Séminaire « Enseigner le théâtre à l'École au carrefour des lettres, des arts et de la vie scolaire »

À Michel Archimbaud

Roland Barthes

9 juillet 1975

À Michel Archimbaud

Comme toute image animée, le spectacle est chose éphémère. Je vois, je jouis, et puis c'est fini. Aucun moyen, pour la jouissance, de reprendre un spectacle : il est perdu à jamais, aura été vu pour rien (la jouissance n'entre dans aucun compte). Mais voilà que, inattendu et comme indiscret, le livre vient donner à ce rien un supplément (paradoxe : le supplément d'un rien) : celui du souvenir, de l'intelligence, du savoir, de la culture.

Ce qui est demandé ici : que la masse énorme et infiniment mobile des livres consacrés au Spectacle ne fasse jamais oublier la jouissance dont ils scellent la mort ; que nous lisions dans la résurrection proposée par le savoir, ce jamais plus qui fait de tout spectacle (contrairement au livre) la plus déchirante des fêtes.

Roland Barthes

Document reproduit avec l'aimable autorisation des ayants droit de Roland Barthes et des éditions du Seuil

Dans l'Objet d'étude du programme de lettres de la classe de première : "Théâtre, texte et représentation", qui n'a éprouvé la difficulté du terme : la représentation ? Loin de l'occulter, ni d'en prendre prétexte pour ignorer la dimension spectaculaire du théâtre, Roland Barthes, en ces lignes adressées à l'éditeur Michel Archimbaud en 1975, faisait de cette absence, de ce deuil fondateur, la dimension propre à l'écriture qui veut témoigner du théâtre...

Actes du séminaire - Enseigner le théâtre à l'École

Mis à jour le 15 avril 2011
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