Racine et la politique: 
la perplexité de la critique

«Il faudrait comprendre pourquoi Racine a attaché à la politique un intérêt si grand que l’on ne puisse trouver, semble-t-il, aucune de ses tragédies qui n’ait un contenu politique important» écrivait Jacques Scherer, en 19711. A ces questions, sans doute insolubles: l’intérêt de Racine pour la politique et l’omniprésence de celle-ci dans son œuvre, je ne tenterai pas d’apporter des réponses, mais quelques éléments d’appréciation tirés d’une critique racinienne fort divisée.

Pour donner la mesure de l’énigme, j’évoquerai, en préalable, quelques exemples de jugements opposés, présentant le théâtre de Racine comme un théâtre essentiellement politique ou, à l’inverse, comme un théâtre fondamentalement non politique.

«Il suffit d’une lecture superficielle de l’œuvre de Racine pour se rendre compte de son intérêt pour les questions politiques et de sa capacité à les saisir» écrivait jadis Philip Butler2, ce que confirme, plus récemment, François-Xavier Cuche:

A-t-on assez remarqué que, seul peut-être de tous les auteurs tragiques de son temps, Racine, qu’on dit préoccupé d’abord par la peinture des passions de l’âme, n’a pas écrit une seule tragédie où ne fût mis en scène, parmi les figures principales et presque toujours comme la figure principale de sa pièce, un roi ou une reine3?

La primauté de la politique dans le théâtre racinien est, par contre, récusée par d’autres critiques. Paul Bénichoula réduit à n’être qu’un prétexte ou un ornement, «un jeu d’ambitions qui ne s’élèvent guère au-dessus du niveau des passions privées», tout en proposant une explication politique de cet état de fait: le poids de censure de l’absolutisme régnant. Georges Forestier la subordonne au jeu des passions et à la logique dramaturgique des sujets: «Racine confronte la passion jalouse […] au grand intérêt d’Etat de Corneille»5, le drame de tous les personnages venant essentiellement du conflit entre leur désir et le pouvoir qui s’oppose à celui-ci. Quant à Jean Rohou, il juge que «le pouvoir n’est que le moyen» auquel la valeur finit par recourir dans son affrontement avec la concupiscence6.

Je ne prolongerai pas cette introduction en multipliant à l’infini les références affirmant ou contestant l’importance de la politique chez Racine, mais je privilégierai, dans l’immense corpus critique consacré à son œuvre, les études qui engagent une vision première de la politique, qui l’analysent pour elle-même, en écartant les réflexions au second degré7.

Non sans avoir fait d’abord un étonnant constat: seuls deux ouvrages affichent directement cet objectif. L’un, ancien et méthodologiquement désuet, Jean Racine politique, de Jean Dubech (1926), n’est qu’un inventaire de conceptions politiques tirées des pièces, présentées comme reflétant les idées propres du dramaturge, et glosées comme des anticipations de l’idéologie nationaliste: il convient donc d’abandonner cet essai à son historicité datée. Par contre, c’est par une très fine étude de la médiation politique à l’œuvre dans les pièces que La tragédie du Prince de Catherine Spencer (1987)8 invite à faire de la politique la source du tragique et la superstructure des conflits passionnels, dans la mesure où le pouvoir est la cause première du malheur de ses possesseurs comme de celui de ses victimes.

Une telle perspective amène à repenser les questions initiales de Jacques Scherer dans le cadre de l’essentialité politique de la tragédie française affirmée par Jacques Truchet: «La tragédie est-elle politique par nature?»; «Peut-on entrevoir une politique de la tragédie?»9.

Pour cela, il me semble qu’il convient de dépasser la dialectique du pour ou contre politiques, en optant pour une discrimination permettant de sérier épistémologiquement les champs à l’intérieur desquels se constituent ces divergences de lectures critiques. C’est-à-dire en dissociant la question de la place de la politique dans la vie et la pensée de Racine de celle de la place de la politique dans son œuvre: donc en traitant d’abord de la politique conjoncturelle, puis de la politique textuelle ou contextuelle.

 

I. Une politique conjoncturelle

 

A. Le donné historique: la vie de Racine

 

Pour aborder la question de la place de la politique dans la vie de Racine, je partirai des biographies de Raymond Picard, Alain Viala et Jean Rohou. L’histoire et la sociologie littéraires sont brillamment et largement sollicitées dans ces ouvrages et permettent de rendre compte du rapport de Racine aux institutions et aux pouvoirs, mais, symptomatiquement, aucun élément du vécu racinien n’y est commenté comme susceptible de nous éclairer sur la pensée politique de celui-ci.

Dans la monumentale Carrière de Jean Racine10 toutes les évocations du domaine politique sont liées aux motivations conjoncturelles de la carrière encomiastique du dramaturge, depuis l’Ode sur la convalescence du Roi, glorifiant le passé, le présent et l’avenir du roi en «cent dix octosyllabes de mauvais Malherbe» (p.68), jusqu’à cette fonction d’Historiographe que Boileau désignera comme «le glorieux emploi qui m’a tiré du métier de la poésie» (p.289).

Raymond Picard nomme significativement l’accès à cette charge entrée dans «le monde historique» (p.291) et non entrée dans le monde politique, tout en soulignant son importance pour celui qui l’exerce, mais aussi pour le pouvoir qui la suscite: «L’histoire du Roi a été une des grandes pensées du règne» (p.314). La mise en lumière du rôle propagandiste de cette fonction11 ouvre ainsi, de facto, sur une vision politique du passé, du présent et du devenir, qui aurait mérité commentaire.

Il est vrai qu’elle n’appartient pas en propre à Racine, mais elle semble anticipée dans d’autres textes comme les commentaires écrits en marge des œuvres d’Homère et elle trouve son apothéose avec l’entrée dans la légende des personnages de Bérénice («Adieu. Servons tous trois d’exemple à l’univers», v. 1502). Racine a en effet annoté le livre VI de l’Iliade, où Hélène évoque son amour funeste pour Pâris («Zeus nous a fait un dur destin, afin que nous soyons plus tard chantés des hommes à venir»), en écrivant «on parlera de nous éternellement», et le livre VIII de l’Odyssée, où Alkinoos médite sur la chute de Troie, en soulignant que les Dieux ont ainsi voulu que ce désastre épique «serve de chansons aux siècles futurs».

On peut alors se demander si, par delà l’adéquation circonstancielle à la promotion courtisane, il n’y a pas, plus fondamentalement, chez Racine trace des conceptions antiques, voire ronsardiennes, de la fonction du poète, et de la gloire future qu’assure la pérennisation de la grandeur par le chant. N’y a-t-il pas, à défaut de pensée du politique, à glaner chez lui, une réflexion sur l’écriture du politique, sur ce que l’on appellerait maintenant l’élaboration de la «mythistoire», avec les contraintes quasiment incompatibles de véracité et d’ennoblissement que comporte celle-ci12?

Raymond Picard a d’ailleurs abordé cet aspect du problème en montrant que Racine se considérait depuis longtemps comme «le coryphée de ce culte royal» (p. 365), et en analysant la manière dont, dans son discours de réception à l’Académie, il a fait du langage une machine à fabriquer de la gloire: «Tous les mots de la langue, toutes les syllabes nous paraissent précieuses, parce que nous les regardons comme autant d’instruments qui doivent servir la gloire de notre auguste protecteur».

Une autre question se pose alors: ne peut-on pas inférer de ceci, par delà les manifestations hyperboliques de zèle, la possibilité d’une adhésion sincère de Racine à ce qu’il affirme quand il dit qu’il est «juste que les écrivains les plus illustres le [Louis XIV] prennent pour objet de leurs veilles»? Que Racine fasse sa cour avec sa plume n’implique pas que celle-ci trahisse sa pensée (p.372), et il me semble que ses louanges devraient être mises en perspective avec les passages sur la grandeur de la royauté ou sur la survie posthume de la Gloire, repérables dans son théâtre13.

