Thumos et athumia dans l’œuvre de Xénophon

 

Dans l’ouvrage qu’il a consacré au Vocabulaire de l’analyse psychologique dans l’oeuvre de Thucydide1, P. Huart fait souvent référence aux auteurs antérieurs à l’historien ou bien contemporains, tels que Eschyle, Hérodote, Sophocle, Antiphon, Euripide, Aristophane, les présocratiques et Platon2. L’absence de Xénophon est d’autant plus étrange que cet auteur a dans une certaine mesure continué Thucydide, au moins dans les Helléniques, et que son emploi du vocabulaire de l’analyse psychologique dans cette oeuvre mais aussi dans le reste de son oeuvre n’est pas susceptible a priori d’être radicalement différent de son emploi chez Thucydide. Nous nous proposons d’examiner chez Xénophon les notions de courage et de découragement telles que cet auteur les manie, pour savoir si et dans quelle mesure il est original.

Thucydide emploie quatre fois θυμός3 (et une fois le participe présent du dénominatif θυμόομαι4) au sens d’ardeur5. Xénophon n’emploie jamais ce nom dans les Helléniques6, rarement dans le reste de son oeuvre : une fois dans l’Anabase (7, 1, 25), deux dans la Cyropédie (3, 1, 37 ; 4, 2, 21), une dans Agésilas (6, 2), une dans L’art équestre (9, 2), trois dans la Cynégétique (4, 4 ; 7, 5 ; 10, 15) ; il faut ajouter deux occurrences de θυμόομαι (Cyropédie, 5, 5, 11, paroles de Cyrus à Kyaxarès7 ; Art équestre, 1, 10, à propos du cheval8).

Chez Thucydide, le thumos est le sentiment d’un peuple ou d’une fraction de population à un moment donné, il exprime une ardeur collective9, qui se manifeste par un ou des actes de courage. Chez Xénophon, dans l’Anabase, θυμός, dans un discours de Xénophon lui-même à l’armée qu’il a au préalable calmée en lui faisant déposer les armes, désigne l’emportement furieux auquel les soldats pourraient complaire (ἤν δὲ τῷ θυμῷ χαριζώμεθα), s’ils ne réfléchissaient pas : un mouvement qui les emporterait à de funestes extrémités. Le thumos est alors nettement mauvais, et ce fait montre un changement dans la société : le courage inconscient et irréfléchi apparaît dans un nouvel état de langue, reflétant un nouvel état de la société, un mouvement qui empêche le jugement au calme. Désormais, priorité à la réflexion ; sinon, on agit sans réfléchir, au risque de conséquences non prévues.

Dans la Cyropédie, le thumos est le mouvement naturel, l’envie ou le désir, sans être marqué positivement ou négativement : « après dîner, vous allez où le coeur vous en dira » (δειπνήσατες δὲ ἀπελαύνετε ὅποι ὑμῖν θυμός, 3, 1, 37), dans les paroles de Cyrus au roi d’Arménie. En 4, 2, 21, c’est Cyrus qui s’adresse aux Perses, aux Mèdes et aux Hyrcaniens pour les exhorter à attaquer l’ennemi non pas avec mollesse (μαλακισάμενοι) mais avec ardeur et résolution (ῥώμῃ καὶ θυμῷ : les deux mots sont aussi liés, en ordre inverse, chez Thucydide I, 49, 5, récit) ; nous avons encore le vieux sens de thumos, courage positivement envisagé. En 5, 5, 11. C’est le verbe θυμόομαι qui est dans la bouche de Cyrus s’adressant à son oncle Cyaxare, fâché de se voir pourvu d’un équipage petit et indigne de lui :  τὸ μέντοι σε θυμοῦσθαι καὶ φοϐεῖσθαι οὐ θαυμάζω « cependant, je ne suis pas étonné que tu sois furieux et éprouves de la crainte ». Le verbe dérive du sens de thumos qui est lié à la colère.

