Zeus / Jupiter

Zeus / Jupiter est le dieu le plus important de la mythologie gréco-romaine. Sixième et dernier fils du Titan Cronos / Saturne et de la Titanide Rhéa / Cybèle, marié à sa sœur Héra / Junon, il a engendré, avec elle, de nombreux dieux et déesses et, avec de multiples mortelles, des héros : c’est ce que nous raconte le poète grec Hésiode dans sa Théogonie au VIIIe siècle avant J.-C. Dieu tout puissant, il revêt de nombreuses fonctions et possède de multiples attributs.

Zeus est ici défini à partir de ses patronymes grecs ; « Jupiter » n'est mentionné  que lorsqu’il s’agit d’une spécificité romaine.

Ses fonctions et ses attributs

  • Il préside à tous les phénomènes atmosphériques : maître de la pluie (ὑέτιος, hyetios), des vents (αἴητος, aiètos) et du beau temps (εὔδιος, eudios). Ainsi, il est le dieu protecteur des moissons et des fruits (ἐπικάρπιος, epicarpios) ainsi que le maître redouté de la foudre (ἀστραπαῖος, astrapaïos) qui déchaîne la foudre (βρονταῖος, brontaïos) en agitant l'égide au bruit retentissant (ἐρίγδουπος, erigdoupos). Dans ce cas, il porte l'égide, le bouclier qui sert à déclencher les orages, et "le foudre", le  bâton fabriqué par les Cyclopes servant à avertir, punir ou tuer.
  • Il est le dieu de la famille au sens large : dieu du foyer (ἐφέστιος, ephestios), des clôtures et des murs (ἑρκεῖος, hercios) pour les maisons, les cités (πολιεύς, polieus) ou les assemblées populaires (ἀγοραῖος, agoraios), garant des serments et des traités (ὅρκιος, horcios), dieu du mariage (γαμήλιος, gamèlios), de l'amitié (φίλιος, philios) et de l'hospitalité (ξένιος, xénios).
  • Il est garant du maintien des lois et des sociétés humaines : protecteur des fratries (φράτριος, phratios), des tribus (φύλιος, phylios), des états ou amphictyonies, c’est-à-dire les associations de cités (ἑλένιος, hélénios). Il a ainsi pour épithètes les adjectifs suivants : ἀλεξίκακος, alexicacos celui qui écarte les maux et protège les faibles ; σωτήρ, sôtèr, sauveur de tous les suppliants. Il est un modèle de législateur pour les rois (ἄναξ, anax, seigneur / βασιλεύς basileus, roi / ἀρίσταρχος, aristarchos, maître souverain). Il porte alors le sceptre en bois de cyprès, symbole de sa royauté tenu de la main gauche. Le chêne est quant à lui un symbole de sa puissance et de sa  force. Souvent assis sur un trône. Il est accompagné de l'aigle, roi des oiseaux, symbole lui aussi de puissance.
  • Il est le dieu guerrier aux belles armées (στράτιος, stratios) plein de courage (Στάτωρ, stator) ou de ruse (δόλιος, dolios ou ἀπατήνωρ, apatenor), qui remporte des victoires (νικηφόρος, nicephoros), ou assume ses défaites (φύξιος, phyxios ou φυξήλιος, phyxelios).

 

Ses aventures

Une naissance hors du commun

Ouranos et Gaïa avaient prédit à leur fils Cronos qu’il mettrait au monde un rival qui le détrônerait. Pour déjouer cette malédiction, Cronos avalait ses enfants dès leur naissance. Mais Rhéa, femme de Cronos, lassée par cette pratique, substitua, sur les conseils de Gaïa, au nouveau-né, une pierre emmaillotée. Ce dernier fut alors emporté en Crète au Mont Dicté sur le plateau de l’Ida, élevé par les nymphes, allaité par la chèvre Amalthée. Pour dissimuler les cris du bébé, les Courètes et les Corybantes entrechoquaient leurs boucliers dans des danses guerrières.

