Rencontres philosophiques

7èmes Rencontres philosophiques de Langres : La nature

5, 6 et 7 octobre 2017

La 7e édition des Rencontres Philosophiques de Langres se déroulera du 2 au 8 octobre 2017, autour du thème "la nature". Le programme est à retrouver en ligne, accompagné des présentations des conférences et des séminaires, et des corpus de textes pour préparer les discussions.

Programme de l'édition 2017

Pour leur septième édition, et après avoir exploré la vérité, la liberté, matière et esprit, l'histoire, la religion et le politique, les Rencontres Philosophiques de Langres sont consacrées à la nature.

Nature "est un terme dont on fait différents usages" nous dit l'Encyclopédie. C'est bien sous des approches plurielles que la thématique de l'édition 2017 sera appréhendée, interrogée et étudiée au cours des débats, conférences et séminaires programmés dans toute la ville de Diderot.

Présentation des conférences

Série de dix conférences, qui feront l'objet d'une captation vidéo restituée sur canal-u.

Télécharger le livret de présentation des conférences (pdf, 11 p.)

Rappel des dix thématiques :

    1. Après le gouvernement de la nature
    2. Représenter la nature. Quelques problèmes posés par l'art des jardins
    3. "Comment peut-on être aujourd'hui à nouveau naturaliste ?"
    4. Nature et liberté. Les philosophies de la nature de l'idéalisme allemand
    5. Constituer le nature
    6. "La tradition juridique civiliste à l'épreuve du droit de l'environnement"
    7. Les évolutions du droit naturel au début de l'âge moderne
    8. Le genre à l'épreuve de la biologie
    9. Nouvelle physique, quelles visions du monde cela implique-t-il ?
    10. La Nature sans fond

Présentation et corpus des séminaires

Télécharger le livret de présentation des séminaires (pdf, 5 p.)

Séminaire A : L'éclipse de la nature

Responsables : Pierre Dulau et Guillaume Morano

Articulés aux perspectives critiques esquissées par les conférences ainsi qu'aux enjeux et aux modalités de leur élaboration didactique, les séminaires sont l'occasion, pour les stagiaires, d'un travail effectivement collégial tout au long des Rencontres Philosophiques.Le XXème siècle a vu le déploiement d'une puissance technique sans aucun précédent dans l'Histoire humaine. De la maîtrise du comportement de la matière inanimée jusqu'au contrôle du vivant, la science technicisée, par sa compréhension de plus en plus profonde de l'univers naturel, a de facto permis à l'homme d'accroître son pouvoir. Corrélativement à l'extension de ce pouvoir, le champ de l'altérité naturelle (ce qui se fait par soi, sans nous) paraît avoir diminué, tant et si bien que la "Nature" s'est vue éclipsée et que chaque domaine de recherche comme d'expérience s'enorgueillit d'en faire la critique systématique : des sciences expérimentales, en passant par l'anthropologie, le domaine politique ou esthétique, il n'est pas un domaine où l'on ne s'emploie à déconstruire l'idée de "nature", soit pour réfuter l'existence même de ce que ce terme dénote, soit pour mettre en crise (à des fins épistémologiques ou morales) l'idée préconçue qu'on en a.

Pourtant, c'est bien ce surcroît de puissance acquis récemment par l'homme qui paradoxalement fait ressortir le champ de la nature comme ce fond peut-être irréductible à partir duquel la culture humaine peut seulement faire relief. Et les critiques, si radicales soient-elles, ne font qu'authentifier la persistance de l'objet qu'elles visent. Comme l'éclipse rend visible l'astre qui est momentanément voilé, la technique moderne nous rend soudainement sensible, mais sur un mode obscur et inquiétant, la présence de la nature. Comment donc penser cette "éclipse"? Cette présence paradoxale ?

Pour ce faire, nous proposerons aux participants de réfléchir sur le dialogue philosophique entre Heisenberg et Heidegger ; puis de réfléchir à ce que signifie l'idée d'une réduction de la nature (par sa réécriture) à un système d'informations. Enfin nous nous proposerons de réfléchir aux modèles théoriques permettant de comprendre la relation nature / technique compte réellement tenu des progrès des technologies NBIC.

