Les groupes thématiques numériques

GTnum 5

"Place de l'apprentissage d'une culture numérique dans l'éducation obligatoire"

Pistes de travail

  • Comment mettre en oeuvre de manière efficace, aux différentes étapes de la scolarité, la question de la culture numérique liées à la programmation, mais également ce qui est relatif à une culture de l'information numérisée (revue de question, incluant la robotique pédagogique) ?
  • Quel est l'état de l'offre disponible des ressources numériques pour les enseignants ?
  • Quels sont les domaines déficitaires, qui devraient donner lieu à de nouvelles conceptions ?
  • Comment les enseignants s'organisent-ils pour transformer et mettre en oeuvre ces ressources ?
  • Comment identifier des progressions pertinentes, selon les cycles et contextes, à l'attention des enseignants non spécialistes (c'est-à-dire pas uniquement les professeurs de technologie en collège) ?

Animation du groupe de travail

laboratoire TECHNÉ - Université de Poitiers
cerisier@univ-poitiers.fr

Point d'étape

Les choix terminologiques sont aussi des choix sémantiques. Les discours politiques et institutionnels concernant les technologies de l'information et de la communication dans l'éducation n'échappent pas à ce principe. Parler d'informatique (années 80), de multimédia (années 90) ou de numérique (aujourd'hui) ne signifie pas la même chose. Cela témoigne de changements d'ordre épistémologique. C'est pourquoi le recours de plus en plus fréquent au syntagme « culture numérique » mérite que l'on s'y arrête.


Bien des analyses de la culture numérique reposent sur une vision pseudo-sociologique. Ainsi, la culture numérique serait d'abord celle des « jeunes ». Difficile pourtant d'identifier les jeunes à un groupe social unique, que l'on choisisse des critères objectifs (déterminants socioprofessionnels des familles, religieux, géographiques) ou subjectifs (sentiment d'appartenance) pour définir la notion de groupe social. Les ranger dans la même catégorie sociale n'a pas plus de sens si l'on considère que la catégorisation sociale est relative à des différences de pouvoir, de richesse ou d'éducation. Le qualificatif « jeune » lui-même reste problématique et les travaux de Parson qui ont longtemps fait référence à ce sujet ont montré leurs limites. D'une part, les jeunes ne se caractérisent pas davantage par leurs comportements irresponsables que les adultes par leur sens des responsabilités. D'autre part, la distribution développementale (enfance, adolescence, âge adulte) est inopérante. Pas plus les traits comportementaux que physiologiques ne permettent d'établir ces catégories de façon satisfaisante. Toute recherche de définition sociale reste également vaine. Notre société ne produit pas de définition univoque de la jeunesse. Pour s'en convaincre, il suffit de voir combien le recours au terme « jeune » fait appel à des acceptions différentes au sein de nos lois et règlements. Que dire alors lorsque l'on examine cette question à l'échelle internationale ? Finalement, le mieux que l'on pourra faire sera d'en rester à des classes d'âges. Pour toutes ces raisons, la culture numérique ne saurait être celle des jeunes. C'est d'ailleurs l'une des critiques fondamentales qui peut être opposée à Marc Prensky et sa proposition de « digital natives ».

Dans le même temps, différentes enquêtes accréditent bien sûr l'enthousiasme de beaucoup des plus jeunes à l'égard des technologies numériques.
Considérer la culture numérique comme étant celle des jeunes, c'est aussi la définir en fonction du rapport du rapport au numérique de ces « jeunes ». Si l'on considère les collégiens et lycéens français, différentes enquêtes conduites depuis quelques années les montrent très équipés, très utilisateurs des technologies numériques. On peut compléter par la description des compétences qu'ils ont quant à la mise en œuvre des technologies et par ce que représentent les technologies pour eux, notamment quant à leur construction identitaire et leur sociabilité. Inutile de préciser que les ressorts principaux de l'activité des plus jeunes n'étant pas les mêmes que ceux des moins des jeunes, une telle approche cantonne effectivement la culture numériques aux plus jeunes.
Si l'on considère la culture d'un point de vue anthropologique, elle n'est bien sûr plus seulement celle des jeunes mais celle de tous les hommes et femmes. La perspective est radicalement différente car elle invite à s'interroger sur la notion de culture afin d'évaluer ce qu'elle doit au numérique. En première approche, on peut considérer la culture sous l'angle suggéré par l'UNESCO dans la déclaration dite de Mexico (1982) selon laquelle la culture articule la dimension collective définie comme "l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social" avec la dimension singulière par laquelle l'individu se construit et se comporte. L'immanence des technologies numériques en fait un élément déterminant de notre environnement.

