage maori. Ce travail est interdisciplinaire entre leurs cours de français, arts appliqués et éducation aux médias. Une exposition de photo "Couleur femme", dans le cadre du Printemps des Poètes 2010 a eu lieu dans le lycée pour mettre en valeur ce travail.
(Extrait de l'exposition "Couleur femme" ©L. Juin, avec son aimable autorisation - Droits réservés)

Utilisation en dehors de la classe

Amélie : Twitter nous permet à tous (élèves comme professeurs) de communiquer autrement que pendant les heures de cours. Chacun a son propre compte et peut s'exprimer, demander des informations à un de ses professeurs après les heures de cours sans devoir attendre le lendemain.

Arnaud : Twitter c'est aussi un moyen d'approfondir le cours après les heures de classe s'il y a un sujet ou quelque chose que l'on n'a pas très bien compris. Il est très facile de demander au professeur concerné de nous l'expliquer à nouveau.

Sarah : Quand nous sommes en période de stage, cela sert beaucoup pour demander des informations sur l'animation/promotion à faire dans le point de vente ou sur les oraux. On peut aussi s'en servir pour faire des débats très intéressants ou alors faire des recherches communes qui nous servent après pour le cours.

Hors temps scolaire, Twitter devient un support de soutien pour les élèves qui peuvent demander de l'aide ou des précisions sur le travail qu'ils doivent effectuer à la maison.

L'enseignante peut également adresser des informations complémentaires (résultats d'évaluation, dates de réunion,...), ou signaler des informations en temps réel pour questionner sa classe. Ces échanges amènent également des débats et des discussions entre élèves.

L'année scolaire étant entrecoupée de longues périodes de stages, Twitter permet de maintenir la communication entre l'enseignante et les élèves dans un moment où ils peuvent se sentir un peu démuni face à leur immersion dans le monde du travail. Il constitue un véritable réseau social actif.

Le conseil de classe peut aussi faire l'objet de « twitts » personnels avec l'accord du chef d'établissement et bien sûr des élèves eux-mêmes.

Éducation aux médias et B2i

En classe et hors du temps scolaire, Twitter permet aux élèves de vivre une éducation aux médias et aux médias du net que l'enseignant d'éducation civique, juridique et sociale est tenu de donner à ses élèves. Que peut-on dire? Comment le dire ? Quelles images peut-on diffuser ? Au delà de la pratique informatique et d'internet qui permet de consolider la validation du B2i, Twitter est un outil d'éducation aux médias du net dans toute la liberté et le potentiel qu'ils permettent mais montre aussi les limites, les contraintes et les dangers qu'ils imposent. Utiliser Twitter en classe c'est aussi rédiger une charte d'utilisation de ce média entre élèves et équipe pédagogique.

Le site Twitter (et les « twitts » des abonnés) est aussi en lui-même un objet d'étude : quel impact un réseau de micro-blogging peut-il avoir? Quel a été son rôle lors de la dernière élection présidentielle américaine, en Iran ou lors du procès Clearstream?

Comment lever les éventuels freins ?

Tous les élèves n'ont pas un accès personnel à internet. Twitter doit être un facteur de cohésion et surtout pas devenir un facteur d'e-exclusion.

Sylvain: Pour les élèves qui ne possèdent pas d'ordinateur, on dispose de "délégués" qui tiennent informé les autres des nouvelles éventuelles sur Twitter. C'est est un bon moyen de communiquer entre élèves autrement qu'en salle de cours. Ceux qui ne prennent pas forcément la parole en classe peuvent la prendre sur l'ordinateur qui est plus facile que de s'exprimer pour certain en classe.

Leviers

Les élèves sont familiers des sites de réseaux sociaux et maîtrisent bien l'outil.

Ils ont une vision très claire des usages différents que l'on peut faire de ces réseaux, n'utilisant pas la même plateforme pour leur vie privée et leur vie d'élève.

L'établissement n'a pas bloqué l'accès à ce type de site comme c'est parfois le cas.

Évolution induite dans les pratiques pédagogiques

Toute l'équipe pédagogique de cette classe a reçu une formation à Twitter ; ils suivent les production des élèves et certains l'utilisent.

Le professeur d'anglais l'a utilisé pour la prise de note lors d'exposés et a utilisé ponctuellement l'outil dans une autre classe (compte @tweetinenglish).

Le professeur de maths-sciences l'utilise pour communiquer avec les élèves de cette classe.
Le professeur documentaliste du lycée l'utilise également pour communiquer avec les élèves.

Évaluation de l'action

L'utilisation de Twitter, en favorisant les échanges et le travail commun de la classe, renforce la cohésion et l'identité de la classe. Elle permet également une approche pratique et non plus théorique de l'éducation aux médias.

Mis à jour le 01 décembre 2010
Partager cet article
fermer suivant précédent