Corpus support de travail du séminaire L'éclipse de la nature (pdf)

Textes proposés par Pierre Dulau et Guillaume Morano, professeurs de philosophie, académie de Strasbourg.

Séminaire B : De historia plantarum, savoirs vernaculaires et savoirs scientifiques

Responsables : Samir Boumediene, Létitia Mouze Henri Commetti et Jonathan Racine

Étudier la nature en partant des plantes, ne va pas de soi. La botanique satisfait peu aux procédures de conceptualisation et aux critères épistémologiques de la science moderne. Si, cherchant à prendre ses distances avec les pharmacopées vernaculaires, la botanique s'efforce avec Linné à une description morphologique fondée sur la « figure, le nombre et la disposition », l'empirisme doux de cette connaissance ne parvient qu'avec difficulté à retrouver le chemin de la « science ». Ce n'est peut-être que récemment qu'une épistémologie entièrement basée sur le modèle de la physique, soulève l'interrogation alors que se développent les biotechnologies dont les plantes sont précisément les cibles principales.

Un premier pas consisterait à reconnaître en quoi accorder une place plus grande à la biologie change notre compréhension de la notion de nature. Si le vivant est par excellence l' « objet » qui oblige les scientifiques d'aujourd'hui à faire retour sur le credo scientifique, la plante est peut-être le vivant qui oblige à son tour les sciences du vivant, de la nature, à repenser autrement leurs méthodes, leurs prétentions et leur statut même de savoir. Il faudra alors, dans un second temps, pousser plus loin et interroger la façon dont s'articulent des savoirs botaniques eux-mêmes pluriels et d'autres formes de savoirs.

Il n'est pas, non plus, impossible que la biologie aura d'autant plus à nous apprendre si nous nous y confrontons après un détour historique et anthropologique : car l'être végétal aux marges de la philosophie et de la science, n'en a pas moins prospéré, depuis toujours, dans les espaces vagues des savoirs et des pratiques vernaculaires. On pourra voir, à cette occasion, en quoi les pharmacopées sont au cœur du discours que la « science » a pu tenir sur la « pensée sauvage » sous le titre de « magie » et des difficultés qu'elle éprouve dans son commerce avec les pratiques endogènes en réduisant à l'état de friche l'invitation véritable dont elles sont porteuses pour ceux dont les « formes de vie » nouent autrement, et autour du végétal, les liens entre les humains et les non humains.

Séminaire C : Le monde et la nature dans l'Antiquité grecque

Responsables : Arnaud Macé et Philippe Soulier

Nous étudierons, à partir de textes, plusieurs aspects de la construction du système de représentations qui a fini par donner corps à l'idée de nature en Grèce ancienne.

1ère séance : L'arrangement du monde, préhistoire de la nature d'Homère à Empédocle.

L'âge homérique ne connaît qu'un sens pour le terme phusis : la nature de la chose individuelle. Le tout n'y est pas encore un kosmos. Nous examinerons les représentations de l'ordre qui, d'Hésiode à Empédocle, ont permis de construire progressivement un arrangement capable d'apprivoiser l'infini (apeiron) et d'en faire un « monde » où chaque nature trouve sa place. L'examen des fragments présocratiques sera confronté aux exposés aristotéliciens.

2ème séance : L'enquête sur la nature : médecine et philosophie d'Hippocrate à Platon et Aristote.

1. Dans le dialogue entre écrits médicaux et philosophiques entre le Ve et le IVe s. s'approfondit la description d'un domaine ontologique que l'on appellera bientôt la phusis. Les textes d'Hippocrate permettent d'identifier un nouveau programme épistémologique, l'« enquête sur la nature », éclairant les philosophies de la nature de Platon et d'Aristote.

2. Nous apprécierons aussi la portée du détournement socratique de l'enquête sur la nature au profit d'une préoccupation éthique vouée au soin de l'âme, pour examiner comment Platon réinvestit la phusiologia et renoue autrement le lien rompu entre anthropologie et cosmologie, accomplissant la révolution socratique au sein de la nature elle-même.

3ème séance : Nature et immanence.

