Lutte contre le décrochage scolaire

Enjeux et objectifs de la lutte contre le décrochage en France et en Europe

En France, le nombre de jeunes en situation de décrochage scolaire est en baisse depuis 2010. C'est le résultat d'une politique de grande ampleur au niveau national, qui s'inscrit dans un cadre européen.

La lutte contre le décrochage scolaire est un enjeu majeur des politiques éducatives.

Le décrochage scolaire constitue en effet un enjeu humain, un défi social et un coût économique majeur pour la France. Pour de nombreux jeunes, l'école et la formation sont vécues comme une source de mal-être. Le décrochage a un impact négatif sur l'estime de soi des élèves. De plus, les jeunes en situation de décrochage présentent des risques importants de ne pas réussir leur insertion sociale et professionnelle. Enfin, du point de vue économique, le décrochage génère des coûts importants pour la société, nettement supérieurs à ceux correspondant à l'action des politiques publiques dans ce domaine. Les coûts associés au décrochage d'un jeune, cumulés sur la durée, ont été évalués pour la France à 230 000 euros pour chaque élève ayant décroché, soit près de 30 milliards de dette contractée chaque année (selon l'étude BCG/MENJVA « Lutte contre le décrochage scolaire : Coûts et bénéfices associés à la lutte contre le décrochage scolaire », 2012).

La mobilisation de toute la communauté éducative, en lien avec tous les ministères partenaires de l'éducation nationale, les collectivités locales, doit permettre à la fois de prévenir le décrochage et de proposer à chaque jeune en situation de décrochage une solution personnalisée.

Définition du décrochage

Le décrochage est un processus qui conduit chaque année un grand nombre de jeunes à quitter le système de formation initiale sans avoir obtenu une qualification équivalente au baccalauréat ou un diplôme à finalité professionnelle, de type certificat d'aptitude professionnelle (CAP) ou brevet d'études professionnelles (BEP).

Textes officiels :

 Décret n°2010-1781 du 31 décembre 2010 qui fixe le niveau de qualification minimum que tout élève ou apprenti doit atteindre

Code de l'éducation 313-7.

Ce processus est observable quel que soit le système de formation initiale : formation relevant du ministère de l'éducation nationale, ou du ministère de l'agriculture, jeune sous statut d'apprenti.

Il est la conséquence d'un désintérêt progressif de l'élève pour l'école, fruit d'une accumulation de facteurs qui tiennent à la fois au parcours personnel du jeune et à la façon dont fonctionne le système éducatif.

Roue du décrochage (cf. rapport de diagnostic MAP)



La mesure statistique du phénomène du décrochage s'appuie sur l'enquête emploi de l'Insee à partir de laquelle sont construits deux indicateurs :

  • L'indicateur «des sortants de formation initiale sans diplôme» (indicateur de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'éducation nationale) dit indicateur «de flux», donne le nombre de jeunes de plus de 16 ans sortant chaque année du système de formation initiale sans diplôme.
  • L'indicateur européen «des sortants précoces» (indicateur Eurostat) dit indicateur «de stock», donne le nombre cumulé de jeunes de 18 à 24 ans sortis du système de formationinitiale sans diplôme.

Contexte européen : l'Union européenne et la stratégie Europe 2020

L'Union européenne s'est engagée dans la lutte contre le décrochage scolaire car ce dernier représente un obstacle majeur à la réalisation de la stratégie Europe 2020.

Le conseil européen du 17 juin 2010 a réaffirmé l'enjeu pour les systèmes éducatifs européens : réduire le taux d'abandon scolaire, améliorer les niveaux d'éducation et favoriser l'inclusion sociale. L'objectif fixé consiste à faire passer, d'ici la fin de la décennie 2010-2020, le taux d'abandon scolaire moyen dans l'Union européenne sous la barre des 10 %.

Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la France s'est engagée à abaisser le taux de jeunes en dehors de tout système de formation et sans diplôme du second cycle du secondaire à 9,5 % en 2020.

