Université d'été « Europe et islam, islams d'Europe »

À la recherche d'un islam de France

Alain Billon, ancien conseiller pour l'islam auprès du ministre de l'Intérieur, inspecteur général de la Construction

Pour bien comprendre les données de ce qu'on peut appeler la " question islamique " en France aujourd'hui, il est indispensable d'avoir à l'esprit les conditions dans lesquelles l'islam s'est installé dans notre pays, ainsi que dans d'autres pays européens, et notamment dans quel contexte historique et idéologique cela s'est produit.

Les rapports anciens et féconds entre la France et l'islam

Il faut commencer par rappeler que nos ancêtres du sud de la Gaule ont été en contact direct avec l'islam, dans sa première vague d'expansion, moins d'un siècle après la mort de Mahomet : Narbonne tombe aux mains des musulmans venus d'Espagne en 720. Depuis lors, pratiquement tout au long de son histoire, notre pays a été en rapport avec le monde musulman, ces rapports multiformes allant de la guerre à l'alliance stratégique, en passant par toutes les formes d'échanges commerciaux ou culturels. Je ne fais qu'énumérer, faute de temps : Charles Martel qui arrête la progression des musulmans vers le nord de la Gaule en 732 à Poitiers, (mais non l'influence de la culture musulmane dans la Gaule méridionale), Charlemagne, les croisades, l'alliance avec les turcs au temps de François Ier et les capitulations, Bonaparte et l'expédition d'Égypte en 1799 et finalement, la conquête de vastes territoires notamment en Afrique du nord, à partir de 1830, faisant de la France une " puissance musulmane ".

Après la première guerre mondiale, la République prend quelques libertés avec la laïcité en créant l'Institut musulman et la Grande Mosquée de Paris, pour honorer le sacrifice des soldats musulmans sur les champs de bataille. Il est vrai qu'elle prendra plus que des libertés avec la laïcité en n'appliquant pas la loi de séparation des Églises et de l'État aux territoires de l'empire où la religion musulmane continue à être organisée et régentée comme une religion d'état. La grande politique vis-à-vis de l'islam héritée de la tradition nationale et illustrée au début du XXe siècle par des hommes aussi remarquables que Lyautey, Édouard Herriot et plus tard Charles-André Jullien, disparaît en grande partie avant même la seconde guerre mondiale. La France perd la mémoire de sa tradition séculaire de relation forte avec l'islam. Ses dirigeants penseront s'être définitivement libérés de cette relation après l'accession de l'Algérie à l'indépendance. Il y a bien eu avec le général de Gaulle une politique arabe, favorable aux nationalismes arabes, mais le fait qu'elle ait à peu près totalement ignoré l'islam en montre assez les limites. L'installation massive de musulmans durant les " Trente Glorieuses ", jusqu'à ce qu'ils constituent le deuxième groupe religieux en France, s'opère dans le silence et l'ignorance des pouvoirs publics qui ne voient débarquer que des immigrés temporaires et pas du tout des musulmans. Longtemps d'ailleurs, ces derniers n'ont eu aucune revendication sur le plan culturel.

Il faudra attendre la fin des années 70, le long conflit des immigrés locataires des foyers Sonacotra (1979-1980), la prise du pouvoir de l'ayatollah Khomeiny en Iran en 1979, les prises d'otage et le terrorisme, la dénonciation par le Premier ministre du gouvernement de la gauche, Pierre Mauroy, de l'influence de groupes musulmans extrémistes pendant la grève aux usines Renault en 1983, pour que l'islam sorte de la pénombre où il était confiné, pour accéder au statut de " grande star médiatique ", selon l'expression du sociologue Driss el Yazami.

Dès lors, on passe presque sans transition à une véritable inflation dans la production écrite et audiovisuelle sur l'islam, largement caractérisée par la déclinaison d'une thématique alarmiste étroitement liée à la conjoncture proche et moyen-orientale, avec des titres tels que " Les fous d'Allah à la conquête du monde " ou " France : faut-il avoir peur de l'islam ? " Cette thématique ainsi importée dans l'Hexagone y ravive des peurs et des antagonismes séculaires et les remous qui ont suivi les attentats anti-américains du 11 septembre 2001 dernier ne sont que la dernière manifestation en date de ce phénomène récurrent 1.