Est-ce naïveté de ma part? Sans doute, puisque les autres biographes font montre d’une grande suspicion quant à la sincérité des motivations de Racine, la réticence d’Alain Viala se fondant sur des causalités sociologiques, celle de Jean Rohou sur des raisons psychologiques. Aussi examinerai-je l’apport propre de leurs livres à cette question.

Dans son Jean Racine14, Jean Rohou affirme que seul l’arrivisme dicte les éloges royaux de l’écrivain, que rien, ni discours, ni actes, ne semble être motivé par une adhésion politique enthousiaste à la personne royale, que tout s’explique par le besoin de flatter (p.178, pp. 363-4). Ce qui devrait nous dissuader de chercher à saisir des convictions politiques chez lui, même lorsqu’il se prononce pour la Révocation ou contre une monarchie théocratique, en écrivant Athalie (p.364 et 406). Ce manque d’intérêt de Racine pour la politique s’expliquerait par un subjectivisme entraînant la réduction des aspects politiques des tragédies au bénéfice de l’étude des passions, donc par une hiérarchisation entre anthropologie et politique liée à sa personnalité:

On ne peut s’approprier rationnellement ce dont on dépend passionnellement. C’est pourquoi il ne peut traiter comme tels ni les problèmes philosophiques, ni même les problèmes politiques: les implications subjectives, psychologiques, le submergent à tout coup (p.129).

A cette causalité liée à la psyché du créateur, s’ajouterait encore un autre facteur restrictif, entravant l’accès de Racine à une vision politique élevée des choses: son pragmatisme. Racine ne saurait être un idéologue car «Il est allergique à la pensée abstraite», comme le dit le titre du chapitre IX (p.98). Cette incapacité à penser politiquement est même relevée dans l’Abrégé de Port-Royal: «[Racine] tend systématiquement à expliquer des conflits politiques et théologiques majeurs […] par des avidités et des susceptibilités qui, sans être absentes, ne pouvaient être l’essentiel et qui me semblent une projection de ses propres motivations» (p.104).

Pourtant, abordant le contenu politique des pièces, Jean Rohou découvre un paradoxe intéressant, mais qui serait à vérifier autrement que par un jugement de valeur global:

cet admirateur de Louis XIV, en des œuvres partiellement écrites pour le célébrer et pour se faire reconnaître par lui, donne toujours une image négative du souverain, sauf dans Alexandre (dont la fadeur prouve l’inauthenticité) ou dans Assuérus […] toutes les tragédies soulignent l’impuissance du pouvoir à obtenir ce à quoi il aspire en vain dans sa frustration tragique: sa reconnaissance par la valeur. (p.142)

Mais cette piste n’est pas exploitée, et le biographe en revient à des gloses expliquant tout par la projection du «moi» de Racine. Soit sous forme d’auto-condamnation, par la création et la punition de personnages arrivistes et flatteurs: Créon, Narcisse, Aman ou Mathan. Soit sous forme d’auto-célébration, en louant sa propre capacité à mettre en scène des grandes figures machiavéliques, incarnant la maîtrise de l’art politique, et à leur faire abandonner toute prudence par outrance passionnelle, tels Agrippine, Mithridate, Athalie (p.143).

Si cette interprétation est à dominante psycho-critique, celle que l’on rencontre dans la biographie d’Alain Viala, Racine: la stratégie du caméléon15, est à dominante sociologique, ce qui rend indirectement plus présente la place de la politique. Il s’agit en effet d’une «biographie sociale» reposant sur une pétition de principe clairement affirmée: «Je crois que Proust s’est trompé, au moins trompé de mots: il n’y a pas un “moi social” et un “moi littéraire” séparés, le moi littéraire est tout social, socialisé» (p. 101). Ce qui conduit à un bilan dans lequel «structures dramatiques, vision proposée […] et position à l’égard des destinataires sont donc liées». Par exemple, si les destinataires sont des gens de métier, on aura des tragédies sombres: La Thébaïde, Britannicus; si ce sont des galants on aura Andromaque, Bérénice, Bajazet; si c’est le roi on aura Alexandre, Mithridate, Iphigénie: des «tragédies sans (vraie) tragédie» (p.161). Ce qui induit que «le pouvoir conquérant rebute la totale tragédie» et donc que la politique théâtrale adressée à Louis XIV se doit d’être euphorisante.

Alain Viala analyse en ce sens les textes encomiastiques de Racine, en montrant que, dans l’Ode sur la convalescence du Roi, le poète ne se contente pas de présenter Louis XIV vainqueur de sa maladie comme de tous ses ennemis, mais offre par anticipation l’image d’un roi «à la fois justicier, conquérant et protecteur des artistes» (p. 83), thèmes repris dans La Renommée aux Muses. Mais comme ces lieux communs ne reflètent pas une vision originale, il conviendrait de prendre en compte des éléments ponctuels: les circonstances de création des œuvres et leurs rapports à la conjoncture politique. Par exemple pour Bajazet, les relations entre la France et la Sublime Porte; pour Mithridate, la préparation de la guerre contre la Hollande et l’Espagne; pour Iphigénie, la conquête de la Franche-Comté espagnole (p.149, 153, 154).

Ce faisant, Alain Viala ne veut pas nous entraîner dans une recherche des allusions historiques, et, pour nous mettre en garde, il glose Boileau: «De ses héros sur lui [Louis XIV] il forme tous les tableaux», montrant que: «former les tableaux ne signifie pas que les personnages raciniens sont des héros “à clef”, transpositions du roi; [mais] indique que la référence royale est le pivot d’une esthétique» (p.168). Ce qui constituerait sans doute la meilleure formulation du problème, si on y adjoignait «et d’une symbolique».

Par contre, le biographe, qui s’en est ailleurs préoccupé16, développe peu ici l’étude du contenu politique des pièces, se contentant de remarques éparses concernant des «variations sur la Loi» (p.173) ou signalant une vision inquiétante du pouvoir absolu (Britannicus, Phèdre, Athalie; cf. p.185, 187, 232), et il constate que la portée politique des sujets se transforme souvent en portée «d’éthique plus générale», comme le montre la Préface de Britannicus (p.133). Au sortir de la lecture de cette stimulante et provocante Stratégie du caméléon, on finit donc par penser que ce qui compte, pour l’écrivain comme pour son biographe, ce n’est pas la politique en elle-même, mais la politique du littéraire.

Ainsi la lecture de ses trois plus récentes biographies ne permet pas de percer le mystère de l’insaisissable pensée politique de Racine, et donc de répondre au premier volet de l’interrogation de Jacques Scherer.

 

B. Le construit allégorique: la lecture «politicienne»

 

Si l’on s’accorde ainsi pour penser que les éléments connus de la vie de Racine ne peuvent donner aucune indication sur sa pensée politique, on cherche par contre, parfois, dans son œuvre un «reflet» de la réalité politique contemporaine, ce qui induit des lectures «allégoriques» de ses pièces proches de celles que Georges Couton ou Marc Fumaroli proposent de la tragédie cornélienne.

Et pourtant, si l’on s’engage dans cette voie, une différence apparaît dès que l’on compare l’attitude des contemporains des deux dramaturges à l’égard des interprétations référentielles politiques de leurs tragédies. En effet, si l’on peut trouver des traces d’une réception politique de certaines pièces de Corneille dans le Recueil de Textes établi par Georges Mongrédien17, le Nouveau Corpus Racinianum de Raymond Picard s’avère bien peu généreux en matière de clés événementielles ou personnelles.