Dans Agésilas, le thumos c’est l’ardeur personnelle du héros au combat. Curieux, l’emploi de thumos dans L’art équestre (9, 2) met en parallèle le cheval dont le thumos est un moteur et l’homme dont c’est l’orgè qui est le moteur (ἐστὶ θυμὸς ἵππῳ ὅπερ ὀργὴ ἀνθρώπῳ : en matière de nervosité (cf. infra, θυμοειδής), le thumos est un élan furieux de l’animal qui correspondant à la colère humaine. Dans la Cynégétique, quand le chien est près du lièvre, il doit l’indiquer au chasseur en se remuant plus vite et le faire savoir en bougeant plus, et le thumos, l’ardeur, est un ensemble défini par les mouvements de tête, des yeux, les « changements d’attitude, les regards jetés au-dessus ou au-dedans du couvert, les fréquents retours vers le gîte, les sauts en avant, en arrière, de côté, l’exaltation véritable de leur esprit, la joie d’être près du lièvre » (Trad. Chambry modifiée)10. En 7, 5, il s’agit d’un sanglier qui attaque un de ses poursuivants et ne suspend son attaque que lorsqu’un autre veneur fait diversion ; la bête se retourne alors contre celui qui l’excite, mue par la colère et la fureur (ὑπὀργῆς καὶ θυμοῦ) ; ici, il est difficile de distinguer ici les deux mots, il s’agit du même mouvement de « colère furieuse » ou de fureur coléreuse ». Pour mémoire, signalons, encore dans la Cynégétique (7, 5), le nom d’un chien parmi d’autres, après Ψυχή ( Force d’âme ?) et avant Πόρπαξ (Bouclier ?) : Θυμός ce doit être « Ardent ».

Tandis que θυμός chez Thucydide n’entre pas en composition (si l’on met à part l’anthroponyme cité ci-dessus), Xénophon emploie abondamment (16 occurrences) l’adjectif composé qumoeidhv~, surtout dans L’art équestre (13 occurrences). On trouve d’abord cet adjectif dans le corpus Hippocraticum (3 occurrences dans De aere auis et locis, 12 ; 16 ; 23), chez Platon (31 exemples), puis chez Aristote (19 exemples), et le mot est ensuite très usité dans la prose, notamment chez les médecins et les historiens (Plutarque en fait un abondant usage). Le sens est soit laudatif (plein de courage) soit péjoratif (rétif, désobéissant). Dans L’art équestre, il qualifie un cheval nerveux11, à l’opposé du cheval mou, indolent (βλακώδης) qu’il s’agisse du tempérament ou d’un état circonstanciel, en tout cas il ne s’agit pas d’un mauvais cheval (le cheval nerveux n’est mauvais que si l’homme ne sait pas le calmer). Quand l’auteur traite, au chapitre 10, du cheval bien dressé, qui a fière allure, il indique que les gens qui contemplent un tel cheval « lui donnent les épithètes de racé, plein d’allant, vrai coursier, nerveux, impétueux, à la fois agréable et terrible à regarder. » (Trad. Delebecque) : Καῖ θεώμενοι τὸν ἵππον τοιοῦτον ἀποκαλοῦσιν ἐλευθέριόν τε καὶ ἐθελουργὸν καὶ ἱππαστῆν καὶ θυμοειδῆ καὶ σοϐαρὸν καὶ ἅμα ἡδύν τε καὶ γοργὸν ἰδεῖν). L’adjectif se trouve aussi, encore pour des chevaux, une fois dans les Mémorables (4, 1), une dans le Banquet (2, 10, où il s’oppose à eupeithès « obéissant »), une dans l’Anabase (4, 5).

Ces emplois de thumos et de l’adjectif composé θυμοειδής impliquent toujours chez Xénophon la notion d’ardeur, d’impétuosité, d’allant, de mordant ; la plupart du temps, il s’agit d’un élan de bon aloi. Chez l’homme mais aussi chez le cheval, le thumos peut aller de pair avec l’orgè, la colère, et alors ce peut être un bon mouvement ou un mauvais élan.