Le mouvement de réislamisation qui affecte une partie des musulmans n'est alors perçu qu'au travers du prisme déformant de l'intégrisme. L'islam apparaît comme une triple menace : démographique, culturelle et politique. La forte médiatisation qui caractérise la question de l'islam en France va de pair avec une politisation de plus en plus aiguë du débat général sur l'immigration. Désormais la question de la capacité des musulmans pratiquants à s'intégrer à la société française sera constamment posée. Elle le sera de façon émotionnelle et paroxystique lors de l'affaire Rushdie, et plus encore lors de l'affaire des " foulards de Creil " en 1989. Selon les termes de Jean-Robert Henri et Frank Frégosi, cette dernière " a jeté pêle-mêle journalistes, chercheurs, philosophes, hommes politiques dans un débat chaotique où plus personne ne reconnaissait les siens et où les discours finissaient par se confondre dans les mêmes fantasmes et dans la même précipitation à donner de nouvelles recettes de laïcité et de vie en société2 ".

Vers une organisation représentative

Les musulmans eux-mêmes ont tenté à plusieurs reprises de s'organiser en créant une instance commune. Ainsi Si Hamza Boubakeur, le père de l'actuel recteur de la Mosquée de Paris, appelle au début des années 80 à la constitution d'un Conseil supérieur des musulmans de France. Cette tentative à l'initiative des musulmans échouera comme toutes celles qui suivront, tant les méfiances et les divisions sont fortes, et ce sont les pouvoirs publics qui prendront progressivement conscience qu'ils devront intervenir directement.

Le premier a avoir eu le mérite de porter remède à l'anarchie de l'islam en France est le ministre de l'Intérieur Pierre Joxe, qui crée en mars 1990 le Corif (conseil de réflexion sur l'islam de France) dont les membres sont nommés ou cooptés. Cependant les musulmans n'ont jamais vraiment soutenu cette instance artificiellement " octroyée " par l'administration, dont le bilan a été finalement assez mince.

La seconde tentative importante, parrainée par un autre ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, après le retour de la droite au gouvernement en 1993, avec la création d'un Conseil représentatif des musulmans de France s'appuyant sur une charte, proposait une réponse globale et cohérente, mais reposait sur une double erreur rédhibitoire. En premier lieu, elle favorisait l'hégémonie d'une Mosquée de Paris qui, passée sous le contrôle exclusif de l'Algérie depuis 1982, avait perdu une part de sa légitimité à diriger l'islam de France. En second lieu, la structure proposée était monolithique et rigide. Les autres organisations musulmanes ont très rapidement refusé d'avaliser la méthode proposée et ont fait défection. Rien de sérieux n'a été tenté du temps de Jean-Louis Debré, car on pensait que rien n'était possible dans ce domaine. La situation d'anarchie a donc empiré.

L'arrivée aux affaires du gouvernement de Lionel Jospin en 1997 à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, s'est traduite par une rupture de cet état d'esprit délétère et par un retour marqué au volontarisme. Après un temps de réflexion et d'analyse approfondie des expériences antérieures et des évolutions très perceptibles dans le monde complexe de l'islam de France, l'action du nouveau ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement s'est engagée avec des objectifs ambitieux et une méthode nouvelle.

La consultation des principales sensibilités musulmanes sur l'organisation du culte musulman en France lancée par Jean-Pierre Chevènement, le 29 octobre 1999, s'inscrit dans la volonté constamment manifestée depuis une quinzaine d'années par tous les ministres de l'Intérieur qui se sont succédés, pour tenter d'aider les musulmans de notre pays à s'organiser et à mettre sur pied une structure représentative. Cette volonté a toujours procédé d'un même constat : l'anarchie prévalant dans le fonctionnement du culte musulman en France, porte d'abord préjudice aux musulmans eux-mêmes mais aussi aux pouvoirs publics, privés d'interlocuteurs incontestables. Il n'est donc guère possible pour ces derniers de se résigner à cette situation qui affecte la seconde religion par le nombre de ses fidèles, situation qui profite d'abord aux courants les moins favorables à l'intégration républicaine et à sa tradition laïque.