Nos comportements, nos relations à l'espace, aux temps et aux autres en sont affectés à la mesure des spécificités de la médiation instrumentale propres aux technologies numériques. C'est en ce sens que la culture numérique n'existe pas autrement que comme notre culture à l'ère du numérique.
Jeunes et moins jeunes, éduqués ou non, ruraux ou citadins, amateurs de technologies numériques ou non, utilisateurs de ces technologies ou pas, nous avons tous en partage cette culture à l'ère du numérique. C'est elle qui nous fournit ce cadre d'action en grande partie invisible à partir duquel nous élaborons nos actes et construisons nos représentations, nos valeurs et nos attitudes. Inutile par exemple de faire usage des technologies numériques pour avoir une connaissance et une représentation du Monde qui doivent beaucoup à internet et aux nouvelles pratiques de l'information. La lecture des grands quotidiens est, par exemple, un usage certes indirect mais bien réel de ces technologies. Et les exemples pourraient être multipliés à l'infini.
Comment comprendre alors la multiplication des références qui sont faites à la culture numérique dans toutes ces déclarations relatives à la politique éducative ? Les y trouver est un véritable soulagement. Une crainte aussi : celle de la voir réduite à cette culture jeune dont l'École devrait bien s'accommoder.
Les enjeux sont plus importants. C'est la question de la refondation de l'École qui est posée, celle de son acculturation à l'ère du numérique.

Travail réalisé et en cours

o Réunions de travail

10 mai 2017 - Réunion de contextualisation du groupe de travail
Mai 2017 - Animation d'un atelier par Catherine Becchetti-Bizot et J.-F. Cerisier
Juin 2017 - Intervention de Jean-François Cerisier au séminaire DAN
12 juillet 2017 - Réunion de préparation des auditions réalisées à Ludovia
(définition de l'échantillon, élaboration d'un protocole à destination des auditionnés)
23-24 août - Auditions auprès d'acteurs de l'éducation (7) sur leurs expériences et 2017 représentations de la culture numérique lors de l'université d'été Ludovia
19 déc. 2017 - Réunion de bilan des auditions et préparation des actions 2018
Janvier 2018 - État de l'art de la notion de culture numérique dans les académies
05 fév. 2018 - Réunion d'avancement sur l'organisation de la journée d'étude à Eduspot

o Séminaires

08 nov. 2017 - Séminaire au laboratoire Techné de l'université de Poitiers
Laurent Jeannin, "L'architecture de l'école et son impact sur les apprentissages"
29 nov. 2017 - Séminaire au laboratoire Techné de l'université de Poitiers
Pascal Leroux, "Comment Impliquer et soutenir informatiquement des élèves dans des activités à distance et comment soutenir les formateurs dans le suivi de ces activités ?"
13 déc. 2017 - Séminaire au laboratoire Techné de l'université de Poitiers
Sandra Nogry, "Étude des usages et de l'appropriation de technologies mobiles à l'école primaire dans une perspective diachronique"
17 janv. 2018 - Séminaire au laboratoire Techné de l'université de Poitiers
Margarida Romero, Stéphanie Netto, "Apprendre à programmer à l'école : représentations sociales et pratiques des enseignants"
17 janv. 2018 - Co-organisation d'une journée d'étude à l'espace Mendès-France à Poitiers
à destination des doctorants de Sciences Humaines et du grand public

Milad Doueihi, "Les Humanités numériques, entre philologie et épistémologie"
Yannis Delmas-Rigoutsos, "Numérique et humanités, entre ancillarité et fécondité"
Jean-François Cerisier, "Ce que le numérique fait à l'éducation : de l'utopie de la désintermédiation à la réalité des transformations d'ordre culturel"
31 Janv. 2018 - Séminaire au laboratoire Techné de l'université de Poitiers
Anne Cordier, "Les pratiques informationnelles (s)ont une histoire. Une approche sociale et temporaliste des pratiques informationnelles pour éclairer les usages numériques éducatifs"

CALENDRIER DES ACTIVITÉS

o littérature et synthèses

Nov. 2017-juin 2018 - Revue de littérature

o Événements

Janvier- mars 2018 - Organisation de la journée d'étude à Eduspot
30-31 mai 2018 - Les rencontres de l'Orme- Ateliers sur la culture numérique
(périmètre du concept, enjeux de citoyenneté, enjeux éducatifs)

20-23 août - Université d'été Ludovia sur la thématique du smartphone à l'École,
Ax-les-Thermes

o Projets divers

Février- avril 2018 - Focus groups avec des élèves de 3 collèges et 3 lycées
Mars 2018 - Création d'un site dédié au GTnum5

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Mis à jour le 07 juin 2018
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