L’adjectif composé « mélioratif » εὔθυμο~, qui n’existe pas chez Thucydide12, se trouve huit fois dans l’oeuvre de Xénophon (à quoi il faut ajouter deux exemples de l’adverbe εὐθύμως13) ; le verbe dérivé εὐθυμέομαι14, « avoir bon moral », apparaît cinq fois, autant que le dérivé abstrait εὐθυμία. Dans les Helléniques (4, 3, 2), Agésilas revenu d’Asie apprend de la bouche de Dercylidas la victoire lacédémonienne à Némée ; il suggère à celui-ci que les cités alliés devraient être informées de cette victoire. Et Dercylidas renchérit : « Ils auront plus de coeur, en tout cas je pense, lorsqu’ils auront appris cette nouvelle » (trad.Hatzfeld, CUF) : εὐθυμοτέρους γοῦν εἰκὸς ταῦτἀκούσαντας εἶναι. En 7, 4, 22, les Arcadiens débordent les Lacédémoniens et les poursuivent, ils sont inférieurs en nombre mais ils ont plus d’ardeur, parce qu’ils sont les poursuivants (εὐθυμότερον... πολὺ εἶχον), alors que leurs adversaires sont découragés, sans moral (cf. infra ἀθυμία). Dans l’Anabase, en 1, 3, 35-44, c’est Xénophon qui parle aux stratèges et aux lochages réunis pour faire face à une situation périlleuse ; si les soldats, leur dit-il, vous voient découragés, ils seront tous des lâches (ἂν ὑμᾶς ὁρῶσι ἀθύμους, πάντες κακοὶ ἔσονται 36). Il faut remplacer les chefs et les lochages tombés au combat, réunir les soldats et ranimer le courage de la troupe (ἢν... τοὺς ἄλλους στρατιώτας συλλέγητε καὶ παραθαρρύνητε 39). Actuellement les soldats, le coeur abattu (ἀθύμως bis 40), ne sont pas sûrs en cas de besoin. « Mais qu’on leur change les idées et qu’au lieu de penser seulement à ce qu’ils ont à souffrir, ils songent aussi à ce qu’ils ont à faire, ils auront beaucoup plus d’entrain15. » (trad.. Masqueray, CUF) : ἢν δέ τις αὐτῶν τρέψῃτὰς γνώμας, ὡς μὴ τοῦτο μόνον ἐννοῶνται τί πείσονται ἀλλὰ καὶ τί ποιήσουσι, πολὺ εὐθυμότεροι ἔσονται. Dans les Mémorables, 4, 8, 2, l’adverbe εὐθύμως est coordonné à εὐκόλως et détermine le verbe ζῆν « vivre avec le moral et la bonne humeur. » Dans la Cyropédie 2, 2, 27, Cyrus affirme qu’en chassant les mauvais soldats, on guérit les autres soldats déjà contaminés par le vice et, quant aux bons soldats, « voyant les mauvais ignominieusement traités, ils s’attacheront de meilleur coeur à la vertu. » (trad. Masqueray) οἱ δὲ ἀγαθοὶ τοὺς κακοὺς ἰδόντες ἀτιμασθέντας πολὺ εὐθυμότερον της ἀρετῆς ἀνθέξονται.

On trouve cinq exemples de l’abstrait εὐθυμία, tous dans la Cyropédie16 (où se trouvent la majorité des exemples de l’adjectif et du verbe correspondants). Cyrus enfant donnait à ses parents des occasions de bonne humeur (εὐθυμίας παρεῖχεν, 1, 3, 12) ; Cyaxare était occupé à jouir de sa bonne humeur (περὶ εὐθυμίαν ἐντύγχανεν ὤν... 4, 1, 13). Les Mèdes buvaient, faisaient bonne chère, jouaient de l’aulos et s’en donnaient à coeur joie (καὶ ἔπινον καὶ εὐωχοῦντο καὶ ηὐλοῦντο καὶ πάσης εὐθυμίας ἐνεπίμπλαντο 4, 5, 7). On voit aussi la bonne humeur régner dans toute l’armée (ἦν πολὴ εὐθυμία ἐν τῷ στρατεύματι 6, 2, 6). Enfin, en entendant parler Crésus, Cyrus admira sa belle humeur (ἐθαύμασε... τὴν εὐθυμίαν  7, 2, 29). L’euthumia fait oublier les combats et les dangers, elle éloigne des soucis de la guerre.

À partir de thumos, le composé négatif occupe une place importante dans l’oeuvre de Xénophon. Chez Thucydide, on rencontre six exemples de ἀθυμία, et douze du verbe dérivé ἀθυμέω. Chez Xénophon, il y a dix-neuf occurrences du nom, seize du verbe, à quoi il faut ajouter vingt-et-un exemples de l’adverbe ἀθύμως (surtout avec ἔχω, comme substitut du verbe), un exemple de l’adjectif ἄτυμος au positif et cinq exemples du comparatif ἀθυμότερος17.