Cette lacune s’accompagne même d’un refus d’interprétation «politicienne» qui pourrait être symbolisé par le jugement de Saint-Evremond sur Alexandre: «Tout ce que l’intérêt a de plus grand et de plus précieux parmi les hommes, la défense d’un pays, la conservation d’un Royaume, n’excite point Porus au combat; il y est animé seulement par les beaux yeux d’Axiane»18, si l’on ne connaissait les présupposés et les intentions polémiques de celui-ci.

Alexandre a cependant suscité des commentaires comme celui de Mayolas sur la dimension spéculaire d’une pièce laquelle «Fut donnée à ce grand Bourbon / Qui représente bien l’image / De ce triomphant personnage»19, ou comme celui de Robinet évoquant les événements d’Angleterre au sujet d’Andromaque: «Oreste, pire qu’un Fairfax / Vient demander Astyanax»20, mais, en dehors de ceux-ci, rares sont les analogies faites avec l’actualité. D’ailleurs, lorsque le même Robinet évoque les vers de Britannicus, en 1669, et les juge «d’un style magnifique / Et tous remplis de politique», il ne fait évidemment aucune référence à une transposition possible des éléments tacitéens et romains à la cour de France.

En fait l’évocation de la politique par les critiques du XVIIe siècle a plus souvent porté sur la dégradation de l’image royale par le spectacle tragique que sur sa célébration, si l’on en juge par les textes polémiques qui nous ont été conservés. Dans La Folle Querelle, Subligny reproche les entorses faites au protocole royal par Pyrrhus qui va lui-même chercher Oreste, ambassadeur, au lieu de le faire venir tandis que, dans La Critique de Bérénice, l’Abbé de Villars condamne Titus parce qu’il reçoit Bérénice avec un compliment campagnard21.

Tout invite donc à la prudence en matière de recherche de clés politiques précises, y compris les fabulations du livre ancien de René Jasinski, Vers le vrai Racine22, lequel comportait, malgré la modalisation de son titre, toute une série d’applications (au sens de La Bruyère) autant péremptoires que hasardeuses.

Doit-on alors renoncer à lire dans ces tragédies des témoignages directs ou indirects concernant la politique contemporaine? Les travaux de Louis Marin ou de Catherine Spencer23, mettant en relation Alexandre, les écrits encomiastiques de Racine et l’histoire contemporaine, montrent qu’une telle lecture reste possible, à condition que l’on se situe non sur un plan anecdotique, mais sur le plan des stratégies idéologiques ou textuelles, comme le fait également Jean-Marie Apostolidès, au sujet d’autres pièces24.

Dans la même optique, Marie-Florine Bruneau, dans Racine, le jansénisme et la modernité, affirme qu’Alexandre est «un portrait du Roi dans lequel Louis XIV s’est contemplé»25, mais les limites de ce type de gloses figuratives réapparaissent quand on découvre le même terme pictural employé au sujet d’Athalie avec une pertinence nettement plus discutable: «En somme, le portrait que Racine nous fait d’Athalie est celui d’un monarque idéal qui aurait bien pu servir de modèle à Louis XIV»26.

Les interprétations allégoriques doivent être régies par la prudence dont fait preuve Jean Dubu en évoquant de manière hypothétique le couple Néron-Agrippine comme un anti-modèle mettant en valeur la piété filiale de Louis XIV en faveur d’Anne d’Autriche27. Elles doivent être légitimées par un consensus critique, comme celles déjà mentionnées concernant Alexandre, ou comme celles que proposent Maurice Descotes, Jean Dubu et Christian Delmas pour signaler l’aspect actuel de la construction historico-culturelle du cadre oriental de Bajazet28.

Ce qui oriente alors vers la lecture politique plus contextuelle qu’allégorique de Volker Schröder. Celui-ci n’hésite pourtant pas à transgresser les recommandations de Jean-Marie Apostolidès appelant à seulement «relever les similarités de structure entre les œuvres et les problèmes que se sont posés les contemporains»29, lorsqu’il limite son interprétation à une seule pièce (Britannicus) ou lorsqu’il revendique le droit de chercher «dans Mithridate des références textuelles précises à la guerre de Hollande»30, ce qui pourrait le faire taxer d’«allusionnisme», comme il le dit lui-même avec humour. Or, il travaille aux antipodes d’un pointillisme anecdotique, dans la mesure où, pour Mithridate, son enquête couvre l’ensemble des champs historique et littéraire, par la consultation exhaustive des discours pamphlétaires et propagandistes concernant la guerre de Hollande. De la même manière, pour Britannicus, sa large étude transséculaire de l’écriture de la mythistoire romaine éclaire le rôle de vestale de Junie. Ce travail de lecture à la fois philologique et référentielle des textes ente donc ceux-ci dans un univers historique concret, ce qui constitue, à mes yeux, la seule condition de possibilité d’une lecture politique complète (externe et interne à la fois) des tragédies raciniennes.

Il semble donc – et c’est une évidence que l’on hésite à rappeler – que ni les lectures biographiques, ni les lectures purement allégoriques des pièces ne peuvent donner un aperçu de la réaction de Racine au donné politique de son temps, encore moins de sa pensée politique, mais que seules des études combinant les sources d’informations contemporaines – par delà l’univers racinien (événements, idées, écrits) – avec l’analyse des éléments propres à l’auteur (vie, intertexte) et avec la prise en compte des spécificités textuelles d’une pièce (par rapport à ses sources comme en regard des autres pièces) peuvent permettre de proposer des hypothèses probables en la matière.

Maigre bilan! Qui ouvre sur un autre doute: si la politique de Racine est ainsi condamnée à rester énigmatique, peut-on mieux comprendre la politique dans Racine? Telle est la seconde question que l’interrogation initiale de Jacques Scherer invite à poser à la critique contemporaine.

 

II. Une politique textuelle

 

Pour tenter d’y répondre, je ne proposerai pas un état de la critique racinienne, tâche démesurée, mais quelques remarques ponctuelles.

La première est née d’un étonnant constat: aucune enquête n’a été, à ma connaissance, menée sur le lexique politique de Racine. Sans doute une telle entreprise s’avérerait-elle décevante, mais elle fournirait quand même certaines indications comme le suggèrent les quelques constatations sommaires que j’ai pu faire à partir d’une rapide consultation de la concordance de Freeman et Batson, et que je livre à l’emporte-pièce.

La première ne manque pas de sel: la seule occurrence du mot «politique» se rencontre dans Les Plaideurs (v. 747), encore s’agit-il du titre de l’œuvre d’Aristote, repris par Dandin en écho au «Politicon» cuistre de l’Intimé (v. 745). Comme y figure aussi la seule apparition du mot «monarchique», dans la bouche de Petit-Jean qui passe en revue les différents régimes en écorchant leurs noms: «Quand je vois les Lorrains de l’état dépotique, / Passer au démocrite, et puis au monarchique» (vv. 684-5), on peut déduire de cette pauvreté l’absence de technicité institutionnelle du langage politique employé par Racine dans ses tragédies. Le mot «République» n’y figure même pas, malgré la place de l’histoire romaine, pas plus que «gouvernement».

En effet, si l’on fait abstraction des sultans et vizirs de Bajazet, et du Sénat romain, le vocabulaire politique racinien s’avère des plus communs: «Monarque» et «Souverain» (8 et 11 occurrences) ne rivalisent pas avec «Roi» (248 au singulier, 149 au pluriel, et à peu près 150 pour «Reine» et «Reines»), pour ne pas parler de «Prince», trop ambivalent. En fait, plus que le lexique politico-juridique, ce sont des métonymies conventionnelles qui désignent l’autorité royale («autorité» n’a jamais un sens politique): «couronne» comptant 22 occurrences, «diadème» 34, «sceptre» 22, et «trône» 104.

On ne s’étonnera pas de trouver le champ lexical du mal politique plus développé: «tyrannie» figure 6 fois (c’est le «régime» le plus représenté comme tel), «tyran» 23, «rebelle» et «rébellion» 30 fois, «révolte», 10: rien d’étonnant dans un contexte tragique.