Son avènement

De la même manière que Cronos avait évincé son père Ouranos en l’émasculant, Zeus fait avaler à son père un breuvage vomitif qui lui fait recracher tous les enfants engloutis dans ses entrailles : Déméter, Héra, Hestia, Hadès et Poséidon. Avec l’aide de ses frères, de Gaïa et de divinités ralliées à sa cause (les Géants, les Cyclopes et les Hécatonchires, « géants aux cent bras »), Zeus entreprend de renverser les Titans : leur lutte dure dix ans. Finalement, malgré le complot d’Héra aidée d’Apollon et Athéna, Zeus et ses frères, Poséidon et Hadès, se partagent le monde : Zeus hérite de la souveraineté sur les airs et les terres émergées. 

 Zeus doit encore lutter contre Typhon, le fils malfaisant de Gaïa, dans un combat sans merci où il apparaît – ce qui est rare – comme un dieu fragile.

Zeus prend la décision d’anéantir les hommes en déclenchant un déluge sur terre : les hommes se noient ou meurent de faim. Cependant, un homme et une femme, Deucalion, fils de Prométhée, et Pyrrha, fille d'Epiméthée, survivent au désastre sur le Mont Parnasse en Béotie. Zeus touché par leur bonté, arrête le déluge. Sur les conseils de l’oracle, Deucalion et Pyrrha jettent derrière eux des pierres qui prennent vie et deviennent des hommes et des femmes.

Pour légitimer son pouvoir, Zeus doit éteindre toute forme de révolte :

  • Il punit Sisyphe qui a dénoncé à Héra une des aventures amoureuses de son époux et qui a trompé le dieu des Enfers.
  • Il punit le rusé Prométhée qui a trahi les dieux en livrant le feu aux hommes.
  • Il punit Lycaon pour avoir essayé de de l’assassiner dans son sommeil alors que le dieu était son hôte, sous l’apparence d’un mortel.
  • Il précipite du haut de l’Olympe Héphaïstos une seconde fois car il a osé lui reprocher d’avoir puni sa mère après une dispute conjugale.
  • Il punit Tantale qui a servi aux dieux son fils Pélops en ragoût ainsi qu’Ixion, meurtrier, parjure et traître.

Par ailleurs, pour maintenir le calme dans l’Olympe, Zeus intervient dans de nombreuses querelles : entre Apollon, Xénoclée et Héraclès qui s'est emparé du trépied de la Pythie à Delphes ; entre Athéna et Poséidon qui luttent pour la domination de l’Attique ; entre Aphrodite et Perséphone qui désirent toutes deux le bel Adonis ; entre Apollon et Idas qui, tous deux, revendiquent Marpessa comme compagne.

Ses amours multiples et multiformes

Zeus eut plusieurs épouses :

  • Après avoir exilé son père, il épousa la Titanide Métis, mais un oracle l'avertit que ses enfants lui raviraient son pouvoir ; il avala alors Métis, enceinte, qui continua à lui donner de sages conseils.
  • Il épousa ensuite la Titanide Thémis avec qui il engendra les Heures, les Moires, Astrée et les Nymphes de l'Eridan, et, selon une autre légende, Prométhée.
  • Selon Homère, Dioné est tenue pour l’une de ses épouses avec qui il aurait eu Amphitrite et Aphrodite.
  • Bien que marié à Héra, Zeus est un époux infidèle qui rend sa femme malheureuse et jalouse ; leur relation est souvent conflictuelle et ponctuée d’adultères mutuels.

Zeus eut aussi de nombreux amants et maîtresses qu’il conquiert grâce à d’ingénieuses métamorphoses. Il a donc des relations adultères avec :