Dans les Helléniques, on trouve six exemples de athumia, huit de athumôs toujours avec le verbe ekhô. Et trois exemples du verbe athumeô. Il s’agit toujours d’un découragement collectif de soldats démoralisés (souvent il s’agit des Athéniens) à la suite d’un échec subi ou redouté ou bien par de mauvaises nouvelles. Quelques formules sont récurrentes, par exemple ἀθυμία ἐνέπεσε πᾶσιν, οἱ Ἀθηναῖοι ἀθύμως εἶχον ; le verbe ἀθυμέω est employé avec une négation, soit au discours indirect soit directement, dans des harangues aux soldats. L’adjectif au comparatif ἀθυμότερα qualifie un assaut (προσϐολή) dont Dercylidas craint qu’il ne soit mené avec moins d’entrain (trad. Hatzfeld), après un échec de ses troupes (3, 1, 18).

Dans le reste de l’oeuvre de Xénophon, les mots de cette sous-famille sont presque toujours employés en contexte militaire. L’adverbe n’est employé que deux fois sans former de locution avec le verbe ekhô (dans une même phrase, Anabase, 3, 1, 40) et une fois hors contexte militaire (Mémorables 2, 6, 19). Dans l’Anabase, on trouve dix-neuf exemples de l’ensemble de ces mots (cinq d’athumia, quatre d’athumôs, , un de l’adjectif au positif athumos , deux d’athumoteros et sept du verbe). On compte encore dix exemples d’athumia et de cette sous-famille dans les Mémorables, six dans la Cyropédie. Dans l’Économique (quatre exemples), ainsi que dans Hiéron, Agésilas, les Poroi, l’Art équestre (un seul exemple dans chacun de ces ouvrages), le vocabulaire militaire n’a guère sa place et l’on s’explique ainsi la rareté de la notation du découragement.

Face à la famille de mots autour d’athumia, et hors des autres composés de thumos (ainsi, prothumos et les dérivés sont employés 151 fois par Xénophon, 95 fois par Thucydide), on trouvera les mots exprimant la confiance, tel θάρρος : il y a 42 exemples des mots de cette famille chez Thucydide, et 91 chez Xénophon, dont 42 dans la Cyropédie et 17 dans l’Anabase, 6 seulement dans les Helléniques, autant dans les Mémorables, 5 dans Hiéron, etc. Tharros ne concerne pas spécifiquement le vocabulaire militaire. Pour marquer la vigueur avec laquelle combattent les soldats, Xénophon emploie beaucoup le participe parfait passif de ῥώννυμι, ἐρρωμένος18, devenu adjectif (avec un comparatif ἐρρωμενέτρος et un superlatif ἐρρωμενέστατος, avec les adverbes en -ως et en -τατα correspondants, à côté de ἐρρωμένως et signifiant « robuste, vigoureux ».

Cette brève étude d’une partie du vocabulaire psychologique de Xénophon, concerant le domaine militaire, fait apparaître la cohérence de ce vocabulaire, et en montre l’évolution. Xénophon est certes, dans son oeuvre historique, un peu le continuateur de Thucydide, mais il annonce une langue où les simples ont tendance à se vider de leur substance sémantique au profit des composés et on observe un nombre impressionnant de formules ou d’expressions récurrentes.

 

Cet article a initialement été publié dans les

Cahiers des études anciennes, XLV, 2008, 53-61.

Notes

1. Paris, 1968.

2. Cette liste est celle donnée par Huart, op. cit. p.509-510 (bibliographie, liste des lexiques et index).

3. En fait trois fois (I,49, 3, récit ; II, 11, 8, discours ; V, 80, 2, récit) puisqu’un exemple (III, 104, 4) est une citation de l’Hymne homérique à Apollon, 146.

4. Ἀπολῆσι τῆς γνώμης τὸ θυμούμενον (VII, 68, 1) « assouvir la part furieuse de sa pensée » ; il s’agit d’un sentiment qui, avec la colère, anime l’ensemble des Syracusains auxquels s’adresse leurs stratèges, et, avec eux, Gylippe.

5. Selon Huart, op.cit., p. 153-154.

6. Dans cette oeuvre, on trouve une fois l’anthroponyme  Θυμοχάρης (I, 1, 1), le même stratège athénien mentionné une fois par Thucydide à la fin de son Histoire (VIII, 95, 2).