On considérera comme encore plus significative, et méritant une analyse plus complète, la présence d’un vocabulaire lié au système aulique de pouvoir («Cour» figurant 69 fois) y compris dans sa perversion: «flatteurs» bénéficiant de 14 occurrences.

Pour en tirer des enseignements autres que la prédominance du concret sur l’abstrait (ce qui irait déjà à l’encontre de certaines idées toutes faites), il faudrait évidemment analyser les occurrences en contexte, et l’on découvrirait sans doute que Racine, l’archétype du poète courtisan, décrit le système curial de façon fort négative.

Mais je préfère quitter les mots pour les textes, en considérant d’abord les essais de synthèse sur la politique racinienne, puis les études qui m’ont semblé proposer les vues les plus pénétrantes sur chaque œuvre.

 

A. Le théâtre

1. Synthèses

Si je laisse de côté mon travail partiel, «La représentation du politique d’Alexandre à Mithridate»31 dont je tirerai quand même quelques remarques sur les pièces concernées, le plus judicieux des essais de synthèse sur la politique racinienne me paraît être celui de François-Xavier Cuche: «Racine et l’Etat moderne – Genèse de la tragédie». Je ne puis en effet qu’abonder dans son sens lorsqu’il écrit:

L’on peut se demander si la fameuse fatalité racinienne n’est pas, en définitive, d’une part psychologique, mais, d’autre part, aussi politique, une fatalité politique qui ne doit pas grand chose à la sombre divinité du Fatum. Elle naît du viol de l’ordre légitime, du viol du droit, et elle affirme en contre-partie que seuls le maintien de la définition exacte de la souveraineté, dans toute son étendue mais dans cette étendue légale seulement, et le respect de la succession légitime mettent à l’abri du désordre tragique auquel conduisent, selon une psychologie augustinienne de la concupiscence, les destructrices passions humaines, à commencer par la première d’entre elles, la passion du pouvoir, la passion de posséder autrui32.

En quelques lignes me semble ainsi exprimée, hors de tout systématisme idéologique, la vision la plus juste de la place du politique dans la tragédie racinienne.

Cette vision globale est d’ailleurs confirmée par des enquêtes transversales, questionnant les œuvres sur des points précis, et montrant également la source du mal politique dans le mauvais exercice de l’autorité royale: soit par division fratricide (Maurice Descotes, «Menaces sur l’Etat»), soit par usurpation tyrannique d’établissement ou d’exercice (Jacques Truchet, «La tyrannie de Garnier à Racine»), soit par perversion machiavélique (Alain Viala, «Péril, conseil et secret d’Etat»)33.

Moins nombreuses sont les études portant sur une image positive du pouvoir (Marie-Odile Sweetser, «Création d’une image royale dans le théâtre de Racine») ou sur des questions encore plus générales (Maurice Descotes, «Racine, guerre et paix»)34.

On constate par ailleurs un certain renouvellement du propos, soit par la prise en compte du rôle du peuple et de l’opinion dans cette représentation du politique (Mary Beth Nelson, «Racine’s Invisible Crowds», et surtout Gilles Declercq, «Une voix doxale»35), soit par la prise en compte de la tension existant entre une thématisation politique de convention, tout à fait légitime en période d’absolutisme, et sa mise-à-distance ironique, comme le montre une très récente synthèse d’Alain Niderst («Les rois et les tyrans de Racine»)36.

Il ressort de cette rapide revue des articles (à l’exclusion des ouvrages critiques généraux sur Racine, dont aucun ne comporte un chapitre spécifiquement politique) que celui-ci propose une vision de la légitimité et de l’autorité souveraine proche de celle mise en place par l’idéologie royale-nationale post-frondeuse et que l’on résume par la formule d’absolutisme louis-quatorzien, avec toute la prudence contextuelle nécessaire dans l’emploi de cette forme de désignation d’une monarchie de gouvernement personnel.

 

2. Etudes portant sur chaque tragédie

Si l’on en vient à la littérature critique consacrée à chacune des tragédies, on constate, par simple consultation bibliographique, que la part des études portant nominalement sur la politique est peu importante (sauf pour Britannicus). Il convient bien sûr de pondérer cette impression dans la mesure où certaines pages d’études générales du théâtre racinien ou certaines préfaces d’éditions critiques font référence à la politique, mais une simple comparaison avec la bibliographie cornélienne corroborerait ce constat de relative pauvreté.

Je ne puis malgré tout, dans le cadre de cet article, évoquer toute cette littérature seconde: aussi me contenterai-je de signaler des tendances interprétatives et quelques analyses qui m’ont semblé importantes, en priant d’excuser d’avance les lacunes de mes lectures et de cette présentation non systématique.

La Thébaïde

Souvent négligée par la critique, La Thébaïde est pourtant l’une des pièces de Racine les plus intéressantes sur le plan politique, puisqu’elle met en scène l’opposition entre deux modes d’obtention légitime de la couronne: l’accès au trône par droit de succession ou le don de la couronne par «élection» populaire, mais aussi parce qu’elle met en scène l’affrontement de deux types de tyrannies: celle qui s’impose au public par rejet de la volonté générale et celle qui transgresse les bornes légales de l’exercice du pouvoir. En amont et en aval de la monarchie, la pièce dit ainsi – par delà la querelle des Frères Ennemis et la fatalité œdipéenne – quelque chose de fondamental sur la politique. Pour en juger, il faut consulter les études de Christian Biet: son Œdipe en monarchie et son article: «La haine – Racine et la Thébaïde».

Alexandre le Grand

Alexandre a été souvent commenté, on l’a vu38, comme texte encomiastique cherchant à réunir, par une sorte de greffe héroïque, les figures d’Alexandre le conquérant et d’Auguste le Clément, dans un resplendissant portrait en miroir où Louis XIV devait en outre reconnaître les signes de sa triomphante galanterie. Mais l’on a, sauf Timothy Reiss39, moins souligné les zones d’ombre et les violences de la pièce: la peinture des ruines liées aux conquêtes, le désarroi des armées, la servitude des rois et la fausseté des ambassadeurs, l’absence du héros lors des combats remportés par trahison: peut-être y aurait-il là matière à une réflexion sur les difficultés d’articulation du discours politique, de l’intrigue dramatique et du propos encomiastique.

Andromaque

Andromaque est une pièce où la politique semble bien dérisoire par rapport aux grandes forces qui constituent ses dynamiques dramaturgiques: le poids du passé et la puissance des passions. Les questions des alliances, des traités et donc de la politique internationale sont en jeu, mais dans un contexte où l’omniprésence d’Hector mort et l’image de Troie détruite, le sentiment de la culpabilité et la folie possessive, remplacent les droits et les devoirs, mais aussi les calculs habituels de la politique. Celle-ci n’est plus qu’un champ clos où s’affrontent présentement des passions sous l’égide d’une Histoire légendaire qui ordonne et justifie et éternise le seul acte public véritable: le sacrifice de soi à la mémoire de la cité qu’incarne Andromaque. Aussi la critique n’a-t-elle pas souvent, en dehors de Catherine Spencer, procuré d’étude spécifiquement politique de la pièce. Mais des réflexions suggestives ont été proposées par Patrick Dandrey, qui fait d’Andromaque une tragédie de la régence, peut-être inspirée par Anne d’Autriche, et par Georges Forestier, qui analyse avec beaucoup de précision les questions de succession et le rôle politique de Pyrrhus40. On est donc en droit d’espérer des relectures plus politiques de cette splendide tragédie.