  •  Des déesses :
    • Aphrodite avec qui il n’a pas d’enfant,
    • Calliope, Muse de la musique, avec qui il n’a pas d’enfant,
    • Déméter, avec qui il engendre Perséphone,
    • Gaïa avec qui il engendre Tityos et Manès,
    • Léto avec qui il engendre Apollon et Artémis,
    • Mnémosyne, déesse de la Mémoire, avec qui il engendre les Muses,
    • Perséphone avec qui, une fois métamorphosé en serpent, il engendre Zagrée et Mélinoé,
    • Séléné, déesse de la Lune, avec qui il engendre Hersé et Pandia.
  • Des divinités de second rang notamment  : 
    • Hybris, Thymbris ou Callisto, selon les versions, avec qui il engendre Pan,
    • Maïa, une des Pléiades, avec qui il engendre Hermès,
    • Taygète, une des Pléiades avec qui il engendre Lacédémon, fondateur de Sparte,
    • Thalie, nymphe ou Arémosyne (?) avec qui il engendre les jumeaux Paliques, divinités chtoniennes de la Sicile,
    • Thétis, Néréide qu’il délaisse quand l’oracle lui apprend que le fils qu’il engendrerait avec elle le détrônerait.
  • Des mortel(le)s notamment : 
    • Alcmène avec qui, après avoir pris l’apparence d’Amphitryon, son mari, il engendre Héraclès,
    • Antiope avec qui, déguisé en Satyre, il engendre Amphion et Zéthos, fondateurs de Thèbes,
    • Danaé, avec qui, après avoir pris l’aspect d’une pluie d’or, il engendre Persée,
    • Europe, fille d'Agénor, avec qui, métamorphosé en taureau blanc, il engendre Minos, Rhadamanthe et Sarpédon,
    •  Euryméduse, princesse de Phthie, avec qui, métamorphosé en fourmi, il engendre Myrmidon, roi de Phthie, ancêtre d’un peuple de puissants soldats,
    • Ganymède, jeune Phrygien qu’il enlève, métamorphosé en aigle, pour en faire l’échanson des dieux,
    • Io avec qui, métamorphosé en nuée, il engendre Epaphos et Keroessa,
    • Léda, avec qui, métamorphosé en cygne, il engendre Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre,
    • Olympias, reine de Macédoine, avec qui il engendre Alexandre le Grand,
    •  Plouto, fille d'Himas, avec qui il engendre Tantale,
    • Sémélé, fille de Cadmos et d'Harmonie, avec qui il engendre Dionysos.

Quelques légendes symboliques

Jupiter est un dieu ambivalent, symbole de puissance tyrannique, partial, injuste et infidèle, mais aussi, dans d’autres cas, épris de justice et de droiture, comme le prouvent quelques-unes des légendes qui lui sont attachées.

Le char de Phaéton

Phaéton, qui a voulu conduire le char de Phoebus Apollon, en perd le contrôle. L'équilibre de la terre est bouleversée : elle  réclame alors l’intervention de Jupiter pour foudroyer le coupable. La course du char est alors arrêtée et Phoebus refuse d'éclairer la Terre. Jupiter s’excuse auprès de Phoebus Apollon, afin que le monde ne soit pas plongé dans les ténèbres.

Tirésias

Tirésias est frappé de cécité par Junon car il affirme, comme Jupiter, que les femmes éprouvent dix fois plus de plaisir en amour que les hommes. Junon, furieuse contre Tirésias, le rend aveugle. Pour compenser cette malédiction, Jupiter confère à Tirésias le don de prédire l'avenir.

Philémon et Baucis

En Phrygie, Jupiter et Mercure, déguisés en mortels, se voient refuser l'hospitalité par tous les habitants sauf par Philémon et Baucis, un couple de vieillards.Les dieux punissent les habitants de cette contrée pour leur impiété tout en octroyant à Philémon et Baucis la transformation de leur cabane en temple dont ils deviennent les gardiens. Ils terminent leur vie ensemble, transformés en deux  arbres devant le temple, un chêne et un tilleul.

Le milan

Un milan a apporté à Jupiter les viscères d'un monstre mi-taureau mi-serpent. Pour le remercier, il élève l’oiseau au rang d'astre.

Les jeux

Selon Tite-Live, lors de Jeux organisés en l'honneur de Jupiter, un esclave fut fouetté. Jupiter, furieux, apparut en songe à un homme pour lui demander d’organiser de nouveaux jeux. Mais l'homme n'osa pas avouer son rêve et fut puni : son fils mourut puis il fut lui-même frappé de paralysie. L'homme décida alors de parler au Sénat et put marcher à nouveau.