7. Τὸ μέντοι σε θυμοῦσθαι καῖ φοϐεῖσθαι οὐ θαυμάζω « néanmoins ta fureur et ta craint ne m’étonnent pas. »

8. Ὅταν ὀργίζεται ἵππος ἵππῳ ἐν ἱππασίᾳ θυμῶται, εὐρύνει μᾶλλον τοὺς μυκτῆρας  « Quand un cheval se met en colère contre un cheval ou est furieux au cours de son travail, il dilate ses naseaux. » (d’après la traduction d’É. Delebecque).

9. Huart, op.cit., cite la définition de V. Magnien « chaleur qui part du coeur avec le sang » (dans « Quelques mots du vocabulaire grec exprimant des opérations ou états de l’âme », REG, 40. 1927, p. 117-141 ; cette définition est p. 117) ; cette définition ne convient guère aux exemples thucydidéens, où le sens d’ardeur est clair, comme Huart les comprend. Nous ajoutons l’idée d’un sentiment d’une collectivité.

10. Thymos signifie donc ici le principe qui explique toutes sortes de gestes ou de mouvements, comme une agitation, et reflète l’état d’esprit (ici ψυχή) de l’animal.

11. Nous adoptons la traduction de Delebecque dans la CUF. Il y a onze occurrences de l’adjectif au chapitre 9 du traité, consacré à ce type de cheval. Delebecque traduit aussi le thumos du cheval par sa nervosité.

12. Thucydide ignore encore, apparemment, la tendance de la langue à constituer des composés « mélioratifs » entrainés par la formation d’antonymes et qui se substituent aux noms simples : l’exemple de thumos est caractéristique : à côté de θυμοειδής, adjectif correspondant au nom simple (le dérivé exprimant la possession θυμοείς n’est pas homérique et ne semble exister qu’avec un –υ- bref, comme dérivé de thumos le thym ; il qualifie l’Aigaléôs, une colline, dans un fragment de Callimaque cité par la Souda, sv ma`sson M 251 Adler), on a formé le composé négatif ἄθυμος, d’où ἀθυμία à partir de quoi on crée le composé à sens clairement positif εὔθυμος, et εὐθυμίαse substitue à θυμός, simple qui est réduit en quelque sorte à une base à peu près « neutre » (sans être marquée ni positivement ni négativement). À noter que θυμώδης, « courageux » ou « irascible » (à l’origine « qui a une odeur de thumos) n’apparaît pas avant Aristote.

13. L’adjectif apparaît deux fois dans les Helléniques (4, 3, 2 ; 7, 4, 24), une fois dans l’Anabase (3, 1, 41), trois fois dans la Cyropédie (2, 2, 27 ; 3, 3, 12 ; 6, 4, 13) , une fois dans Agésilas (8, 2), une fois dans l’Art équestre (11, 12). L’adverbe εὐθύμως apparaît dans les Mémorables (4, 8, 2), et dans la Cyropédie (8, 4, 14) ; depuis Schneider, on considère qu’il n’a pas lieu d’être au livre 2, 3, 12.

14. Ce verbe apparaît pour la première fois, à l’actif, chez Eschyle (pièce incertaine, frag. 350, 4 Radt : εὐθυμῶν ἐμέ « en me donnant bon moral ») ; on trouve le sens intransitif chez Euripide (Cycl. 530). Xénophon n’emploie le verbe qu’en ce sens et au moyen (Anabase 4, 5, 30 ; Cyropédie 4, 1, 18 ; 4, 1, 19 ; 5, 5, 21). L’adjectif verbal εὐθυμητέον se rencontre dans

l’Apologie de Socrate 27, 9.

15. Mieux : « ils auront un moral plus élevé » ou « ils auront (plus de coeur, plus d’allant), plus d’ardeur. »

16. 1, 3, 12 ; 4, 1, 13 ; 4, 5, 7 ; 6, 2, 6 ; 7, 2, 29. Le mot apparaît d’abord en poésie, chez Pindare.

17. Le positif ἄθυμος est attesté une fois dans l’Odyssée, 10, 463 : « vous voilà sans vigueur et démoralisés », dit Circé aux compagnons d’Ulysse (νῦν δἄσκελέες καὶ ἄθυμοι). Xénophon n’emploie qu’une fois le positif (Anabase, 3, 1, 36).

18. Thucydide n’emploie que le verbe, au moyen (six exemples).

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