Britannicus

Ici l’univers référentiel n’étant plus celui d’Homère mais celui de Tacite, la présence de la politique est nettement plus manifeste et la critique a fait écho à cet aspect de la pièce. Pour en juger, il suffit de consulter les articles que j’ai réunis dans la collection Parcours critique en 199541. J’aimerais pourtant y adjoindre la Préface de Georges Forestier, très utile sur le plan des implications de la génétique textuelle dans la construction de l’intrigue politique de Britannicus; certaines des analyses de René Pommier, précises sur le plan institutionnel; ou celles, plus idéologiques, proposées par Marie-Claire Kerbrat dans «Le pouvoir, illusion tragique»42. Il faudrait également évoquer les numéros de revue liés au programme d’agrégation qui, dans Littératures classiques et dans Op. cit., donnent à lire respectivement des études sur le secret (Alain Viala)43, la cruauté (Françoise Jaoüen) ou Rome (Noémi Hepp)44, auxquelles il faut ajouter le remarquable travail intertextuel de Volker Schröder: «Junie, Auguste et le feu de Vesta»45.

Ces études montrent pourtant une restriction du champ du politique dans la pièce, sa réduction à des transactions de cour soumises aux passions (sauf en ce qui concerne le finale de la pièce, le refuge de Junie dans le Temple auréolé du feu augustéen et l’errance de Néron entouré du sang et des flammes futures de Rome). Au contraire, l’exercice de la manipulation politicienne est élargi à l’envoûtement de l’opinion et sa théâtralisation fascine, jusqu’au moment où Néron, metteur en scène, oubliant la nécessité du paradoxe du comédien, devient le bouffon tragique de sa propre vie. Ainsi, le jeu des usurpations et des passions amène un effacement du public au bénéfice du particulier, la disparition du souverain au bénéfice de l’homme privé: donc la dégradation du politique, sans que l’on puisse pourtant tirer de ce constat pessimiste des enseignements concernant la vision politique de Racine: ses sources et son anthropologie morale pouvant lui fournir des raisons suffisantes d’avoir rebrossé en noir le sombre tableau romain.

Bérénice

L’espace politique qui se refermait sur la scène intérieure hallucinée de Néron, et qui semble apparemment circonscrit dans le «cabinet superbe et solitaire» de Titus, s’ouvre en fait, dans le finale de Bérénice, sur la projection hors scène du devenir des personnages sur un théâtre de la renommée où Rome et l’Empereur se réconcilient sur l’autel de la gloire où l’amour a été sacrifié. Ici, on assiste donc au dépassement du solipsisme politique: loin de réduire le pouvoir à un instrument de satisfaction des pulsions, les héros le subliment et en font un moyen d’épiphanie glorieuse et douloureuse du moi.

Mais cette hypostase, œuvre de Bérénice, ne saurait faire oublier que dans la pièce s’est noué un double dialogue du Souverain avec l’Empire et avec la Cité, par la voix tue mais obsédante de Vespasien, par la voix de la foule et par la voix de la loi relayées par Paulin, par la voix de la grandeur qu’emblématise le nom seul de Rome. Ici, grâce à la fidélité de Titus à un modèle quasi-syncrétique de transmission du pouvoir (par héritage impérial, par investiture sacrée et par reconnaissance populaire), grâce à la médiation généreuse de Bérénice, s’accomplit de manière exemplaire et unique, le sacrifice de la personne privée à la personne publique. Racine a ainsi exploré, dans Bérénice, la mystique du double corps du Roi.

Les travaux conjoncturels (numéros de Littératures classiques et d’Op. cit.) ont parfois souligné cet aspect de la politique de la pièce sur lequel les analyses de Christian Delmas avaient déjà attiré l’attention46. Mais il reste impossible de déterminer quel degré de conscience Racine avait des implications politiques exemplaires de sa réécriture de la formule de Suétone. Cette tragédie où il a fait dialoguer les deux entités, personnelles et étatiques, du Souverain, restera à jamais muette à cet égard, alors que le silence du sérail où toute voix politique légitime s’abolira, transmet, de manière bien plus audible, le message que la politique idéale restera à jamais imaginaire (confinée dans les rêves de grandeur de Bajazet ou les songes de prudence d’Acomat), puisque seule la fantasmatique passionnelle de la jalousie y est transformée en effets réels par les ordres de Roxane. Saurons-nous jamais si ce message désabusé renvoie à une forme de pessimisme politique plus propre à Racine que l’idéalisme sous-jacent à Bérénice?

Bajazet

De fait, Bajazet a donné lieu à d’intéressantes analyses politiques, dans la mouvance des remarques de Judd D. Hubert sur le triomphe de «l’ordre accoutumé»47, mais aussi à des analyses contextuelles concernant les rapports qu’entretient la pièce avec l’image traditionnelle du pouvoir despotique ottoman et avec l’histoire internationale contemporaine (voir p.ex. les études déjà évoquées de Maurice Descotes, Christian Delmas, et Jean Dubu). Sinon, la critique récente n’a pas apporté de véritable renouveau de lecture politique d’une pièce dominée par le tragique des passions, où les forces de la fatalité et du désir trament un piège destructeur (mort ou exil) qui exténue une politique totalement contingente, donc mortelle, sans écho, cette fois, dans la légende étatique.

Mithridate

Avec Mithridate, on retrouve une pièce historique, sur fond de guerre, et à fin relativement heureuse, extérieurement proche d’Alexandre, mais intérieurement en écho de Bérénice, dans la mesure où la puissante évocation tragique du roi mourant (parallèle à l’élégie de la séparation des amants) se trouve «compensée» par la grandeur héroïque de son fils qui le fait revivre selon la loi monarchique («le mort saisit le vif»), après avoir, avec Monime, accepté le sacrifice du bonheur au devoir étatique: le sommet de la pièce étant le revirement de Monime, au nom d’une obéissance qui la conduit à se soumettre à la loi paternelle tout en conservant l’autonomie de son cœur. Mais la partition de ce qui constituait la personne souveraine de Titus entre le père et le fils, l’absence de voix publique, et la réduction de l’espace du politique à la tentation d’abus de pouvoir du vieux roi, empêchent de prolonger la comparaison.

En fait Mithridate a surtout intéressé la critique récente pour des questions génériques48, dramaturgiques49 et pour des questions de contextualisation comme le montre l’étude de Volker Schröder déjà évoquée. Il me semble qu’il resterait pourtant à relier tous ces éléments dans une logique de l’ambivalence, susceptible d’emblématiser le divorce entre l’idéal et le réel politique, que symbolise l’opposition Bérénice/Bajazet et que révèlent certains aspects contraires de Mithridate.

Rupture qui restera à jamais creusée, sans synthèse pragmatique possible, dans l’univers de la politique contingente racinienne, avant la mise en relation de la cité terrestre avec la transcendance dans les tragédies mythologiques et sacrées ultérieures.

Iphigénie

Si la critique a souvent analysé le rôle de la coalition grecque (matérialisé par la présence en arrière-plan de l’armée) par rapport à laquelle Agamemnon est obligé de se déterminer et l’ambiguïté originaire d’un pouvoir qu’il doit aux autres chefs et surtout à Achille, un article de Françoise Jaoüen50 a apporté un renouveau de lecture de la pièce. Son étude de l’impact et de la valeur de la parole d’Agamemnon révèle en effet que la perte de pouvoir de celui-ci est inscrite dans le langage, qu’il est dépossédé de sa puissance comme de son discours, tandis qu’à l’inverse, chez Achille, langage, parole et actes ne font qu’un.

Il en ressort une interrogation autrement plus intéressante que celle naguère proposée par René Jasinski: Racine aurait-il songé à suggérer au Roi de se convertir et de sacrifier Mlle de La Vallière? La question devient celle d’une opposition entre la faiblesse d’Agamemnon et la force d’un Louis XIV maître de l’action comme de la parole. Ce qui valorise le pouvoir actuel, et amène, comme le suggère une proposition de Gliksohn51, à penser qu’«au moment même de son triomphe, l’absolutisme s’offre, dans le monde clos du théâtre, le spectacle de ce qui aurait pu être sa faiblesse». Peut-être peut-on d’ailleurs prolonger le constat pour Phèdre et pour Thésée.

