Séminaire « L'enseignement du fait religieux »

Allocution d'ouverture

Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire

 

Mesdames et Messieurs,
Mes chers collègues de l'Inspection générale,
Mes chers amis,

Avant de m'exprimer devant vous en ouverture de ce séminaire national sur l'enseignement du fait religieux, je voudrais au préalable vous donner lecture du message que le président de la République a voulu vous adresser à cette occasion.

" La laïcité est un des principes fondateurs de notre démocratie. Quel sens, quel contenu lui donnons-nous ? Comment l'école de la République doit-elle concevoir son enseignement pour faire vivre la laïcité dans la société française d'aujourd'hui et de demain ? C'est la question à laquelle vous avez entrepris de répondre en organisant, sur la base du rapport remis par Régis Debray, ce séminaire national sur l'enseignement du fait religieux. Je suis heureux de m'associer à ces travaux et d'en saluer les participants.

Dans le monde d'aujourd'hui, la tolérance et la laïcité ne peuvent pas trouver de bases plus solides que la connaissance et le respect de l'autre, car c'est du repli sur soi et de l'ignorance que se nourrissent les préjugés et les communautarismes. Renforcer la connaissance des religions, améliorer l'enseignement du fait religieux dans l'ensemble des matières concernées au collège et au lycée, suivre ses manifestations dans l'histoire, dans les arts, dans la culture de chacun, tout cela confortera l'esprit de tolérance chez nos jeunes concitoyens, en leur donnant les moyens de mieux se respecter les uns les autres.

C'est pourquoi je me réjouis du coup d'envoi que constitue ce séminaire national interdisciplinaire et je salue la naissance de l'Institut européen des sciences des religions, qui réunira nos meilleurs spécialistes.
Je forme les meilleurs vœux pour la conduite de vos travaux, et je vous en remercie ".

Après lecture de ce message, je souhaite à mon tour vous dire à quel point je suis heureux d'être aujourd'hui parmi vous. Je voudrais commencer par saluer les personnalités éminentes qui sont venues ce matin. Il s'agit naturellement en premier lieu de Régis Debray, qui s'est vu confier la mission de procéder à un réexamen de la place dévolue à l'enseignement du fait religieux et qui a clairement mis en évidence la nécessité de développer cet enseignement et de le faire prospérer. Je veux également saluer Jean Baubérot, président de l'École pratique des hautes études et Claude Langlois, président de la section des sciences religieuses de cette école, de même que les nombreux universitaires et chercheurs de renom qui ont bien voulu éclaircir et enrichir notre réflexion.
Je tiens enfin à saluer Madame la doyenne de l'Inspection générale de l'Éducation nationale, les représentants des divers groupes de discipline de l'Inspection générale, ainsi que l'ensemble des cadres pédagogiques rassemblés aujourd'hui. Mesdames et Messieurs, vous serez conduits à votre tour à prodiguer la bonne parole au sein des académies, au terme de ces trois journées qui s'inscrivent dans le programme national de pilotage mis en œuvre par la direction de l'Enseignement scolaire.

Le séminaire qui nous réunit est la concrétisation d'une des recommandations du rapport remis par Régis Debray. Celui-ci souhaitait que puissent être réunis, d'un côté un groupe de chercheurs réputés, rassemblés autour de la cinquième section de l'École pratique des hautes études (Ephe) et de l'autre, les inspecteurs pédagogiques régionaux et des professeurs formateurs représentant chaque académie, et ce dans une optique délibérément pluridisciplinaire. C'est aujourd'hui chose faite. Alors que jusqu'à présent, les problèmes que peut poser l'enseignement religieux étaient principalement présentés dans une perspective historique ou géographique, ils doivent désormais concerner davantage les littéraires, les philosophes, les professeurs d'enseignement artistique ou de langues vivantes. Cette dimension pluridisciplinaire est essentielle car elle peut notamment permettre une approche plus transversale du fait religieux, à travers les dispositifs interdisciplinaires mis en place au collège et au lycée.

Sur l'ensemble de ce sujet, ces trois journées doivent d'abord nous permettre de faire le point. C'est ainsi que Régis Debray rappellera les définitions et les problèmes du fait religieux. Claude Langlois le situera par rapport à l'histoire de la place des sciences religieuses en France. L'Inspection générale en dressera un bilan pédagogique. Ces trois journées doivent aussi et surtout, grâce aux apports des spécialistes, nous aider à délimiter les acquis et à dessiner l'avenir.