Les noms déjà cités de Pierre Joxe et de Charles Pasqua, montrent assez que cette problématique n'est ni de gauche ni de droite, mais renvoie à une cause d'intérêt national, requérant le soutien d'un très large consensus. L'impossibilité où se trouvent les musulmans de sortir par eux-mêmes de leur anarchie, appelle ainsi nécessairement le recours au volontarisme et à l'intervention de l'État, même si cela mène aux limites de ce qu'une conception rigoureuse des règles de la laïcité peut permettre.

La consultation (ou " Istichâra ") doit être considérée comme un prolongement des deux grandes tentatives précédentes pour résoudre un problème dont la complexité n'a fait qu'augmenter avec le temps. Elle innove cependant sur des points importants : l'ampleur des moyens mobilisés, la volonté affirmée de traiter le problème de façon globale, sous tous ses aspects, la recherche du maximum de consensus, mais surtout peut-être l'emploi inédit du volontarisme manifesté par la puissance publique. La voie choisie a été celle d'une responsabilisation des représentants musulmans, les amenant à décider par eux-mêmes du mode et du degré d'organisation qu'ils s'appliqueraient, le volontarisme du ministère de l'Intérieur se cantonnant, au-delà de l'initiative qu'il prenait, à un appui conceptuel et logistique important, et à la garantie d'un maximum d'impartialité et de transparence.

La consultation a poursuivi trois objectifs majeurs : le premier a été celui d'une insertion définitive de l'islam dans le paysage religieux français, en créant les conditions d'un " rattrapage " par rapport aux autres cultes, y compris par la reconnaissance officielle de la loi de séparation des églises et de l'État par les musulmans. Le second a été de favoriser la naissance d'une instance représentative du culte musulman en France, le troisième, mené parallèlement, a été la mise à jour de tous les dossiers en souffrance concernant le fonctionnement du culte musulman, et notamment la construction des lieux de culte, le statut des imams, l'organisation de l'Aïd el kébir, l'organisation du pèlerinage, celle de l'aumônerie en milieu carcéral ou hospitalier, etc.

L'invitation à la consultation a été adressée d'abord aux grandes fédérations qui revendiquent la représentation des principales sensibilités structurant le culte musulman en France : la Mosquée de Paris et son réseau, qui représentent surtout l'islam " algérien " ; la Fnmf (Fédération nationale des musulmans de France, fondée en 1985) qui se veut le porte-parole officiel de l'islam " marocain " ; le Ccmtf (Comité de coordination des musulmans turcs de France), qui représente l'islam turc officiel, la Ffaiaca, représentant l'islam noir ; l'Uoif (Union des organisations islamiques de France, fondée en 1983), principal représentant de l'islam politique proche des Frères musulmans, les deux organisations fondamentalistes issues du mouvement du Tabligh ; cinq grandes mosquées non affiliées à l'une ou l'autre des grandes fédérations, constituent la seconde composante de la consultation ; enfin la troisième composante est constituée de six personnalités qualifiées, dont une femme.