Phèdre

En effet, s’il faut, comme le fait Christian Biet52, accorder une importance aux données politiques initiales de cette pièce (la question de la succession de Thésée au trône), on peut aussi découvrir dans la conduite de celui-ci une potentielle mise en cause de l’arbitraire royal en cas d’aveuglement du monarque par la passion et par les mauvais conseils (donc une reprise de la traditionnelle condamnation d’un roi qui ne saurait pas voir ou entendre la vérité des êtres et des choses). Mais il est bien évident que ces aspects politiques sont estompés par les développements autrement spectaculaires d’une anthropologie (la puissance des passions) et d’une métaphysique (l’impuissance de la volonté et de la conscience).

A ce sujet, je me permettrai – sortant pour des raisons ponctuelles de mon propos politique – de rappeler que la lecture de Goldmann, qui faisait de la pièce une tragédie de la fatalité transcendante (lecture qui semble malheureusement encore rester la doxa dans des cercles peu informés), a été récusée, avec des arguments irréfutables, par Maurice Delcroix, Marc Fumaroli, Georges Forestier et Christian Delmas53. Ce qui invite à interpréter l’invocation des Dieux et du Ciel comme une projection de la conscience coupable de l’héroïne plus que comme la preuve d’une prédestination, et à accorder une place aussi grande à l’analyse de l’expression de l’intention et de la volonté (tragiquement et ironiquement retournées a contrario par les actes de tous les personnages, y compris Thésée et Hippolyte) qu’à celle de la soumission au destin.

Sinon, Phèdre, n’a pas fait, à ma connaissance, l’objet d’enquêtes centrées sur la politique, à l’inverse des deux pièces bibliques qui lui ont succédé.

Esther

Par delà la prise en compte des dimensions historiques et religieuses fournies par les sources (Barbara R. Woshinsky54), et la question du génocide possible des Juifs, la leçon politique d’Esther est claire. Elle enseigne qu’un Roi ne doit pas se laisser éblouir par les vanités terrestres et oublier que la seule autorité véritable est celle du Dieu dont la sienne dérive.

Athalie

La critique a justement souligné l’importance du symbolisme politico-religieux du personnage d’Athalie, qui, par son opposition présente au pouvoir souverain de Dieu le Père, et par son projet de destruction de l’avenir par le massacre de la lignée royale de David (ce qui interdirait la venue du Messie) emblématise la tyrannie, à la fois d’exercice et d’usurpation. Ce qui pose a contrario les exigences et les règles d’une bonne monarchie chrétienne. En violant les principes légitimes de l’accession au trône, elle crée un univers injuste et criminel qui appelle son opposé: un régime de succession héréditaire par primogéniture masculine. Par son apostasie et par sa plongée dans l’idolâtrie mortifère du pouvoir pour lui-même, elle confirme que l’ordre politique doit être soumis à l’ordre divin, que le roi ne doit pas se prendre pour ce Dieu, dont il n’est, comme le dit Bossuet, que le «lieutenant» sur terre. Elle démontre en outre que toute persécution politique tyrannisant les consciences est impie: ce qui pose la question de l’intentionnalité conjoncturelle d’un Racine «redevenu» proche du jansénisme.

 

B. Les textes encomiastiques, historiographiques ou polémiques

1. Poèmes encomiastiques

Ayant déjà évoqué la portée politique de ces textes (au sujet des biographies de Racine) je ne mentionnerai ici que les lectures très précises proposées par Jean Dubu55 pour retirer quelques enseignements de ses remarques.

L’ode La nymphe de la Seine à la Reyne (1660-1671), écrite en l’honneur du mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, livre par exemple, dans les variantes de ses rééditions, en 1666 et 1671, une excellente radiographie des accommodements textuels nécessités par les mutations politiques: suppression, en 1671, d’une strophe concernant Mazarin, et apparition d’une louange de Colbert par le biais d’une mention allégorique de l’Aurore, prise pour emblème par le ministre.

L’Ode sur la convalescence du Roi (1663) ne sera par contre jamais republiée par Racine sans doute pour des raisons d’infériorité esthétique par rapport à la précédente, peut-être aussi parce que cette pièce de circonstance (doublement compréhensible dans sa création comme expression du soulagement réel des Français après la dangereuse rougeole du Roi et comme réponse à un concours poétique lancé par Chapelain), pouvait apparaître comme trop conjoncturelle pour fonder la pérennité de la gloire du Souverain et celle de son chantre.

Il en va de même pour la seconde ode de 1663, La Renommée aux Muses, elle aussi circonstancielle, puisqu’il s’agissait de procurer à Chapelain, organisateur du mécénat royal, une forme poétique d’allégeance et un brevet de compétence, permettant à Racine d’être inscrit sur la liste des pensions. Mais il n’en reste pas moins que l’utilisation poétique d’un thème proposé par Louis XIV à Le Brun pour Versailles (la comparaison avec Alexandre) montre la convergence de l’inspiration politique de cette époque.

Même si, comme le dit Jean Dubu, ces pièces d’éloges officiels ne pouvaient rivaliser avec la tragédie pour donner à Racine une survie esthétique dans la postérité, ou rivaliser avec la grande poésie héroïque attendue de l’Histoire du Roi, pour donner à Louis XIV un accès à la renommée éternelle du Conquérant, elles conservent pour nous une valeur de «monument» idéologique.

2. Les écrits de l’historiographe

Louis Marin, Jean Dubu et Catherine Spencer ont analysé la stratégie textuelle de ces écrits56, dont on ne peut pas inférer grand-chose de précis, sur le plan de la politique racinienne, d’autant qu’ils sont tronqués et incertains. On sait en effet que la perte des manuscrits de Racine, brûlés dans la maison de son successeur, Valincour, en 1726, ne nous a laissé que la Relation de ce qui s’est passé au siège de Namur (26 mai – 30 juin 1692) dont on s’accorde à penser qu’elle ne peut être de lui, et l’Eloge historique du Roi sur ses conquêtes depuis l’année 1672 jusqu’en 1678, qu’on peut peut-être lui attribuer en partage avec Boileau. Mais, de toutes manières, ces textes, par leur finalité propagandiste, par leur fonction informative concrète et par leur nécessaire élévation stylistique ne pouvaient être le lieu d’une réflexion politique autonome et ne sauraient être analysés autrement que comme recueils de lieux communs, à l’instar des poèmes encomiastiques.

3. L’Abrégé de l’Histoire de Port-Royal

Cet écrit à mobilisé la critique, depuis les travaux anciens de Jean Orcibal et de Raymond Picard jusqu’au livre de Marie-Florine Bruneau57, pour des raisons religieuses surtout. Mais Racine y récuse les accusations de subversion potentielle des jansénistes par une justification qui se fonde sur les conceptions monarchistes des augustiniens. On y découvre en effet une théologie modelant l’état temporel sur l’absolu de l’autorité divine et une politique appelant un pouvoir fort comme réponse aux risques d’anarchie lié à la corruption de l’humanité par le péché. Par contre rien n’y trahit le ferment d’insoumission que comportait une conception religieuse reposant sur les droits de la conscience individuelle en matière de foi, ce que Saint-Simon nommera le «républicanisme» des jansénistes.

Olivier Pot fait également allusion à l’Abrégé dans un article dont l’objectif éthique n’impliquait pas, a priori, des remarques politiques58. Mais, comme il s’inscrit dans le contexte de la renonciation de Racine au théâtre, telle qu’elle est présentée par Louis Racine (le dramaturge regardant sa fonction d’historiographe «comme une grâce de Dieu, qui lui procurait cette importante occupation pour le détacher de la poésie»), il pense pouvoir en inférer l’idée d’une culpabilité d’auteur liée à une représentation imaginaire. Ce qui le conduit à une enquête sur la culpabilité à l’œuvre dans un théâtre qu’il présente structuré comme un espace judiciaire où une circulation générale de la faute fait de tous les personnages à la fois des juges et des coupables.