La Commission européenne soutient aussi les actions de lutte et en particulier de prévention du décrochage en France à travers l'appui apporté au projet TITA (« Team cooperation to fight early school leaving, Training, Innovative Tools and Actions »). Ce projet, lancé en 2013, vise à renforcer les équipes pluri-professionnelles des établissements scolaires de plusieurs pays européens en leur fournissant des outils de formation et d‘accompagnement.

La lutte contre le décrochage scolaire en France

Premier temps : une action interministérielle axée sur la remédiation

Depuis 2010, la lutte contre le décrochage scolaire fait l'objet d'une action interministérielle visant à repérer, à prendre en charge et à accompagner les jeunes en situation de décrochage scolaire.

Les premières actions ont consisté à mettre en place un outil de repérage des jeunes en situation de décrochage, le système interministériel d'échange d'informations (SIEI), qui fonctionne sur la base du croisement des bases de données du ministère de l'éducation nationale et de ses partenaires (agriculture, centres de formation des apprentis, emploi) dans le cadre de deux campagnes de repérage annuelles.

Elles ont aussi conduit à la mise en place des plates-formes de suivi et d‘appui aux décrocheurs (PSAD), chargées de contacter les jeunes repérés par le SIEI ainsi que ceux qui se présentent spontanément en PSAD, pour leur proposer un entretien et une solution personnalisée de retour en formation ou d'insertion.

À partir de 2014 : une politique publique partenariale intégrée, de la prévention à la remédiation

En 2014, la lutte contre le décrochage scolaire a fait l'objet d'une évaluation par la Modernisation de l'action publique (MAP), avec publication du Rapport de diagnostic de la MAP et rapport final de la MAP.

Elle a débouché sur un plan de mesures communiqué en novembre 2014, qui a encore renforcé la dimension partenariale et institué une politique publique intégrée, de la prévention jusqu'à la remédiation du décrochage. Ce plan donne la priorité à la prévention et insiste sur la nécessaire mobilisation de tous les acteurs internes et externes à l'école en faveur de la prévention et de la lutte contre le décrochage.

Les travaux de la MAP ont été précédés par la publication en 2013 du rapport de l'Inspection générale « Alliances éducatives et approche pédagogique repensée », qui a mis en lumière l'importance des facteurs scolaires, parmi l'ensemble des facteurs, dans le processus de décrochage.

Dans le champ de la remédiation du décrochage, ou de la prise en charge des jeunes sortis sans diplôme ou qualification du système de formation initiale, les mesures visent à renforcer et amplifier les actions déjà existantes.

La mise en œuvre de la politique publique partenariale que représente la lutte contre le décrochage nécessite un portage de niveau interministériel. Un comité de pilotage rassemble ainsi à fréquence régulière l'ensemble des partenaires et  notamment les ministères de l'agriculture et de l'emploi et Régions de France.

La politique de lutte contre le décrochage se décline dans les académies et régions académiques sous l'autorité des recteurs, un correspondant académique contre le décrochage scolaire (CADS) présent dans chaque académie assurant l'animation et le pilotage de la mise en œuvre des mesures du plan en lien avec l'ensemble des acteurs locaux (établissements, réseaux FOQUALE, mission de lutte contre le décrochage scolaire, acteurs des PSAD,..).
Ces correspondants assurent en particulier l'interface avec les régions, dont le rôle a été renforcé ces dernières années en matière de lutte contre le décrochage.

Des résultats encourageants

Les chiffres des jeunes en situation de décrochage connaissent une tendance à la baisse depuis le début des années 2010.

Le taux de jeunes en-dehors de tout système de formation et sans diplôme du second cycle du secondaire est passé en dessous de l'objectif des 9,5 % en 2015 (9,3 %), contre 9,7 % en 2013. Il s'élève aujourd'hui à 8,8 % (indicateur des sortants précoces communiqué par Eurostat au printemps 2017).

Le nombre de jeunes sortants chaque année sans qualification du système éducatif est passé de 140 000 en 2010 à 110 000 en 2014 et 98 000 en 2016.

Mis à jour le 20 novembre 2017
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