Les trois phases de la consultation ont été les suivantes : la première phase s'est achevée le 28 janvier 2000 par l'adoption d'un texte intitulé : " Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman en France ". En adoptant collectivement ce texte, les membres de la consultation ont confirmé solennellement que le culte musulman avait réalisé son " rattrapage ", en rejoignant sur un pied d'égalité les autres cultes plus anciennement installés, dans le cadre de la laïcité instaurée par la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. Avec ce texte, les fidèles musulmans disposaient désormais d'une base juridique solide sur laquelle pouvait s'édifier une instance représentative de leur culte ; c'est dans cette perspective qu'a débuté la seconde phase de la consultation au sein de la Comor (Commission-organisation), qui s'est attelée à la conception d'un projet d'organisation du culte musulman, respectueux de sa diversité et prévoyant une instance représentative. Du fait des affrontements et des rivalités entre musulmans, le ministère de l'Intérieur se cantonnant dans son rôle de " facilitateur " et de " témoin de bonne foi ", les débats ont été longs, âpres et souvent confus. II aura fallu plus d'un an (Daniel Vaillant ayant entre temps succédé à Jean-Pierre Chevènement) pour qu'un " Accord-cadre sur l'organisation future du culte musulman en France " soit finalement conclu à l'unanimité le 22 mai 2001, et ratifié solennellement le 3 juillet 2001 ; dès lors, la consultation est entrée dans sa troisième et dernière phase, qui devait aboutir à l'élection, par les délégués des lieux de culte, d'un Conseil français du culte musulman (Cfcm) central et de conseils régionaux. À l'automne 2001, cette troisième phase à peine commencée a subi les retombées très négatives des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et de la crise mondiale qui en a été la conséquence. Une vive polémique est alors née au sein même de la consultation quant à la participation de certains courants à celle-ci, polémique qui a très vite été relayée à l'extérieur, dans un contexte déjà marqué par les campagnes électorales nationales qui se préparaient. Néanmoins, le consensus qui avait prévalu autour de la consultation depuis ses débuts l'a alors emporté, et la polémique a pratiquement cessé.

Une sérénité au moins apparente s'étant ainsi rétablie, les structures de la consultation se sont transformées pour préparer l'élection prévue. Au niveau central, la Comor a pris la forme d'une Association pour l'organisation des élections au Conseil français du culte musulman (Aoecfcm) appelée à piloter l'ensemble du processus. Au niveau régional, l'organisation des opérations préélectorales et électorales s'est déconcentrée sur 25 " commissions régionales électorales " (Corelec). Parallèlement, un sous-préfet a été désigné dans chaque région comme " Correspondant régional de la consultation ", lui aussi dans un rôle de " facilitateur " et de " témoin de bonne foi ".

Cette déconcentration a permis de faire enfin passer l'information sur la consultation et ses objectifs à l'ensemble des fidèles musulmans, entraînant une forte adhésion à celle-ci. Le résultat a dépassé toutes les attentes : sur l'ensemble des lieux de culte ouverts au public et gérés par une association déclarée en préfecture, plus de mille (1 088) ont validé les textes fondamentaux et se sont inscrits pour participer à l'élection, soit 78 % du total. Plus de 95 % de ces derniers ont envoyé aux Corelec les listes de leurs électeurs-délégués (près de 4 000) et payé environ 55 000 euros de cotisation pour financer les opérations électorales. Il s'agit là d'un succès incontestable qui plébiscite la démarche de la consultation et assure en principe sa pérennité.

Couronnement logique de ce travail considérable de préparation, les membres de la consultation unanimes ont, le 21 février 2002, informé le ministre de l'Intérieur que la date de l'élection des représentants régionaux et nationaux du Cfcm sur laquelle ils s'étaient entendus, serait le dimanche 26 mai 2002, entre les élections présidentielles et les élections législatives. Le ministre de l'Intérieur a pris acte de ce choix, qui semblait annoncer une issue positive, et désormais rapide du processus engagé. Or celui-ci a soudain été remis en cause par l'une des principales organisations, la Mosquée de Paris, qui a officiellement demandé le 25 avril 2002, lors de la 35e Comor, un report du vote au-delà des élections législatives.

La réunion de la 36e Comor, tenue le 2 mai 2002 (à trois jours du second tour des législatives), a amené la consultation au bord de la rupture, les adversaires du report de l'élection (autour de l'Uoif et de la Fnmf) menaçant de maintenir, quoi qu'il arrive, la date initiale, tandis que les partisans du report (autour de la Mosquée de Paris) menaçaient de se retirer de la consultation, ce qui aurait entraîné le naufrage de celle-ci. Finalement, un compromis est intervenu in extremis, avec un report au-delà des élections législatives accepté jusqu'au 23 juin 2002, position d'attente permettant au nouveau ministre de l'Intérieur entré en fonction le 7 mai 2002, d'être confirmé dans ses fonctions en cas d'alternance.