Il est ainsi amené à mettre en relation les pièces avec la pensée juridique du temps qui vise à séparer les juridictions civile et criminelle: cette dernière s’exerçant sur les crimes mettant en danger l’Etat. Puis il dépasse cette lecture référentielle pour montrer que tout personnage racinien cherche à situer son désir dans le cadre et sous le coup de la loi de façon à donner une réalité à celui-ci. Parce que seule la culpabilité procurerait au fantasme la densité du crime: «La culpabilité, c’est la stratégie qu’adopte la forme inefficiente de l’individuel (c’est-à-dire l’imaginaire) pour se faire investir d’une objectivité éthique par la loi»59.

Puisqu’il relève l’importance de la présence de la loi dans les tragédies, Olivier Pot aurait pu être amené à mettre cette loi en relation avec la politique qui la définit, la maintient ou qui punit ses transgressions, mais sa thèse réduit en fait le juridique à n’être qu’un moyen littéraire.

Conclusion

Ce dernier constat me renvoie au questionnement à l’origine de cet article: y a-t-il, par delà la littérature ou dans l’expression poétique ou théâtrale de celle-ci, une politique de Racine? Ce retour au début de mon enquête me donne d’ailleurs le sentiment de ne pas avoir vraiment progressé dans la résolution de cette interrogation liminaire.

Que conclure, en effet, à l’issue de ce parcours dans la critique racinienne? Que la politique environne le Racine de l’existence, homme pris dans le monde de son époque, que la politique figure dans ses tragédies, thématisée ou dramaturgiquement instrumentalisée, comme elle constitue l’horizon culturel de sa poésie encomiastique.

Mais aussi que l’on peut découvrir une étroite correspondance entre la politique monarchique de Louis XIV, présente en actes dans l’Histoire, en représentations dans l’imaginaire et en formules dans les discours contemporains, et la politique scénique exhibée dans des tragédies qui – directement par une évocation glorieuse ou indirectement par la dénonciation de son contraire (la tyrannie) ou par la démonstration des malheurs liés à son absence (l’anarchie) – mettent en scène une conception identique de la valeur de l’absolutisme.

Et, à ce sujet, je ne puis encore que souscrire à la formulation synthétique de François-Xavier Cuche:

De La Thébaïde à Athalie, la tragédie racinienne ne cesse d’approfondir sa réflexion sur cette réalité nouvelle que lui propose l’Histoire contemporaine: l’Etat dans son acception moderne. Le langage symbolique du mythe et de l’Histoire permet de dire poétiquement ce discours politique, en l’arrachant au didactisme bavard ou à l’allégorisme naïf et en le transformant en action dramatique60.

Mais cette réflexion correspond-elle à la pensée propre de Racine, ce langage traduit-il ses sentiments en la matière? La question restera toujours sans réponse, dans le silence qui a englouti ce dramaturge aux multiples masques, derrière un rideau clôturant une scène dérobée au public éphémère que nous sommes, là où la politique, comme toute activité humaine, s’abîme sans gloire, ni mémoire.