Les philosophies hellénistiques poursuivent le travail d'homogénéisation de l'ensemble appelé « nature ». En présentant la nature comme un art intérieur aux choses, les stoïciens l'érigent en principe de normativité éthique. Epicure invite à penser une normativité sans finalité : sa physique affirme la positivité organisatrice du hasard dans le cadre d'un naturalisme intégral. Plotin récuse à la fois les schèmes de la production artisanale, de la rationalité immanente et du hasard organisateur, en présentant la production naturelle comme une contemplation affaiblie.

Recueil de textes du séminaire Le monde et la nature dans  l'Antiquité grecque (pdf, 97 p.)

Textes proposés par Arnaud Macé, professeur en histoire de la philosophie et philosophie des pratiques, université de Franche Comté, et Philippe Soulier, professeur de philosophie, académie de Nantes

Séminaire D : Le rythme vivant

Responsable : Fabien Nivière

Quelle est la véritable signature de l'être vivant ? Quelle est sa place dans la Nature ? De l'Antiquité jusqu'à nos jours, cette question n'a cessé de hanter l'histoire de la philosophie des sciences sans trouver de réponse satisfaisante. Certains, nourris des pensées d'Aristote et de Bergson, ont supposé l'existence d'un souffle immatériel ou spirituel qui animerait le vivant. D'autres, sur les traces de Galilée et de Descartes, ont refusé toute originalité à la vie, et l'ont réduite aux simples lois de la physique et de la chimie, gommant ainsi la différence entre physique et biologie. Malgré les succès spectaculaires qu'a connus la biologie ces dernières décennies, notamment dans la manipulation du génome, ni le vitalisme ni le mécanisme ne sont parvenus à apporter une solution claire à l'énigme du vivant qui continue de narguer la science du XXIème siècle.

Ce travail inédit propose une hypothèse originale et audacieuse dans la grande tradition naturaliste inaugurée par Anaximandre et Héraclite. La piste chimique est une impasse dans la mesure où le vivant et l'inorganique sont constitués des mêmes éléments, par ailleurs fort communs dans la nature. Ce n'est donc pas en termes de propriétés, mais plutôt de rythmes qu'il faut penser leur différence. Un rythme est une certaine manière de fluer, une allure particulière dans le devenir universel. La Nature (Phusis), pur principe de variation et source éternelle de toute réalité est un flux créateur qui ne connaît aucun repos et engendre tous les rythmes possibles en sécrétant continuellement de la différence. Ce chemin créateur vers le contraste et l'hétérogène, je l'appelle, conformément au sens que la physique lui a donné, une démixtion. C'est l'artisan naturel de toutes les intensités, de tous les contrastes et de toutes les formes. Qu'en est-il de l'être vivant ? Il se nourrit du déséquilibre qui l'a fait naître et poursuit aussi loin que possible l'aventure de la différenciation. Le rythme vivant se distingue de l'inorganique par une démixtion hautement contrastée qui fait jaillir de la chair indivise du chaos la forme du sentant et du senti, du temps et l'espace. Bien protégée par son noyau, ses enveloppes ou ses peaux du devenir turbulent qui fait rage au-dehors, la cellule primitive aménage et réorganise l'écoulement universel qu'elle étire en durée impalpable et dilate en espace matériel. Telle une vaguelette dans la vague, le vivant sécrète sa propre mesure spatiotemporelle au sein de la nature. Ce bio rythme lui permet de scander son existence dans un temps successif et de déployer son action dans un espace de formes ré-identifiables. Mais l'espace et le temps sont comme un élastique : plus on tire sur l'un, moins on a de l'autre : seuls les mortels, c'est-à-dire les vivants ont accès à un monde de formes. Comme une île éphémère battue par les flots d'un océan éternel, ce n'est que durant le temps compté de son existence qu'il jouit des étranges qualités qui nous émerveillent, inconnues de l'inorganique : un métabolisme auto entretenu, une mémoire de son passé et la possibilité de manipuler le monde extérieur.

Il devient alors possible de reconstituer un scénario métaphysique vraisemblable de la naissance du vivant en remontant patiemment l'histoire de la matière jusqu'à l'aurore de la vie.

Déroulé des séances et lectures conseillées pour le séminaire Le rythme vivant (pdf)

Documents de travail proposés par Fabien Nivière, professeur de philosophie, académie de Nice.

Mis à jour le 20 septembre 2017
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