S'agissant des finalités de l'enseignement du fait religieux, je crois que, depuis les premières interrogations sur ce sujet, à la fin des années 1980, un réel consensus s'est peu à peu établi. Le rapport de Philippe Joutard sur l'enseignement de l'histoire, en 1989, a clairement mis en évidence le déficit culturel né de l'ignorance des faits qui relèvent du religieux. Si ce déficit n'était pas comblé, il entraînerait une perte grandissante des codes de reconnaissance qui risquerait à terme d'affecter des pans entiers du savoir.

Nous en avons tous conscience : sans disposer des clés nécessaires, comment comprendre Phèdre ou Dom Juan, les pyramides d'Égypte ou Sainte-Sophie d'Istanbul ? Comment percevoir le sens d'une cathédrale, d'une mosquée, d'une synagogue ? Comment maintenir vivante et vivace une part essentielle de l'héritage que nous ont transmis les civilisations du Livre ? Lors de la consultation de 1998, les lycéens eux-mêmes ont émis le vœu de recevoir un enseignement qui leur permette de mieux s'approprier le monde qui était là avant eux et dans lequel ils traceront leur chemin.

Face à ces demandes, la politique de notre ministère a été constante, indépendamment des changements politiques. Cette politique repose sur quelques principes simples que je souhaite ici rappeler. Il s'agit d'une part du refus de créer un enseignement spécifique concernant les religions, et d'autre part, de l'inscription naturelle de cet enseignement dans les enseignements existants. Ceci a déjà été accompli au milieu des années 1990 en histoire et en géographie. L'étape marquée par notre rencontre de ce jour n'est donc pas un changement de politique mais un approfondissement.

Considérer le fait religieux, pour les disciplines représentées ici, ne signifie pas introduire une catégorie nouvelle mais veiller à prendre en compte l'ensemble du champ scientifique. De même que l'histoire aborde naturellement des faits religieux ou que la géographie étudie les marques du religieux dans les territoires actuels, le professeur de lettres peut analyser l'éventuelle spécificité des textes dont la nature est religieuse, commenter Voltaire aussi bien que Pascal. Le professeur d'anglais peut expliquer pourquoi le nom de Dieu figure sur le billet vert et quels sont les rapports entre la Couronne britannique et l'église anglicane. La démarche est encore naturelle en ce qui concerne l'enseignement artistique et la philosophie : comment parler de métaphysique, sans faire référence au fait religieux ?

En résumé, ces finalités me paraissent pouvoir être réunies autour de trois grands axes. Tout d'abord, enseigner le fait religieux revient à reconnaître le langage spécifique qui permet de le nommer et d'en déchiffrer les signes. Comprendre, en somme, une des manières de dire le monde. Ensuite, enseigner le fait religieux permet aux jeunes d'accéder à d'innombrables chefs d'œuvre du patrimoine de l'humanité. Enfin, enseigner le fait religieux consiste à rendre les élèves capables de comprendre le rôle que le religieux joue dans le monde contemporain.

Comment y parvenir ? Il va de soi que notre démarche est totalement laïque, comme vient de le rappeler fortement le président de la République. Enseigner le fait religieux, ce n'est pas - est-il besoin de le souligner ? - s'immiscer dans la conscience de chacun. Il ne s'agit pas plus, pour reprendre une expression de Régis Debray, de " remettre Dieu à l'école ". La démarche appropriée est descriptive et compréhensive, mais reste critique et raisonnée. Enseigner le fait religieux signifie, comme pour tout enseignement, s'appuyer sur les valeurs fondamentales de l'école républicaine.

Je vais laisser maintenant à la libre réflexion des participants la tâche de mieux définir les voies et les moyens d'y parvenir. Vous avez voulu que cette rencontre puisse partir des textes et des œuvres. Il s'agit là d'une bonne démarche. Indépendamment des conclusions de vos travaux, auxquels je serai naturellement attentif, il me paraît nécessaire que l'Inspection générale puisse préciser la mise en œuvre de cet enseignement et que les Iufm en tiennent compte dans les plans de formation des enseignants. Il est en effet essentiel que tous les professeurs soient accompagnés et soutenus dans l'accomplissement de ce qui demeure une de nos missions les plus délicates. Il en va de notre responsabilité de cadres et de formateurs.

L'enseignement du fait religieux les 5,6 et 7 novembre 2002

Mis à jour le 15 avril 2011
Partager cet article
fermer suivant précédent