Sommaire du dossier

Littérature et politique au XVIIème siècle

Notes 

  1. Jacques Scherer, Racine: Bajazet, Paris: CDU, 1971.
  2. Philip Butler, Classicisme et baroque dans l’œuvre de Racine, Paris: Nizet, 1959, p. 104.
  3. François-Xavier Cuche, «Racine et l’Etat moderne – Génèse de la tragédie», in Théâtre et création, éd. Emmanuel Jacquart, Paris: Champion, 1994, p. 77.
  4. Paul Bénichou, Morales du grand siècle, Paris: Gallimard, 1948, pp. 200-202.
  5. Article «Racine» in Michel Corvin, Dictionnaire du théâtre, Paris: Bordas, 1991, p. 688. Georges Forestier n’ignore pourtant rien des méandres de la politique de la tragédie racinienne, comme le montre son excellente édition de Britannicus, Paris: Gallimard (folio théâtre), 1995.
  6. Jean Rohou, Racine: bilan critique, Paris: Nathan, 1994, p. 54.
  7. Telle celle de Roland Barthes, qui pose que dans les pièces de Racine «le rapport essentiel est un rapport d’autorité, l’amour ne sert qu’à le révéler» (Sur Racine, Paris: Seuil, 1963, p. 28) mais qui voit dans ces jeux de pouvoir les traces symboliques d’une lutte «archaïque» des pères entre eux ou des pères contre les fils.
  8. Catherine Spencer, La tragédie du Prince: étude du personnage médiateur dans le théâtre tragique de Racine, Paris–Seattle–Tübingen: Papers on French Seventeenth Century Literature (Biblio 17), 1987.
  9. Jacques Truchet, La tragédie classique en France, Paris: PUF, 1975, p. 89. Une nouvelle édition de cet ouvrage, à la bibliographie actualisée, a été procurée par Jacques Truchet, en 1997, avant sa brutale disparition.
  10. Raymond Picard, La carrière de Jean Racine, 2e éd., Paris: Gallimard, 1961.
  11. Ibid., p. 362: «…cette exaltation perpétuelle des actions merveilleuses du Roi met en relief toute l’importance de l’histoire, qui les relatera pour la plus grande gloire du règne».
  12. Cf. Mme de Sévigné: «Il faut ou redire les mêmes choses ou se taire sur les belles actions du Roi».
  13. Ce travail, qui reste en partie à faire, a déjà été engagé partiellement par J. Dubu, M.-F. Bruneau et C. Spencer dans des études sur lesquelles je reviendrai.
  14. Jean Rohou, Jean Racine: entre sa carrière, son œuvre et son Dieu, Paris: Fayard, 1992.
  15. Alain Viala, Racine: la stratégie du caméléon, Paris: Seghers, 1990.
  16. Par exemple dans son édition de Britannicus (Paris: Le Livre de Poche, 1986), et dans son article «Péril, conseil et secret d’Etat dans les tragédies romaines de Racine: Racine et Machiavel» (Littératures classiques, 26 [1996], pp. 91-113).
  17. Voir à ce sujet Pierre Ronzeaud, «Corneille dans tous ses états critiques: pour une lecture plurielle de Rodogune», Littératures classiques, 32 (1998), pp. 7-40.
  18. Il s’agit bien sûr de la Dissertation de 1668, pro-cornélienne.
  19. Lettre en vers du 20 décembre 1665, in Nouveau Corpus Racinianum, éd. Raymond Picard, Paris: CNRS, 1976, p. 30.
  20. Lettre à Madame, 26 novembre 1667, ibid., p. 41.
  21. Cf. Jean-Jacques Roubine, Lectures de Racine, Paris: A. Colin, 1971, p. 24 et 28.
  22. Dans Vers le vrai Racine (Paris: A. Colin, 1957), René Jasinski traite les tragédies comme des allégories politiques mettant en scène, sous le masque de la fiction dramatique, des personnages de la société contemporaine, tandis que Jean Orcibal, dans La Genèse d’Esther et d’Athalie (Paris: Vrin, 1950), décrypte les intrigues en fonction d’une volonté politique de représentation de la révolution d’Angeleterre et de ses conséquences, allant jusqu’à faire de Joas un double de Jacques III. Raymond Picard a déjà fait justice de ces interprétations.
  23. Louis Marin, Le récit est un piège et Le portrait du Roi, Paris: Minuit, 1978 et 1981; Catherine Spencer, «Racine s’en va-t-en guerre: tragédie du pouvoir ou pouvoir de l’histoire?», Papers on French Seventeenth Century Literature, 17 (1990), pp. 273-285.
  24. Jean-Marie Apostolidès, Le prince sacrifié: théâtre et politique au temps de Louis XIV, Paris: Minuit, 1985.
  25. Marie-Florine Bruneau, Racine, le jansénisme et la modernité, Paris: Corti, 1986, p. 75.
  26. Ibid., p. 131.
  27. Jean Dubu, «Britannicus: politique et théâtralité de l’“invisible présence”», in Racine aux miroirs, Paris: SEDES, 1992, p. 123.
  28. Cf. Maurice Descotes, «L’intrigue politique dans Bajazet», Revue d’Histoire littéraire de la France, 71 (1971), pp. 400-424; Jean Dubu, «Bajazet: “serrail” et transgression» in Racine aux miroirs, op. cit., pp. 137-148; Christian Delmas, éd. de Bajazet, Paris: Gallimard (folio théâtre), 1995.
  29. Jean-Marie Apostolidès, op. cit., p. 93.
  30. Volker Schröder, «Racine et l’éloge de la guerre de Hollande: de la campagne de Louis XIV au “dessein” de Mithridate», XVIIe siècle, 198 (1998, 1), p. 114.
  31. Pierre Ronzeaud, «La représentation du politique d’Alexandre à Mithridate», Cahiers de la Comédie-Française, 17 (1995), pp. 49-60.
  32. François-Xavier Cuche, art. cité, p. 83.
  33. Maurice Descotes, «Menaces sur l’Etat: le thème des Frères Ennemis dans l’œuvre de Racine», Op. cit., 5 (1995), pp. 89-94; Jacques Truchet, «La tyrannie de Garnier à Racine: critères juridiques, psychologiques et dramaturgiques», in L’image du souverain dans les lettres françaises, Paris: Klincksieck, 1985, pp. 257-264; Alain Viala, art. cité.
  34. Marie-Odile Sweetser, «Création d’une image royale dans le théâtre de Racine», Papers on French Seventeenth Century Literature, 15 (1988), pp. 657-675; Maurice Descotes, Racine, guerre et paix: réalités et mythe, Pau: Université de Pau et des Pays et de l’Adour, 1991.
  35. Mary Beth Nelson, «Racine’s Invisible Crowds», Papers on French Seventeenth Century Literature, 6 (1979-80), pp. 67-78. Gilles Declercq, «Une voix doxale: l’opinion publique dans les tragédies de Racine», XVIIe siècle, 182 (1994, 1), pp. 105-120.
  36. Alain Niderst, «Les rois et les tyrans de Racine», in Complots et coups d’Etat sur la scène de théâtre, éd. François-Xavier Cuche, Strasbourg: Université de Strasbourg (Vives Lettres), 1998, pp. 131-147.
  37. Christian Biet, Œdipe en monarchie: tragédie et théorie juridique à l’âge classique, Paris: Klincksieck, 1994 et «La haine – Racine et la Thébaïde: premiers pas tragiques», Cahiers de la Comédie-Française, 17 (1995), pp. 30-38.
  38. Cf. Louis Marin, Catherine Spencer, op. cit.
  39. Timothy Reiss, «Banditry, Madness and Sovereign Authorithy in Alexandre le Grand», in Homage to Paul Bénichou, éd. Sylvie Romanowski et Monique Bilezikian, Birmingham, AL: Summa, 1994, pp. 113-142.
  40. Patrick Dandrey, «Le dénouement d’Andromaque ou l’éloge de la Régence» in «Diversité c’est ma devise» (Mélanges Jürgen Grimm), Paris–Seattle–Tübingen: Papers on French Seventeenth Century Literature (Biblio 17), 1994, pp. 135-145; cf. son édition d’Andromaque, Paris: Le Livre de Poche, 2e éd. Georges Forestier, «Ecrire Andromaque: quelques hypothèses génétiques», Revue d’Histoire littéraire de la France, 98 (1998), pp. 43-62, présentation en bonnes feuilles de la future préface de sa nouvelle réédition du théâtre de Racine dans la Bibliothèque de la Pléiade.
  41. Pierre Ronzeaud, Racine, Britannicus, Paris: Klincksieck (Parcours critique), 1995.
  42. Georges Forestier, édition de Britannicus, Paris: Gallimard (folio théâtre), 1995; René Pommier, Etudes sur Britannicus, Paris: SEDES, 1995; Marie-Claire Kerbrat, «Le pouvoir, illusion tragique: Britannicus», in Figures du pouvoir, Paris: PUF (Major), 1995, pp. 81-156.
  43. Littératures classiques, 26 (1996): Alain Viala, art. cité. Voir aussi Antoine Soare, «Néron et Narcisse ou le mauvais mauvais conseiller», Seventeenth-Century French Studies, 18 (1996), pp. 145-157.
  44. Op. cit., 5 (1995): Françoise Jaouën, «Britannicus ou l’éloge de la cruauté», pp. 103-110; Noémi Hepp, «Britannicus, Bérénice, Mithridate: trois images de Rome», pp. 95-101
  45. Volker Schröder, «Junie, Auguste et le feu de Vesta: étude intertextuelle du dénouement de Britannicus», Papers on French Seventeenth Century Literature, 23 (1996), pp. 575-99.
  46. Littératures classiques, 26 (1996), Op. cit., 5 (1995); Christian Delmas, «Bérénice et les rites de succession royale», XVIIe siècle, 157 (1987, 4), pp. 395-401, et «Bérénice comme rituel», in Racine: théâtre et poésie, éd. Christine M. Hill, Leeds: Francis Cairns, 1991, pp. 191-203 (repris dans Racine et Rome, éd. Suzanne Guellouz, Orléans: Paradigme, 1995)
  47. Judd D. Hubert, Essai d’éxègèse racinienne: les secrets témoins, Paris: Nizet, 1956.
  48. Littératures classiques, 26 (1996).
  49. Christian Biet, Racine, Paris: Hachette, 1996.
  50. Françoise Jaouën, «Iphigénie: poétique et politique du sacrifice», Littérature, 103 (octobre 1996), pp. 3-19.
  51. Jean-Michel Gliksohn, Iphigénie: de la Grèce antique au siècle des Lumières, Paris: PUF, 1985, p. 90.
  52. Christian Biet, présentation de Phèdre, in La tragédie du destin, Paris: Champion, 1997.
  53. Maurice Delcroix, Le sacré dans les tragédies profanes de Racine, Paris: Nizet, 1970; Marc Fumaroli, «Entre Athènes et Cnossos: les dieux païens dans Phèdre», Revue d’Histoire littéraire de la France, 93 (1993), pp. 30-61 et 172-190; et la préface de Georges Forestier et Christian Delmas à leur édition de Phèdre, Paris: Gallimard (folio théâtre), 1996.
  54. Barbara R. Woshinsky, «Render unto Caesar: historical and sacred représentation in Esther», in Homage to Paul Bénichou, éd. Sylvie Romanowski et Monique Bilezikian, Birmingham, AL: Summa, 1994, pp. 167-173.
  55. Jean Dubu, Racine aux miroirs, op. cit., voir: «La Nymphe de la Seine à la Reyne», pp. 29-40, «Racine, poète de cour en 1663», pp. 81-92, et le chapitre III: «La gloire du Roi», pp. 253-299.
  56. Jean Dubu, ibid., pp. 274-6 et Catherine Spencer, art. cité.
  57. Marie-Florine Bruneau, Racine, le jansénisme et la modernité, op. cit.
  58. Olivier Pot, «Racine: théâtre de la culpabilité ou culpabilité du théâtre», Travaux de littérature, 8 (1995), pp. 125-149.
  59. Ibid., p. 133.
  60. François-Xavier Cuche, art. cité, p. 85.
Besoin d'aide ?
sur