Ce qu'en dit Ovide :

Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras ;
sed timuit, ne forte sacer tot ab ignibus aether
conciperet flammas longusque ardesceret axis :
esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus,
quo mare, quo tellus correptaque regia caeli
ardeat et mundi moles obsessa laboret.
Tela reponuntur manibus fabricata cyclopum ;
poena placet diuersa, genus mortale sub undis
perdere et ex omni nimbos demittere caelo.

Ovide, Métamorphoses, livre I, v. 253-261

 

Déjà Jupiter était prêt à lancer ses foudres partout sur la terre ; mais à cause de tant de feux, il redouta que l'éther sacré ne risque de s'enflammer et que la voûte du ciel ne se consume. Il se souvient aussi des destins annonciateurs d'un temps futur où la mer, la terre et le palais céleste seront la proie d'un feu ardent, qui mettra en danger la masse du monde entourée de flammes. Il dépose les traits qu'ont forgés les mains des Cyclopes et décide un châtiment tout différent : anéantir le genre humain sous les eaux et faire tomber des trombes de pluie de tout le ciel.

  • La racine indo-européenne  (*diew-)  qui signifie briller a donné les mots « dieu » (theos en Grec et deus en Latin) et « jour » (dies en Latin, la syllabe -di en Français servant à fabriquer les noms des jours de la semaine, day en Anglais, tag en Allemand, giorno en Italien et dia en Espagnol).Le nom lui même de Zeus, avec son accusatif : Δία / Día, et son génitif  : Διός / Diós et datif : Διί / Dií) repose sur le thème *dy-ēu-, issu de cette même racine indo européenne.  Ainsi Zeus est le dieu du ciel brillant, à l’image du Mont Dicté, au-dessus des nuages, en Crète, où il est né.
  • Quelles différences y a-t-il entre Zeus et Jupiter ? Bien peu car l'histoire de Jupiter reprend celle de Zeus ; les auteurs latins Ovide et Tite-Live ont cependant complété la légende de Zeus pour la romaniser. Il faut noter cependant qu’Ouranos et Gaïa n’existent que dans la mythologie grecque.
  • À Rome, Jupiter appartient à la triade d'abord honorée sur le Quirinal, puis sur le Capitole, qui comprenait Jupiter, Junon et Minerve. Ses frères et sœurs sont Cérès, Junon, Neptune, Pluton et Vesta. Ses enfants légitimes sont les déesses et dieux Hébé (jeunesse), Ilithye (enfantement), Mars et Vulcain. Parmi ses enfants illégitimes, on compte les dieux et déesses Apollon, Bacchus, Mercure, Diane, Minerve et Vénus. Il est aussi le père de nombreux héros : Héraclès, Persée, Castor et Pollux, entre autres.
  • Selon la légende romaine, c’est Romulus qui, le premier, consacra un temple à Jupiter au pied du Palatin car le dieu l’avait aidé à arrêter les invasions sabines. Jupiter aida aussi les rois : Numa Pompilius, second roi légendaire de Rome, pour rédiger les institutions romaines, Tarquin pour devenir roi de Rome.  Auguste fut le premier empereur à prétendre avoir des songes envoyés par le dieu ; c’est pourquoi il fit élever sur le Capitole un temple à Jupiter Tonnant (Jupiter Tonans).
  • Zeus / Jupiter étant un le maître de l’Olympe, ses lieux de culte sont les montagnes, les lieux en hauteur : ses temples sont bâtis :
    • En Grèce sur les Monts Olympe, Ida, Parnasse, par exemple.
    • A Rome, sur le Quirinal puis le Capitole, où l’on consacrait les dépouilles des chefs ennemis.

Voir aussi sur Odysseum :

Pour les correspondances entre les dieux :

Sur l’enfance de Zeus :

Sur le pouvoir de Zeus :

Sur les amours de Zeus :

Sur le culte de Zeus :

 

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