Dès sa nomination, et donc avant les élections législatives, le nouveau ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a manifesté son intention de s'intéresser de très près au dossier de l'islam et à la consultation, mais en indiquant clairement qu'il se réservait un droit d'inventaire poussé sur le processus qu'il trouvait en héritage, avant de décider s'il le poursuivait ou non. Dès le 22 mai 2002, M. Sarkozy faisait savoir aux intéressés qu'il recevrait individuellement les fédérations (en commençant par la Mosquée de Paris, suivie de l'Uoif), puis collectivement les grandes mosquées d'une part et les personnalités qualifiées de l'autre. À l'issue de ces entretiens, il annonçait qu'il ferait connaître sa position quant à la reprise du processus, notamment électoral de la consultation, lors d'une nouvelle réunion de la Comor prévue le jeudi 20 juin.

Le discours prononcé par M. Sarkozy à cette occasion peut être résumé ainsi : après avoir salué le travail accompli en général au sein de la Consultation, le ministre relève d'abord deux points de consensus, la nécessité de créer une instance représentative du culte musulman et celle de maintenir au moins une part de processus électif. Il formule ensuite trois conditions de poursuite du processus : qu'il ne permette pas à l'intégrisme de s'asseoir à la table de la République, que les conditions d'une parfaite maîtrise juridique et technique du processus soient réunies (ceci vise notamment l'achèvement de la rédaction des statuts du Cfcm), qu'un consensus général soit préalablement reconstruit.

En attendant, il n'est pas possible dans les circonstances actuelles2 de procéder au vote, pour lequel aucune date ne peut encore être avancée. Il faut donc remettre l'ouvrage sur le métier, sans a priori du ministère. Des pistes sont cependant suggérées comme celle de donner plus d'importance aux grands lieux de culte, et aux personnalités religieuses indépendantes et donner peut-être une place à des structures socioculturelles, à côté des structures cultuelles.

Concluons sur une note d'espoir raisonnable. Des progrès considérables ont été enregistrés dans le sens d'une meilleure intégration du culte musulman au sein de notre société ces dernières années. La multiplication de lieux de culte convenables et visibles et, dans une moindre mesure, de carrés musulmans dans les cimetières, atteste de ces progrès. Le processus de la consultation s'est banalisé. Il a déjà permis aux musulmans d'entrer enfin dans le cadre de la laïcité à la française par la grande porte ; il a déjà fourni une structure de dialogue avec les pouvoirs publics qui a fait ses preuves lors de crises telles que celle de l'épizootie de fièvre aphteuse, ou celle qui a suivi les événements du 11 septembre 2001. Il a contraint les différents courants qui revendiquent une part de représentativité au sein de l'islam de France, à travailler en commun dans une optique constructive. Il a enfin permis à une majorité de fidèles musulmans de prendre conscience des enjeux liés à la mise en place démocratique d'une instance représentative, et de se mobiliser pour cet objectif.

Ainsi la consultation, en contribuant déjà largement à faire prendre conscience aux musulmans comme aux autres habitants de ce pays de la nécessité de permettre à l'islam de " s'asseoir à la table de la République ", et de la réelle possibilité d'atteindre cet objectif dans le cadre de notre tradition de laïcité, pourvu que la volonté de l'atteindre soit clairement affichée à la fois par les pouvoirs publics et par les acteurs de la société, a montré le chemin à suivre pour conjurer le spectre mortifère du " choc des civilisations " prophétisé par Samuel Huntington. J'espère sincèrement que le gouvernement actuel saura aider les musulmans à poursuivre et achever positivement cette entreprise porteuse d'enjeux capitaux pour l'avenir de l'islam dans notre pays, en Europe, et peut-être au-delà.

  1. On pourrait également se demander pourquoi un grand hebdomadaire national d'actualité éprouve le besoin en cette fin d'août 2002, de sortir un numéro consacré...aux croisades, dont il fait sa tête d'affiche.
  2. Ce texte, rappelons-le, est du 30 août 2002 (NDLR).


Europe et islam, islams d'Europe les 28,29 et 30 août 2002

Mis à jour le 15 avril 2011
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